En traversant Paris

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Je suis allée à Saint-Philippe du Roule pour faire quelques photos du rassemblement contre l’islamophobie. (Voir mon reportage sur Citizenside)

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Il y avait une crèche devant l’église, en face de la manifestation. Je me suis mise en marche jusqu’à chez moi, à l’autre bout de Paris.

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Je ne me promène pas tous les jours dans le huitième arrondissement. Il y a pourtant de bonnes affaires : par exemple ce bonnet d’enfant à 270 euros au lieu de 540. Pour les messieurs et les dames, compter plutôt en milliers d’euros pour les accessoires et vêtements.

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Je ne sais si c’est l’obscénité de tout ce luxe qui m’a troublée, mais quelques pas plus loin, je suis soudain tombée, sans raison, sans avoir trébuché ni rien, complètement étendue à plat ventre sur le trottoir. Cela n’a pas duré une seconde, je me suis aussitôt relevée d’un bond en riant, sans mal sauf une écorchure aux genoux comme les enfants, et la tête un peu sonnée. J’ai continué en longeant la Seine.

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Une Rom m’a abordée avec un anneau d’or qu’elle prétendait avoir trouvé et voulait me donner – en fait bien sûr pour me demander de l’argent. Je lui ai rendu son anneau et donné une pièce, qui lui a paru très insuffisante. Quelques pas plus loin, un policier en civil m’a abordée à son tour, pour me demander ce qu’elle voulait. Je lui ai dit : « bah une pièce, c’est tout ». Il m’a parlé du coup de l’anneau, m’a demandé si elle n’avait rien pris dans mes poches et m’a dit que je n’aurais pas dû le lui rendre, tandis que je répétais : « c’est pas grave ».

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Devant la fontaine Saint-Michel, avait lieu comme la semaine dernière, et comme tous les samedis désormais, une manifestation de soutien à Gaza. (Je l’avais photographiée samedi dernier pour Citizenside).

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Et puis aussi une manifestation contre la pollution par épandages aériens dans le cadre de « la gestion du rayonnement solaire ». Je n’avais jamais entendu parler de ça, j’ai parlé avec ces gens qui m’ont dit qu’il s’agissait d’un grand scandale qui éclaterait bientôt. On peut trouver l’information ici. (Voir mes photos et mon petit témoignage dans Citizenside.)

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Devant le Panthéon enrubanné d’échafaudages, dédié « aux grands hommes », il y avait une statue de gros homme devant laquelle tout le monde se photographiait.

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À la mairie du 5e, je suis allée voir l’exposition sur les chrétiens d’Orient.

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Des femmes qui voulaient un enfant faisaient le voeu de le dédier à saint Antoine, c’est-à-dire de l’habiller en moine franciscain tous les dimanches pour aller à la messe – sans que cela n’engage l’enfant à devenir franciscain une fois adulte.

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J’ai retrouvé les rues de mon quartier, et leurs oeuvres de street art qui changent souvent.

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à Paris cet après-midi, photos Alina Reyes

Au temps de Voyage

Une sixième page de mes photographies :  comme celles des pages précédentes, elles correspondent au temps de mon ermitage dans la montagne, montrent les lieux, les temps, les petits événements racontés dans Voyage. Il me semble que j’ai aussi parlé dans le livre des monstres de plastique qu’on voit ici en photo, trouvés au fin fond de la forêt un jour où mes fils étaient là et où nous étions partis en balade, ces étranges accumulations de plastique que personne, parmi les gens du village à qui j’en avais parlé, n’avait jamais vus. Peut-être un ballon-sonde qui se serait écrasé et déchiqueté là une vingtaine d’années plus tôt, m’avait dit Pierrot.

Sexisme et bêtise

Une enquête révèle que sur Google, les parents « s’intéressent surtout au cerveaux de leurs garçons et au corps de leurs filles » (ici). Deux femmes, ou prétendues femmes, ont publié sous anonymat un livre intitulé Le déni, sur le sexisme dans l’église catholique et l’empêchement de parler fait aux femmes dans cette institution. Par mail, je leur ai proposé de leur envoyer gracieusement Voyage, un livre riche en théologie (et de facto censuré par le clergé de Rome et par le « milieu » de l’édition à Saint-Germain des Prés). Elles m’ont répondu qu’elles aimeraient mieux avoir mon « livre sur le corps ». Soit elles sont aussi fausses, manipulables par les hommes et nuisibles que les Femen, soit elles sont très bêtes : dans les deux cas elles justifient le fait qu’on les cantonne aux tâches ménagères.

Il y a aussi une autre explication à leur demande, d’où qu’elle soit émise en fait : il s’agit d’un aveu inconscient que le mal est dans leur corps, que c’est cela leur sempiternel souci. Des psychiatres, des sexologues, recommandent à leurs patients mes livres « sur le corps » pour guérir. Je recommande n’importe lequel de mes livres, car le corps et l’esprit n’y sont jamais séparés, comme il en est en vérité.

ajout : voir aussi ici (dernier paragraphe) et ici

Accords, accord !


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Je suis retournée chanter, dans l’un des chœurs dont je faisais partie il y a quelques années, avant mon exil. D’abord nous avons travaillé When I’m gone, comme les collégiens de cette vidéo. Chanté à un rythme beaucoup plus rapide, très agréable dans les jambes. Puis j’ai eu la divine surprise de découvrir qu’ils étaient en train de commencer à apprendre le Kyrie de la Messe en si de Jean-Sébastien Bach, une œuvre que j’adore. Je ne l’ai jamais chantée, mais à force de l’écouter je connais par cœur la partition des sopranos. Je suis alto, je dois donc tout apprendre. Quelle extraordinaire merveille. Chaque voix est un chef-d’œuvre.

Ensuite je suis allée boire un thé à la mosquée, avec le chef et un ténor. Les moineaux faisaient leur concert, l’un a volé si près de mon visage que j’ai senti le bout de son aile me frôler.

Être d’accord avec Dieu suffit.

Manif à Austerlitz (et reportages photo et vidéo)

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J’ai traversé le Jardin des Plantes qui venait d’ouvrir, à huit heures du matin, dans la pénombre. Du bout de l’allée j’ai zoomé pour photographier les premières personnes qui le traversaient, souvent des parents accompagnant leurs enfants à l’école, et aussi quelques joggers ou travailleurs avec ou sans serviette. La photo est floue mais je l’aime bien ainsi.

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Je suis arrivée à la gare d’Austerlitz un peu en avance pour le reportage photo que je voulais faire, sur la manifestation d’agents de nettoyage en grève depuis deux semaines pour protester contre les conditions de travail qui leur sont faites depuis que la SNCF a délégué le travail à des sociétés privées.

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Ils étaient peu nombreux, mais ils se sont déplacés dans toute la gare en faisant beaucoup de bruit, avec des sifflets, des bidons et des bâtons pour taper dessus, un djembé, un porte-voix… Et des journaux qu’ils découpaient en petits morceaux pour les jeter sur le sol. (Voir mes reportages photo et vidéo pour Citizenside, avec leur petit article).

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Après les avoir accompagnés pendant plus d’une heure, je suis rentrée en faisant encore quelques photos dans la rue et en achetant une baguette pour le petit déjeuner.

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photos Alina Reyes

Ce qui se passe (et les photos de la Marche pour la vie)

Mon reportage photo sur la Marche pour la vie est visible ici en diaporama sur Citizenside.

Je suis partie en reportage photo à la Marche pour la vie. J’ai remonté la manif de Denfert jusqu’après Montparnasse, puis dans l’autre sens. Il m’a semblé qu’il y avait environ 20 000 personnes, souvent en famille et de toutes générations (le cortège était long mais peu dense). Une dramaturgie peut-être un peu excessive quand il est demandé aux manifestants de mettre sur leur bouche le bâillon rouge qui leur a été distribué (qu’est-ce que je devrais dire !) et de se tenir en silence droit les mains derrière le dos comme ceux qu’on va fusiller.

J’ai entendu ce chiffre : une naissance sur cinq en France est interrompue par un avortement. Je vérifie sur internet, c’est exact. Pour moins de 800 000 naissances, plus de 200 000 avortements par an. C’est quand même de la folie. Seulement, c’est de la folie aussi d’être à la fois contre l’avortement et contre la contraception.

Tout au bout du défilé, à la fin, des gens prient Notre-Dame des tout-petits. Une femme me saisit par le bras, me dit : « Retrouvez Dieu, Madame ! Vous écrivez bien, mais retrouvez Jésus ! » Puis elle ajoute une phrase dont j’entends seulement le mot « Mahomet ». Je lui réponds en souriant « ne vous inquiétez pas, Jésus est vivant » – mais elle est déjà partie, sans écouter. Ah, si elle savait… Les gens devraient mieux étudier et réfléchir, ils comprendraient ce qui se passe.

Droit des cuissées et insulte aux êtres libres

Je me promenais bienheureuse, un putain de connard sans raison m’a insultée. Il a arrêté sa voiture, m’a appelée pour me demander un renseignement. Mais en fait, ce qu’il m’a demandé, c’est si j’avais quelque chose à vendre. Il a ajouté, goguenard : « vous comprenez ce que je veux dire, hein ? » Et avant que j’aie eu le temps de lui dire quel gros con il était, il a redémarré. Un mec arabe d’une quarantaine d’années, j’étais habillée tout à fait sobrement, en jeans et en manteau, et mes cheveux gris ne l’ont pas dissuadé de m’insulter, même un niqab n’y aurait pas suffi. En rentrant à la maison je regarde les titres de l’actualité, je me dis et de l’autre côté c’est le droit des cuissées, tous les mecs qui ont un quelconque pouvoir estiment que les femmes leur doivent d’être séduites, et les femmes qui rentrent dans leur jeu en sont récompensées d’une façon ou d’une autre, quand ce n’est plus l’une c’en est une autre et ainsi de suite, elles sont aussi responsables de l’indignité faite aux femmes que celles qui portent le voile pour se conformer à la loi des hommes. Femen, cela veut dire cuisse, voilà en effet ce que sont nombre de femmes pour nombre d’hommes, dont ceux qui soutiennent les Femen. Celles qui refusent ça le paient cher, voire très cher, comme d’ailleurs les hommes qui refusent les rapports de sujétion et d’intérêts entre hommes. Bande de misérables.