Au marché en plein air

Au marché en plein air il y a des légumes, des fruits
ronds ou oblongues dans leur peau de lumière,
sortis de terre avec le printemps. Leurs bouches
disent à votre main : viens ! viens !
Il y a des vendeurs arabes aux yeux noirs de gazelle
et qui crient : trois euros les framboises !
qui vous appellent ma belle et vous tendent
des sacs à remplir de goût du paradis,
qui sortent des cageots de leurs camions
tout colorés aussi de graffitis. Au marché
jusqu’où vous avez marché dans le matin,
l’innocence et la joie de l’éternelle jeunesse.

Au marché en plein air, journal intime et partagé

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marché 6hier matin à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Petit garçon au violon, street art, biscuits et sushis

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Le bon temps de marcher, le bon temps de contempler, le bon temps d’aimer, le bon temps d’aider, le bon temps de dormir, le bon temps de peindre, le bon temps d’écrire (oups, là j’avais écrit le non temps au lieu du bon temps, il est vrai qu’en écrivant le temps s’annule, mais en dessinant et en peignant aussi, et après tout en marchant aussi, ainsi qu’en aimant, qu’en aidant, qu’en dormant… le bon temps, en fait, c’est le temps qui s’annule, qui se transforme en pur bonheur, un temps comme un haïku, discret, au sens mathématique, et en même temps réuni, total), le bon temps de lire, le bon temps de cuisiner des biscuits et autres cookies exquis avec juste des ingrédients naturels et sans sucre (une cuillère de miel pour une fournée de biscuits suffit à sucrer et sucre bien mieux, je l’achète au kilo, bio, à douze euros), chaque fois différents au gré de l’invention et des ingrédients du moment, de faire aussi des sushis, des makis à souhait sains et bons (une bonne idée pour rompre le jeûne de façon différente si vous êtes musulman.e), le bon temps de faire des bonnes choses, le bon temps de danser (cette fois j’ai mis ma jupe de danse bleue et pailletée comme la nuit, achetée il y a des années à Istanbul), le bon temps de rêver, de songer, de vivre.

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selfiehier à Paris 5e, photos Alina Reyes

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La chambre de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise

chambre vincent van goghLa chambre de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise veillée par Madame Terre, ζει, technique mixte sur enveloppe A4

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« La maison à lui est pleine de vieilleries noires, noires, noires »

« L’idée moderne de manger un – tout au plus deux – plats est pourtant certes un progrès et un loin retour à l’antiquité vraie. »

« Mais enfin je vis au jour le jour, il fait si beau. »

Vincent Van Gogh, Lettres à Théo depuis Auvers-sur-Oise, printemps-été 1890

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Écrire habiter

C’est le titre de ma thèse : « Écrire habiter ». Le fait que des anciens et des sympathisants de « la commune libre de Tolbiac » visitent abondamment ma note précédente (près de 1500 visiteurs uniques en une journée), présentant les photos des fresques et des graffitis qui restent comme autant de traces de l’occupation de cette université, aujourd’hui évacuée, me donne à penser encore le désir profond de poésie qui anime les humains en ce monde trop souvent déshumanisé.

Je marche dans la ville comme je marche dans la forêt. Philippe Descola dans Par-delà nature et culture rappelle qu’au Japon comme dans d’autres cultures, l’environnement naturel « est ce qui relie et constitue les humains comme expressions multiples d’un ensemble qui les dépasse ». Un ensemble urbain doit aussi constituer un environnement naturel. Les productions et la vie humaines sont des sous-ensembles de l’ensemble du vivant, au même titre que les productions et la vie animales, végétales, et d’autres règnes connus et inconnus. C’est la conscience de cet être que cherchent les humains.

 

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paris 13 9ces jours-ci à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Études psychédéliques le matin, pavots au jardin l’après-midi

pause du matin au colloque psychédélique, avec café et petits croissants

pause du matin au colloque psychédélique, avec  distribution de café et petits croissants

 

Je suis allée ce matin à une journée d’étude sur les études psychédéliques. Cela prête à sourire, et c’est ce que j’ai fait d’abord, me rappelant mon trip de 30 heures au LSD quand j’avais dix-huit ans (la dose était un peu trop forte). Mais c’est tout à fait sérieux – sans exclure le sourire. Il existe depuis peu une Société psychédélique française, composée de quelques jeunes chercheurs de différentes disciplines qui se retrouvent sur cette thématique. Dans un amphithéâtre du Muséum d’Histoire Naturelle, elle organisait une journée d’approche historique de la construction d’un champ disciplinaire, avec le soutien d’éminentes institutions scientifiques.

Il fut question des champignons hallucinogènes – psilocybes – au Mexique, de leurs pouvoirs « divinatoires », de leurs usages tantôt thérapeutiques, tantôt hallucinatoires, tantôt religieux (la dose ingérée augmentant dans le même ordre). Les champignons hallucinogènes se trouvent quasiment partout sur la planète et le plus drôle c’est le sens du nom que les Chinois leur donnent : « et maintenant tu rigoles, n’est-ce pas ? » S’ils font rire les Chinois, ils n’ont pourtant pas le même effet sur toutes les personnes – certains rient, d’autres ont des visions d’horreur, d’autres communiquent avec l’invisible… Ils ont aussi le pouvoir de faire revenir des souvenirs enfouis, notamment des traumatismes d’enfance. En France, après des expéditions et des études scientifiques menées au Mexique parmi les populations qui les consomment, des expériences furent menées à Saint-Anne avec des malades mentaux à la fin des années 50, et comme on sait Henri Michaux y participa (mais préféra le faire chez lui). Puis tout cela commença à inquiéter les autorités, et le clou de l’affaire c’est que ce fut Maurice Papon qui fit interdire ces champignons. Le tortionnaire avait de la morale. Les études sur les hallucinogènes demeurent taboues dans notre pays, quoiqu’elles ouvrent sur un vaste domaine de connaissances et de possibles applications, notamment thérapeutiques.

 

colloque psychédélique 2

colloque psychédélique 3

Il fut aussi question de l’impact des hallucinogènes sur la contre-culture des années 60, et des tentatives d’études sur la créativité que ces substances auraient pu, ou non, favoriser. En fait, aucune étude n’a pu montrer un résultat convaincant dans ce domaine. On s’est souvenu que Timothy Leary voulait rendre la créativité accessible à tous au moyen des hallucinogènes, utilisés comme agents libérateurs. Toute une époque. Enfin nous avons eu une intervention sur « Psychédéliques : machines à éclairs de génie ou machines à foutaises ? », par un chercheur en costume à carreaux fantaisiste du meilleur effet. Croquis de cerveau en couleurs à l’appui,  il a été question de cortex préfrontal et de théorie hypofrontale, de créativité analytique et de créativité intuitive, de flexibilité cognitive (beaucoup plus forte chez l’enfant), d’entropie informationnelle, de pensée erratique et exploratoire, d’idées délirantes, de connexions plus ou moins importantes dans le cerveau, de bassins profonds singuliers, de lobe temporel médian, de fluence et d’autres choses encore dont les seuls noms suffisent à faire agréablement divaguer.

la statuette qui présidait à l'affaire

la statuette qui présidait à l’affaire

On a regardé un petit documentaire délicieusement suranné, Champignons et hallucinations réalisé pour l’ORTF par Jean Lallier en 1966. Puis d’autres chercheurs de différentes disciplines ont apporté leur éclairage final pour cette matinée, et il fut question par exemple de l’année 1817, qui vit apparaître en Angleterre la première expérience de gaz hilarants et le premier brevet de kaléidoscope. On s’est demandé ce qui pouvait bien faire passer l’artiste de l’état de créature à celui de créateur, j’ai entendu évoquer William Blake mais à ce moment-là j’étais en train d’essayer de récupérer mon stylo, qui passait de mains en mains pour remplir une feuille avec les noms des personnes présentes dans le public, et je n’ai ni bien entendu, ni bien entendu pu noter ce que je n’avais pas bien entendu.

L’après-midi la journée d’études se poursuivait mais j’ai été occupée par autre chose dont je reparlerai peut-être, puis finalement je suis retournée au jardin pour ne rien y faire, seulement me taire. Et au passage, photographier les pavots.

Il y a longtemps que je n’ai plus besoin de la moindre drogue pour entrer dans des états seconds ou même hallucinatoires, et j’en ai exploré, des mondes !

 

pavotsaujourd’hui au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Des gens, des fleurs, des enfants, du street art… promenade du bonheur

« Toute notre connaissance découle de notre sensibilité » Leonard de Vinci

 

bettyBetty en dessous, avec des timbres dessous

fleursbref pèlerinage sur le lieu de l’une de mes fictions, un petit tour et je repars

jem trop ma viemoi aussi

noonienoonienooniec’est donc ici qu’il habitait, l’anarchiste qui sème ses plaques d’habitations fantaisistes dans la ville !

pitie salpetriere 1je suis allée à l’hôpital pour prendre un rendez-vous, comme je dois le faire deux fois par an, mais personne, le service faisait le pont

pitie salpetriere 2je me suis installée un moment avec un livre dans le jardin donc, de la Pitié-Salpêtrière

pitie salpetriere 3il y avait des amoureux dans l’herbe

pitie salpetriere 4et des dessins à la craie dans l’allée

pitie salpetriere 5la vie dehors, c’est bon ! je ne me suis pas pressée de rentrer

rueune manif est passée devant la gare d’Austerlitz l’autre jour

jardin des plantesmoi je passe par le jardin des Plantes

jardin des plantes 2et par sa roseraie

jardin des plantes 3ce sont les toutes premières roses écloses, je hume leur parfum

jardin des plantes 4

de nouveau dans la rue, au dos d’un panneau, un Léo & Pipo à tête de fraise

leo&pipohier et aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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« Mutatoque ordine, mutant naturam » (et ma vidéo d’amphibiens hier au Jardin des Plantes)

hier au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

hier au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

« mutatoque ordine, mutant naturam » : Lucrèce dans son De rerum natura parlait ici des atomes (reformulant quelques vers plus loin : « mutatoque ordine, mutant naturam res ») mais on pourrait en dire autant de la pensée, pensai-je hier en lisant cette phrase dans la bibliothèque du Museum d’histoire naturelle où je travaillais, après avoir écouté et contemplé les grenouilles au Jardin des Plantes. En changeant l’ordre, elle peut changer la nature, les choses, la nature des choses et même leur histoire.

J’ai consulté des articles de chimie, j’ai réfléchi aux nombres premiers, j’ai dessiné un plan des lieux pour le roman que j’ai commencé à concevoir il y a quelques semaines à Édimbourg. J’ai aussi noté cette phrase de  Gassendi, citée par François Bernier dans son Abrégé de la philosophie de M. Gassendi (1675) :

« Là où nostre industrie et nostre subtilité finit, c’est là que commence l’industrie et la subtilité de la nature. »

La pensée est de l’ordre de la nature.

 

Ne dirait-on pas la pochette de l’album de Nirvana, Smells like teen spirit ?