Planteurs de signes dans les bois

arbre et racines

L’un s’appelle Joachim Martin, l’autre Liam Emmery.

Le premier, menuisier, a écrit sous forme condensée, en 72 phrases, tout un roman vrai, à la fin du XIXe siècle, sous les lattes des planchers qu’il posait, sachant qu’ils resteraient en place environ un siècle, et que son témoignage ne serait donc lu que cent ans plus tard, au moins. C’est ce qui s’est passé, ainsi que le raconte l’historien qui a découvert cette archive pour le moins singulière, Jacques-Olivier Boudon, professeur à Sorbonne Université, dans cette conférence passionnante donnée à l’École des chartes.

Le second est un garde-forestier irlandais, qui a réalisé dans la forêt de Donegal « un exploit d’ingénieur horticole » en plantant des essences d’arbres qui, en poussant, allaient dessiner une croix celtique au milieu des bois, visible seulement en automne et du ciel. Il est mort avant que son œuvre ne soit visible et découverte par hasard en survolant la zone.

Deux immenses poètes.

 

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De l’enfant sauvage à Alphonse Dupront en passant par Bernanos, Dada et le street art

invader

L’histoire est un dada libérateur, tant qu’il s’agit d’autre chose que de listes de régimes politiques, de grands hommes ou parfois grandes femmes souvent prétendu.e.s tel.le.s à tort, et autres classifications temporelles et spatiales figées. Je suis allée écouter hier matin au Centre Alexandre Koyré Jean-Luc Chappey parler de ses recherches sur l’enfant sauvage de l’Aveyron, Victor, popularisé notamment par le film de Truffaut. Pourquoi ce cas fut-il l’objet des attentions de toute la presse et du monde scientifique de l’époque, alors qu’en cette période postrévolutionnaire les cas d’enfants abandonnés, « sauvages » c’est-à-dire vivant dans les forêts aux marges des villages en grappillant ici et là de quoi subsister, étaient fort nombreux ? L’historien montre comment l’incertitude politique entourant le coup d’état favorisa l’engouement pour cette figure, à laquelle pouvait se rattacher le désir de « régénérer » l’homme – puis comment, quelques années plus tard, à la fin  de la première décennie du 19e siècle, plus personne ne s’y intéressa. Ce cas d’histoire met en évidence l’échec des idéologies, notamment médicales et pédagogiques, et révèle de multiples enjeux : en particulier le passage de la question posée d’une distinction entre animal et humain à celle, après la révolution, d’une distinction à établir entre citoyen et non-citoyen.

jl chappeyLe livre de Jean-Luc Chappey s’intitule Sauvagerie et civilisation et il est paru chez Fayard en 2017.

À l’aller et au retour, j’ai photographié encore d’autres œuvres de street art, dont le 13e arrondissement est un vivier inépuisable. Ce mouvement artistique, souvent perçu comme vandalisme par les esprits conservateurs, en faisant sortir l’art des musées et du marché de l’art (quoiqu’il y retourne parfois, de nouveaux artistes apparaissent toujours, réitérant la gratuité originelle du geste), précède et accompagne la révolution longue et pacifique que beaucoup accomplissent, sous différentes formes et dans différents domaines, et que beaucoup ne voient pas.

L’après-midi, de nouveau j’ai arpenté la ville et je suis allée chercher un livre que j’avais réservé en bibliothèque après avoir écouté des conférences en ligne sur cet historien, Alphonse Dupront, auteur à la langue baroque enchanteresse et réjouissante qui développe une vision de l’histoire très singulière, à partir de ses forces souterraines. C’est précisément ce que je travaille à faire dans ma thèse de littérature (mêlée d’anthropologie et d’histoire, entre autres), et l’on pourra comprendre, après lecture des extraits suivants, pourquoi j’ai donné il y a quelques jours à quelques étudiants de Tolbiac occupée un sujet d’écriture à partir de ce début de phrase d’Artaud : « Enfin la terre s’ouvrit et », pourquoi aussi j’ai songé à la révolution en écoutant parler de Dada et pourquoi j’avais donné, en pleine Nuit Debout, à lire ou relire des passages des Grands cimetières sous la lune de Bernanos. Mais voici donc Dupront :

dupront« Il est un absurde courtelinesque ou kafkaïen, celui où nos sociétés modernes, effrénées de réglementation et donc de mépris de l’homme, s’acharnent à paralyser, à tarauder ou détruire les puissances de la vie. Absurde qui, malgré le poids écrasant des passivités ambiantes et cet inexpugnable, si lumineusement stigmatisé par le Bernanos des Grands Cimetières sous la Lune, où la médiocrité cristallise jalousies de son pouvoir et sa jouissance inquiète jusqu’à férocement, par tous moyens, s’en faire une citadelle, témoigne cependant, quand la lucidité l’éclaire et que la dénonciation survient, d’une énergie vitale qui se refuse à s’éteindre. Le scandale de la déraison libère ici l’irrationnel, cette force souterraine qui est puissance d’exister et d’accomplir.

(…)

À l’absurde imposé, mécanisé, répond aujourd’hui la violence. En l’absurde jaillissant hors toutes prévisions et raisons, comme une pulsion de dépense vitale et donc recherche de plénitude et d’accomplissement, se découvrent au contraire jusque dans leur surgie turbulente les forces enfouies de l’âme profonde, et, dans ce jaillissement, l’aveu de ce qui a besoin d’être.

(…)

Restait à définir les approches de ce monde souterrain. L’appréhension saine de l’absurde fait éclater les liaisons mentales de notre univers quotidien, et il n’est rien tel que l’insensé pour contraindre à l’exploration du sens. À condition de nous délivrer de cette suffisance réductrice qui, parce que nous ne comprenons pas, ou assimile ou condamne. Ni reconnaissance ni pénétration de l’extraordinaire ne peuvent se poursuivre selon les voies communes. À l’encontre des apparences, l’absurde est voie de l’extraordinaire, en ceci qu’il est signe. (…) D’où l’approche d’un extraordinaire, par la reconnaissance des signes, la lecture de leurs cohérences associatives, la lente prise de conscience d’un monde des profondeurs, qui, à tel moment de l’histoire, éclate en surgies abruptes, puis lentement usé s’enfouit, pour renaître ici ou là, sous une forme ou sous une autre, et imposer, fatal, nourricier, confortant d’espérance, l’ « au-delà ».

(…)

Dans l’avalanche de mots magiques dont s’enivre de plus en plus notre culture à vide, l’un d’entre eux est en train de prendre poids et force. Il s’agit de l’environnement. Mais qui dit environnement implique et exige tout l’humus fécondant des traditions millénaires, celles justement que par un vertige d’adultes immatures nous sommes en train de détruire. Il est temps de sortir de cet état suicidaire et de nous retourner créativement sur nous-mêmes, à peine d’être bientôt colonisables à merci. »

Alphonse Dupront, Du Sacré. Croisades et pèlerinages, Images et langages, 1958-1986

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le Centre Alexandre Koyré

le Centre Alexandre Koyré

A

invader

tiens, Miss Tic a changé de figure

tiens, Miss Tic a changé de figure

street art

mosko

au jardin des Plantes, le grand cerisier est enfin en fleur

au jardin des Plantes, le grand cerisier est enfin en fleur

hier à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

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Dada

vignette dumas

centre malesherbes*

Le grand gars, dans un grand éclat de rire, m’a demandé, avec son accent africain : « Dada ? c’est quoi, ça, Dada ? » Je le lui ai dit, et il a ri encore. Dada avant/ après Dada, c’était le titre de la journée d’études où j’allais, au centre Malesherbes, et lui, gardien à l’entrée de ce centre universitaire, était chargé de vérifier que mon nom était bien sur la liste. Son humour, sa joie très manifeste made my day dada.

Il fut question notamment de Raoul Hausmann. Pendant les très savantes communications d’éminents spécialistes, j’ai pris des notes, j’ai regardé la pluie par la fenêtre, et j’ai aussi dessiné dans mon carnet, ceci :

dada

Il n’y aura pas de bonne révolution sans art ni sans littérature. Songeai-je. (Or pour l’instant il n’y en a pas)

Le soir venu, à la sortie, avant de reprendre le métro, j’ai photographié Alexandre Dumas avec son masque antipollution sur le nez.

alexandre dumasaujourd’hui à Paris 17e, photos Alina Reyes

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Mon blaze, des graffs et un atelier d’écriture à Tolbiac occupée

mon blaze,

Après avoir regardé une excellente série documentaire de dix petites épisodes sur l’histoire du graffiti, j’ai eu envie de créer mon blaze avec mes initiales, et j’ai dessiné ceci :

mon blaze

Puis je suis partie à Tolbiac, animer un atelier d’écriture dans l’université occupée. Pendant que les étudiants écrivaient, j’ai dessiné une variante de mon blaze dans mon carnet :

mon blaze,

Il y avait des dizaines d’étudiants dans l’amphi d’à côté, pour une rencontre avec les cheminots et les postiers grévistes. Pendant ce temps, nous nous sommes retrouvés à sept, cinq garçons (dont un passant) et deux filles dont moi, pour un atelier tranquille et calme d’écriture à partir de ce début de citation que je leur avais donné : « Enfin la terre s’ouvrit et ». Ensuite ils et elle ont lu leurs textes, c’était beau, très beau par moments. Parlant de mines, de cendres, d’histoire engloutie, de sectes suicidaires, de déplacements humains… « du gouffre hurlant s’échappait la lumière chaude de la vie ». Je leur ai donné la citation entière : « Enfin la terre s’ouvrit et Gérard de Nerval apparut », et son auteur : Antonin Artaud. Nous avons parlé un moment des textes qui venaient d’être écrits, puis de Nerval et d’Artaud, et aussi de notre situation ici, sous terre, dans cet amphi de cette fac construite toute en niveaux serpentants et différents pour éviter les rassemblements d’étudiants, et aussi du printemps où la verdure sort de la terre.

tolbiac

Je suis repartie, passant entre de petits ateliers installés dehors, barbouillage d’affiches publicitaires et découpe de bois, comme à l’arrivée et comme tout le monde j’ai grimpé par-dessus la clôture et j’ai marché dans les rues, photographiant au passage les graffs et aussi quelques œuvres de street art (pas les grandes fresques du 13e que j’ai déjà photographiées, mais de petites œuvres nouvelles). Voici d’abord les graffs :

graff

graff 2

graff 3

graff 4

graff 5

graff 6

graff 7

Et voici d’autres œuvres de street art et des images de la ville :

street art 2

street art 3

street art 4

street art 5

du bout des doigts

street art 6

street art

street invader

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Il faisait très doux, enfin le printemps, que berçait une petite pluie fine. Les prunus en fleur embaumaient dans certaines rues, et des enfants jouaient.

prunus en fleur

enfantsaujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Aux morts et aux vivants pour la liberté

tolbiac

passage piétonsEn chemin pour Tolbiac, où je voulais voir l’université occupée

antennes policej’ai vu comme toujours quand on marche dans Paris les plaques ici et là dans les rues commémorant les résistants fusillés là, contre les murs, et d’autres plaques commémoratives des luttes toujours renouvelées pour conserver ou reprendre le chemin de la liberté

aux republicainsavec des gens qui ont donné leur vie comme aujourd’hui d’autres la donnent, en mourant ou en vivant

boite à lettres

vélo

morts pour la france

refletj’ai photographié l’université de l’extérieur, mais j’y reviendrai bientôt, à l’intérieur

fac tolbiac,

fac tolbiac

tolbiac occupée

tolbiac en greveà suivre, donc

cerisier en fleurcet après-midi à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Contre les « techniciens de la possession des âmes », les poètes russes, vus par Armand Robin

armand robin

Pour des raisons politiques, Emmanuel Macron a boycotté les auteurs russes, invités d’honneur de cette année au Salon du livre de Paris. Ce geste déplorablement grossier, insulte aux auteurs, ne fait que rappeler combien, en vérité, la littérature dépasse tous les intérêts politiciens du monde. Alors que la littérature française sombre de plus en plus dans l’industrialisation et l’institutionnalisation, ce texte magnifique d’Armand Robin sur les poètes russes qu’il a traduits reste plus que jamais vital pour rappeler quel souffle peut traverser la littérature, hors des récupérations mondaines et mercantiles qui l’étouffent.

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maiakovski,Mon interprétation de Maïakovski, à partir d’une photo de lui

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« Exception faite pour Pasternak, les poètes russes à qui j’ai jeté ma vie ont surgi en tempêtes de neige, ont passé en ouragans, se sont brusquement abattus en tragiques souffles de toute part cernés. Leurs jours sont plaintes d’accordéon assiégées par d’infinis espaces de douleurs ; on dirait que, sous une immense étendue de neige, une dernière végétation sauvagement tente de percer et que, sentant ses heures comptées, elle se hâte « d’éclater » n’importe comment en plein gel, gel elle-même.

Chez nos « tempêtes » plus aucune précaution : la terre russe s’exprime au paroxysme, hurle, roule, titube ; nos ouragans ne sont que russes, ne passent par aucun intermédiaire visible ou secret, ne songent jamais à s’appuer au garde-fou de l’Occident. Et ce n’est point un hasard si Alexandre Blok, ce songeur flottant à mi-chemin entre Dante et Swinburne (et plutôt penché vers Swinburne), laissa soudain son poème éclater en nuit de fureur et déchaîna cette épopée des « Douze » où toute la peau du vieil homme est arrachée.

Les hongrois Ady et Attila mis à part, ces poètes russes auront été les seuls en ces temps, les grands derniers seuls. Ils échappent à cette ère, exactement à la manière d’un bel arbre possédant naturellement assez de pouvoirs pour retenir et charmer les regards et faire oublier aux cœurs les fantasmagories harassantes suscitées et propagées par les amateurs de domination ; en ce siècle de sécheresse de la conscience (tout entière invitée à se vider de sa substance au profit des techniciens de la possession des âmes), ils se donnent au maximum sans raison ou contre toute raison. Ouragans, ils ne connaissent aucun repos ; mais l’extrême emportement qu’ils subissent et qui est déchirement tout au long de leur être se change merveilleusement pour les autres hommes en aide pour se hâter vers les lieux sans lieu où il n’y a que souffle. Ils nous protègent dès maintenant contre le grand tarissement.

L’humanité, ayant franchi ce qu’Ady en un poème célèbre (« Homme dans la non-humanité ») appelle « la ligne des horreurs » et s’étant retrouvée avec une conscience douée de nouveaux pouvoirs de l’autre côté, emportera avec elle dans cette formidable révolution (dont les apparents bouleversements ne sont que des parodies) quelques-uns de ces cris russes. »

Armand Robin, 1947 (extrait de sa préface à Quatre poètes russes : Essénine, Blok, Maïakovski, Pasternak, dans sa traduction, aux éditions Le Temps qu’il fait, 1985)

Maïakovski dans ce journal (vidéos, texte) : ici

Essénine dans ce journal : ici

Attila, auteur hongrois mentionné par Robin, dans ce journal : ici

Berdiaev, Dostoïevski, Florenski, Boulgakov, Soloviev, Tchaadev, auteurs mystiques russes vus par Henri de Lubac, dans ce journal : ici

Sorokine, auteur russe d’aujourd’hui, dans ce journal : ici

Nijinski, danseur et auteur russe, dans ce journal : ici

Andréi Makine, son discours à l’Académie française dans ce journal : ici

La Russie, avec Poutine & cie dans La stratégie du choc de Naomi Klein et dans ce journal : ici

Le Pen en Russie et en image dans ce journal : ici

Une librairie en Russie et dans ce journal : ici

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Stephen Hawking, étoile parlante, vers l’infini et au-delà

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L’Univers de Stephen Hawking est comme cette tarte, en davantage de dimensions. Un univers sans frontières. Je lisais hier soir un compte-rendu d’une interview donnée par lui dans Star Talk : « On peut considérer le temps ordinaire et réel comme commençant au pôle Sud, qui est un point lisse de l’espace-temps où les lois normales de la physique tiennent. Il n’y a rien au sud du pôle Sud, donc il n’y avait rien autour avant le Big Bang ». Apprenant ce matin sa mort en cette journée de Pi (π), j’ouvre son livre Une belle histoire du temps, posé sur mon bureau, dans lequel il rappelle que depuis la théorie de la relativité générale (Einstein, 1915), « L’espace et le temps sont devenus des entités dynamiques : quand un corps se déplace, ou quand une force agit sur lui, cela influe sur la courbure de l’espace et du temps – et, en retour, la structure de l’espace-temps influe sur la façon dont les corps se déplacent et dont les forces agissent. L’espace et le temps affectent, et sont affectés par, tout ce qui se passe dans l’Univers. »

Sa recherche d’une théorie unificatrice des constantes fondamentales de la relativité générale avec celles de la mécanique quantique est ainsi résumée dans les toutes dernières phrases de son livre :

« Néanmoins, si nous parvenons vraiment à découvrir une théorie unificatrice, elle devrait avec le temps être compréhensible par tout le monde dans ses grands principes, pas seulement par une poignée de scientifiques. Philosophes, scientifiques et personnes ordinaires, tous seront capables de prendre part à la discussion sur le pourquoi de notre existence et de notre Univers. Et si nous trouvions un jour la réponse, ce serait le triomphe de la raison humaine – qui nous permettrait alors de connaître la pensée de Dieu. »

Rappelons-nous qu’il disait que cet univers serait peu de choses s’il ne s’y trouvait les personnes que nous aimons, et qu’il espérait laisser un souvenir comme père et grand-père.

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Connais-toi toi-même, c’est chouette

Barn owl

Le mot grec polis, (« cité », assemblée de citoyens), nous a donné aussi bien police que politique ou politesse. En Grèce, comme le montre magistralement Cornelius Castoriadus dans la vidéo qui suit, la polis est indissociable de la sophia, la sagesse, et de la philosophie, « amitié pour la sagesse ». (Et je n’écris jamais le prénom Sophie sans y entendre Sagesse – que ce soit avec reconnaissance ou avec ironie). La cité grecque de la démocratie (et du théâtre à la fois philosophique et poétique), c’est Athènes ; et la déesse d’Athènes, c’est Athéna, déesse de la Sagesse, symbolisée par la chouette, oiseau qui voit la nuit, à tous les sens.

« C’est vrai, ça, je ne le connaissais pas, Dom Juan, moi ! », m’a lancé cet élève du fond de la classe le jour de mon départ, juste après avoir dit « On a appris beaucoup de choses avec vous ».  C’est un élève très « faible » en français, et je sais qu’il n’a pas plus lu la pièce qu’aucun des autres textes que nous avons étudiés. Cependant, grâce à notre travail en cours, il a pu connaître « Dom Juan, moi ». Une incarnation théâtrale, littéraire, de la liberté humaine, avec son hubris (autre mot grec, interrogeant le sens des limites), sa complexité, sa grandeur. Et un questionnement du rapport au « Ciel », comme le dit la pièce de Molière, qui n’enferme pas, pour peu qu’on ouvre suffisamment le texte, qu’on en fasse une lecture assez profonde. Voilà à quoi doit servir un.e prof de lettres : comme me l’avait écrit un Marocain à propos de mon livre Moha m’aime : « Tout le monde à Sidi Ifni le lit, même les femmes illettrées ». Faire lire même les personnes auxquelles on n’a pas appris à lire. Et ce faisant, leur donner accès à leur propre inconnu, leur propre dignité, leur propre grandeur, leur propre plénitude.

 

 

Cornelius Castoriadis/ Chris Marker – Une leçon de Démocratie

En 1989, Chris Marker filmait Cornelius Castoriadis.

Sous Sarkozy, sous Hollande, sous Macron : la France, toutou de l’Amérique plouc

macron trump invalides

Whatshisname-jeff-koons-chien-cacaparodie du chien de Jeff Koons par l’artiste anglais Whatshisname

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Jeff Koons pète et fait caca partout. Il décide de fourguer à Paris ses habituelles tripes boudinées pleines de cash dématérialisé, pleines de néant puant ? Macron et Hidalgo ouvrent les bras comme s’ils étaient des cuvettes de chiottes pour les recevoir, et s’en disent honorés. Jeff Koons offre l’idée (un bouquet de tulipes en acier de 33 tonnes) mais pas les moyens pour la réaliser, paiera qui pourra – des mécènes, nous dit-on, mais peut-être bien que l’argent public devra être de la partie, d’une façon ou d’une autre. On va donc défigurer un bel espace parisien avec cet énorme machin, emblème de la soumission de nos dirigeants aux États-Unis dans ce qu’ils ont de plus moche ou de plus con. Tout ça pour honorer les morts des attentats. Faites gaffe, Macron, Hidalgo & co, ils pourraient bien se retourner dans leur tombe et venir vous tirer par les pieds.

 

macron obey

 

Piketty l’a dit, « Trump, Macron : même combat ». Une Marianne d’Obey trône dans le bureau de Macron et s’impose au regard des Français quand il leur parle, notamment lors de la présentation des vœux. Là aussi il s’agit d’un cadeau de cet artiste américain à l’occasion des attentats. Macron obéissant l’a aussitôt affiché à la place royale. Certes c’est ce même Obey qui avait réalisé un portrait fameux d’Obama, mais est-ce une raison pour manger ses restes ? Puisque le président français est censé représenter les Français, ne pouvait-il garder son Obey dans sa collection privée et offrir à ses concitoyens la vue d’une œuvre d’un artiste français ? Il n’est pas difficile d’en trouver de bien plus grands et intéressants que le lisse Obey. Pour ne pas faire de jaloux parmi les vivants, et pour rester dans l’esprit street art contemporain, pourquoi pas le génial Bilal Berreni, alias Zoo Project, Français mort en 2014 à vingt-trois ans d’une balle dans la tête aux États-Unis, à Detroit où il était allé pour témoigner par son art de sa solidarité avec les habitants de cette ville tombée dans la faillite, la misère, le crime – après avoir, toujours par son art, accompagné la révolution tunisienne puis la crise des réfugiés en Libye. Voilà qui aurait du sens, du vrai sens.

 

zoo_project_bilal berreniautres œuvres de Bilal Berreni : à voir ICI

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Amateur d’indépendance et de plein air : Shawn James et sa cabane en forêt

shawn james

Le gars a construit sa cabane au Canada en six mois, seul, comme on le voit dans ce timelapse. Du bel et bon travail. Dans la deuxième vidéo, il s’est filmé au cours des quelques jours qu’il vient d’y passer. De la belle et bonne vie, grandiose à mon sens – j’ai vécu de telles choses et j’en revivrai si Dieu le veut : ce qui est bon, c’est de vivre beaucoup de vies en une, et parmi toutes ces vies, la vie sauvage et solitaire, l’une des toutes meilleures, doit avoir sa place, ne serait-ce qu’un peu de temps (car dans cette vie le temps n’a plus la même valeur, il est quasiment de l’ordre de l’éternité).

Pour en savoir plus, son site

Et n’oublions pas la littérature : Walden ou la vie dans la forêt (un passage du livre de Thoreau dans ma traduction, contant son énorme joie de vivre dans sa cabane, construite aussi de ses mains)

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