Beauté, toujours. Héroïne, journal et haïkus du jour

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edimbourg gruesToujours à Édimbourg, les vols étant annulés les uns après les autres. En profitant pour admirer par la fenêtre les brusques tourbillons de neige, les jeux des oiseaux se réunissant au chaud sur une cheminée fumante puis s’élançant, tentant de voler contre les bourrasques qui finissent par arriver à les déporter dans leur sens, écouter les chants du vent, contempler les lumières et les couleurs changeantes dans le ciel, autour des hautes grues blanches arrêtées dans le même sens pour éviter d’être arrachées par la tempête, et sortir, marcher dans les rues enneigées, dans les poudroiements denses et virevoltants des chutes de neige, dans le bonheur, trouver une épicerie ouverte, faire des courses sur les rayons qui se vident, rentrer, écrire et dessiner un peu dans mon cahier, faire la cuisine, vivre.

L’héroïne du jour ici se nomme Charmaine Laurie et elle est chauffeuse de bus. Je vous laisse admirer sa maîtrise, avant mes trois haikus d’Édimbourg.

 

 

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Neige à la fenêtre
Étendards rouges dansant
et tourbillons blancs

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Sur la cheminée
Dix pigeons dans la fumée
Au chaud dans le froid

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La ville la nuit
Le vent soulève la neige
parmi les lumières

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Les police box reconvertis d’Édimbourg

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Autrefois utilisés comme postes de communication pour la police, ils sont tombés en désuétude avec les moyens de communication modernes. Après des années d’abandon, ils trouvent une nouvelle vie dans leurs reconversions diverses : beaucoup sont devenus des kiosques où l’on peut acheter des cafés et autres boissons, ou encore des glaces, des crêpes ou de la nourriture végane… ou bien des tickets de tourisme… et dernièrement l’un d’eux est même devenu un mini salon de coiffure, faisant aussi office de barbier et distribuant boissons chaudes et produits de toilette, pour les personnes sans abri – à l’initiative de Zakia Moulaoui, « Française avec un cœur écossais »

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edinburgh police boxà Édimbourg, photos Alina Reyes

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Roms, migrants, immigrés, pauvres : stop aux faux procès à l' »étranger »

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L’autre jour, un peu avant sept heures du matin, entre la Comédie française et l’Opéra, j’ai vu depuis le bus toute une famille se lever dans le froid et la nuit. Les parents pliant les sacs de couchage, les enfants rajustant leurs vêtements propres et soignés, peut-être s’apprêtant à partir à l’école après avoir mangé quelque chose – du moins est-ce ce que j’ai espéré. Cette semaine il va faire vraiment très froid pour tous ceux qui dorment dehors. Des familles roms, des réfugiés, d’autres personnes sans abri. Il y a un autre monde dans le monde, une autre ville dans les villes : un monde sans toit, une ville sans pitié.

Toutes ces personnes à la rue forment un Dreyfus géant. Le Dreyfus de ce début de XXIe siècle, tel l’apatride, le juif errant, est puni par les assis, comme dit Rimbaud, pour une faute inconnue, comme dit Kafka, ou pour une faute qu’il n’a pas commise, comme dit Zola. « Sortir du piège », préconise courageusement Anne Sinclair, demandant à Macron de cesser de persécuter les migrants et d’inventer plutôt une véritable politique, en accord avec l’Europe. Souvenons-nous des conséquences gigantesques de l’affaire Dreyfus, des dizaines de millions de morts qui s’ensuivirent, et cessons de fabriquer de faux procès pour stigmatiser l’étranger, intérieur ou extérieur.

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Wangari Maathai

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« Je ne devais surtout pas prendre de bois sous notre figuier, ni autour, car chez les Kikuyu, le mugumo est l’arbre de Dieu et l’homme n’a le droit ni de l’utiliser, ni de le couper, ni de le brûler…

Je comprendrais par la suite que ces figuiers séculaires indiquaient la présence de réserves phréatiques. Leurs puissantes racines creusent dans le sol des failles et des fissures par lesquelles les eaux souterraines remontent vers la surface. »

Image et texte trouvés dans un article de Slate Afrique

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S’habiller stylé pour 1 à 5 euros

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Beaucoup sont déjà au travail, beaucoup y retournent. Dès ce lundi matin, 28 août, je serai chaque jour requise par mon nouveau métier d’enseignante, entre réunions dans des universités et pré-rentrée dans mon lycée en banlieue. Après avoir pas mal travaillé cet été (pour ma thèse), je prends une journée de repos et je songe à la mode. L’important n’est pas de la suivre, mais de la faire.  Et de même qu’on peut aller en bibliothèque ou chez les bouquinistes plutôt que d’acheter les « livres de la rentrée », on peut composer son propre style et acheter de façon plus économique et plus écologique des vêtements de récupération, dans les friperies, les vide-grenier et les boutiques solidaires. Tous les pantalons, hauts, jupes, vestes, que j’ai photographiés ci-dessous m’ont coûté entre 1,50 et 5 euros pièce. On peut aussi faire ou arranger soi-même des accessoires, comme ces femmes de la vidéo qui suit, dans leur merveilleuse collaboration de dentellières à Berlin (n’oublions pas de nous servir de nos mains).

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haut,,,

haut,,

haut,

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gilet

haut,,,,

pantalon,,

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robe

veste,,

veste,

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Et voici la vidéo sur la styliste Ann-Kathrin Carstensen et son label Rita in Palma. Dans son atelier à Berlin, des femmes turques tressent des collerettes arachnéennes, des bijoux, des loups et des dessous chics, dans une très belle ambiance humaine et féminine. Cela me donne envie de refaire de la dentelle au crochet moi aussi, comme ma grand-mère m’avait appris à le faire, avec du fil de coton. Ces savoirs-faire artisanaux sont beaux, il faut les sauvegarder plutôt que de les confier à des machines comme le voulaient les banquiers de cette entrepreneure exemplaire.

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Danser contre la mort. L’exemple de Nadia Vadori Gauthier

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à Pierrefitte-sur-Seine dans une salle de lecture des Archives Nationales, parmi les chercheurs

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Certains courent contre la montre, elle danse contre la mort. Nadia Vadori Gauthier a commencé sa performance quotidienne, une minute de danse quelque part, en janvier 2015 en réaction aux attentats. Elle installe sa caméra, elle y va. Seule, ou bien accompagnée de gens qui sont là et s’y mettent aussi, ou d’autres danseurs, ou de ses élèves. Comme le street art, c’est une façon de rappeler la présence de la vie, de l’humain, quand et là où menace la mort de l’esprit. Elle parle de « poésie en acte », d’ « acte de résistance poétique », comme j’appelle « poélitiques » les actes que O et moi réalisons avec Madame Terre. Ce sont des témoignages. Des inscriptions physiques dans le réel. Et n’oublions pas que les actes gratuits sont les plus importants, les plus salvateurs pour toute l’humanité.

Pour la suivre, c’est par ici.

Je l’ai découverte récemment et j’ai regardé beaucoup de ses vidéos, mais pas toutes. En voici quelques-unes parmi celles que j’ai vues.

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ses élèves sur la Danse macabre, rue de l’Université à Paris 7e

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Place de la Bastille, devant la police qui attend la manif contre la Loi Travail

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« Bois de Vincennes, Paris 12e. Une équipe de chercheurs et d’anciens de l’Université de Vincennes (Centre universitaire expérimental de Vincennes ) s’arrête à l’endroit où, d’après Philippe Tancelin, devait être l’entrée de la fac. Il ne reste aucune trace matérielle des bâtiments, totalement rasés en 10 jours, pendant l’été 1980, contre la volonté des usagers. Le site, bâti en deux mois après les évènements de 1968, a été le lieu d’une effervescence, d’une puissance de vie et de liberté de pensée exceptionnelles.
Parmi les enseignants-chercheurs, on trouve François Châtelet, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard, Michel Foucault, Alain Badiou, Jacques Derrida, Giorgio Agamben… Pour la première fois en France, une fac dispensait des enseignements artistiques.
Une danse en compagnie de Philippe Tancelin, Laurence Valette, Bernard Müller, Milena Kartowski Aïach, Muriel Roland, Anna Lopez Luna, Carolina Espirito Santo et Aurélien Fernandez.
Que reste t-il de Vincennes ?
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« rue du cloître Saint-Merri, Paris 4e. Will Menter, artiste sonore, est de passage à Paris pour promener ses « Chiens »… c’est le 200e jour d’Etat d’urgence. »

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« Cité Universitaire Internationale, Paris 14e. Mes élèves répètent depuis 4heures sans faire de pause pour le spectacle au Monfort. Pour aujourd’hui, nous finissons avec un projet de Simon Roth.
Avec Paul, Raphael, Louise, Arnaud, Liora, Jinxuan, Nicolas, Marie, Simon, Jules, Joseph, Nicolas, Pauline, Simon, Clémence. »

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« rue de la Butte-aux-Cailles, Paris 13e. Il y a des jours où la minute de danse vient à moi et me fait des cadeaux. Il fait frais et gris, la rue est déserte. Je pose mon pied d’appareil photo et m’apprête à danser seule. Je cadre le mur. Lorsque je relève la tête, il est là. Je lui dis : « C’est exactement ce que je m’apprête à faire ». Et je le rejoins.
Il s’appelle Hamir, il habite là et travaille la nuit. Il est descendu pour faire une course.
En dansant, il dit : « Attends, attends une seconde… c’est comme si je t’avais connue. //// Oh mon dieu //// Ah mais carrément./// Je reste là./// Je vais aller me faire un couscous maintenant. »
Ensuite, lorsque je lui parle du projet; il dit « 
Moi je ne danse pas souvent,  je ne danse pas une minute tous les
jours, mais quand je danse je danse des heures ».
Street art : 
Bebarbarie / Urbansolid  (Out of Eden »

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Nadia Vadori Gauthier est artiste, docteure en esthétique de l’Université Paris 8. Des centaines d’autres de ses performances, dans beaucoup d’autres lieux et d’autres circonstances, sont à voir sur son site.

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« Corps de bataille » de Valérie Lang et présence de Josiane Balasko : brève réflexion sur le théâtre

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plafond odeon massonAvant la représentation, j’ai photographié le plafond de l’Odéon, peint par André Masson

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Ce mercredi soir je suis allée écouter à l’Odéon, sur invitation, une lecture des écrits de la comédienne trop tôt disparue Valérie Lang. Réflexions sur le théâtre, sur l’engagement politique, sur son expérience de vie, qui ont notamment beaucoup intéressé le jeune comédien qui m’accompagnait. Trois lecteurs se relayaient : Josiane Balasko, Stanislas Nordey, Pascal Rambert. La présence extraordinaire de Josiane Balasko rendait le texte qu’elle lisait littéralement vivant. Elle lisait sobrement, se tenait sobrement assise, était vêtue sobrement, ne cherchait pas d’effets, mais elle habitait tout le théâtre. Valérie Lang dans ses écrits parlait à plusieurs reprises de la question de l’être. Voilà, Balasko était, est.

En rentrant, j’ai songé à ce que m’avait dit le kiné qui me faisait faire ma rééducation après que je m’étais cassé la cheville, à la montagne. Il avait eu l’occasion de soigner des sportifs de haut niveau, et de constater que leurs qualités physiques naturelles, leurs capacités de récupération etc., étaient exceptionnelles. Ils n’étaient pas faits comme tout le monde, et mon kiné en était resté aussi stupéfait et admiratif que je l’ai été ce soir en constatant la présence exceptionnelle de Josiane Balasko. L’être est un don. Et comme dans tout art, il ne suffit pas d’avoir la technique, d’avoir fréquenté les bonnes écoles ou les bons ateliers d’écriture : si tu n’as pas l’être, si tu en as trop peu, ton art ne vaudra rien. Tout art est théâtre, lieu où l’on vient voir l’invisible, et il ne peut se manifester et se voir que s’il est plein d’être.

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