Israël, tourne ta face vers la vérité

Moise et tables loi

Philippe de Champaigne, Moïse présentant les Tables de la Loi.

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La paix ne viendra que par la justice, qui elle-même ne vient que par la vérité. La vérité est qu’Israël occupe illégalement la Palestine au regard du droit international, sans parler du regard de Dieu qui leur a dit « œil pour œil, dent pour dent » mais certes pas « 80 tués pour 0 tué », Dieu qui leur a dit « Tu ne voleras point » et certainement pas « tu voleras les terres, les arbres et l’eau de ton voisin ».

Qu’est-ce que ce monde où non seulement les droits des hommes selon Dieu, mais même les droits des hommes selon les hommes, sont bafoués sans qu’on ne le dénonce ? À force d’accommodements avec le mal, on va à la paralysie, et de la paralysie, à la mort.

Enfermant Gaza, construisant des murs, colonisant le pays, volant des terres et de l’eau, assassinant des civils, suscitant les extrémismes… Israël fuit en avant vers le tombeau. Avec la bénédiction de Hollande comme une messe noire. L’État juif n’est pas viable, des décennies d’histoire ne font que le confirmer chaque jour davantage. Aucun État ne peut perdurer sur une construction raciale.

Je repropose à lire cette prière de Bradley Burston pour les enfants de Gaza, malheureusement toujours d’actualité, et le commentaire que j’en faisais. Malheureusement aussi, j’avais raison en annonçant et en expliquant, il y a quelques semaines, que la visite du pape en Israël et la prière commune avec Abbas et Peres au Vatican ne mèneraient nullement à la paix.

J’ai protesté contre la façon dont a été conçu et réalisé ce voyage, ainsi que la prière commune au Vatican. Mes avertissements sur maints sites chrétiens m’ont valu le mutisme ou le bannissement, qui n’étaient que le bannissement de la vérité. Or les pierres crient et volent quand les hommes se taisent. Si les hommes acceptaient d’ouvrir les yeux, ils auraient vu aussi les morts qui allaient encore venir, et ils y auraient vivement réagi par avance comme je l’ai fait. Quand les ouvriront-ils, quand auront-ils le courage de la vérité, qui seul peut conduire à la paix ? Sans cela, se lamenter sur la guerre est une hypocrisie et une obscénité.

Comme sur les stades où les joueurs tombent à genoux ou se prosternent ostensiblement, le spectacle de la soumission à Dieu ne suffit pas à obtenir la victoire tant qu’il ne s’agit que d’un spectacle et non de la vérité. On a fait un drame de la déroute d’une équipe de football, mais il n’y aurait pas de drame s’il n’y avait pas d’idolâtrie. Il faut cesser d’idolâtrer le symbolique. Le vrai drame est la guerre. Et le mensonge est de faire comme si les gestes singeant la vérité tout en l’occultant pouvaient remplacer la vérité, le courage de la vérité, dans le chemin vers la paix.

Médecine de la mort

Bernard Kouchner, qui est favorable à l’euthanasie, ne veut pas employer ce mot, a-t-il dit à la radio, parce qu’on y entend « nazi ». Bel aveu. Où va la médecine ? Aujourd’hui beaucoup de gens n’ont pas les moyens de se faire soigner pour des maladies courantes, d’aller chez le dentiste ou de changer de lunettes, mais la médecine de la mort est gratuite. Une personne en souffrance psychique peut demander, y trouvant un moyen de se quitter elle-même, à changer de sexe : les traitements hormonaux et chirurgicaux sont pris en charge à 100 % par la sécurité sociale, sans respect d’une aide préalable, d’un accompagnement et d’un soin pour la souffrance psychique – bien que ces traitements hormonaux et chirurgicaux soient particulièrement dangereux pour la santé physique, et trop souvent n’apaisent que temporairement des personnes qui finissent, une fois faites les transformations, par se suicider. Il y a là un énorme scandale, mais comme il est politiquement correct, personne n’en parle.

Sosies

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photo Alina Reyes

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D’abord j’ai vu l’ancien grand rabbin Joseph Sitruk, que j’étais un jour allée écouter parler, assis sur le trottoir devant la boulangerie, un accordéon posé à côté de lui, en train de faire la manche. Mince alors, que fait-il là ? ai-je pensé, en le regardant attentivement – sur quoi, il m’a adressé la parole, pour me demander une pièce. J’ai bien dû me rendre à la raison, malgré la silhouette, malgré la barbe, malgré le visage, malgré le maintien, malgré le chapeau, malgré le costume similaires, ce ne pouvait être qu’un autre.

Puis voici que, marchant sur l’avenue, je vois droit devant moi le visage du fameux écrivain Jim Harrison s’afficher sur un panneau de la ville de Paris. Le temps que j’arrive près du panneau, l’affichage a tourné plusieurs fois, mais chaque fois j’ai vu réapparaître le vieux Jim, un petit peu retouché pour être moins abîmé, m’a-t-il semblé. Quand je suis arrivée juste sous le panneau, je me suis arrêtée le temps que revienne son tour dans le roulement. C’est alors que j’ai dû bien admettre qu’il s’agissait en fait d’un autre, puisque ce visage illustrait une campagne municipale pour les droits des SDF.

Si ce n’est nous-même, notre autre en nous est bien peu de chose.

Israël-Palestine, la chèvre et le chou au Vatican

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Mahmoud Abbas et Shimon Peres invités à prier pour la paix, ce soir avec le pape François au Vatican. Voilà qui plait aux médias et à ceux qui ne pensent pas.

Il faut que les deux peuples, a rappelé le président palestinien avant cette prière, « puissent vivre chacun dans son propre Etat souverain et dans son propre territoire reconnu internationalement, y compris Jérusalem ». Or, quelques heures après la visite du pape en Israël (où il avait donné comme gage politique à Israël le fait d’aller honorer la tombe du fondateur du sionisme, Theodore Herzl, ce qu’aucun pape n’avait fait jusque là), le Premier ministre, seul vrai détenteur du pouvoir, déclarait que jamais Israël ne rendrait Jérusalem Est, accaparé illégalement aux yeux du droit international.

De son côté, le président israélien, avant son départ pour Rome, a estimé que « le nouveau gouvernement d’union palestinien est une contradiction qui ne pourra pas durer très longtemps ». Autrement dit, qu’il n’était pas possible de traiter avec lui.

Nous voilà bien avancés. La prière n’arrangera rien, aussi longtemps qu’on continuera à vouloir ménager la chèvre et le chou. Israël a encore annoncé cette semaine la construction de 1500 nouveaux logements dans les colonies. La confiscation des terres et des biens ne cesse de croître, de mois en mois et d’année en année. Le chou se réduit rapidement à la taille d’un trognon. Ce qu’il faut, c’est déclarer fermement son désaccord à la chèvre. L’inviter à prier avec le chou est un geste politique en vérité indigne.

Le voyage du pape François en Terre Sainte : qu’en retenir ?

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Shimon Pérès, pape François et Netanyahou, photo Baz Ratner/Reuters

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Le voyage du pape en Terre Sainte s’est terminé hier soir. Qu’en retenir ? De façon très spectaculaire, le pape a fait halte « à l’improviste » pour prier contre le mur de séparation. Comme d’habitude, il a privilégié la com, par des petites phrases ou petits gestes non officiels destinés à faire illusion, pendant que rien de concret n’est fait. Il s’agissait là d’un geste, dûment photographié, destiné à toucher les cœurs des Palestiniens opprimés, à défaut de faire réellement quelque chose pour eux.

Faire quelque chose pour eux eût été d’abord ne pas apporter une justification à l’État juif en allant prier à Yad Vashem, au mémorial de l’Holocauste et déposer une gerbe de fleurs aux couleurs du Vatican sur la tombe de Herzl, l’inventeur du sionisme. Car Yad Vashem est utilisé pour justifier la colonisation et masquer l’iniquité d’Israël. Un État juif n’a pas plus de légitimité que n’en avait un État blanc en Afrique du Sud. Il est regrettable que le pape ait donné tant de gages à ces gens, comme si l’urgence n’était pas plutôt de leur montrer qu’on ne veut pas de leur politique qui opprime les Palestiniens, notamment chrétiens.

Selon ses propres mots, le pape François a « inventé une nouvelle Béatitude », celle de rendre visite au Président israélien, Shimon Pérès. On finirait par croire que le pape, et l’Église avec lui, se sentirait plus proche des juifs d’Israël que des chrétiens de Palestine. On finirait par croire que l’Église oublie que les chrétiens sont là-bas maltraités par le pouvoir juif – il faut bien l’appeler ainsi, puisque malheureusement il revendique lui-même cette aberration raciste d’être un État juif. Je sais bien que ces chrétiens sont arabes et ces juifs originaires d’Europe et de plus qu’ils ont de puissants alliés politiques… Ce qui n’était pas le cas au cours des vingt siècles d’antisémitisme féroce de l’Église. N’empêche, la politique qui consiste à préférer les puissants, comme il a été fait lors de ce voyage, n’est pas celle du Christ.

À Yad Vashem, le pape a prié pour avoir la grâce d’avoir honte (de l’Holocauste). Il aurait fallu demander aussi la grâce d’avoir honte de justifier les abus des puissants par le rappel des camps de concentration. Car c’est ce qui a été fait, symboliquement, d’autant qu’il y a eu un déséquilibre flagrant du voyage en faveur des juifs. Ils ne sont pas les seuls à habiter en Israël et en Palestine, qu’ils occupent illégalement. C’est faire trop d’honneur au gouvernement raciste et voyou de Netanyahu que d’aller prier au Mur des Lamentations et à Yad Vashem, alors qu’il n’y a eu aucune prière commune avec les musulmans, qui sont pourtant les spoliés, dans cette affaire, ainsi que les Palestiniens chrétiens.

Il ne suffit pas de faire un geste de com en s’arrêtant pour prier un instant au mur de séparation. Alors qu’on priera tout à fait officiellement au Mur des Lamentations et à Yad Vashem. Si l’on prétend vouloir la paix, il faut se montrer équitable et l’équité eût été de prier aussi au lieu saint de l’islam. Ou bien on se contente de prier dans les lieux saints du christianisme, ce qui serait tout à fait légitime. Un voyage manquant de vérité ne saurait contribuer à l’avènement de la paix.

Comme à son habitude, le pape François a fait passer la communication avant la vérité profonde. Annonçant un voyage seulement religieux alors qu’il fut politique. Faisant croire aux Palestiniens qu’il les soutenait, tout en justifiant par ses gestes l’État juif, un État d’apartheid, qui est une aberration comme l’était l’État blanc en Afrique du sud. Ce n’est pas ainsi que nous pourrons avancer vers la paix. La paix ne s’obtient que par la justice, et la justice par la vérité.

Lendemain d’élections, le salaire du mensonge

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au Fort d’Aubervilliers

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« Derrière la fine pellicule de l’œuf, se cache le reptile ». C’est une citation d’un film de Bergman, et c’est la dernière phrase du livre de Pierre Milza, Fascisme français.

Le reptile qui se cache derrière le résultat des élections d’hier, c’est d’abord le sort fait au petit peuple qui a voté FN. C’est que la gauche, tel le serpent biblique, a donné au peuple une parole fausse, mais dans les faits ne s’est à aucun moment occupée du peuple. Et qu’il souffre.

La fausse politique se vend par des opérations de com, imposant des actes symboliques qui effacent et falsifient la profondeur du réel, faisant de la cité une façade où elle projette son cinéma publicitaire permanent, droguant les esprits. La com remplace le réel et l’action, instaure le règne du mensonge et de l’hypocrisie, des façades maquillées derrière lesquelles la ruine continue son chemin, jusqu’au moment où les populations droguées entament leur descente, leur désillusion, et l’ont mauvaise.

C’est le désespoir qui pousse à ce vote FN, le vote du refus de la politique qui ne prend pas en compte les jeunes, les chômeurs, les enfants d’immigrés. Qui les méprise. Hollande a été élu sur une opération de com, c’est tout. Rien derrière la façade. Le mensonge tue.