Scandale des élections d’aujourd’hui

En arrivant dans mon bureau de vote, à Paris, j’ai eu la surprise de voir qu’il y avait bien plus de candidats que je n’avais reçu de professions de foi. J’ai vérifié de retour à la maison : j’ai reçu sept professions de foi seulement, alors qu’il y avait onze candidats. Je vois que le problème est général, qu’énormément de gens, partout en France, n’ont reçu aucune profession de foi, ou ne les ont pas toutes reçues. Pourquoi ? Parce que la macronie a confié leur distribution à une société privée. À vendre ! Comme dit Rimbaud. Tout ce qu’ils peuvent vendre du pays, ils le vendent, et tout le bien commun qu’ils peuvent saccager, ils le saccagent. Et pour finir comme ça a commencé, ils saccagent les élections, donc la démocratie.

J’ai voté pour Audrey Pulvar. Je trouve que la gratuité des transports en commun, c’est une bonne idée à plusieurs titres, notamment du point de vue écologique – idée que j’entends d’ailleurs prônée à la maison, par O, depuis longtemps. Malheureusement ça ne sera peut-être pas pour tout de suite, mais c’est le jeu, on attendra. Un jeu que Macron a particulièrement pourri, plus que les autres politiques, lui qui dès sa campagne électorale a piétiné le politique pour faire du marketing – c’est ça aussi, voire d’abord, la cause de l’abstention : on ne vote pas, dans le marketing. Lui et sa clique, moitié traîtres à leur parti, moitié imbéciles et autres arrivistes, voire violeurs, sans conscience politique, ont fait et font beaucoup de mal à ce pays et à la démocratie. Qu’autant en emporte le vent, et qu’il emporte le RN avec.

Influenceurs et influenceuses ès illusions

Michel Onfray, « nietzschéen » qui déteste le catholicisme et Freud, déclare regretter « la civilisation judéo-chrétienne ». Cet athée enragé croit dur comme fer, en toute irrationalité, que Socrate n’a pas existé – mais quelle lucidité, quelle rigueur intellectuelle, attendre d’un homme qui, près d’un an après le début de la pandémie, croyait que le 19 de Covid 19 signifiait qu’il y en avait eu 18 avant ? Pas plus que d’un BHL citant Botul.

Il y a l’inconsistance des vieux « nouveaux philosophes », et il y a celle des jeunes « influenceurs » et « influenceuses ». Autrement dit, il y en a pour tous les publics, mais c’est la même soupe. Léna Situations et le magazine Elle font le buzz avec une couverture dudit magazine où la jeune femme apparaît « sans maquillage ». Sans maquillage mais, un coup d’œil suffit à le voir, pas sans fond de teint, pas sans rose à lèvres, pas sans eye-liner, pas sans mascara. Pourquoi dire vrai, quand on peut mentir ? La youtubeuse est par ailleurs l’« auteur » d’un livre sur le « développement personnel », publié, tiens, chez Robert Laffont, mon éditeur qui ne répond pas quand je lui envoie un manuscrit – dont j’ai le tort d’être l’auteure réelle.

Bien des guillemets (ah, j’avais écrit par lapsus « guillements »), mais il le faut, tant l’en-même-tempisme mensonger, débile et insensé ravage la société.

Des têtes qui déraillent

Les traducteurs ont un problème avec Pénélope comme avec Eumée, le porcher. La plupart du temps, ils refusent de suivre Homère quand il la qualifie de divine, de même qu’ils refusent de le suivre quand il qualifie le porcher de divin. Pour les autres personnages, l’adjectif divin ne les dérange pas, mais pour ces deux-là, ils trouvent plus souvent qu’à leur tour une autre épithète. Je me dis que dans leur tête ils doivent identifier Pénélope à leur femme, et le porcher à tout domestique ou homme « de condition inférieure », et que s’ils aiment bien ces gens-là, leur femme et les petites gens, ce n’est qu’à la condition de se sentir supérieurs à elle et eux, et de leur faire sentir plus ou moins discrètement leur supposée supériorité. Alors les qualifier de divins, ne serait-ce pas les disqualifier, eux, les intellectuels convaincus d’avoir seuls accès au monde de l’esprit ? Voilà comment se perpétue à travers les siècles, à travers tant d’œuvres, la malformation de l’esprit consistant à inférioriser les femmes et les classes sociales modestes.

Macron vante la culture classique de Rimbaud ; on dirait bravo s’il était encore possible, dans ce pays, d’étudier les lettres classiques, le grec et le latin. En même temps on n’est pas surpris qu’il dise une chose et fasse son contraire.

Cela dit, il ne suffit pas d’avoir étudié les lettres classiques pour être Rimbaud, ni pour avoir l’esprit libre et ouvert, comme le prouvent tous ces traducteurs d’Homère empêtrés dans leurs préjugés et autres complexes de leur monde si freudien. Non solum ils sont vieux jeu, sed etiam ils sont malhonnêtes.

L’Odyssée, miracles et réflexions ; sur la royauté

Le verbe me sort de la tête comme la nourriture sortit de la tête d’Homère, quand il me la donna à manger en rêve, dans ma jeunesse. J’ignorais alors qu’un jour je traduirais l’Odyssée, et que je la traduirais par Dévoraison, mais l’esprit en moi le savait. De sa tête, qu’il me donnait donc à manger, montaient des sortes de fils multicolores, c’était ce que je mangeais et dont je sais maintenant qu’ils étaient les vers qu’aujourd’hui je traduis, les sortant à mon tour de ma tête, passés par alchimie du verbe d’une langue à une autre. « Moi je trame des amorces », comme dit dans ma langue Pénélope, dont j’ai aussi traduit le nom – que je ne donne pas pour l’instant au cas où il changerait. Dévor aussi est l’homme aux mille amorces, plutôt qu’aux mille ruses, comme je l’ai expliqué. Ce que je comprends de l’Odyssée a mûri dans ma tête et mon sang depuis des décennies, depuis mon adolescence de collégienne amorçant pour la première fois une traduction de quelques vers de ce texte. Ce n’est pas une traduction à distance du texte que je donne, c’est une traduction que je sors de la tête d’Homère lui-même, et de ma propre chair qui l’a mangée.

Traduire l’Odyssée est un régal grâce à la richesse de son sens, et à la splendeur de sa langue, composite, archaïque et unique, moderne au sens où elle est pure nouveauté dans son époque et pour toute époque, étant donné qu’elle n’a jamais existé que dans, par et pour ce poème. Qui la traduit doit aussi réinventer sa propre langue, à partir de ce qu’elle est, ce qu’elle fut, ce qu’elle pourrait être. J’ai été contente de trouver le mot pharmaque, un vieux mot français devenu inusité, qui sonne si particulièrement et traduit au plus près le mot grec qu’on traduit habituellement par drogue. Je ne cherche pas à multiplier ce genre de trouvailles, il ne faut pas s’embarquer dans un système, tout doit rester libre et ouvert, variable et changeant, avec aussi un aspect hiératique pour respecter la situation, la dimension du poème, qui n’a rien de prosaïque, dans un texte où le porcher lui-même est mille fois qualifié de divin. Il me semble qu’à part Leconte de Lisle, tous ceux et celle qui ont traduit l’Odyssée jusqu’à présent se sont efforcés de la transposer dans une langue prosaïque, y compris et spécialement Bérard malgré la fausse poésie de ses alexandrins blancs. Seulement la traduction de Leconte de Lisle est souvent approximative, et comme je l’ai maintes fois noté, au moins aussi misogyne que les autres, alors qu’Homère n’est pas du tout misogyne – ce qui est tout sauf un détail concernant ce poème où les femmes ont une si grande importance.

Je n’ai toujours pas vu la traduction de Lascoux, qui vient de sortir, toute farcie d’onomatopées comme au guignol, mais le fait qu’il appelle Aphrodite « fifille », en contradiction totale avec le regard d’Homère, ne laisse rien espérer de mieux pour ce qui est du sexisme qui défigure complètement l’esprit de l’œuvre – appelle-t-il Zeus « pépère », pour achever de rabaisser le poème ? J’y reviendrai dès que j’aurai eu l’occasion de consulter cette traduction que je n’ai certes pas l’intention d’acheter. Son auteur se dit musicien et avoir voulu faire œuvre de musicien, c’est très bien, moi aussi j’ai une oreille, j’ai pratiqué la musique depuis l’enfance et longtemps, en particulier le chant choral, mais enfin il ne suffit pas d’avoir l’air, à tous les sens de l’expression, il ne suffit pas de se donner un air, de donner un air à ce qu’on fait, ni pour faire de la poésie, ni pour faire quoi que ce soit. Poésie, en grec, signifie faire, cela implique le concret, le solide, quelque chose qui n’appartient pas au domaine des apparences, du bluff. On ne fait pas des enfants en se masturbant ni en jetant de la poudre aux yeux d’autrui. Croire à ses fantasmes et y faire croire, voilà le nihilisme, celui qui est à l’œuvre aussi dans ceux qui fantasment sur la royauté, les Macron comme ceux qui giflent les Macron, les faux rois comme les faux sujets. Voilà la dévoration, et voilà la nécessité de la raison, de la réflexion fondée, pour sortir l’être et le monde de cette folie.

*

« Ô femme, nul mortel sur la terre sans frontières
Ne te blâmerait ; car ta gloire va jusqu’au vaste ciel ;
Toi, telle un roi irréprochable qui, respectueux
Des dieux, règne sur un peuple nombreux et courageux,
En soutenant le bon droit, tandis que la noire terre
Porte l’orge et le blé, les arbres se chargent de fruits,
Les brebis font des petits, la mer fournit des poissons,
Et les peuples, sous son bon gouvernement, sont heureux. »
Dévoraison, XIX, 107-114 (ma traduction)

Pays agité

Raoult délire toujours, Mélenchon délire, Lalanne cogne un journaliste, un type gifle Macron au cri de « Monjoie ! Saint Denis ! », Papacito reprend la mise en scène de Charlie Hebdo (« Le Coran n’arrête pas les balles », transformé en « Le gauchisme est-il pare-balles ? », l’un mettant en scène le meurtre d’un musulman, l’autre celui d’un Insoumis), Zemmour soutient évidemment Papacito, Enthoven trouve Le Pen « tout en finesse » et appelle au moins subliminalement à voter pour elle… Un bon paquet de fachos dans le tas de fous qui s’agitent dans le pays, et dont ceux-là ne sont que le visible de l’iceberg à la dérive.

La santé mentale des Terriens a été éprouvée par la pandémie. Il y a des gens qui ont eu à en souffrir plus que d’autres et il est normal qu’ils s’en trouvent mentalement plus fragilisés ; mais parmi ceux qui n’ont pas eu plus que d’autres à en souffrir, ceux qui manquent d’hygiène de vie sont visiblement particulièrement atteints. Dans les premiers confinements, certains se sont moqué de voir tant de runners soudain dans les rues de la ville, pendant l’heure de sortie autorisée. Mais ils avaient raison de courir. Ou de faire d’autres sports. Faire circuler son sang aide à évacuer les ruminations morbides, les obsessions, les délires paranoïaques, les haines. À condition bien sûr d’agir avant de s’enfermer dans un mental rouillé et verrouillé, que plus rien ne peut libérer. Un pays dont trop de citoyens ont l’esprit déréglé, incapable de se sortir de logiques d’échec et de chemins qui ne mènent nulle part, est un pays en danger.

Mobilisée par ma traduction, je marche moins souvent mais je fais du vélo chaque fois que je dois m’éloigner de quelques kilomètres – vivement qu’il y ait moins de voitures encore à Paris et qu’on puisse y respirer un meilleur air -, je continue le yoga, je reprendrai la gym et la course en fin de semaine ou la semaine prochaine (je viens de recevoir la deuxième dose de vaccin, je préfère éviter de me fatiguer trop rapidement après, comme la dernière fois). Le mal des hommes vient beaucoup de ce qu’ils ne se sentent pas assez vivants. J’ai toujours eu à cœur de me sentir très vivante, ça amusait un ami il y a très longtemps, mais à quoi bon vivre, si c’est pour avoir le corps et l’esprit dans les limbes ? Je suis très vivante et très en paix.

Le nom que j’avais trouvé, Pèlefil, pour traduire Pénélope (comme expliqué ici) ne me satisfaisait pas. J’en ai cherché et trouvé plusieurs autres, et finalement retenu un qui me semble particulièrement pertinent. Jusqu’à nouvel ordre du moins, je le garde. (Ordre de l’esprit sain, ou saint :)

Du sexisme au monde du crime, réflexion du jour

Pour l’instant, en fonction de ce que j’ai expliqué ici, j’ai appelé Pénélope Pèlefil, mais ça changera peut-être. Pénélope, au vers 254 du chant XVIII, dit à un prétendant : εἰ κεῖνός γ᾽ ἐλθὼν τὸν ἐμὸν βίον ἀμφιπολεύοι. Le dernier mot du vers est un verbe, « amphipoleuo », qui signifie servir. Le Bailly donne aussi comme sens « prendre soin de », mais en donnant pour seul exemple ce vers. Le nom « amphipolos », très couramment employé, signifie serviteur. Ce que dit donc Pénélope, c’est : « s’il revenait servir ma vie ». Il y a même un sens religieux à ce verbe, puisqu’il signifie aussi « être prêtre » ou « être prêtresse », dans le sens où le prêtre sert le divin. Littéralement, le verbe signifie « tourner autour ». Comme les planètes tournent autour d’un astre. Bref, on peut voir là le très haut statut qu’Homère confère à « la très sensée Pénélope » – qui vient d’apparaître parmi les prétendants, les subjuguant tous. Tous ne tournent-ils pas inlassablement autour d’elle ? Mais ils ne le font pas « selon le cosmos », c’est-à-dire selon l’ordre juste, c’est pourquoi Homère bâtit son histoire autour de la nécessité de rétablir l’ordre cosmique des choses humaines, en éliminant toutes ces planètes qui usurpent leur place.

Il n’y a pas d’autres sens à ce verbe « amphipoléo ». Eh bien, nos traducteurs sexistes, dont j’ai déjà plusieurs fois évoqué les nombreux abus, trouvent moyen de le traduire quand même autrement. Les plus honnêtes disent « prendre soin de », ce qui est tout de même une formule qui atténue beaucoup le sens du verbe grec. Mais même « prendre soin de », c’est trop d’honneur fait à une femme, pour certains. Ainsi Leconte de Lisle, qui n’en est pas à son premier mauvais coup sexiste, traduit-il : « s’il gouvernait ma vie » ; Dufour et Raison font encore pire, ils traduisent « s’il gouvernait son bien », estimant donc que la vie de Pénélope appartient à son époux, fait partie de ses biens, et qu’il leur faut corriger la pensée d’Homère en disant qu’il doit la gouverner, et non la servir. Bérard dit « veiller sur ma vie », ce qui est moins brutal mais sent fort son paternalisme.

Près de trois millénaires après Homère, les intellectuels sont devenus incapables de comprendre le regard d’Homère sur les femmes. Le christianisme est passé par là, en particulier le catholicisme, qui a gâché l’être des femmes comme il a gâché l’être des enfants. Qui a gâché l’être des hommes, aussi, avec son regard forcément condescendant sur l’être humain, stigmatisé, considéré hiérarchiquement comme né pécheur et surtout pécheresse. Les intellectuels sont devenus trop souvent à l’image de ces vieux hommes qui, dans l’émission Apostrophes, adressaient reproches et conseils condescendants au grand Mohamed Ali, ne supportant pas qu’il se dise le plus grand. Sa réplique est entrée dans l’Histoire.

… vous vous dites, « quel est ce Noir qui ouvre sa grande gueule ? Nous ne lui avons jamais appris à se comporter de la sorte ! Les gens comme ça, nous en avons fait des esclaves. Nous n’avons jamais appris à ces gens-là à être fiers (…) Quel est ce Noir qui subitement se permet d’ouvrir sa grande gueule pour dire qu’il est le plus grand ? » Alors ça, ça vous gêne ! »

Eh bien moi, traduisant Homère, je dis aux hommes, quelle que soit leur couleur, qu’ils ne sont pas plus grands que les femmes, et surtout je dis aux femmes qui ne le savent pas toujours bien qu’elles aussi peuvent être « la plus grande », exceller dans tel ou tel domaine. Au Moyen Âge, en Occident, on a eu ce sentiment de la grandeur des femmes, qu’on retrouve dans la littérature courtoise avec ses chevaliers servants, au service d’une dame. Puis l’avènement de la bourgeoisie a emporté toute cette poésie, les corps sont devenus puants, au sens propre, si on peut dire, et au sens figuré, et bien sûr, les âmes aussi. Le vieux monde n’est pas sorti de cette puanteur et il ne veut pas en sortir, il veut même s’y enfoncer ; le mieux à faire est de le laisser tomber. Comme vient de le faire le cardinal Marx, démissionnant à cause des abus sexuels dans l’église, constatant « un échec institutionnel et systématique ». La récente découverte d’un charnier de centaines d’enfants sans nom dans un pensionnat catholique du Canada s’ajoute à la trop longue liste des crimes de cette institution. Collaborer avec les criminels, que ce soit dans l’église ou ailleurs, c’est participer au crime et renforcer ses moyens de se perpétuer.

Mais le monde du crime, comme toute mafia, refuse par tous ses moyens illégaux et scélérats qu’on le quitte. Cela peut être un combat de nombreuses années, et l’issue en est incertaine. Vous soumettre ou vous tuer, telles sont les seules options du vieux monde criminel. Le plus terrible est de constater combien aisément il trouve des complices, qu’il embrigade au prétexte d’une prétendue bonne cause. Il y a du souci à se faire pour l’humanité.

Des vieux cons

PPDA : 23 femmes l’accusent de viol, d’agression sexuelle ou de harcèlement. Sa défense, rapportée servilement par France Info ? À 73 ans, le bonhomme se croit encore poursuivi par les femmes, se croit follement désirable sans doute puisqu’il s’imagine qu’il les obsède. Il me fait penser à Goebbels qui offrait des médaillons avec son propre portrait aux femmes qu’il convoitait et qui ne voulaient pas de lui, pensant ainsi les séduire enfin. Le même mécanisme que celui que je notais dans la pièce vue hier, où un homme croit parler d’une femme alors qu’il ne dit absolument rien d’elle, ne lui accorde même pas l’humanité d’un nom, et ne voit en fait que lui-même. Une inversion de la réalité associée à une corruption du langage, chez Goebbels comme chez les hommes de télévision et plus généralement les hommes en vue, ceux qui font les singes en pavoisant dans leur gloriole. Je note que la presse rapporte complaisamment l’  « excuse » de PPDA, et qu’elle est beaucoup moins complaisante avec les harceleurs de Mila. Ah mais c’est que ce ne sont que des jeunes « qui ne sont rien », comme dit Macron. N’empêche, les vieux cons n’ont même pas l’excuse de l’âge, ils sont gravement plus cons que les jeunes cons. Notamment ceux qui se croient irrésistibles au point de se croire autorisés à harceler par tous moyens, manipulations et autres mensonges et abus, une femme qui ne cesse de les repousser, s’imaginant qu’ils arriveront ainsi un jour à leurs fins, quand ils auront cent ans peut-être ? Oui, quels cons.

La bête immonde

D’après un sondage, si les élections présidentielles avaient lieu aujourd’hui, Le Pen arriverait en tête au premier tour : voilà « le monde d’après » Macron.

L’extrême-droite est plus que jamais vivace en France et ailleurs. Et hier au théâtre j’ai vu une pièce où, dans la même phrase, étaient prononcés le prénom de Pétain et le nom d’un philosophe nazi. Non, la bête immonde n’est pas morte. Dans la pièce, les seuls personnages en scène sont un père et son fils, et les seuls deux autres personnages évoqués sont un Noir, sans nom ni prénom et d’emblée assassiné, et une femme, sans nom ni prénom et d’emblée morte, et sans aucune existence bien qu’obsessionnellement mentionnée par le père et le fils, et surtout par le père, qui ne parlent en fait que d’eux-mêmes. Non le suprémacisme blanc et le patriarcat ne sont pas morts : ils font partie de la bête.

Une bête qui tantôt se dévoile brutalement – « Nous sommes la bête qui monte, qui monte… », disait Jean-Marie Le Pen – et tantôt s’insinue insidieusement dans une langue contaminée, une vieillesse pas encore morte, une jeunesse abusée par un vieux passé enfoui dans le moi profond, dirait la langue des coachs, et dangereusement viral.

Singeries

Beaucoup de singes ont des positions de pouvoir dans la société parce que beaucoup d’humains se laissent fasciner par la singerie.

La singerie, c’est le bluff, le simili, simili-savoir, simili-grandeur, simili-bonté, simili-intelligence, simili-philosophie, simili-poésie, etc., et même simili-amour, par quoi briller de plus de paillettes que n’en voudraient présenter le vrai savoir, la vraie grandeur, la vraie bonté, la vraie intelligence, etc. C’est ainsi que bien des humains qui disposent, par exemple, d’une vraie intelligence, se laissent séduire, comme les imbéciles, par la singerie, qui flatte leur humilité au double sens où les paillettes du singe, dont ils croient voir quelques reflets sur eux, leur semblent donner un peu de lustre à leur propre talent, jusque là moins préoccupé de briller que de s’exercer honnêtement, et où le singe singe en même temps que la brillance l’humilité, semblant ainsi se faire proche du vrai humble.

Il me semble que les hommes sont particulièrement sensibles à la singerie. Les femmes aussi, mais comme elles sont opprimées depuis la nuit des temps par la singerie des singes mâles, elles la démasquent plus souvent plus aisément. Alors que l’enjeu est autre pour les hommes : les singes étant habiles à monter à l’échelle sociale, leur manifester des signes de soumission ou d’admiration ou simplement de respect est un moyen séculaire aussi pour les hommes de s’assurer dans une société de mâles. Les femmes qui flattent les singes pour grimper à l’échelle doivent donner plus en retour, soit de leur corps, soit de leur service. Les singes mâles s’entraident naturellement, tout en se concurrençant et en se détestant, car c’est la condition de survie de leur système, et c’est en recrutant parmi les hommes et les femmes (en moindre proportion, le système l’exige) de nouveaux singes qu’ils font prospérer ce même système, qui permet d’écarter autant que possible les humaines et les humains de leurs affaires de singes.

Après tout, c’est leur vie de singes. Leur affaire. Pas la mienne. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain.

De la langue, et du Moyen Âge présent et à venir

Les paroles s’envolent, les écrits restent, selon le dicton. Homère, lui, dit souvent qu’il est mal de parler en vain, et distingue ce bavardage du discours apteros, c’est-à-dire « qui ne s’envole pas ». Cette parole-là, tout orale qu’elle soit, reste, s’imprime dans l’esprit de qui la reçoit, et par là, agit.

Est-il vain de parler des discours vains ? En partie, dans le sens où c’est donner de l’importance à la confusion qui règne. Mais nul corps ne peut se dispenser d’évacuer ses déchets, et le corps du Discours, comme le corps social, doit être régulièrement assaini par un travail de rejet des discours vains et faux.

Macron estime maintenant que nous vivons « des temps très moyenâgeux ». Voilà qui est plus qu’approximatif, mais la clarté intellectuelle n’est pas son fort, et comme il est une boussole qui indique toutes les directions en même temps sauf le nord, on pourrait en déduire qu’au contraire nous allons vers des temps médiévaux (et non moyenâgeux). Le fait est que tous les temps sont médiévaux, au sens où médiéval signifie entre deux, époque de transition. Un autre fait est que le partage de l’Histoire en grandes époques à épithètes n’est qu’une convention grossière, remise largement en question par les historiens. Enfin un autre fait à considérer quand on parle aujourd’hui de Moyen Âge est l’extraordinaire engouement des plus ou moins jeunes générations pour une culture inspirée de l’imaginaire médiéval, dans les mangas, les jeux vidéos, le cinéma… sur à peu près toute la planète. Tout le contraire du vieux fantasme d’un sinistre Moyen Âge « moyenâgeux » dont il faudrait sortir.

Les discours de Macron, comme d’une très grande partie des divers discoureurs qui occupent l’espace médiatique, s’envolent parce que, contrairement aux oiseaux, ils ne savent reposer sur rien de concret. Tant que la colombe du Déluge ne peut revenir à l’arche avec un rameau d’olivier, tant qu’elle n’a trouvé nul endroit sur lequel se poser, l’esprit humain est ballotté par les flots, perdu dans le néant, menacé de destruction prochaine. Ce qui perd l’homme et les peuples, c’est la confusion intellectuelle.

L’époque où a vécu Homère (huitième siècle avant notre ère) a souvent été qualifiée de moyen âge de l’Antiquité grecque. Avoir étudié la littérature du Moyen Âge, l’avoir lue en ancien français, m’aide beaucoup, de fait, à comprendre ce qui jusqu’ici est resté incompris, tant dans l’Odyssée que je suis en train de traduire, que dans ce qu’est un Moyen Âge moderne, nullement moyenâgeux, vers lequel nous pourrions aller, pour trouver le monde habitable. Cela passe par une innocence et une libération de la langue.

Détournements d’âmes, chauvinisme et boomerang

« Exhorte-les à arrêter ces folies, en les conseillant gentiment ; ils ne t’obéiront pas, parce que pour eux s’avance le jour fatal. » Homère, Odyssée, XVI, 278-280 (ma traduction)

Macron détourne pour sa promotion les youtubers Mcfly et Carlito. Outre l’indignité politique de l’opération, qui continue à défigurer le fait politique en France, il faut souligner la tristesse qui en résulte pour tous les jeunes qui appréciaient ces youtubers et qui se trouvent maintenant pris dans ce piège tendu par le pouvoir. Beaucoup, trop déçus, ne veulent pas regarder la récupération en question. D’autres regardent et se sentent plus ou moins salis de le faire. Macron fait partie de ces gens qui salissent tout. Ça a commencé avec une campagne électorale pleine de bidonnages, public commandé, applaudissements commandés, etc., ça a continué, dès son élection, avec les insultes aux Français, puis avec la violence criminelle contre les Gilets jaunes, puis tous les actes de division du peuple, comme le discours antiséparatiste qui est en fait, en classique inversion « diabolique », une action de séparatisme, de division pour mieux régner, mieux faire régner le discours de l’extrême-droite, à la fois pour le récupérer et pour se poser en rempart contre lui, le moment venu. Quand on regarde le plan d’action de Joe Biden pour son pays, alors que dans notre pays seules les manœuvres politiciennes, et du plus bas étage, font office de politique et de gouvernance, on se dit qu’il faudra qu’on vire notre micro-pseudo-Trump et qu’on trouve un Biden qui, sans être plus parfait que ne l’est Biden, aura du moins comme lui le courage d’agir, au lieu de remuer du vent.

Je lis que Cyril Hanouna voudrait qu’on destitue le groupe rock italien qui a gagné l’Eurovision au motif qu’on les soupçonne de s’être drogués (en fait le test prouve ce soir qu’ils ne s’étaient pas drogués), et qu’on donne ainsi la première place à la Française, arrivée deuxième. Cette dernière a déclaré qu’ils avaient été élus et que le reste, « qu’ils se droguent ou qu’ils mettent leur culotte à l’envers », ça ne la regardait pas. Merci à elle pour cette réponse au chauvinisme français, une hystérie aux relents nationalistes dans la ligne du discours dominant, discours d’extrême-droite, de gens qui salissent tout. Trump non plus n’a pas accepté de n’être pas l’élu. Qui vole un œuf vole un bœuf, dans l’état d’esprit où est la France de Macron et d’Hanouna, on pourrait bien avoir des problèmes aux prochaines présidentielles. Gare à l’effet boomerang, messieurs.

L’insupportable morgue et domination des journalistes

Corporatisme des journalistes qui n’aiment pas qu’on attaque tel ou tel titre ou journaliste. Les articles bidonnés ou bâclés par certain·e·s de leurs confrères et consœurs, ils ne les voient pas ? Ils les gobent comme le lecteur moyen, qui ne sait pas ? Ils ignorent à ce point leur métier ? Ou bien ils voient, et cela ne leur fait ni chaud ni froid ? Je dis qu’un titre trop accommodant avec le mensonge perd toute crédibilité, même si certains de ses journalistes font un travail correct. Il devient illisible, comme tout ce qui est corrompu à la racine.

Même des journalistes de gauche, ceux qui aiment bien dénoncer les dominations, soutiennent et exercent eux-mêmes une domination sournoise, minable, voire criminelle, à la fois sur leurs lecteurs et sur les gens dont ils parlent. Se permettant si souvent de déformer les propos qu’on leur tient, de déformer des faits, d’affirmer sans avoir enquêté, et même de bidonner des articles, d’inventer ce qu’ils présentent comme vrai, de mentir (raison pour laquelle, les ayant trop pris sur le fait, je n’ouvre plus ni L’Obs ni Libé). J’ai une formation de journaliste et je vois ce qu’ils font, depuis cette formation et aussi depuis ma position de proie potentielle pour les journalistes – combien de fois m’a-t-on prêté des discours que je n’avais pas tenus, combien de fois a-t-on rapporté avec des approximations énormes ce que j’avais dit ou fait, combien de fois m’a-t-on insultée parce qu’on avait la possibilité de le faire et que je n’avais pas la possibilité de répondre, à combien de milliers de gens ont-ils de la même façon nui, combien de fois ai-je vu leur traîtrise, leurs connivences avec tel ou tel pouvoir, leur fausseté, leur propension non à dire les faits mais à promouvoir ou salir telle ou telle personne, tel ou tel événement.

Voilà qui ferait un beau sujet d’étude pour des sociologues. Le journalisme a sa noblesse, s’il est exercé avec honnêteté. La France fait partie des pays, malheureusement, où il est particulièrement corrompu et vendu. En toute impunité. Cela aussi devra changer. Cette domination inique, si largement répandue, elle aussi devra être largement dévoilée, remise en question, mise en accusation, sanctionnée. Afin que puisse continuer à vivre, et vive, un journalisme au service des faits et des citoyens, plutôt qu’au service de tel ou tel notable, de tel ou tel pouvoir.