Le temps de la perversion


La Résurrection des morts et le jugement dernier, acrylique sur bois, 25 x 20 cm. Une oeuvre de Dimo, à voir en grand, ainsi que d’autres, sur son site.

 

Pour être libérées, les Femen européennes arrêtées en Tunisie ont présenté leurs excuses et se sont désavouées. Tu parles de militantes. Au premier problème, elles se déculottent. Voilà ce qu’il en est des soumis au système qui les emploie : achetés, ni courage ni honneur.

En Europe, elles sont assurées de n’être sanctionnées ni pour leurs attentats à la pudeur ni pour leurs manifestations non autorisées. Alors qu’un jeune manifestant du mouvement les Veilleurs a écopé de quatre mois de prison, dont deux avec sursis, pour refus d’obtempérer. Mais lui n’était pas une serpillière au service de la cause de l’Occident contre les Arabes ni contre l’honneur de l’être humain.

Toujours pas de nouvelles de ce qui s’est passé à Argenteuil il y a quelques semaines, où des femmes voilées ont été agressées, l’une d’elles en perdant le bébé dont elle était enceinte. L’enquête avance-t-elle vers la mise au jour de la vérité, ou vers l’enfouissement de la vérité ?

Un médecin italien se déclare prêt à greffer des corps de morts en bonne santé sur des têtes bien vivantes, qu’il couperait de leur corps handicapé ou malade. Dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle, des médecins multipliaient les expériences d’électrisation de têtes guillotinées, pour les voir faire d’horribles grimaces et tenter de les rendre à une vie. L’un d’eux alla jusqu’à injecter son propre sang dans une tête coupée. Et l’on rêvait de pouvoir interroger les têtes de meurtriers ainsi ravivées pour obtenir leurs aveux.

Aujourd’hui le mal se cache mieux que ça. Et il ne faut pas y aller de main morte pour libérer les hommes qu’il enterre.

 

Histoire d’art

Entre un art contemporain, qui sur l’invitation du Vatican représente « Noé, Abraham et la nouvelle humanité, par de la toile de sac, du fil et des ampoules », dans une esthétique non pas pauvre mais misérable et misérabiliste, et un art liturgique néo-catéchuménal centralisateur, centré non sur le Christ mais sur un gourou omniprésent et omnipotent, excluant Dieu, le Vivant, qui se donne dans la diversité de sa beauté… l’article salutaire de Sandro Magister – dont, en lien, « Seule la beauté nous sauvera ».

Bien-pensance, confusion. Salut


oeuvre de Françoise Burtz

 

Les racistes français font trop souvent la confusion entre Arabes et musulmans ; leur racisme historique envers les Arabes alimente leur islamophobie. Mais les musulmans français font trop souvent aussi cette même confusion. Leur islam est identitaire, et leur identité est moins islamique que maghrébine. Les femmes doivent se voiler comme elles le faisaient dans de vieilles sociétés patriarcales (dont les Maghrébins du Maghreb cherchent à se libérer), la rupture du jeûne de ramadan est présentée comme une occasion de retrouver encore les traditions de « là-bas », mets typiques etc. Ce repli identitaire, comme bien d’autres, a ses raisons – il n’en demeure pas moins mauvais. Laissons l’identitaire à sa place, ne confondons pas tradition et religion, cherchons davantage l’esprit universel de l’islam.

Quoique mon parler y ait toujours été respectueux, et quoique je sois des très rares commentateurs qui parlent à visage découvert, je ne peux plus commenter sur saphirnews.com, ni sur oumma.com ; mes commentaires sont systématiquement censurés chez le catholique Patrice de Plunkett, chez BHL et sa Règle du jeu aussi ; j’ai proposé un blog à Rue 89 sur des questions de religion liées à l’actualité – ils m’ont demandé un premier post pour voir, puis n’ont pas répondu. Athée, juive, chrétienne ou musulmane, la bien-pensance dans ses divisions œuvre en commun contre la parole libre, la parole de vérité. Rien de nouveau sous le livide soleil des hommes.

Hier était la fête de Jean le Baptiste, qui a perdu la tête par la faute d’Hérode, et non par celle d’une petite danseuse manipulée. La danseuse, le danseur en Dieu, eux, font tomber les têtes d’Hérode – car il en a beaucoup, comme la bête de l’Apocalypse. Autant de têtes qu’il y a en ce monde d’abuseurs et manipulateurs en tous genres, et notamment tous ceux qui sur internet ou ailleurs parlent sous diverses identités et commettent des abus de pouvoir répétés. Jean crie encore dans le désert contre bien des faux pieux, qui vont jusqu’à le confondre avec la bête.

La vidéo de la bagarre qui a coûté la vie à Clément Méric révèle semble-t-il qu’il a attaqué le premier. Je désapprouve entièrement une telle attitude, mais il n’en reste pas moins que c’est lui qui est mort, que c’est du côté des skinheads que se trouvait un poing américain, que les antifas n’ont jamais tué ni été animés par la haine raciste et homophobe, que les skinheads ont fait d’autres morts bien avant que les antifas n’existent, que les antifas se sont constitués en réaction aux agressions multiples des skinheads, à une certaine période qui semble-t-il se réactive. Encore une fois, évitons de tout confondre.

«Je suis Moïse sauvé des eaux. Je ne voulais pas partir. On a dû laisser le manger sur la table. Je suis née le 5 septembre 1932 sous le signe de la Vierge. Dimanche, je suis allée remercier la Vierge de m’avoir sauvé la vie. Avec les habitants du village, on s’est rassemblés à l’église, puis à la salle des fêtes, et on a chanté «Douce Vierge de nos vallées», confie Marie-Antoinette Destrade. Le texte de ce chant se trouve dans Voyage.

 

Terreurs

photo Ahlam Shibli

 

En Syrie, un ermite chrétien a été tué par des rebelles.

En France, à Agen, des skinheads de Troisième Voie, mouvement proche des JNR mises en cause dans la mort de Clément Méric, se sont acharnés sur un jeune homme d’origine maghrébine ; comme contre le jeune militant de gauche, des agresseurs étaient munis de poings américains.

Black-out politique et médiatique sur les agressions de femmes voilées par des skinheads, à Argenteuil ces dernières semaines. Mais on a le plaisir de nous annoncer un « coup de filet antiterroriste », à savoir l’arrestation de « six membres présumés d’une cellule islamiste ».

L’exposition « Phantom Home » d’Ahlam Shibli, photographe palestinienne, au Jeu de Paume, déclenche menaces de mort, alertes à la bombe et harcèlement du musée de la part de certains juifs. Lire l’excellent article d’André Rouillé sur Paris-art.

 

La vérité

à l'entrée du Jardin alpin du Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Crue du gave. Les deux morts qui sont à déplorer, l’une à Luz parce que l’homme a été emporté par les eaux alors qu’il contemplait le gave en crue depuis un pont, l’autre à Pierrefitte parce que la femme qui venait d’être évacuée pour sa sécurité a voulu retourner chez elle prendre des affaires, nous rappellent deux leçons bibliques : ne pas mettre Dieu au défi ; ne pas se retourner, comme la femme de Loth, sur ce qu’on perd alors qu’on est en train d’être sauvé.

Mur des Lamentations : un garde israélien tue un juif parce qu’il a crié « Allah Akbar ». C’est pourtant vrai, Dieu est le plus grand, et le mur des Lamentations est bien un lieu où le rappeler. Mais nul abuseur ne supporte d’entendre la vérité.

Salon aéronautique du Bourget : les Femen interpellent François Hollande, l’une portant sur son dos l’inscription « Fly away from islam ». Jamais « Fly away from judaïsm », quoique les juifs intégristes soient tout aussi rigoureux que les musulmans intégristes quant à l’obligation de pudeur des femmes. Qu’elles aillent s’exhiber dans leur quartier à Jérusalem, elles seront aussitôt lynchées, comme d’autres femmes l’ont été pour bien moins que cela. Pseudo-féministes, en réalité jouets d’idéologues au service de l’impérialisme.

 

La vie

 

C’est miraculeux qu’il n’y ait pas eu d’autres morts. Nous regardons les photos, les vidéos, tout notre pays dévasté, ce pays avec lequel nous faisons corps. Est-ce lui qui souffre pour nous, ou nous qui souffrons pour lui ? Tous ces gens que nous connaissons depuis un quart de siècle et que nous aimons, et qui n’ont plus qu’un pays en ruines. Combien de mois faudra-t-il pour rétablir l’accès au village, à tous ces villages ? Les ponts sont écroulés, les routes détruites, parfois il n’en reste même pas la trace. Des maisons, des hôtels aussi paraît-il, sont effondrés. Notre grange, la maison qui fut notre maison, là où elle se trouve, en altitude, n’a rien risqué. (Mais le beau chalet du notaire qui l’a vendue pend misérablement, détruit, dans le vide qui s’est ouvert sous lui). Comment les gens vont-ils reprendre leur vie ? Nous sommes traumatisés, bien sûr. Alors il faut regarder vers les hauteurs. Vers les hauteurs il y a encore de la neige, mais surtout beaucoup de vert. De l’herbe, des troupeaux. Des montagnes debout, splendides, nos montagnes bien-aimées, égales à elles-mêmes. Nos constructions humaines, les eaux déchaînées les ont emportées comme des fétus de paille. Mais puisque c’étaient des constructions humaines, l’humain saura les reconstruire. Et c’est dans les moments de reconstruction que vient l’opportunité de se laisser refaire soi-même par ce qui est arrivé. Voilà le moment, l’heure de connaître si nous nous enfonçons, si nous nous changeons en statues de sel, ou si, même douloureusement, nous renaissons.

À Lourdes aussi, dans les Sanctuaires, ce moment peut être celui de repenser les lieux. Qui sait si le ciel ne désire pas moins de béton et davantage de toile, dans l’esprit d’Abraham et de son pèlerinage que ses enfants doivent poursuivre ? Ne nous retournons pas sur ce qui est détruit, allons vers ce qui nous attend, neuf, et que nous ignorons encore. C’est l’aventure de la vie, et nous l’aimons.

 

Perdre les eaux (actualisé)

route de Barèges

 

Tom, un ami de mes fils, est en ce moment chez son père, à l’abri des inondations. Mais impossible d’avoir des nouvelles de sa mère, notre amie Lu, qui habite à Viey, un petit village au-dessous de Barèges. Personne là-haut ne peut communiquer, les gens n’ont pas de nouvelles les uns des autres et sont inquiets. Ce matin je lis (Lourdes-infos.com) que Viey et Sers sont « totalement coupés du monde, sans aucun secours actuellement ».

À Luz et à Pierrefitte, deux personnes sont mortes, emportées par les eaux débordantes. À Barèges, la maison au-dessous de l’école où sont allés mes enfants est l’une de celles qui a été emportée. Hier soir les secours ont réussi à rouvrir la route du col du Tourmalet, encore fortement enneigée, afin d’évacuer en convoi 500 personnes de Barèges, qui se trouve dans « une situation extrêmement dangereuse ». Dans le village devenu « quasi-fantôme », sont restées 70 personnes, et les 30 militaires de la caserne, dont des gendarmes arrivés en renfort à pied depuis Luz, pour prêter main-forte aux secours, CRS et pompiers (informations divers articles de La Dépêche). Le village était hier, comme Luz et Cauterets, coupé du monde, sans eau, sans électricité, sans téléphone, communiquant par radio uniquement et ravitaillé par hélicoptère, les routes étant arrachées en maints endroits. Dans La Dépêche du Midi, Christian Vignes raconte :

« Depuis hier matin, les hélicoptères sillonnent inlassablement le ciel des Hautes-Pyrénées, façon «Apocalypse now». Mais là, ce n’est pas du cinéma, même Francis Ford Coppola n’aurait imaginé de telles scènes, tant elles semblaient irréelles. Un de nos photographes, qui a pu survoler la zone de Lourdes et du pays des Gaves pour en ramener des images d’une exceptionnelle violence, est longuement resté sonné par ce qu’il avait vu. Un véritable cauchemar… À Luz, après avoir lui aussi survolé la zone, Michel Pélieu, le président du conseil général, s’est assis à sa descente d’hélicoptère, et a pris sa tête dans ses mains pendant plusieurs minutes. Sonné, lui aussi…

Alors que dire des victimes, qui erraient parfois comme des zombies au milieu de ce spectacle de catastrophe, dans cet environnement pourtant si familier, rendu méconnaissable par cette crue exceptionnelle. Certains, les plus anciens, ravivant sans doute quelques souvenirs douloureux, parlent de «bombardement». D’autres, encore traumatisés de cette «nuit d’horreur», restent sans voix.

Par endroits, la route est soulevée, parfois littéralement partie, comme si elle n’avait jamais existé, comme broyée par une force surnaturelle. Pis, à Cauterets, le gave a créé un nouveau lit de l’autre côté de la route qu’il venait d’emporter, balayant au passage deux maisons et une grange… Un véritable spectacle de fin du monde, plusieurs routes ont été coupées, emportées ou encore submergées… » (l’article entier est ici)

 

Barèges, le camping de "Virage" (son nom dans Voyage)

 

Voici aussi le témoignage de Kitrie (lourdes-info.com), évacuée hier soir : « Bon et bien voilà tout Barèges est entièrement évacué … Plus d habitants hormis le dernier convoi avec des conseillers de Barèges qui a dû faire demi tour juste avant le col ….. Plus de grand chalet en haut de Barèges, plus de moulin, plus de pont, plus de route, plus d hôtel du Tourmalet, plus de parking, plus de route derrière l’Oncet , plus de parking couvert ou presque, plus de camping, plus de maison à Barzun et plus d’ancienne gendarmerie et HLM ou presque … Voitures emportées, caves ensevelie,s plus de route devant chez nous et à Cabadur, plus de pont à Sers et Viey … Plus de virage des dauphines ….. Bref plus rien …. On a plus rien …… On est pas prêts de pouvoir remonter chez nous … Plusieurs mois !!! Et pour retrouver quoi ?…. Plus rien !!!!! Mais une chose est importante aucune perte humaine !!!!!! »

D’ores et déjà, les entreprises sont « soudées et solidaires », rapporte La Dépêche, prêtes à s’unir pour la reconstruction. À Lourdes, dévastée aussi, la solidarité est nécessaire. Pour les Sanctuaires, voir leur page actualisée.

Les photos viennent de cette page, Flooding en France

* jeudi midi : il n’y a plus que 24 habitants à Barèges, où sept maisons sont détruites, et où les secours sont très attendus

 

 

Dialogue du salut. En lisant « L’Islam et l’Occident », de Michel Lelong


Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

« Quand on parle de la religion musulmane, en Occident, on pense trop exclusivement à tel ou tel de ses porte-parole dont parlent nos journaux et nos télévisions, mais on oublie que l’islam c’est d’abord et surtout ces centaines de millions d’hommes et de femmes, jeunes et adultes, intellectuels, ouvriers et paysans, pour lesquels le message coranique constitue le fondement des valeurs éthiques, la lumière de leur vie, et la source de l’espérance au-delà de la mort. (…) au-delà de la politique, la communauté musulmane d’est aussi et d’abord des hommes et des femmes qui croient et qui prient, en s’efforçant de vivre les valeurs dont parle le Coran : équité, patience et miséricorde. »

Michel Lelong, L’Islam et l’Occident, éd. Albin Michel

Le P. Lelong cite aussi ces paroles du général de Gaulle (rapportées dans Le Monde en 1972) :

« Voyez-vous, il y a de l’autre côté de la Méditerranée, les pays en voie de développement, et il y a aussi chez eux une civilisation, une culture, un humanisme, un sens des rapports humains que nous avons tendance à perdre dans nos sociétés industrialisées et qu’un jour nous serons probablement très contents de retrouver chez eux. Eux et nous, chacun à notre rythme, avec nos possibilités et notre génie, nous avançons vers la société industrielle. Mais si nous voulons, autour de la Méditerranée, accoucheuses de grandes civilisations, construire une civilisation industrielle qui ne passe pas par le modèle américain et dans lequel l’homme serait une fin et non un moyen, alors il faut que nos cultures s’ouvrent très largement l’une à l’autre. »

Ce livre publié en 1982 reste tout à fait pertinent aujourd’hui, avec ses rappels historiques et ses analyses sur les trois religions abrahamiques et leurs relations. Le père Lelong, artisan de toujours du dialogue inter-religieux, ayant vécu vingt ans en terres d’islam possède aussi une connaissance approfondie des hommes et des croyants de ces religions, de leurs rapports qui ne sont pas aussi simples qu’on ne les présente en Occident. Il sait montrer les atouts des uns et des autres, et aussi leurs manquements, de chaque côté de la Méditerranée. Sans oublier de rappeler la grande richesse et la grande diversité de l’islam, notamment asiatique et africain.

« Juifs et musulmans ont un sens de l’obéissance à la Volonté de Dieu, de la communauté, de l’hospitalité et de la fraternité, on pourrait dire aussi un sens du corps, de la nourriture et de la terre, que nous avons tort de méconnaître et qui peuvent être un remède à nos propres insuffisances ou excès. »

Inciter à la rencontre et à la paix par et pour la connaissance réciproque, tel est l’objectif de ce livre qui devrait être lu de nouveau aujourd’hui. Pour développer encore ce que le cardinal Duval, archevêque d’Alger, appelait  le « dialogue du salut », grâce auquel, dans une « atmosphère de respect et d’amitié », les hommes « peuvent s’aider les uns les autres à répondre aux desseins de Dieu et à lutter contre le péché, c’est-à-dire tout ce qui, dans les manifestations de la vie tant individuelle que collective, est un obstacle au plan de Dieu. »

M. Lelong cite aussi Mohamed Talbi, lequel se référant au Coran qui « accepte et respecte la diversité » appelle l’islam à « défendre le droit à la différence », et écrit à propos des religions : « Leurs empires réciproques, aux limites si longtemps figées, s’écroulent de l’intérieur et de l’extérieur ; le mouvement a remplacé l’immobilité ; les frontières bougent ; quelque chose de nouveau est en gestation ; et dans le plan de Dieu, cela ne peut pas être, en définitive, un mal. (…) Enfin, et de toute façon, l’homme qui est habité par la foi sait que la vie terrestre n’est pas éternelle. Après cette mutation suprême qu’est la mort, sous une forme supérieure, la vie continuera pour l’individu ; elle continuera aussi, après la disparition de notre support terrrestre, pour l’espèce entière dans la plénitude de la vision du visage de Dieu. Cela, en principe, devrait suffire pour nous inspirer modération, sagesse et une confiance infinie en Dieu et en l’homme. »

Il peut paraître que depuis plus de trente ans que ces paroles ont été écrites, la situation n’a pourtant pas évolué, sinon vers le pire. Mais plus de trente ans sont beaucoup (l’âge du Christ) et peu dans le temps de Dieu, et les puissantes ressources spirituelles et humaines dont témoigne cet ouvrage humble et clair permettent de dépasser les apparences et de rendre plus vivante que jamais l’espérance, pour, comme le conclut Michel Lelong, « la liberté spirituelle de l’homme et la paix entre les peuples ».

 

Genre l’amour dans la vérité

hier au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Ces femmes qu’on utilise pour provoquer et créer toujours plus de division dans la société. Les unes exhibées en Femen, les autres en niqab. Honte à elles pour leur manque d’amour et de respect d’autrui, honte à ceux qui les soutiennent et les encouragent ou les poussent à ces comportements dont l’objectif est d’afficher leur non-respect des autres. Que le monde est malsain.

Le côté « prostituées » des Femen assure leur succès, mais peut-être leurs soutiens ne savent-ils pas tous qu’elles ont pour but d’obtenir la poursuite judiciaire de toute personne qui paie pour des relations sexuelles.

Un autre type de néo-féministes, en Allemagne, se déclare pour la rémunération des femmes au foyer, car « la reproduction est un travail et doit donc être rémunéré ». (Courrier International – Der Spiegel).

La condition des femmes est le miroir de l’aliénation des hommes.

Le dalaï lama, lui, estime que, le monde ayant grand besoin de compassion, le prochain dalaï lama pourrait être une femme. Un autre genre de femme, sans doute. Pour engendrer un autre genre d’être humain. C’est moi qui mets les guillemets, pour souligner le mensonge contenu dans ces définitions, et la nécessité de les rendre à la vérité : Ni « juif » ni « grec », ni « esclave » ni « homme libre », ni « homme » ni  « femme » (saint Paul).

 

Oui, toujours

 

Un enfant a besoin d’entendre « oui » dès sa conception. Et si du non s’y immisce, que le oui l’écrase. C’est tout. Un enfant a besoin d’être, à sa naissance, accueilli et nourri au sein par celle qui l’a porté pendant neuf mois. Voilà ce qui renouvelle le oui, le oui sans non. Et si une impossibilité s’y oppose (la mort de la mère ou son incapacité totale à assumer l’enfant), si petit soit-il l’enfant le comprendra, du moment qu’à travers ceux qui l’accueilleront lui sera réitéré le oui absolu qui lui est dû.

Ne laissez nulle pseudo-science vous dire qu’il est normal que du rejet ou de la restriction se mêle à l’accueil de l’enfant. Ne laissez nulle pseudo-autorité vous dire que se conformer au mal est normal, ou normalement pathologique. L’amour est la loi supérieure, la seule loi.

Si vous avez un enfant qui se fait agresser régulièrement à l’école, vous allez voir les responsables de l’école, voire les parents de l’agresseur ou des agresseurs. C’est dans cet esprit que je dis que le pape devrait aller voir les responsables religieux et politiques des pays où les chrétiens sont maltraités. De même, les représentants des musulmans devraient aller voir les responsables politiques dans les pays comme chez nous où les musulmans rencontrent trop de rejet. Mais sans doute est-il plus difficile pour un responsable musulman que pour le pape d’être reçu par les politiques. Il faut pourtant aller dans ce sens, et moi-même, au lieu de dire au pape et aux musulmans d’y aller, pourquoi ne le ferais-je pas ? N’est-ce pas ce que fit saint François en se rendant chez le sultan ? N’est-ce pas ce que fit Moïse en allant voir Pharaon ? Le monde en ces temps n’était pas aussi fermé qu’il l’est aujourd’hui, et ce qui est impossible nous devons le remplacer par du possible, sans jamais perdre de vue l’objectif de défendre nos enfants, qu’ils sachent que notre oui ne leur fera jamais défaut.

 

Al-Azhar et François

 

Al-Azhar provoque le Vatican en demandant au pape de déclarer que l’islam est une religion de paix. Comment pourrait-il le faire, alors que les chrétiens sont chaque jour plus discriminés et persécutés dans tout le Moyen Orient ? Bien sûr que l’islam est une religion de paix, de même que le christianisme est une religion de paix, et que cela ne l’a pas empêché de commettre plus d’horreurs qu’à son tour, persécution des juifs des siècles durant, croisades, inquisition, conversions forcées, bûchers… sans parler des derniers scandales contemporains. Alors plutôt que de se tenir en chien de faïence devant Al-Azhar, si j’étais pape j’agirais, je ferais comme saint François fit, je ferais le déplacement, le ferais le voyage, j’irais parler d’homme à homme avec les chefs religieux et les chefs d’État, sur place.

Voilà ce qu’inspire la solitude. Au service de ceux qui ne peuvent la vivre. Et qui mendie de servir.

 

À partir d’une simple petite lettre, le faux et la mort, ou le vrai et la vie

Sano di Pietro

 

« Une seule goutte d’eau a fait cela », écrivait Victor Hugo, contemplant l’énorme cavité du cirque de Gavarnie.

Selon Robert Redecker, le but de Jean-François Mattéi est de « dépasser le nihilisme, en passer la ligne, remettre les pas sur le chemin de la pensée, fixer l’étoile et s’abandonner à l’élan de la source ». Noble objectif, et sans doute cet intellectuel, invité récemment, en compagnie de Julia Kristeva, au catholique « Parvis du Cœur » à Marseille, a-t-il des moments de lucidité, inspirés par ses très nombreuses lectures académiques. Mais ils sont malheureusement non articulés, non cohérents, ne faisant pas une pensée mais une illusion de pensée, et participant donc à l’extension du nihilisme. Quand, interrogé par Élisabeth Lévy pour le magazine Le Point, en avril 2008, il déclare : « Autant le dire clairement : pour moi, il y a non seulement une spécificité, mais une supériorité de la culture européenne. Les autres cultures ont des signes, des images, des mots, mais les Européens inventent le concept. Or concept vient de capere, qui signifie « prendre avec soi ». L’Europe prend l’Autre pour l’identifier à elle-même, mais, en prenant l’Autre, elle fait disparaître son altérité. D’où sa mauvaise conscience »… quand il déclare cela, nous pouvons retenir comme juste sa vision de la mauvaise conscience de l’Europe – mauvaise conscience que par ailleurs il refuse d’assumer, en s’opposant à toute repentance. En effet, d’autres intellectuels le notent aussi, l’Europe n’a rien inventé, elle a tout pris ailleurs. Il en résulte une mauvaise conscience qui ne provient pas seulement de cette captation, mais du fait que toujours, après avoir capté, elle a trahi et renié. Développant tout à la fois un universalisme logiquement issu de ses sources, et une repli honteux et caché sur le sentiment de son infériorité fondamentale (puisqu’il lui a fallu tout emprunter – car si la Grèce a inventé l’Europe, elle n’est pas européenne, mais grecque, de même que la Chine est chinoise), l’Europe se drape dans l’arrogance des honteux en croyant idolâtriquement à sa supériorité. Voici, par exemple, une pensée humble mais articulée, une pensée qui trouve la sortie du labyrinthe sans issue dans lequel J-F Mattéi croit que nous vivons, parce qu’il y vit lui-même – ainsi que beaucoup d’autres, il est vrai.

« On se souvient qu’Oedipe a tué son père à un carrefour en forme de À, le gamma grec, bifurcation entre le désir et le meurtre » déclare Julia Kristeva dans un entretien avec Alain Braconnier pour Cairn Info. On se souvient aussi qu’Alan Sokal et Jean Bricmont, dans Impostures intellectuelles, démontrent que la dame est accoutumée d’une « utilisation de termes techniques mathématiques ou physiques, qui seraient destinés, selon eux, à impressionner un lecteur qui ne possède pas les connaissances permettant de juger du bien fondé de l’utilisation de ces termes » et « ne maîtrise pas les termes mathématiques et physiques qu’elle emploie » (Wikipédia). Ici je voudrais juste faire remarquer que la lettre grecque gamma n’a en aucun cas une forme de A, mais se rapprocherait plutôt de notre y : γ. Or prendre une lettre pour une autre, un mot pour un autre, une réalité pour une autre, rompre le lien de vérité entre le signifiant et le signifié, le sujet et l’objet, c’est ce que faisaient les gens de Babel, comme je l’ai montré dans Voyage. Faussez la source, et tout ce qui en découle est faux. Voici une pensée encore plus simple, plus humble et mieux articulée, puisqu’elle coule de source, elle coule de Dieu.

Y a-t-il quelque chose à ajouter ?

Non, mais citons encore un extrait – très représentatif de la fantasmagorie à prétention scientifique que développe J. Kristeva depuis toujours – du même entretien, pour mieux sentir les dérives immondes auxquelles le faux conduit, dans cette analyse de la relation entre la mère, l’enfant et le père, et voyons si vraiment il y a compatibilité entre la vision chrétienne, ou même simplement humaine, de cette relation, et ce langage torturé, torturant :

« … j’avance que la mère et l’infans se constituent, dans les périodes précoces de l’existence du bébé, comme “des ab-jects” : ni sujets ni objets, mais pôles d’attraction et de rejet, ils amorcent l’ultérieure séparation dans le triangle oedipien ; à ceci près que dans la modalité de la subjectivation en question, logiquement et chronologiquement antérieure à l’oedipe, l’interaction des “ab-jects” s’appuient sur l’ “identification primaire”, “directe et immédiate”, avec le père de la préhistoire individuelle… » Voilà ce qui se fait passer pour un humanisme, et que j’appelle une singerie. Malheureux enfants dont on convainc les mères que leur relation avec eux tient de l’abject, comprenant l’attraction mais aussi le rejet. J’ai eu quatre enfants, et je sais, Dieu merci, que la vérité est toute autre. C’est que, comme pour tous les bienheureux pauvres de cœur, ma pensée et ma vie ne viennent pas du néant de la déconstruction de l’être, suivi du néant de sa reconstruction artificielle, mais de l’amour, qui est plénitude et donne plénitude.