Archives de catégorie : Spiritualité et théologie

Ce que disent les mosquées

mosquee-jaune-pakistan-minUne petite mosquée jaune dans la région de Sindh au Pakistan. Source : Trouve ta mosquée

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mosquee-sans-toit-minUne mosquée quelque part en Afghanistan. Source

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mosquee-kyrgyz-minMosquée kirghize au pied des montagnes Pamirs à l’ouest de la région autonome Ouïgoure du Xinjiang, en Chine. Source

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Dans une mosquée la lumière ne tombe pas d’en haut, comme quelque chose qu’on attend dans un ici-bas de souffrance. Dans une mosquée, la lumière est.

La mosquée n’a pas besoin de représentations de visages ou de corps saisis par la grâce ou la sagesse, elle est elle-même espace et temps de grâce et de sagesse.

Dans l’islam le monde entier est une mosquée. Les mosquées sont là pour apprendre à le comprendre, et à le vivre.

La mosquée n’est pas un lieu de culte. Il n’y a rien à révérer dans une mosquée. Aucune offrande n’y est faite. La mosquée est le lieu du don accompli, de l’union réalisée, parfaite.

La mosquée est un lieu de saisie, sans violence aucune, de la lumière qui saisit, massivement, entièrement, et purement.

La mosquée dit que l’islam, en vérité, n’est pas une religion (et ne devrait pas être vécu comme une religion), mais le lieu de la vie pacifiée, de la liberté accomplie, de la foi (l’accord, la confiance) absolue.

Les mosquées comprennent souvent des cours, des jardins, des salles d’étude, bibliothèque, lieux conviviaux et autres, des points d’eau, des passages, des ouvertures. L’extérieur et l’intérieur y sont unis, la lumière et la vie y circulent, y vont toujours à l’altérité. Elles font rencontrer l’autre en soi et l’accueillir.

La mosquée est « absolument moderne » (ou a tout pour l’être, quand l’islam sera modernisé).

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lumiere-mosquee-delhi-minUne prière dans une mosquée à New-Delhi en Inde. Source

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la-mosquee-de-touba-senegal-minMosquée de Touba, au Sénégal. Source : Le Petit Futé

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Alexandra David-Néel sur le toit du monde

L’idolâtrie occidentale envers le Dalaï-lama témoigne d’un romantisme, d’un aveuglement, pour tout dire d’une bêtise consternante. Je réédite cette note du 23 février dernier en supprimant la vidéo d’un film médiocre sur la voyageuse et en la remplaçant par des enregistrements extrêmement intéressants où elle parle du Tibet et de son histoire. Y sont évoqués notamment Gurdjieff, qui fut précepteur du dalaï-lama, les guerres et les férocités séculaires entre Chine et Tibet et aussi entre Tibétains, qu’elle appelle « grotesque et sanglante comédie », la doctrine bouddhiste, la vie des moines tibétains.

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Voici un documentaire tourné dans sa dernière maison, où on la voit notamment parler à l’âge de 101 ans avec une parfaite vivacité intellectuelle. Elle devait mourir quelque temps après, alors qu’elle venait de faire renouveler son passeport.

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« Féministe, anarchiste, cantatrice à ses débuts, théosophe, écrivain et journaliste… Le plus grand explorateur du XXème siècle est une femme ! Alexandra David-Néel, exploratrice, féministe, anarchiste, bouddhiste, première femme lama, premier européen à être entré au Tibet en 1914… » Ainsi la présente le site qui lui est consacré.

Je l’ai lue il y a très longtemps avec bonheur. Et je fus ermite en montagne moi aussi – à une moindre altitude, mais véritablement seule (elle, était accompagnée de son serviteur). « Je suis ce qui fut, ce qui est et ce qui sera et nul n’a jamais levé mon voile », disait-elle.

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Luisa Coomaraswami, « Le Pont Périlleux du bonheur »

al-khidr-le-verdoyant

Al-Khidr, Le Verdoyant, sorte d’ange ou d’être totalement accompli, commun à plusieurs traditions, serait présent notamment au centre du Coran comme guide de Moïse

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Je donne quelques passages du texte que Luisa Runstein Coomaraswami publia dans le numéro 8 du Harvard Journal of Asiatic Studies en 1944 (texte repris dans La Porte du Ciel, d’Ananda Coomaraswami, traduction de l’anglais par Jean Annestay). Il s’agit d’une étude comparative sur le thème du Pont Périlleux, qui s’exprime à travers toutes les traditions, soit dans les livres sacrés, soit dans le folklore. À méditer en ce temps de passage d’une année à l’autre.

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« Quand le Pèlerin aura atteint le « Bout du Monde », il n’y aura « plus de mer » (Apocalypse, XXI. I). Le « fleuve » ou la « mer » que le « pont » enjambe sépare le commencement de la fin.
Il est à la fois le temps et l’espace car « l’Année, en vérité, est l’Espace » (Shatapatha Brâhmana VIII. 4. I. II (…)

… et les « eaux » du cum transierit anima nostra aquas, quae sunt sine substantia [quand notre âme aura traversé les eaux qui sont dénuées de substance »] des Confessions (XIII. 7) de Saint Augustin et sur lesquelles seuls ceux qui sont « en esprit » peuvent avancer en toute impunité comme s’ils marchaient sur la terre ferme alors que les autres ont besoin d’un pont ou d’un bateau.

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Cette « ancienne voie qui s’étend au loin (Brihadâranyaka Upanishad, IV. 4. 8) fut découverte et suivie par le Bouddha (Samyutta Nikâya, II. 100) comme elle le fut par les anciens brahmanes qui savaient que « Celui qui fait de l’Esprit (âtman) son Trouveur de Voie (cf. Brihadâranyaka Upanishad, I. 4. 7) n’est plus du tout souillé par la mauvaise action (Taittirîya Brâhmana, III. 12. 9. 8)

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Tout ceci trouve un parallèle dans le Mabinogion (L’Histoire de Branwen) où se trouve la sentence suivante : « Celui qui veut être le Chef, qu’il soit le Pont » et où ce Bendigeid Vran, en fait, « s’étend à travers le fleuve et des claies furent placées sur lui en sorte que l’armée, par suite, passa au-dessus ».
On retrouvera la base naturelle de la symbolique du Pont, bien entendu, dans la traversée réelle d’un pont d’une rive à l’autre ou d’un abîme sur la terre. Triompher d’une difficulté revient, en réalité, à la traverser ; ainsi, si nous faisons une erreur, quiconque nous corrige devient notre pontife (Aitareya Brâhmana III. 35) ; et de plus, l’édification de ponts terrestres en tant qu’acte de charité symbolise la construction du pont de l’immortalité et « les constructeurs de ponts sont destinés au ciel » (setukârakâ […] sagga-gâmino, Samyutta Nikâya, I. 33)

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C’est parce que le Fil de l’Esprit est à la fois si ténu et d’une métallique solidité que le Pont est si souvent décrit, dans la littérature traditionnelle, aussi bien comme un rayon de lumière qu’ayant la consistance d’un fil ou d’un cheveu, ou encore aussi tranchant qu’un rasoir ou le fil d’une épée, ou, s’il est en bois, comme constitué d’une poutre unique, extrêmement glissante et susceptible de s’enrouler ou de se dresser.

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Darmetester cite ces lignes d’un anonyme français sur le Pont menant de la Terre au Paradis :

Ceux qu’sauront la raison de Dieu
Par dessus passent ;
Ceux qu’la sauront pas
Au bout mourront

(…)

Nous n’avons pas besoin d’envisager maintenant le cas de ceux qui, ayant atteint la plus lointaine rive, peuvent aller à volonté d’un côté à l’autre (en tant que kâmâcârin) ; étant dans l’esprit, ceux-ci peuvent marcher sur les eaux ou voler dans les airs, devenir ponts, échelles ou vaisseaux pour les autres, ne plus avoir besoin d’autre moyen de locomotion. Ils possèdent le pouvoir de « se mouvoir à volonté dans tous les mondes » (Chândogya Upanishad, VIII. 4. 1. 3). Ceux-là peuvent aller et venir en toute impunité, sans être affectés par le fait que quelque forme qu’ils puissent prendre sous le soleil sera périssable. Mais pour ceux qui n’ont pas encore déjà atteint la rive lointaine, retourner est fatal ; il n’y a qu’une seule direction où poursuivre notre chemin : « de l’obscurité à la lumière, du non-être à l’être, de la mort à l’immortalité (Brihadâranyaka Upanishad I. 3. 28).

Qu’un symbole doive avoir des sens opposés selon les contextes est, bien entendu, parfaitement normal ; la polarité relève de la relativité de toutes les valeurs.

Le Pont étant notre Voie vers un but désiré, ceux qui le brisent sont manifestement des imbéciles.

(…)

Ainsi s’attarder sur le pont ou se cramponner au passé se fait-il au péril de chacun. Ce pont, tout bien considéré, n’est pas celui qui doit être atteint à la fin de notre vie mais celui que nous commençons à traverser à notre naissance dès notre premier souffle. Bien que notre pèlerinage soit temporel, le pont lui-même ne se situe pas dans le temps tel que nous l’entendons ; il est aussi étroit qu’un instant et comparable à un « tranchant de rasoir » car cet instant est un point sans dimension, divisant le passé du futur, les seuls temps que notre expérience nous permet de connaître ici. Cet instant, par conséquent, est l’heure fixée, et tout pas sur la Voie revient à marcher sur une corde raide. »

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