Archives de catégorie : Spiritualité et théologie

Alexandra David-Néel, la femme aux semelles de vent

« Féministe, anarchiste, cantatrice à ses débuts, théosophe, écrivain et journaliste… Le plus grand explorateur du XXème siècle est une femme ! Alexandra David-Néel, exploratrice, féministe, anarchiste, bouddhiste, première femme lama, premier européen à être entré au Tibet en 1914… » Ainsi la présente le site qui lui est consacré.

Je l’ai lue il y a très longtemps avec bonheur. « Je suis ce qui fut, ce qui est et ce qui sera et nul n’a jamais levé mon voile », disait-elle.

Voici un documentaire tourné dans sa dernière maison (dans la série Une maison, un artiste), où on la voit notamment parler à l’âge de 101 ans avec une parfaite vivacité intellectuelle. Elle devait mourir quelque temps après, alors qu’elle venait de faire renouveler son passeport.

Puis le téléfilm indo-français « J’irai au pays des neiges », qui retrace ses pérégrinations de treize ans à travers l’Inde, l’Himalaya, le Tibet, avec l’arrivée à Lhassa le 28 février 1924. Dominique Blanc est bien, mais il est dommage de n’avoir pas trouvé une actrice plus petite, comme l’était Alexandra David-Néel (et aussi Éva de Vitray-Meyerovitch) (et moi ;-). C’est important, spirituellement. Imaginons-la donc petite en regardant le film. Bon visionnage !

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Luisa Coomaraswami, « Le Pont Périlleux du bonheur »

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Al-Khidr, Le Verdoyant, sorte d’ange ou d’être totalement accompli, commun à plusieurs traditions, serait présent notamment au centre du Coran comme guide de Moïse

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Je donne quelques passages du texte que Luisa Runstein Coomaraswami publia dans le numéro 8 du Harvard Journal of Asiatic Studies en 1944 (texte repris dans La Porte du Ciel, d’Ananda Coomaraswami, traduction de l’anglais par Jean Annestay). Il s’agit d’une étude comparative sur le thème du Pont Périlleux, qui s’exprime à travers toutes les traditions, soit dans les livres sacrés, soit dans le folklore. À méditer en ce temps de passage d’une année à l’autre.

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« Quand le Pèlerin aura atteint le « Bout du Monde », il n’y aura « plus de mer » (Apocalypse, XXI. I). Le « fleuve » ou la « mer » que le « pont » enjambe sépare le commencement de la fin.
Il est à la fois le temps et l’espace car « l’Année, en vérité, est l’Espace » (Shatapatha Brâhmana VIII. 4. I. II (…)

… et les « eaux » du cum transierit anima nostra aquas, quae sunt sine substantia [quand notre âme aura traversé les eaux qui sont dénuées de substance »] des Confessions (XIII. 7) de Saint Augustin et sur lesquelles seuls ceux qui sont « en esprit » peuvent avancer en toute impunité comme s’ils marchaient sur la terre ferme alors que les autres ont besoin d’un pont ou d’un bateau.

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Cette « ancienne voie qui s’étend au loin (Brihadâranyaka Upanishad, IV. 4. 8) fut découverte et suivie par le Bouddha (Samyutta Nikâya, II. 100) comme elle le fut par les anciens brahmanes qui savaient que « Celui qui fait de l’Esprit (âtman) son Trouveur de Voie (cf. Brihadâranyaka Upanishad, I. 4. 7) n’est plus du tout souillé par la mauvaise action (Taittirîya Brâhmana, III. 12. 9. 8)

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Tout ceci trouve un parallèle dans le Mabinogion (L’Histoire de Branwen) où se trouve la sentence suivante : « Celui qui veut être le Chef, qu’il soit le Pont » et où ce Bendigeid Vran, en fait, « s’étend à travers le fleuve et des claies furent placées sur lui en sorte que l’armée, par suite, passa au-dessus ».
On retrouvera la base naturelle de la symbolique du Pont, bien entendu, dans la traversée réelle d’un pont d’une rive à l’autre ou d’un abîme sur la terre. Triompher d’une difficulté revient, en réalité, à la traverser ; ainsi, si nous faisons une erreur, quiconque nous corrige devient notre pontife (Aitareya Brâhmana III. 35) ; et de plus, l’édification de ponts terrestres en tant qu’acte de charité symbolise la construction du pont de l’immortalité et « les constructeurs de ponts sont destinés au ciel » (setukârakâ […] sagga-gâmino, Samyutta Nikâya, I. 33)

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C’est parce que le Fil de l’Esprit est à la fois si ténu et d’une métallique solidité que le Pont est si souvent décrit, dans la littérature traditionnelle, aussi bien comme un rayon de lumière qu’ayant la consistance d’un fil ou d’un cheveu, ou encore aussi tranchant qu’un rasoir ou le fil d’une épée, ou, s’il est en bois, comme constitué d’une poutre unique, extrêmement glissante et susceptible de s’enrouler ou de se dresser.

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Darmetester cite ces lignes d’un anonyme français sur le Pont menant de la Terre au Paradis :

Ceux qu’sauront la raison de Dieu
Par dessus passent ;
Ceux qu’la sauront pas
Au bout mourront

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Nous n’avons pas besoin d’envisager maintenant le cas de ceux qui, ayant atteint la plus lointaine rive, peuvent aller à volonté d’un côté à l’autre (en tant que kâmâcârin) ; étant dans l’esprit, ceux-ci peuvent marcher sur les eaux ou voler dans les airs, devenir ponts, échelles ou vaisseaux pour les autres, ne plus avoir besoin d’autre moyen de locomotion. Ils possèdent le pouvoir de « se mouvoir à volonté dans tous les mondes » (Chândogya Upanishad, VIII. 4. 1. 3). Ceux-là peuvent aller et venir en toute impunité, sans être affectés par le fait que quelque forme qu’ils puissent prendre sous le soleil sera périssable. Mais pour ceux qui n’ont pas encore déjà atteint la rive lointaine, retourner est fatal ; il n’y a qu’une seule direction où poursuivre notre chemin : « de l’obscurité à la lumière, du non-être à l’être, de la mort à l’immortalité (Brihadâranyaka Upanishad I. 3. 28).

Qu’un symbole doive avoir des sens opposés selon les contextes est, bien entendu, parfaitement normal ; la polarité relève de la relativité de toutes les valeurs.

Le Pont étant notre Voie vers un but désiré, ceux qui le brisent sont manifestement des imbéciles.

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Ainsi s’attarder sur le pont ou se cramponner au passé se fait-il au péril de chacun. Ce pont, tout bien considéré, n’est pas celui qui doit être atteint à la fin de notre vie mais celui que nous commençons à traverser à notre naissance dès notre premier souffle. Bien que notre pèlerinage soit temporel, le pont lui-même ne se situe pas dans le temps tel que nous l’entendons ; il est aussi étroit qu’un instant et comparable à un « tranchant de rasoir » car cet instant est un point sans dimension, divisant le passé du futur, les seuls temps que notre expérience nous permet de connaître ici. Cet instant, par conséquent, est l’heure fixée, et tout pas sur la Voie revient à marcher sur une corde raide. »

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Le fruit défendu des religions et des idéologies

adam-eve-wenzel-peterAdam et Eve au paradis terrestre, par Johann Wenzel Peter

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Les religions (toutes) et les idéologies, figeant la pensée et dévorant raison et liberté, sont comme des cancers auxquels cèdent les individus ou les communautés quand le désespoir les prend.

Les politiques ont la responsabilité de ne pas jeter les peuples dans le désespoir. Car une fois que les religions ou les idéologies ont pris le relais du politique, le politique est menacé de mort comme le peuple.

Les religions sont aussi comme certaines plantes qui peuvent aider à guérir, à condition d’être savamment connues, composées et dosées, sans quoi elles peuvent intoxiquer et tuer. Les religions et les idéologies sont le fruit défendu tendu par les serpents. Le fruit défendu ne donne pas la connaissance du bien et du mal, il précipite dans le mal et la mort – tout en disqualifiant les bons fruits. Seule une solide et fine connaissance préalable du bien et du mal permet une relation et une interaction saines et salutaires avec tous les éléments et les fruits du monde.

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