Grandes lectures d’été, annonce

eau-forte de Leonor Fini pour l'édition très incomplète du "Manuscrit trouvé à Saragosse" par Roger Caillois

eau-forte de Leonor Fini pour le « Manuscrit trouvé à Saragosse »

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L’été est propice aux grandes lectures. Grandes par la taille et par l’importance. J’aime consacrer mes étés à un grand texte ou à un grand auteur que je lis ou relis. L’été dernier j’ai lu Le Kalevala, la splendide épopée finnoise. Pour cet été, je prévois Les sept piliers de la sagesse de Lawrence d’Arabie, et le Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, que je viens de relire mais que je vais relire encore, dans une autre édition que j’ai commandée en bibliothèque. Pour Les sept piliers, j’ai l’original en ebook et une traduction française en papier. Dans sa préface au Manuscrit, René Radrizzani écrit : « Tout se passe comme si Jean Potocki, à l’instar d’un certain Ts’ui Pen dont parle Borges, avait voulu écrire un roman qui eût encore plus de personnages que le Hung Lu Meng, et construire du même coup un labyrinthe dans lequel tous les hommes se perdraient. »

Eh oui. Car il faut les faire se perdre pour leur donner une chance de (se) trouver. Voilà bien de quoi parlent, je pense, ces deux chefs-d’œuvre dont je compte parler ici au fil de ma lecture. Notons que le Hung Lu Meng, Le rêve dans le pavillon rouge, eut d’abord pour titre Les Mémoires d’un roc, ou Histoire de la pierre.

À suivre, dans le labyrinthe, toujours.

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« douce, pesante et tendre ». Marcel Brion, « La Ville de sable » (extrait)

J’ai passé mon enfance dans une ville « ressuscitée d’entre les sables » – c’est sa devise. C’est aussi à ce titre que le roman de Marcel Brion, dont j’ai donné un premier extrait il y a quelques jours, me parle – comme me parle Le livre de sable de Borges. J’ai fini de le lire à l’hôpital, ainsi que de relire Le Manuscrit trouvé à Saragosse, dont j’espère reparler. D’ici là, voici un extrait de La Ville de sable, que je donne dans la série « L’amour en livres ».

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Victor Brauner, "À la découverte de la conscience", 1956

Victor Brauner, « À la découverte de la conscience », 1956

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« Les tâtonnements de deux corps qui s’ajustent l’un à l’autre comme les deux moitiés d’un être divisé qui, depuis longtemps, aspiraient à se rejoindre, se mêlaient à la houle nocturne. Il fallait retrouver la respiration même de la terre, connaître le secret du grand serpent qui soulève les vagues de la mer en déroulant ses anneaux, nager avec le vent, se reposer sur les nuages, se balancer à la manière des arbres. S’oublier soi-même, et faire appel à toutes les puissances mystérieuses qui habitent entre le monde souterrain des métaux et le plan des étoiles. Consentir à n’être plus individu ni volonté, flotter vers les cimes des peupliers, tomber avec les cascades, glisser le long des canaux de la sève dans le tronc d’un jeune arbre, bondir hors du ciel comme une étoile filante. Se tenir nu, sur le rivage de la nuit, à la pointe d’un promontoire qui surplombe l’éternité ou le néant. Attendre, humble et vigilant, la montée des bras qui sortiront des ténèbres pour m’étreindre.

Elle s’est couchée près de moi, silencieuse, sans trouble. Lourde comme la terre, mouvante comme une fumée. J’attendais une parole, un chuchotement, pour renoncer aux songes ; on eût dit que son silence même respectait les plis de ce vêtement de rêves que la nuit avait jeté sur moi. Elle était venue non pour détruire la nuit, mais pour l’accomplir, pour la conduire à sa plus haute cime, pour m’aider à trouver la lumière qui va poindre au-delà des extrêmes ténèbres. Je me taisais, maîtrisant les bonds de mon cœur, et bientôt, conquis par cette quiétude d’ombre, je me calmai, je laissai s’élargir ce sombre bonheur qui montait de l’invisible, cette caresse qui était l’haleine de la terre et l’évidence de l’éternité.

Mes mains cherchèrent des formes dans la nuit. Elles allaient au-devant des signes qui devaient venir. Elles demandaient à l’espace les masses mouvantes d’un corps. J’avais eu, tout à coup, besoin d’une certitude charnelle. Il fallait enfermer dans un seul contour cette immense joie que la nuit – j’en avais eu la terrible angoisse – allait peut-être ramener vers elle, me laissant solitaire et désespéré, comme un naufragé que la dernière vague lance sur le sable. Mes bras se refermèrent autour d’un être invisible qui sentait l’herbe fraîche, la mousse, les fleurs naïves, la terre ouverte par la charrue. Une haleine étrangère se posa sur ma bouche, des cheveux coulaient leurs grappes fruitées le long de mes joues. Ce corps étroit et souple devint tout à coup très lourd, s’immobilisa, pareil à un jeune arbre que saisit l’appréhension de l’orage, ramena mon corps vers la terre et l’y enfonça. Ce fut comme si la nuit s’était aplanie sur moi, douce, pesante et tendre, comme si le ciel s’arquait au-dessus de mon corps, pour s’y enfoncer. J’écoutai encore le clapotement des peupliers dans le jardin, jusqu’au moment où le halètement d’une grande joie me fit trembler ; ce visage frais me brûlait, cette poitrine m’écrasait et m’attirait en même temps vers les espaces immenses. Il me sembla que notre vertige allait féconder des astres et lancer des nébuleuses nouvelles à travers un ciel non nommé.

Nous étions heureux comme si nous avions pris place parmi les constellations. Nos corps unis dérivaient, pareils à des nageurs qui s’enlacent ensemble pour descendre les grands rapides. Le même courant nous portait d’une rive à l’autre, nous roulait dans le même torrent. J’avais dans mes oreilles le bruit des cascades qui tombent des roches très hautes. L’embouchure du fleuve était proche, avec la mer plate et mouvante comme une prairie. Le vent soufflait, bousculant de larges vols d’oiseaux blancs.

L’aube vint. Alana dormait, la tête posée contre mon épaule. Son bras était étendu en travers de ma poitrine, l’étoile appuyée sur mon cœur. Son sommeil avait pris je ne sais quelle grâce enfantine. Quand l’aurore descendrait des arbres apaisés, pénétrerait dans notre chambre, il n’y aurait plus qu’une très jeune fille dont la lente respiration me faisait frissonner. Elle était entrée avec le jusant des astres, la chute des météores, la fuite des étoiles filantes. Les métaux ardents qui tombent du ciel se refroidissent lentement dans la bonne terre ; ainsi se tranquillisait-elle, maintenant, bercée par cette confiance puérile qui ignore les périls de la nuit et les trahisons du jour. Je n’éprouvais aucune surprise à retrouver cette étrangère blottie contre moi ; sans doute avait-elle été là, de toute éternité, sûre et fraîche comme un arbre en fleurs. »

Marcel Brion, La Ville de sable, Albin Michel 1959

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Joan Miro, "Femme, étoiles", 1944

Joan Miro, « Femme, étoiles », 1944

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Dada dodo dada

Bon temps dada à vous en compagnie de ce doc Viva Dada, de ces galets et coquille dada dodo et de ces haïkus en série de trois comme d’hab mais dada.

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galets peints 6-mingalets peints 5-minRecto et verso, longueur 4,5 cm

galets peints 7-mingalets peints 8-minRecto et verso, longueur 6,5 cm

coquille peinte 1-mincoquille peinte 2-minRecto et verso, longueur 2 cm
Coquille et galets peints hier

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dada dodo da

da dodo dada dodo

dada dodo da

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da dodo dada

dodo dada dodo da

da dodo dada

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dada dodo da

da dédé didon doid’ho !

do ré mi fa da

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Le doc est en italien, pas moyen de le voir autrement en ligne, mais après tout dada ça se comprend dans toutes les langues.

Et pour plus de dada, c’est .

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Nouveaux galets et silex peints. Apporter sa pierre

Le silex (à gauche de l'image en haut et en bas) sur ses deux faces, et les galets, en haut sur leur face peinte récemment, en bas sur la face peinte il y a quelque temps (ce furent mes tout premiers galets peints)

Le silex (à gauche de l’image en haut et en bas) sur ses deux faces, et les galets, en haut sur leur face peinte récemment, en bas sur la face peinte il y a quelque temps (ce furent mes tout premiers galets peints)

©Alina Reyes

©Alina Reyes

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Marchant dans les rues où s’était déployé un vide-grenier dans mon quartier, je vois soudain sur une table quatre pierres. Enfin quelque chose d’intéressant. Je m’arrête aussitôt, je les prends dans mes mains. Ce ne sont pas des pierres extraordinaires, mais ce sont des pierres. Le vendeur s’approche et me dit : « j’ai tout juste commencé à les déballer, j’en ai d’autres ». Et il sort de son sac, une à une, trois dizaines de pierres fines brutes enveloppées dans du papier journal, les dispose sur son étal. Je me saisis de chacune à mesure, l’admire sous toutes les coutures qu’elle n’a pas, lui demande le prix. Faites votre choix, me répond-il, on verra (finalement ce ne fut pas cher, trente euros pour les cinq que j’ai choisies). J’ai pris une rhodonite, une bornite, une améthyste dans sa gangue, une aigue-marine dans sa gangue, et un quartz ocre pour sa forme de montagne ou de construction fantastique – comme les autres, toutes choisies aussi en fonction de leur forme, afin qu’elles puissent composer sur ma table, avec mes plantes, un paysage ou une cité imaginaires. Côtoyant ma pierre de lave embaumant les épices sur lesquelles elle est posée, quelques coquillages, des cailloux naturellement colorés et mes galets et silex, bruts ou peints. Reprenant ensuite ma lecture du merveilleux La ville de sable de Marcel Brion, je suis arrivée, comme par hasard aussi, à un chapitre entièrement consacré aux pierres fines brutes qui fascinent le narrateur, appelé à trouver celle de son destin ou de son être.

Je n’ai plus (mais il réapparaîtra un jour) mon tout premier texte publié, une courte nouvelle intitulée « Cailloux » paru vers 1984 dans la revue Les cahiers du Schibboleth sous un autre nom d’auteur. Voici l’une des illustrations qu’en avait faites pendant ses études la graphiste Camille Jaubert (qui elle non plus ne dispose plus du texte, à l’époque distribué à ses élèves par leur professeure).

 

©Camille Jaubert

©Camille Jaubert

Chaque note ici comme un caillou sur le chemin des lecteurs et lectrices, chaque livre écrit comme une pierre, une étoile ajoutée à la construction de la maison où chaque humain est appelé à vivre, en toute joie, toute grâce, toute beauté.

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La création vue par Marcel Brion, et nouveaux galets peints

« On peut tenir tout l’univers dans sa main sous la forme d’une pierre scintillante »
Marcel Brion, La ville de sable

brionMarcel Brion écrit dans L’Art fantastique (p.51) :

« Victor Hugo dessinait, dans un élan comparable à l’automatisme des Surréalistes, « à des heures de rêverie presque inconsciente, avec ce qui restait d’encre dans ma plume », confessait-il. Plus romantique dans son œuvre peinte que dans ses poèmes, ses romans ou son théâtre, Hugo dessinait avec ce que ses doigts rencontraient, au hasard du moment : tout matériau, tout médium était bon pour transmettre la vision. Des plumes ébréchées qui font éclabousser l’encre, des bouts de cigare, le doigt qui écrase la pâte noire de l’encre de Chine, favorisent les hasards de la création, secondant l’apparition de l’insolite. (…) le dessin lui était nécessaire parce qu’il allait plus loin que la poésie, parce qu’il exprimait l’indicible devant lequel les mots avouent leur impuissance. Les dessins et les lavis d’Hugo ne sont pas des illustrations de ses poèmes, mais d’autres poèmes, qui ne pouvaient pas être écrits, qui devaient être peints. »

Et (p.102) :

« L’Ange du Bizarre dont parle Edgar Poe, est un des visages les plus significatifs et les plus révélateurs de l’âme et du comportement d’une époque donnée. Les artistes sont des appareils enregistreurs des courants souterrains qui remuent la sensibilité et l’intelligence du monde, d’une extrême sensibilité, et inaptes souvent à raconter avec les mots de tous les jours, leurs perceptions mystérieuses. La peinture est leur langage symbolique, les formes sont les hiéroglyphes de cette écriture dont ils sont les instruments ; leur faculté de voyance et d’émerveillement baigne dans un mystère dont ils laissent fuser les fulgurances (…) Ils révèlent. »

Finalement j’ai décidé de peindre, de façon différente, le verso des premiers galets dont j’avais peint une seule face. Les voici (ils mesurent entre 3,5 et 6,5 cm), sur leur face peinte cette nuit, suivie du rappel de leur première face :

 

galets peints 3-min

galets peints 4-minAlina Reyes

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Signes et traces

Hier à la Bibliothèque universitaire de la Sorbonne nouvelle, photo Alina Reyes

Hier à la Bibliothèque universitaire de la Sorbonne nouvelle, photo Alina Reyes

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Le Street Art est en quelque sorte à l’art des musées ce que l’écriture sur Internet est au livre. Ou ce que la littérature orale est au livre. Ou encore, selon la forme de Street Art considérée, ce que l’écriture automatique est à l’écriture codifiée. Le caractère gratuit, léger, passager, changeant, libre, subversif du Street Art, n’échappe pas à une certaine muséification par la photographie ou le film, mais l’image de ce qui est n’est pas ce qui est, elle en est seulement une trace.

 

street art 8-min

 

Ce que j’écris ici, comme le Street Art dans la ville, fait signe et signal, petit phare dans un océan de vie. Telles sont l’essence et la mission de tout art, de toute littérature, éphémères ou durables. La particularité de la littérature en ligne, comme celle de la littérature orale, consiste en sa mutabilité. Ce qui n’est pas fixé par l’écrit et plus encore par l’imprimerie a tout loisir de changer, de supporter des variations et des évolutions. C’est vrai pour les notes de blog, ça l’est aussi pour les livres numériques – et j’ai apporté des changements, par rapport à l’édition papier, à plusieurs de mes livres numérisés.

Le caractère work in progress de l’écriture en ligne est un aspect essentiel de mon travail. C’est mon travail. Dans un entretien avec Daniel Abadie dans le magazine Beaux Arts de juillet-août 1985 (n°26), André Masson, qu’André Breton appelait le « peintre à la main ailée », et dont l’influence fut déterminante sur l’École de New York et l’œuvre de Jackson Pollock, dit :

 

street art 9-min

 

« Oui, inachèvement, métamorphose, changement d’une forme en une autre, c’est le même ordre de pensée. Le dessin automatique évidemment est une chose inachevée. C’est un fragment d’un moment. Je crois qu’un dessin automatique ne peut pas être achevé. C’est quelque chose qui prend forme. Tout ce qui est mouvement fait partie de l’inachèvement, fait partie de la métamorphose. Il y a cela dans l’impressionnisme, comme dans l’expressionnisme allemand et surtout dans le futurisme italien. C’est le même désir d’un monde en changement. Transformation, métamorphose, inachèvement, c’est le cas en fait de la peinture moderne. À côté des œuvres classiques, il y a toujours eu des œuvres qu’on aurait appelées autrefois « en terme d’esquisse ». Cela se voit dans les « bozzetti », ces modèles peints pour les grands tableaux par les peintres du dix-septième ou du dix-huitième siècle, et qui étaient l’inachèvement même. Eh bien, nous préférons ce modèle aux peintures achevées qui étaient souvent, voire toujours, réalisées par l’atelier du peintre. Il faut croire que la notion de métamorphose en art commence avec l’impressionnisme. Ainsi on sent chez Delacroix par exemple une hésitation devant ce problème. Au fond, Delacroix est très moderne, mais il n’ose pas – il a tout de même des références classiques – nous montrer l’inachèvement comme un achèvement, c’est-à-dire l’achèvement d’un moment. C’est pour cela je pense qu’il s’agit d’un problème métaphysique plutôt même qu’esthétique. »

Et il ajoute un peu plus loin :

« Un objet n’est pas éternel, un objet se modifie. Une nature morte pour un cubiste, ça se change en peinture. La mandoline, le compotier, peu importe, se changent en peinture. Cela ne peut pas ressembler au motif, ça veut le transformer. Seul le classicisme, comme je vous le disais, est pour l’achèvement et croit faire des choses qui se tiennent éternellement. La peinture moderne est mouvement et toutes les réactions contre le mouvement sont réactionnaires. »

 

street art 11-min

 

On pourrait en dire autant de la littérature actuelle, formatée soit par les auteurs eux-mêmes, soit par les « ateliers » des éditeurs. Toute cette littérature, quand elle mérite encore le nom de littérature, est réactionnaire, et mérite les honneurs réactionnaires qui lui sont octroyés : il ne s’agit pas d’art, mais d’art du cercle vicieux.

Passons. Et ouvrons l’œil sur une autre transformation créée par la littérature inachevée, pour reprendre le terme de Masson. La différence entre littérature inachevée, en l’occurrence ce que j’écris ici, et le brouillon, tient au fait que l’une est rendue publique, donc fait signe au monde, tandis que l’autre est destiné à la corbeille (à papier ou numérique). L’écrit en ligne et l’écrit imprimé sont également signes. Et également traces, mais pas de la même chose. L’écrit en ligne, tel que je le pratique ici, est trace de l’auteur – l’auteure en l’occurrence. L’écrit imprimé, tel que je le pratique depuis que j’écris en ligne, est trace de mes écrits en ligne, qui s’y retrouvent partiellement repris, transformés, réassemblés, retravaillés, recomposés, réécrits. Ainsi mon écriture porte-t-elle à la fois en elle l’achèvement et l’inachèvement, la satisfaction et le désir, le pérenne et l’éphémère, l’immuable et le mouvement. Et ainsi, aussi, se trouve-t-elle augmentée d’une autre dimension : elle n’est plus seulement trace, mais trace d’une trace. Non plus seulement trace d’un être, avec son individualité et son ego, mais trace de sa trace, c’est-à-dire de son esprit : esprit d’un esprit.

 

street art 10-minCes jours-ci à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Les fantastiques collages de Tomi Ungerer

 

Le corps tout pétri par la séance de yoga kundalini (un kriya censé libérer l’énergie créative qui m’a laissée trop épuisée pour aller écrire mais très heureuse de sentir si fort mes muscles et mes articulations), je suis allée voir les collages de Tomi Ungerer au Centre culturel irlandais. « Depuis cinq ans, je me réfugie dans le collage, les sculptures et les écrits. Il y a aussi le fait que nous sommes dans un monde irréparable, dans l’Apocalypse », déclarait-il en décembre dernier, deux mois avant sa mort, à Libération. L’exposition, qu’il a eu le temps de préparer, s’intitule « En attendant », référence claire à Beckett. Ses œuvres sont d’une beauté presque douloureuse à force d’être parfaite dans sa simplicité, sa monochromie ou quasi-monochromie, sa tristesse insondable sous l’humour discret. Chacune pourrait être un nouvel aphorisme biblique. Au bout des doigts de maître Tomi, le monde qui apparaît, c’est un Job sans paroles. Le malheur n’y est pas attaché à l’homme, comme à Job dans la Bible, mais à son monde (comme on dit aujourd’hui « Macron et son monde » – j’ai fait cette nuit un rêve de mauvais augure pour la France de Macron et son monde, et j’aimerais qu’il ne soit qu’un écho de l’exposition vue hier, plutôt que le résultat, comme les rêves savent en trouver, d’une analyse de la réalité).

Il y a aussi des objets : barreaux de chaise sans siège ni dossier, vieilles portes transformées en paravent aux portraits surannés, pelles rouillées faisant office de visages et de bonhommes. Les collages de Tomi Ungerer sont surréalistes, avec la particularité d’avoir très peu l’air de collages. Il faut les regarder de près pour voir où sont les collages dans ces œuvres qui ressemblent souvent à des dessins. Pourquoi, alors, avoir fait des collages ? N’est-ce pas le fait d’un désir de réparer ce « monde irréparable » ? D’en réagencer les morceaux afin d’y trouver un sens perdu ou introuvé, ou bien d’en révéler le non-sens ? D’inciter les gens à passer à travers les quantités de barres et de barreaux qui encombrent ce monde, à sortir de ses rails morbides ? Un pape y perd la tête, pourquoi ? J’ai mon idée là-dessus : parce qu’il est adulte, trop adulte, comme dirait à peu près Nietzsche. À la journaliste de Libé, Tomi Ungerer parlait du livre qu’il préparait, avec un enfant qui se retrouve seul dans un monde où « tout s’écroule, tout explose. Lui suit toujours son ombre qui lui dit où aller et comment éviter les embûches. Elle lui dit de tourner le coin de la rue et il y a une explosion, puis de la traverser et les buildings s’écroulent. Les enfants dans mes livres n’ont jamais peur. Ils n’ont pas froid aux yeux. » Il est là, le salut.

Voici quelques-uns des collages de cette exposition, à voir jusqu’au 5 juillet au Centre culturel irlandais à Paris.

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« Jeunes Artistes en Europe. Les Métamorphoses » à la Fondation Cartier

 

Comme toujours, trouver un Vélib a pris du temps, les stations sont vides ou les vélos cassés, depuis que Anne Hidalgo a eu la fameuse idée de changer un service qui fonctionnait très bien depuis des années pour un autre qui n’a pas fonctionné pendant des mois et fonctionne désormais très mal tout en étant plus cher. Les changements et autres métamorphoses ou renaissances, comme dit l’autre, quand c’est pour que ce qui était devienne pire, on s’en passerait. L’Europe a toujours existé et elle continue à exister en-dehors des politiciens médiocres, voire mauvais, qui prétendent s’en charger. Bref, je suis allée voir l’exposition des œuvres de quelques jeunes artistes européens à la Fondation Cartier, un lieu que j’aime bien, pour avoir une plus belle vue du jour que celle des panneaux de fer et de leurs tristes affiches devant les bureaux de vote.

 jeunes artistes en europe 3-minKostas Lambridis (Athènes)

*jeunes artistes en europe 4-minKris Lemsalu (Tallinn)

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jeunes artistes en europe 6-minCharlie Billingham (Londres)

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jeunes artistes en europe 7-minKasper Bosmans (Amsterdam et Bruxelles)

*jeunes artistes en europe 8-minAlexandros Vasmoulakis (Athènes)

*jeunes artistes en europe 9-min

jeunes artistes en europe 10-minKris Lemsalu (Tallinn)

*jeunes artistes en europe 11-minMiryam Haddad (Damas et depuis 2012, Paris)

*jeunes artistes en europe 12-minEvgeny Antufiev (Moscou)

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jeunes artistes en europe 13-min

jeunes artistes en europe 14-minRaphaela Vogel (Berlin)

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jeunes artistes en europe 16-minMagnus Andersen (Bruxelles)

*jeunes artistes en europe 17-minTenant of Culture (Londres)

*jeunes artistes en europe 18-minNika Kutateladze (Tbilissi)

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Et d’autres encore, que je n’ai pas photographiés. Sans compter les vidéastes. Beaucoup d’œuvres très intéressantes, et parlantes sur l’état d’esprit actuel – à la librairie, j’ai vu notamment le recueil d’articles de Milena Jesenska, Vivre, qu’il reste nécessaire de lire (ici vous pouvez aussi lire gratuitement mon livre sur Kafka et Jesenska, qui en reprend l’esprit).

Si vous pouvez y aller, c’est jusqu’au 16 juin.

Pour finir, l’autoportrait du jour avec t-shirt Totoro et autres symboles, depuis le jardin de la Fondation :

jeunes artistes en europe 1-minaujourd’hui à la Fondation Cartier, photos Alina Reyes

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18 roses pour l’amour (et une pensée pour les employé·e·s de Kechiche)

Il paraît que dans son dernier opus, projeté à Cannes, Kechiche a filmé 14 minutes de cunnilingus non simulé. En incipit du film il cite le Coran (qui lui-même cite la Torah) : « Ils ont des yeux mais ne voient pas. Ils ont des oreilles mais n’entendent pas ». Dans Jeremie 5, 21 il est dit que ceux-là sont des insensés. Le Coran, 7, 179, dit, lui, que ceux-là sont comme les bestiaux. Tout le monde comprend quel plaisir sexuel il peut y avoir à filmer des ébats sexuels, mais tout le monde comprend aussi que les actrices et acteurs peuvent être pris pour des bestiaux, dans l’affaire. Que pense Kechiche, que veut-il dire ? Que nous vivons dans un monde de bestiaux, trop sexuel ? N’est-ce pas plutôt lui qui se laisse aller à devenir bestiau, à considérer de jeunes artistes (surtout féminines, il y a une scène où seul le garçon est filmé avec pudeur) comme de la chair à pellicule ? Qui, dans cette affaire plutôt nauséabonde, a des yeux mais ne voit pas ? Où est l’insensé ?

En littérature, on est son propre matériau, en écrivant. Et tous les ans à la même saison, je hume et je photographie les roses de la roseraie, c’est sexuel, sensuel, sensé, érotique et délicieux pour les yeux aussi.

 

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rose 18-minAujourd’hui à la Roseraie du Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Une nuit des musées romantique et théâtrale au Petit Palais

Avant l’exposition Paris romantique 1815-1848 qui ouvrira mercredi prochain, 22 mai, le musée avait confié aux comédiens du Conservatoire de Paris 8e la Galerie Sud et le jardin pour une déambulation théâtrale sur le thème : « À l’époque romantique, sur le boulevard du Temple appelé aussi Boulevard du Crime se trouvent les théâtres populaires vers lesquels se presse une foule bigarrée. Retrouvez cette atmosphère bouillonnante en suivant les comédiens à travers le décor du boulevard reconstitué. »

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Samedi jaune oblige, les transports en commun s’arrêtant largement avant, j’ai marché une bonne partie du trajet pour rejoindre le Petit Palais, et c’était déjà très romantique.

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Le public était nombreux et ravi par les performances des joyeux comédiens

nuit des musees petit palais 3-min

nuit des musees petit palais 4-minIl y eut même de la danse

nuit des musees petit palais 5-minEnfin, beaucoup de vie, y compris devant La Vallée des larmes de Gustave Doré

nuit des musees petit palais 6-minL’ai-je bien descendu ?

nuit des musees petit palais 7-min

nuit des musees petit palais 8-minLes grisettes sont fort vivantes et joyeuses aussi, sous le regard de Sarah Bernhardt peinte par Georges Clairin nuit des musees petit palais 9-min

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nuit des musees petit palais 12-min

Différents auteurs romantiques sont joués ou évoqués, comme ici Hugo avec ses Derniers jours d’un condamné à mortnuit des musees petit palais 13-min

nuit des musees petit palais 14-minUn coup d’œil sur le Grand Palais par la baie vitrée, et le spectacle continue, jusqu’à la fin de la belle soirée

nuit des musees petit palais 15-minHier soir au Petit Palais, photos Alina Reyes

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La Joconde et l’Homme au sable

 

Dans le conte d’Hoffmann L’Homme au sable, où tout tourne autour de la question du regard, il est dit des yeux de Clara, l’une des deux femmes de l’histoire, qu’ils ressemblaient « à un lac de Ruisdael, où se réfléchit le pur azur d’un ciel sans nuages, le bois et la plaine fleurie, tout l’aspect vivant et coloré d’un riant et frais paysage. » Si l’on songe, en le lisant, à la Joconde, le texte d’Hoffmann, établissant ici une analogie entre des yeux et un paysage, et plus généralement faisant continuellement jouer le vis-à-vis regard-regardée, figure-reflet, animé-inanimée, réel-représentation, réalité-illusion, personne-artefact, être de chair-œuvre d’art, ce texte ouvre et éclaire le portrait de Monna Lisa de perspectives sans fin.

Hoffmann poursuit avec ces phrases qui pourraient s’appliquer directement à la Joconde : « Poètes et compositeurs renchérissaient encore et disaient : « Que parlez-vous de lac, ou de miroir ! Pouvons-nous jeter un seul regard sur cette jeune fille sans être frappés des accents célestes, des mélodies merveilleuses qui rayonnent dans ses yeux et qui nous pénètrent si profondément que tout notre être en est ému et inspiré ? Si nous ne faisons rien de vraiment beau, c’est qu’en général nous ne valons pas grand’chose, et cela nous le lisons clairement dans ce fin sourire qui voltige sur les lèvres de Clara, quand nous avons l’impertinence de lui rabâcher de ces lieux communs qu’on a la prétention d’appeler de la musique ou de la poésie, bien que ce ne soit qu’un vain assemblage de sons vides et confus. »

Regard céleste et fin sourire renvoient donc l’homme, après une extase, à sa petitesse et à son ignorance, dans un monde déstabilisé par une relativisation que nous pourrions dire encore une fois digne de la théorie d’Einstein. La « quiétude naturelle de Clara, son regard clair et son sourire plein d’une finesse ironique semblaient dire : « Mes chers amis ! Comment pouvez-vous prétendre me faire considérer comme des figures réelles, douées de vie et de mouvement, vos fantômes passagers et vaporeux ?… »

Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui est illusoire ? Le texte redouble la question avec la figure de l’autre femme, Olympe, qui, apprend-on, n’est en fait qu’un automate fabriqué par un alchimiste, avec des yeux récupérés, et qu’on retrouve finalement « assise à la porte d’une jolie maison de campagne auprès d’un homme agréable, sa main dans la sienne, avec deux beaux enfants jouant devant elle. »

Qui est le plus réel ? Le mortel ou la mortelle qui regardent la Joconde, ou la Joconde qui, depuis des siècles, avec un fin sourire, plante ses yeux dans ceux des mortels et des mortelles qui passent devant elle ?

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Mon texte précédent sur la Joconde est ici.

 

Twin Peaks The Return (réactualisé)

11-4-2019
J’ai fini de regarder avec beaucoup de bonheur la saison, avec ses 18 épisodes. Pour faire simple, je dirai que cette image de l’épisode 8, 55e minute :

twin peaks 8-55

m’a rappelé cette image de Man Ray

man-ray-masque-ebene

, qui pourrait un peu résumer l’inrésumable Twin Peaks.

 

5-4-19
Enfantin, somnambulique, ultralucide. Le personnage de Dale Cooper après sa sortie de la Loge noire est fantastique. Comme Kafka auquel Lynch l’a fait ressemblant, ainsi que je l’ai montré hier (cf plus bas dans cette même note), il travaille dans une compagnie d’assurances. Il y gribouille des dossiers, des documents d’affaires et son supérieur croit d’abord que cela n’a aucun sens, puis, en réfléchissant, il se rend compte que ces petits dessins révèlent en fait une vérité cachée, une probable grosse escroquerie (j’en suis à l’épisode 6). Dale Cooper voit, ainsi qu’il a vu au casino, à Las Vegas, les machines à sous prêtes à cracher. Aux innocents les mains pleines, et la vie dans la supérieure vérité, la vérité d’outre-tombe qui dépasse les basses réalités quotidiennes. Derrière la porte du même bois rouge dont fut fait le cercueil de Laura Palmer, la femme de ce Dougie, le deuxième de ses doubles, qu’il incarne et pour lequel il est maintenant pris, pourrait être une Laura Palmer qui aurait été moins fascinante, qui aurait eu une vie plus ordinaire, n’aurait pas été assassinée, se serait mariée avec Dougie-Dale au lieu que Dale cherche qui l’avait tuée, avec laquelle il aurait eu un enfant, et qui s’avèrerait posséder en fait un sacré caractère, notamment dans la scène face aux deux extorqueurs de fonds. Les jeux de miroirs dans tous les sens se poursuivent, et je terminerai pour aujourd’hui avec cette scène (ép.6, 43e minute) où Dale qui, de même que pour toute conversation il répète les derniers mots qu’on lui dit – mots ordinaires auxquels on ne prête pas attention et qui soudain, quand il les répète, acquièrent une familière étrangeté, deviennent aussi charismatiques et mystérieux qu’une Laura Palmer – alors que son boss à la compagnie d’assurances veut lui serrer la main, au lieu de la lui tendre, l’imite, lui tournant ainsi le dos. Ce qui donne un tableau rappelant La reproduction interdite de Magritte. D’un surréaliste à l’autre. Qui contemple la scène ? Le boxeur à l’affiche derrière eux, dans une position comparable sauf que ses mains sont des poings. En tournant le dos à un certain monde, Dale Cooper combat.

 

twin peaks 6 reprod interdite

René Magritte, "La Reproduction interdite"

René Magritte, « La Reproduction interdite »

 

4-4-19
Je regarde la saison 3 de Twin Peaks. J’en suis au quatrième épisode. Tant que je ne l’ai pas vue en entier, je ne peux pas lire les articles qui en parlent. Je vais donc noter ce qui me vient au fur et à mesure de mon visionnage. (Mais pas vraiment de spoil dans mon texte, car je n’évoque l’histoire que par certains de ses aspects).

Je regarde cette saison avec un grand enthousiasme, parce que j’ai adoré la première – la deuxième était un peu moins réussie. J’aime beaucoup beaucoup le travail de David Lynch, en particulier ses films Wild at Heart et Mulholland Drive, et j’étais allée voir son exposition de peinture à la Fondation Cartier. Mais je crois que ce que je préfère dans toute son œuvre, c’est Twin Peaks, conçu avec son producteur Mark Frost. Le fait que j’en ai montré le premier épisode à mes élèves de Seconde, à l’automne 2017, n’y est pas étranger. Je ne peux réentendre la musique d’Angelo Badalamenti et revoir la forêt du générique sans être transportée dans ce moment où nous avons visionné le film ensemble, sans revivre leurs réactions. Comme c’était vivant et beau. (Et j’avais choisi de consacrer à ce film les deux heures dont la dernière devait être consacrée à l’inspection de ma tutrice et d’une personne de l’académie, venues pour juger mon travail. Elles n’ont eu d’autre choix que de se tenir au fond de la classe et d’attendre la fin de l’heure et du film, c’est ainsi que j’ai torpillé leur contrôle et j’en étais ravie). Comme l’équipe pédagogique de l’année précédente les avait obligés à lire La petite Roque de Maupassant avant la rentrée, j’avais décidé de leur montrer ce chef d’œuvre de Lynch et d’établir ensuite une comparaison avec la nouvelle de Maupassant : nous avions lors de la séance suivante relevé les thèmes et motifs communs : le corps de la jeune fille assassinée retrouvé au bord de la rivière, le caractère de son découvreur, la réaction de la mère, l’accusation portée sur un vagabond, le déclenchement d’un univers fantasmatique, l’importance du bois, la forêt, l’eau…

Cette troisième saison, qui se passe vingt-cinq ans après la première, et lancée vingt-six ans après la fin de la deuxième, avec nombre des mêmes acteurs, est bien différente. Comme la première, elle constitue un choc, celui de son envoûtante poésie, qui vous transporte littéralement. Je me souviens très peu des histoires des films que j’ai lus ou des livres que j’ai lus, mais j’en garde une impression précise, quand ils m’ont fait forte impression. L’histoire n’est pas ce qui m’intéresse le plus et il ne m’intéresse pas de les résumer, d’ailleurs les histoires sont toujours un peu les mêmes, avec des variations. Ce qui m’intéresse c’est la façon dont elles sont dites ou peintes. David Lynch est un peintre de génie – avec sa caméra, bien plus qu’avec ses pinceaux.

Pour aujourd’hui, je voudrais juste signaler ce que j’ai remarqué hier soir en visionnant les épisodes 3 et 4. D’abord j’ai bien sûr été transportée de joie en voyant apparaître un portrait de Kafka dans le bureau du personnage incarné par David Lynch (l’agent sourd du FBI Gordon Cole), dans la 53e minute du troisième épisode :

 

twin peaks 3 kafka

Juste après, l’agent Albert Rosenfeld évoque « l’absurde mystère des étranges forces de l’existence ».

Un peu après encore, l’agent Dale Cooper n’est-il pas filmé de façon à ressembler à Kafka, dans son expression, ses oreilles, son costume :

 

twin peaks 4 k

 

Dans la 8e minute du quatrième épisode, la porte rouge du deuxième double de Dale Cooper, devant laquelle une limousine conduit ce dernier, rappelle, par le bois, les lignes et la couleur, le cercueil de Laura Palmer dans la première saison, filmé à l’horizontale bien sûr alors que la porte, en ce moment de résurrection de Dale Cooper est bien sûr verticale :

twin peaks cercueil laura palmer

twin peaks 4 porte agent cooper

Franz Kafka-Dale Cooper, Laura Palmer-Dale Cooper… Twin Peaks se démultiplie constamment en deux pôles, comme aussi, dans l’épisode 3, la répétition des paroles d’autrui par l’agent Cooper revenu de la Loge noire et dans l’épisode 4 la répétition de ce schéma par la répétition des paroles du doppelgänger de l’agent Cooper par Gordon Cole/David Lynch. Tout, y compris les lieux, y est jeux de miroirs et de kaléidoscope.

J’ai l’intention d’actualiser cette note, et ma réflexion, à mesure de mon avancée dans le visionnage de la série. À suivre, donc.

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