Le Messie et ses saints

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île Solovki, image trouvée dans l’article : Les lieux de pèlerinage les plus emblématiques de la Russie

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Le christianisme n’est pas, comme le croient les chrétiens, la religion de la Trinité – concept théologique, vue de l’esprit. Il est, comme son nom l’indique, la religion du Messie (Christ, en grec). C’est-à-dire une religion eschatologique, comme le judaïsme et l’islam – toute proche du judaïsme avec son messie juif, bien que les juifs ne le reconnaissent pas, et toute proche de l’islam qui reconnaît la messianité de Jésus.

Que signifie : être la religion du Messie ? Être la religion qui produit des saints messianiques, pour supporter le monde en attendant l’arrivée messianique finale, et soutenir de leur présence, comme les anges, toute prière adressée au Dieu unique.

En dérivant de plus en plus, en fonction du dogme trinitaire, vers l’humanisme sans mystique, le christianisme s’est coupé du Christ. L’effusion sentimentale ou hystérique a remplacé la mystique ; la désillusion, le pragmatisme et la peur ont supplanté la compréhension du mystère. Si le christianisme égaré ne retrouve pas le chemin du Messie, il s’éteindra. Et ressuscitera sous une nouvelle forme avec le retour du Messie parmi les hommes, et notamment les croyants des religions qui, telles les vierges sages de la parabole, auront gardé le sens de l’au-delà.

Être musulman, prendre les devants

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photo Alina Reyes (mes 21 autres photos du rassemblement : voir note précédente)

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Le rassemblement auquel étaient conviés « les musulmans et leurs amis » cet après-midi devant la Grande Mosquée de Paris est, avec d’autres rassemblements du même ordre en France, un acte fondateur. Les musulmans sont comme les autres citoyens, pas plus obligés que les autres de protester contre ceci ou cela. L’arrogance de ceux qui veulent les voir s’exprimer contre l’EI est détestable. Mais les musulmans peuvent aussi avoir, comme tout le monde, une sensibilité politique qui les pousse à s’exprimer contre des iniquités emblématiques – la colonisation de la Palestine, les crimes de l’EI, les discriminations, la corruption etc, ou une sensibilité religieuse qui les pousse à défendre leur foi contre ceux qui comme l’EI la dénaturent et l’insultent.

J’ai fait partie, en 1998, d’un groupe d’étrangers – journalistes et artistes – invités en Algérie par le gouvernement, qui souhaitait réhabiliter son pays aux yeux du monde. Mais c’était encore le temps de la Décennie noire, de la guerre civile entre l’armée et les islamistes, et je me rappelle l’effroi et l’épouvante des gens. Du balcon de l’hôtel à Alger, je regardais vers les montagnes de Kabylie, où la terreur régnait. À Alger même les autorités ne nous laissaient pas sortir seuls, nous étions constamment encadrés par l’armée, et ce fut le cas aussi à Tamanrasset et dans le désert, bien qu’il fût moins risqué. Les Algériens ne réagissent pas comme les Français à l’exécution d’Hervé Gourdel, car ils ont vécu cela dans leur chair. J’ai communié à leur malheur sur place, et je ne l’ai pas oublié.

Ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on ne peut pas critiquer les islamistes. Les musulmans des pays musulmans ne se gênent pas de le faire, du moins bien sûr ceux qui sont contre l’islamisme terroriste. Les musulmans des pays non musulmans ont moins de liberté de parole parce qu’ils se sentent pris en otage entre la fidélité à la communauté musulmane et leur pays, la France (ou autre pays non musulman). Il est temps de s’assumer comme entièrement Français et de cesser de se préoccuper du regard des autres. Dire ce qu’on a à dire et faire ce qu’on a à faire, c’est tout.

Il faut arriver à sortir de l’état de dépendance du regard des autres, qu’ils imposent avec leurs manœuvres. Et pour cela il faut arriver à être indépendant politiquement, mais complètement, c’est-à-dire y compris à l’égard de ceux qui se réclament de l’islam. Il faut arriver à ne pas être timide dans l’autocritique aussi. En tant que Français, nous ne nous gênons pas de critiquer la politique de notre pays. Mais la vraie liberté est de pouvoir tout critiquer quand il y a une situation critique.

Le tout est de prendre les devants. Personne ne demande aux juifs de dénoncer Israël, mais des voix juives importantes, de grands intellectuels, des journalistes, des artistes juifs d’Israël ou d’ailleurs, le font depuis longtemps. Nous avons, musulmans, la même légitimité que n’importe quel autre citoyen pour exprimer nos choix politiques. Nous le faisons pour la Palestine notamment, nous devons pouvoir aussi le faire pour l’EI, un problème tout aussi emblématique, sans avoir à nous sentir forcés de le faire.

Considérons ne serait-ce que l’histoire du vingtième siècle, et demandons-nous : qu’est-ce qui est responsable de la violence inouïe et plus dévastatrice qu’aucune autre, du monde chrétien ? En quatorze siècles d’existence, le monde musulman a-t-il fait tant de millions de morts ? Loin, très loin de là – alors que la Chrétienté a produit les crimes qu’on connaît, croisades, inquisitions, persécutions des non-chrétiens, évangélisations forcées… Une longue suite d’atrocités commises au nom du doux Jésus… La violence qu’un grand texte, comme le Coran, peut contenir, paraît finalement plutôt exorciser la violence du cœur de l’homme, même si elle peut aussi être récupérée pour justifier la violence. En tout cas une non-violence fondatrice comme celle du Christ ne garantit absolument pas contre le crime.

Les islamophobes comme les islamistes trouvent dans leur lecture littérale du Coran la justification à leur rejet de l’autre. Le Coran est incompris. Nous ne devons pas fermer les yeux sur ce fait qui nous est préjudiciable, mais au contraire promouvoir les lectures intelligentes du Coran. En particulier il nous faut affronter ses appels à la violence et comprendre ce qu’ils signifient et pourquoi ils sont là. C’est très faisable, et nous ne devons pas être paresseux, nous devons le faire. L’ijtihad, l’effort de compréhension, est notre salut.

Mon voyage en religion

arbre de vie,

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J’ai été élevée sans religion, quoique baptisée bébé pour contenter mes grand-parents. Mes parents étaient farouchement athées et anticléricaux, ils nous avaient instruits sur les méfaits du clergé, qu’ils avaient connus pendant leur enfance. Mais ils étaient communistes et croyaient au progrès, à la nécessité de libérer les peuples opprimés. Ce n’était pas une religion mais cela y ressemblait, la lecture quotidienne de l’Huma et les réunions de cellule en formant la liturgie. Comme je m’intéressais à la politique mais critiquais le communisme, mon père m’emmena un jour à l’une de ces réunions afin que je puisse en parler avec les camarades. Toute gamine, j’exposai à ces messieurs mes vues, essayant de les convaincre qu’une anarchie régulée par la responsabilité personnelle et le sens de la communauté formerait un monde bien plus accompli que leur système. Ils m’écoutèrent poliment, par respect pour mon père sans doute, et nous en restâmes là.

En 6ème je commençai le latin, en 4ème le grec. Avec ces langues, je découvris la mythologie antique, qui constitua pour ainsi dire ma première religion, une religion à laquelle il n’y avait pas à croire. Cela me convenait tout à fait : un enchantement du monde, sans contraintes. Je me mis à explorer aussi la mythologie égyptienne, puis je m’intéressai à l’hindouïsme, au taoïsme, au bouddhisme. Je recopiais dans un cahier les éléments que je trouvais dans des livres, avec aussi des écritures en langues orientales, sans les connaître mais pour le bonheur des signes. Parallèlement j’explorai aussi l’esprit en lisant Freud et un peu Jung, et toujours beaucoup de littérature et de poésie, notamment française et russe, bien sûr imprégnées de christianisme.

À dix-sept ans, lors de mon premier voyage, j’eus un contact inattendu, précis et extrêmement fort avec Dieu dans l’église-mosquée de Sainte-Sophie, à Istanbul. Je me cachai pour pleurer. Pendant très longtemps je demeurai comme je le disais « mystique mais athée ». C’est-à-dire, vivant dans l’expérience de Dieu, mais sans croire en Dieu, au sens où je voyais les gens croire en Dieu un peu comme au Père Noël. Je m’intéressai à l’art pariétal, visitant des grottes préhistoriques, allant voir des spécialistes, m’interrogeant sur le sens liturgique de ces œuvres. À la montagne, et notamment au cours de mes ermitages, mes expériences mystiques devinrent de plus en plus fortes et je finis par me tourner plus concrètement vers le christianisme, d’autant que la première ville en plaine était Lourdes. Je fis des retraites au carmel, où j’appris à prier selon le catholicisme. À Paris j’allai un peu au catéchisme, puis je retournai dans mes montagnes, munie d’une Bible en hébreu, d’un dictionnaire et d’une grammaire d’hébreu, et je me mis à apprendre, seule, suffisamment de cette langue pour traduire et commenter de longs passages de la Genèse et de l’Exode. Je me remis aussi au grec, et traduisis et commentai aussi de larges passages des Évangiles. Tout cela entra dans la composition de mon livre Voyage.

En retournant vivre à Paris, je passai régulièrement devant la Grande mosquée, tout près de chez moi. Je commençai à lire le Coran, un peu plus que je ne l’avais fait jusqu’à présent. Un jour, j’allai à la mosquée et demandai la permission d’y prier. On me demanda si je voulais me convertir. Je dis que je voulais seulement prier. C’était le milieu de la matinée, on me laissa aimablement entrer dans la salle de prière des femmes, en me disant que le Prophète avait dit qu’il était permis au musulman de prier partout. Je priai debout en silence pendant un peu plus d’une demi-heure, en compagnie des moineaux qui se faufilaient sous le toit. Quelques semaines plus tard, j’allai trouver un imam (du moins je suppose que c’en était un) dans un bureau de la mosquée, pour qu’il me fasse prononcer la shahâda.

Ainsi donc, des premières à la dernière religion, j’ai fait le parcours. Et je continue à marcher.

« Dans les jardins arrosés d’eaux vives » (Coran 14, 23)

La Bible a été traduite de l’hébreu en grec par soixante-douze traducteurs en 270 avant J-C, ce fut la Septante. Au début du Ve siècle, saint Jérôme la traduisit de l’hébreu au latin, ce fut la Vulgate. Au IXe siècle, Cyrille et Méthode la traduisirent en langue slave. Ainsi fut-elle universalisée.

Le Coran est aujourd’hui traduit en de nombreuses langues, mais tout musulman est vivement encouragé à apprendre l’arabe, afin de saisir mieux le sens complexe de la langue, que les traductions ne peuvent rendre. Pour ma part, je suis seulement capable d’en déchiffrer les mots pour aller les chercher dans le dictionnaire, quand je désire un éclaircissement. J’aime les langues et je pourrais apprendre l’arabe, d’autant que l’arabe coranique est splendide. J’y viendrai si Dieu le veut, mais pour le moment il m’importe de continuer à lire le Coran avec ce bagage minuscule, et donc pour l’essentiel en traduction. Parce que pour le moment, il m’intéresse de contribuer à l’universalisation du Coran par son exégèse à partir de la lecture que peuvent en faire des musulmans non spécialistes de la langue coranique, à savoir la plupart des musulmans, et notamment des musulmans de fraîche date. Et aussi des non-musulmans. De même que la Bible, le Coran est un trésor pour toute l’humanité, qui doit être plus universellement connu et compris. Cette perspective de travail est déjà en elle-même un paradis sans fin.

Levons la tente

le fil du temps,

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J’ai essayé pendant des années d’apporter aux catholiques une voix et une voie de renouvellement. Ils en voulaient, mais à condition que je me soumette au clergé. C’était absolument impossible. Je le leur ai répété, ils ont continué à croire qu’avec tous leurs moyens de pression et de manipulation, ils finiraient par me faire céder. Cette croyance absurde était bien l’un des signes de ce que je voyais chez eux, à savoir qu’ils ne connaissent pas Dieu. Le catholicisme a perdu complètement la voie de Dieu. Pour certains elle s’est réduite à un humanisme, pour d’autres à un bazar idolâtrique et superstitieux. Et Rome ne fait que pousser en ce sens, avec la canonisation hâtive de papes comme renforcement du pouvoir du clergé -combien ne prient plus Dieu mais Jean-Paul II ! J’ai fait tout ce que j’ai pu pour leur rendre le sens de Dieu, mais tout ce qu’ils voulaient c’était faire de moi un instrument pour renforcer leur emprise défaillante sur le monde. Et cela avec leurs moyens habituels : le mensonge, l’hypocrisie, les manœuvres souterraines qui furent toujours la marque de l’Église mais prennent aujourd’hui une ampleur inédite, de par les moyens de communication exploités pour la propagande. Comme dans les autres secteurs de l’industrie et de la politique, tout tient sur la publicité, la parole illusionniste.

Je suis du Christ selon l’Évangile, et il est aujourd’hui impossible d’être, en même temps, du Christ selon l’Église. Dieu ne se trouve plus dans cette institution. Je suis entièrement soumise à Dieu, c’est le sens du mot musulman, je suis en ce sens musulmane. Le Prophète Mohammed, alayhi salat wa salam, a rencontré Jésus dans son voyage nocturne ; il lui a alors demandé de diriger la prière, mais Jésus a préféré que Mohammed le fasse, et il l’a faite avec lui. Cela se passait en avant de nous, vers la fin des temps. Et moi qui suis du Christ, Dieu m’a conduite à prier avec les musulmans. Je continue à être là (notamment ici) pour eux, pour les chrétiens et pour tous ceux qui veulent continuer à marcher sur la Voie de vérité. Comme Abraham, nous irons, et notre descendance aussi, où elle, où Dieu, nous conduira.

Manne, Cène, Ramadan

Dans la première sourate révélée au Prophète – paix et bénédiction sur lui -, sourate 96, dite « des Croyants », il est dit que Dieu a créé l’homme d’une adhérence. Tel est le sens du mot alaq, qui signifie par là également l’attachement amoureux, et peut aussi désigner un sang épais, du vin, une nourriture.

En cela nous pouvons voir notamment que le geste du Christ lors de la Cène est profondément sémitique. En donnant son corps et son sang, sous les espèces du pain et du vin, c’est l’amour de Dieu qu’il donne, cet attachement qui est aussi l’adhésion de la foi par laquelle nous avons été créés.

Le Coran dit que Dieu a fait descendre le Coran (20, 113), et avec le même verbe, que Jésus, fils de Marie, a fait descendre une table servie (5, 112). Dieu ne fait-il pas descendre sa parole comme nourriture pour les croyants ? C’est ce que manifeste aussi le jeûne du Ramadan, pendant lequel le croyant est appelé à se nourrir de la lecture du Coran.

La première sourate, Al-alaq, commence par le tout premier mot que l’Ange adressa à Mohammed – paix et bénédiction sur lui – : « Lis ! » Ce qui signifie, pour les lecteurs du Coran : essaie de comprendre ce que tu lis, ne t’arrête jamais de le lire, au sens de l’interpréter, car la compréhension de la parole de Dieu ne s’arrête pas, jusqu’à la fin des temps. Et cette parole qu’il faut lire, c’est Al-alaq, le sang dont nous avons été créés, l’écriture originelle, à la fois dans la langue de l’ADN et dans celle de l’Amour, qui nous donne la vie et chaque jour nous la redonne, comme une nourriture, comme la manne dont il est question dans la Bible (Exode chapitre 16) et dans le Coran (sourate 20, v. 81).

Manne en hébreu signifie : « qu’est-ce que c’est ? » Qu’est-ce donc qui nous tombe du ciel ? Se sont demandé les hommes en découvrant, au matin, « le pain du ciel » descendu pour eux pendant la nuit. De même les hommes auxquels il est dit « Lis ! », par la parole descendue via Mohammed une nuit, se demandent, devant le mystère du Coran : qu’est-ce que cette mystérieuse parole ? « Lis ! » : comme la manne, recueille-la et nourris-t’en. « Lis ! » : ne cesse jamais de t’interroger sur ce qu’elle signifie.

Sagesse orientale, le temps à sa place

L’Orient remet le temps à sa place, celui d’humble serviteur de l’éternité. Ceci est notamment sensible dans le judaïsme, le christianisme orthodoxe et l’islam. Pensons à la prière juive du Kol Nidrei, capable d’annuler les vœux passés, et à sa correspondance dans la notion de teshouva, capable d’effacer le passé et ses fautes. Pensons à l’importance de la Résurrection dans le christianisme orthodoxe, capable de balayer la mort à l’œuvre dans le présent. Pensons au incha’Allah musulman, capable d’annuler nos projections dans le futur.

C’est à la source de ces pensées que nous devons puiser. Pour le reste, traditions et façons de penser dépassées, pour tout ce que le temps effacera d’elles, s’il est encore vivace là où les hommes sont à cause de la peur en situation d’arriération politique ou mentale, il dépérira – comme en Europe – dès qu’ils se libéreront. Il ne sert donc à rien d’essayer de sauver les vieilles structures là où elles peuvent encore l’être : encore est éphémère. Il faut au contraire se retourner et marcher dans la voie de l’éternité, sans avoir peur de laisser devant soi comme derrière soi tout ce qui n’est plus valide et qui, à coup sûr, tombera. Sous les coups sûrs du temps, soldat au service de l’éternité. 

Fête de la naissance du Prophète

À l’occasion du Mawlid, célébré aujourd’hui, je rappelle ce beau texte d’Ali Gomaa sur le Prophète de l’islam (que j’avais traduit de l’anglais alors qu’Ali Gomaa était le Grand mufti d’Égypte).

Voir aussi, sur Saphir News, un bref rappel du débat auquel donne lieu cette célébration.

Et sur Oumma, signé Talha Mahamat Allim, un hommage au Prophète Mohammed.

Que la prière, la bénédiction et la paix soient sur lui, et sur tous les hommes de bonne volonté.

Femme dans la mosquée

Une femme dans la mosquée par Zarqa Nawaz, Office national du film du Canada

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Je ne suis pas allée à la Grande Mosquée de Paris depuis que les femmes doivent y prier à l’entresol. Je ne peux donc parler de cette nouvelle salle de prière. Je peux dire ce qu’il en était avant, avant novembre. Nous y priions alors au fond de l’unique salle de prière, dans un espace séparé par un rideau épais, qui ne nous empêchait pas d’entendre l’imam mais nous empêchait de le voir et de profiter de la vision de l’espace entier de la salle. Du moins entrions-nous par la porte principale et traversions-nous la magnifique mosquée, comme les hommes, pour nous rendre à la prière. Ce qui ne semble plus être le cas. Aux hommes qui prétendent aujourd’hui que peu importe le lieu où l’on prie, il faudrait demander : alors pourquoi l’architecture a-t-elle une si grande importance dans la construction des mosquées ? N’est-ce pas parce qu’elle est justement apte à faire entrer dans la prière ? Et s’il est aussi bon de prier dans un entresol à l’écart de la beauté de la mosquée, ou derrière un rideau ou une barrière, pourquoi ces hommes n’y vont-ils pas eux-mêmes et ne laissent-ils leur place aux femmes ? Ne serait-ce qu’en alternance ?

Je suis un peu étonnée de l’argument de la Grande Mosquée selon lequel l’affluence nécessitait ce déplacement des femmes dans une salle plus grande à l’entresol. Chaque fois que j’y suis allée prier en semaine, il y avait largement la place pour tout le monde. Le vendredi, la mosquée est comble et alors, les femmes comme les hommes prient également dehors dans la cour, les halls et le jardin de la mosquée. Les femmes se disposent derrière, selon la recommandation du Prophète -paix sur lui- et l’usage (qui doit éviter aux hommes la tentation de se laisser distraire par les derrières des femmes), mais il n’y a aucune séparation ; dans certains endroits, par manque de place, hommes et femmes sont tout proches, et tout se passe parfaitement bien.
Une jeune femme avec qui je priais m’a dit un jour qu’elle se faisait importuner dans la rue, à la sortie de la mosquée, par des hommes qui sortaient eux aussi tout juste de la prière, les jours de semaine. Cela lui était évidemment pénible. Il n’est quand même pas logique que ce soient les femmes qui paient de leur mise à l’écart les obsessions puériles de certains hommes. Que les imams leur fassent la leçon ! Et que les parents éduquent leurs filles et leurs garçons au respect de soi et de l’autre.