Un témoignage et un rêve

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tout à l’heure à la maison

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Aujourd’hui j’ai écouté un couple de personnes âgées, des gens tranquilles qui ont toujours voté socialiste sans être encartés ni militants ni spécialement engagés, des catholiques qui ont quitté l’Église depuis bien longtemps sans avoir perdu la foi, seulement parce que l’Église leur était devenue insupportable et que sur ce point ils n’ont pas changé de sentiment – j’ai écouté ce couple raconter que de vieux amis à eux s’étaient mis à devenir racistes, de façon obsessionnelle comme c’est souvent le cas. De vieux amis à eux qui après avoir été de la Manif pour tous avaient été de celle du 11 janvier dernier, bien moins, on s’en doute, pour défendre la liberté d’expression, que par haine raciste. J’ai trouvé réconfortant d’entendre ce couple, la femme et l’homme, dire leur peine et leur indignation face aux propos de leurs vieux amis, d’entendre l’homme raconter comment il a protesté énergiquement, et que tous deux avaient fini par se résoudre à ne plus voir ces amis qui ont mal tourné, leur conversation leur étant devenue insupportable aussi.

Cette nuit j’ai rêvé que j’étais au Vatican, en tant qu’ouvrier qu’on avait fait venir pour repeindre l’intérieur d’un bac à fleurs en bois, carré, qu’un évêque avait voulu peindre. Le résultat était triste et raté, et un autre me demandait si je pouvais le refaire, avec mes couleurs.

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De bonnes nouvelles malgré les troubles

À Brest, la mosquée a été recouverte d’une guirlande de cœurs par des habitants, de façon anonyme, en signe de fraternité avec les musulmans. L’opération a été reprise par l’association Coexister sur d’autres mosquées (17 dans 8 villes), comme à Clichy, au Kremlin-Bicêtre, à Angers, et sur la mosquée et la synagogue de Strasbourg.

Au Mans, deux prêtres sont allés spontanément « garder » la mosquée vendredi en se postant devant son entrée, dans la rue, pendant toute la prière.

La nationalité française a été accordée à Lassana Bathily, musulman malien qui avait spontanément mis à l’abri les clients de l’épicerie casher porte de Vincennes.

À Paris, une étudiante de l’École des Barreaux, agressée verbalement – parce qu’elle était voilée – par un avocat venu donner un cours de droit, a été soutenue par tous ses camarades. Le directeur de l’école a aussitôt congédié l’avocat hystérique.

À Paris, la manifestation islamophobe qui devait se tenir ce dimanche, organisée par Riposte Laïque en lien avec le mouvement allemand Pegida (qui a causé la mort d’un homme), a été interdite, suite aux appels du MRAP et de militants antifascistes.

Plus de 60 millions de Français ne se sont pas précipités pour acheter Charlie Hebdo, le dérisoire credo de ces temps.

La Cour Pénale Internationale ouvre un « examen préliminaire » à une enquête pour crimes de guerre israéliens l’été dernier en Palestine.

J’en oublie sûrement, et les mauvaises nouvelles sont plus visibles, mais bon, ce qui est bon est bon.

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Pays souffrant

1ce matin à Paris, photo Alina Reyes

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Mon beau pays en paix.

À l’hôpital, nous attendons.

L’hélicoptère dans le ciel

tourne. Aux couleurs de la police,

comme dans les rues ses voitures.

Hier la tuerie. Et aujourd’hui.

Ici à l’hôpital on soigne.

Hommes et femmes en blouses blanches

font couler le sang mais pour la vie.

Des hommes sont partis en guerre

à l’intérieur de ce pays,

portant la haine avec des mots.

D’autres répliquent avec des armes.

L’être est tout entier communion

dit Parménide en grec ancien.

Alors d’où vient la division ?

Du renoncement à la voie

de vérité. Ceux-là qui marchent

dans les ombres appellent l’ombre

dans laquelle errent les tueurs.

Notre pays souffrant,

avance-toi vers la lumière,

choisis des guides aux bonnes ailes,

légères, rassembleuses et claires.

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Mon Bailly, ex libris de Maurice Croiset

bac

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Le libraire m’a appelée : le Bailly, le dictionnaire de grec ancien d’occasion était arrivé. J’ai bondi de joie et j’y suis allée. Et voici que j’ai découvert que ce livre avait appartenu à Maurice Croiset, fameux helléniste dont je trouve par exemple cet article paru dans la Revue des Deux Mondes en 1907, La question homérique au début du vingtième siècle. Et aussi ce passage d’un livre de Thibault Damour, Si Einstein m’était conté, où l’on peut revivre l’accueil par Maurice Croiset d’Einstein au Collège de France, prenant la parole en français devant les plus grands scientifiques de l’époque : « Le Temps n’existe pas ! » Sensation. Grande sensation.

Ah c’est mon plus beau jour de l’année.

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