

Il n’y a qu’une seule Loi dans tout l’univers, dans toutes les parties de la vie, dans la chair et dans l’esprit. C’est la loi de l’amour : quand je suis faible, c’est alors que je suis fort : en joie et fécond.


Il n’y a qu’une seule Loi dans tout l’univers, dans toutes les parties de la vie, dans la chair et dans l’esprit. C’est la loi de l’amour : quand je suis faible, c’est alors que je suis fort : en joie et fécond.

à Nîmes. Photo Alina Reyes
Murmure ardent du métronome de la pluie
descend. La vie plus douce, plus immensément
baleine que toute contrariété du temps
déploie son arc-en-ciel dans le pur cœur de l’ouïe.
« Je vous ai modulé cela afin qu’en moi
vous ayez pleine paix. Ayez confiance, moi
j’ai vaincu le monde », nous rappelle le ciel,
saveur en nos membres de gingembre et de miel.

à Nîmes. Photo Alina Reyes
Luxe de calme et de beauté, ma barque
fend les eaux poissonneuses à profusion,
à volonté, à vif, je suis l’étrave
et mon verbe, ma phrase l’étendue
scintillante au soleil des fruits sauvages
qu’on trouve au printemps dans les bois, des fraises
minuscules qui éclatent entre langue
et palais, pleurant leur joie aux papilles
du jour. Ma barque va, béatitude.
Dans sa travée les milliards de poissons
qu’elle engendre se transportent avec elle,
pont d’étoiles jaillissant de la mer,
dans l’infini des siècles que nous sommes,
milliards de mains entrelacées d’amour.

Photo Alina Reyes
J’ai rapporté des livres j’ai marché avec eux dans la ville
portée par le vent léger mes cheveux
bougeaient doucement dans mon dos
mes dernières pages d’écriture
bougeaient doucement dans ma tête,
mon cœur. Qui fait marcher sa tête avec son cœur risque
ce qui advint au Crâne, au Golgotha, et puis se trouve
en train de marcher au ciel la parole implantée dans le corps
qui parle d’elle-même. Je n’écris plus je laisse écrire
tout vient du cœur même du verbe
en marche, moi-même qui vous parle.
J’ai vu ce vendredi des rivières d’humains
splendidement vêtus sortir de la mosquée
– j’ai rendu grâce pour ceux qui savent adorer
j’ai vu plus loin la parade d’oiseau
d’un jeune homme à une jeune femme
j’ai vu la beauté de tous ceux que je croisais
j’ai levé les yeux mon corps criait de joie !
Ce qui arrive me traverse, lumière
à travers mon regard qui traverse le monde
et trace de ses pas la carte des sentiers
vivants.

Photo Alina Reyes
Neige et foudre hier à Villacoublay
au beau milieu du mois de mai
Il joue, je sens ses mains qui parlent, il danse
à ma fenêtre j’ai vu ses majestueuses
nuées venir, très blanches dans le pur bleu
où je navigue la lumière
règne de la nuit au matin sur Paris,
en plein sourire. Le ciel est
si proche de nous.
Je respire.

église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles, Paris 13e. Photo Alina Reyes
Fausser la parole est un désastreuse stratégie, qui m’a éloignée de tous les lieux, physiques ou virtuels, où j’aimais aller, de toutes les personnes avec lesquelles j’aurais pu oeuvrer. Confiance pourtant : un jour il sera de nouveau possible d’oeuvrer dans la vérité, et Voyage et l’Ordre pourront avoir lieu dans le monde. Le trésor est dans mon coeur, extrêmement vivant. Je ne le laisserai pas profaner. J’ai toute foi en la Vérité, en la Lumière qui me guide parfaitement et sait transformer tout temps en clarification du chemin. « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». Je le fais.
C’est pourquoi en vérité, Voyage et l’Ordre ont déjà lieu. La Vérité en sa demeure de retrait est déjà à l’oeuvre, a toujours été à l’oeuvre, et la terre en secret tremble et grince des dents : ceux qui ne se purifient pas, ceux qui ne renoncent pas au mal, ne peuvent la recevoir. Voici ce que par son attente elle enseigne aux hommes, qui sont si longs à apprendre, si entêtés à ne pas vouloir comprendre.
Hommes, approchez-la comme il convient. Sa présence est la plus grande douceur que nous puissions connaître. Si vous voulez m’y retrouver : j’y suis.

Paris, 13e. Photo Alina Reyes
Tout passe, Dieu incarné le premier. Ce qui est faux tombe dans la mort et n’en sort que pour la deuxième mort. Ce qui est vrai, même éphémère, est éternel. Principe de la Résurrection : le vrai et l’éphémère sont les conditions du passage dans l’éternel. Rapport trinitaire entre le Principe, l’Incarnation et le pouvoir-action de l’Esprit.
Le faux est éphémère parce qu’il est faux, donc non viable, mortel. Le vrai peut être éphémère en tant qu’épiphanie, expression dans un temps donné de l’immuable qui tout en devenant et donc se transformant, trouvant expression dans une autre forme et un autre temps, demeure.
L’homme doit apprendre à reconnaître et vivre le vrai, donc l’éternel, dans l’éphémère de sa condition et de son existence. À savoir qu’une union vraie est à jamais vivante, même si elle paraît rompue selon les bornes de la loi ou du regard social. « Ils ne furent plus qu’une seule chair » : il suffit d’une fois, l’union est inscrite dans l’éternité, et doit être respectée à ce titre. De même l’art éphémère, chant, danse, peinture du corps, street art, œuvres de sable… exprime avec puissance l’éternité. Justement par son refus de s’inscrire dans une durée capable de dépasser la vie humaine mais nécessairement limitée malgré tout par le temps, nécessairement inscrite de façon corruptible sur des supports corruptibles. L’art tente de lutter contre la corruptibilité, tout en sachant qu’il n’y parviendra pas, que même d’habiles restaurations ne lui rendront pas la vie éternelle. Une restauration, quel que soit le domaine dans lequel elle a lieu, est de l’ordre de la renaissance, non de la résurrection. C’est la grandeur de l’art, de tenter la traversée des siècles. Mais l’art éphémère, s’il est souvent moins grand art, est plus grand seigneur, dans le sens où il fait fi de l’aspiration humaine de se dépasser soi-même, pour se soumettre entièrement à la transcendance qui le dépasse et à laquelle il fait don gratuitement de soi, sans désir de s’inscrire dans une « éternité » humaine, mais en révélant dans un jaillissement son oui à notre condition, ce oui qui est seul capable en vérité de la dépasser.