Cercles vicieux

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Après s’être acharné pendant des années sur les musulmans et les Roms, Charlie Hebdo a changé son crayon d’épaule, est passé du racisme à la xénophobie pour se foutre de la gueule des victimes d’attentat belges, des petits réfugiés morts pendant leur traversée, maintenant des victimes du dernier tremblement de terre en Italie… Il n’y a que les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo que Charlie Hebdo respecte. Cercle vicieux : c’est grâce à elles qu’il revit. Et s’en prendre aux puissants, c’est moins attrayant que de piétiner les malheureux, ça contente moins bien le sadisme des bonnes âmes.

Les bonnes âmes cathos ont aujourd’hui un motif de satisfaction : la canonisation de ladite mère Teresa, sadique avec les pauvres et suceuse avec les riches, par ledit pape François, qui récidive dans le révisionnisme après avoir pareillement canonisé ledit père Junipero Serra, sadique frappeur et génocidaire d’Amérindiens, malgré les supplications de ces derniers pour qu’il n’en fasse rien. Cercle vicieux : la méchanceté des prétendus saints est une façon de se venger d’une institution elle-même sadique dans laquelle ils se sont laissé enfermer.

Contre la bêtise et l’obscurantisme des idéologues et des religieux de toutes sortes, un seul remède : la recherche de la vérité. L’université y a un grand rôle à jouer. Mais en France elle est dans la misère. Exemple : pendant tout ce premier trimestre de rentrée, la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne sera fermée le samedi « en raison de difficultés budgétaires ». L’autre grande bibliothèque du quartier latin où il est possible de travailler, la bibliothèque Sainte-Geneviève, est déjà pleine à craquer avant même la reprise des cours, et compte très peu de tables avec prise pour ordinateur. Comment vont travailler les étudiants ? Dans d’autres pays d’Europe et aux États-Unis, les bibliothèques sont ouvertes sans interruption. Les universités françaises sont absentes des bonnes places dans les classements internationaux, mais aussi dans les esprits : écoutez ce qui se dit à l’étranger, personne ne songe à les citer en exemple. Cercle vicieux, la médiocrité tel un trou noir avale tout. Résister et relever.

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photos : hier dans le hall de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et rue Descartes le mur illustrant un poème de Bonnefoy par Alechinsky

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Les dessinateurs moyen-orientaux et mondiaux répliquent au racisme ignoble de Charlie Hebdo

3a9e75e2af69f9eaeb699627c38793b79ca39bd6ce graffiti a été photographié à Sao Paulo, Brésil AFP PHOTO / NELSON ALMEIDA

note actualisée à mesure que je trouve de nouveaux dessins (ou textes, en bas de note)

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hindawi*Chatzopoulos*Capture du 2016-01-18 12:22:01*

rania* vini oliveira* curzio malapart* louay hazem* ibrahim ozdabak*
daali* hani abbas*Capture du 2016-01-17 19:48:56« J’ai pleuré quand j’ai vu le dessin de Charlie Hebdo », a dit le père d’Aylan

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Racisme irrépressible de Charlie Hebdo. Après avoir injurié les basanés au prétexte de caricaturer Mohammed, ils utilisent un bébé mort. Inhumain.

On ne peut pas dire « cette fois ils ont publié un dessin maladroit » (et on ne peut pas dire non plus qu’ils ont voulu ainsi lutter contre le harcèlement sexuel, avec leur dessin qui le fait passer pour une vulgaire gaudriole – dont par ailleurs Charlie est friand). Cela fait des années qu’ils publient dessins et textes racistes. Comme ils sont aussi faux-culs que des curés pédophiles ou des mafieux bienfaiteurs, ils se couvrent en publiant aussi des trucs anti-FN. N’empêche : ils se sont attiré les grâces du parti néonazi grec Aube Dorée, celle d’au moins un curé intégriste, et une journaliste de Charlie va publier un livre chez un éditeur d’extrême-droite. Qui dit mieux ?

Avec le dernier dessin de Riss, qui avait déjà moqué cruellement la mort du petit Aylan à l’époque, et s’acharne maintenant en insultant sa mémoire, le monde entier s’émeut de leur cruauté raciste. Maintenant qu’on a fait dire aux Français « Je suis Charlie », voilà que ce journal fait passer les Français pour d’ignobles abuseurs de petits morts. Conséquences ?

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Un excellent article d’Alex Lantier, en français, sur le World Socialist Website

Un autre excellent article, celui de l’avocat Gilles Devers

La réaction humaniste et vigoureuse du philosophe Driss Jaydane

L’analyse de l’écrivain et poète Richard Sudan (en anglais)

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Préface ajoutée à « La grande illusion » suite aux révélations du jour sur l’affaire Charlie Hebdo

Aujourd’hui a paru dans Le Parisien un entretien avec Valérie M., la dernière compagne de Charb, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo. Elle raconte que ce dernier fréquentait des hommes d’affaires et notamment « de riches dignitaires » du Moyen Orient, avec lesquels il passait des soirées, leur faisant du charme, selon ses propres mots, afin de les convaincre de lui verser l’argent dont il avait besoin pour la survie du journal.

Que la veille de l’attentat, il lui a déclaré qu’il avait obtenu deux cent mille euros.

Que le matin même, avant de partir au journal, il s’inquiéta de la présence d’une voiture aux vitres teintées stationnée au bas de son immeuble.

Et que trois jours plus tard, retournant avec quelques intimes dans l’appartement qu’elle avait quitté un moment après Charb, elle a découvert qu’il avait été « visité, mis à sac », que l’ordinateur et des dessins avaient été emportés. « Il me paraît indispensable de retrouver cet ordinateur portable qui contient sûrement des informations utiles à l’enquête. Or je m’étonne que les policiers qui ont recueilli mon témoignage n’aient pas eu l’air intéressés par cet élément », ajoute-t-elle.

La police n’a pas pris vivants les frères Kouachi, retranchés dans une imprimerie déserte, mais les a abattus. Les tueurs ne parleront donc pas, et il ne semble pas que les pouvoirs publics aient fait le nécessaire pour enquêter sur d’éventuels commanditaires de cet attentat. Qui ne faut-il pas dénoncer, ou quel partenaire commercial faut-il ménager ? Pour le dire de façon brutale et imagée : les enfants du chœur « Je suis Charlie » ne se sont-ils pas fait abuser bien profond par les fables du clergé politico-médiatique ?

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L’ensemble du livre peut être lu gracieusement ici même.

« Les caricatures », par Shailja Patel

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Les caricatures de viol sont drôles s’il est inconcevable pour vous que vous puissiez être violé. Si vous vivez dans une bulle de privilège de genre qui vous isole de toutes les conséquences de la culture du viol.

Les blagues sur le sida sont drôles si vous n’avez jamais aimé quelqu’un qui est mort du sida. Si vous vivez dans une bulle qui vous permet de ne pas savoir que des millions d’Africains sont morts, des milliers d’hommes gays sont morts, de l’indifférence criminelle de l’Etat et du négationnisme. Parce qu’ils n’étaient, après tout, que des Noirs et des pédés. Du matériel de comédie, non des vies qui méritent le deuil.

Les caricatures d’Ébola sont drôles. Sauf si votre partenaire est un médecin de santé publique, forcé de choisir tous les jours entre traiter des patients sans vêtements de protection ou les abandonner pour sauver sa propre vie.

Les caricatures du prophète Mohammed nu, à quatre pattes, l’anus présenté comme cible, sont du fourrage à ricanement anti-clérical. Sauf si vous et la moitié des hommes et des garçons et des enfants et des bébés que vous connaissez et aimez s’appellent Mohammed.

Sauf si vous et vos frères, cousins, cousines, pères, fils et amis courez chaque jour le risque d’être arrêtés et fouillés sans raison et au hasard, de subir des palpations, des fouilles au corps et dans les orifices, au sein de la Forteresse Europe Éclairée. Because they can. Parce qu’ils le peuvent.

Sauf si votre grand-père Mohammed a été violé et castré par les Français dans leurs camps de concentration en Algérie.

Sauf si votre mère survit au harcèlement quotidien et aux menaces de violence des voyous du Front national dans sa banlieue en invoquant la miséricorde du Prophète pour les ignorants.

Sauf si tous les corps nus dans les photos de torture d’Abou Ghraib vous ressemblent. Des hommes nus à plat ventre, perdant leur sang, traînés en laisse par des soldats américains souriants. Des hommes nus empilés en sculptures de chair par de jeunes GI’s radieux, le pouce levé. Des fesses brunes de Mohammed marquées de brûlures de cigarettes comme des toiles de peau pointillistes. Des Mohammeds encagoulés et câblés, saignant de la bouche, des oreilles et de l’anus, tandis que leurs tortionnaires rient et prennent la pose. Des hommes nus violés qui vous ressemblent, qui ressemblent à votre frère, à votre père, à l’homme que deviendra votre bébé chéri.

Sauf si vous et vos amis faites circuler des témoignages tels que les sales histoires de survivants au viol anal de la CIA, également connu comme réhydratation par voie rectale. Des survivants au viol oral de Guantanamo, également connu comme gavage. Parce que vous avez besoin de témoigner avant que cela ne vous arrive à vous. Cest une règle de survie.

Sauf si votre petite sœur est rentrée en sanglots la semaine dernière et a crié qu’elle ne retournerait jamais à l’école, l’école dont vos parents rêvaient pour elle avant sa naissance. Il a fallu des heures de cajoleries et de consolation pour en tirer une explication. Le tyran qui fait de sa scolarité un enfer a trouvé une délicieuse nouvelle cruauté, qui la suit au-delà de l’école comme une étiquette électronique à la cheville. Il a mis cette caricature sur le tableau blanc de la classe et l’enseignant l’a laissée là toute la journée comme une leçon de liberté d’expression.

Texte traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur, Shailja Patel. Le texte original en anglais est ici. Le site de la poétesse .

« Joyce Carol Oates, Russell Banks et 143 autres écrivains protestent contre le prix de la liberté d’expression pour Charlie Hebdo »

Par David Walsh

2 mai 2015

Le nombre des auteurs opposés à la décision prise par le PEN américain de décerner un prix de la Liberté d’expression au magazine satirique et anti-musulman français Charlie Hebdo, dont les bureaux à Paris ont été attaqués par des terroristes en janvier, se monte maintenant à 145.

Parmi les plus éminents des signataires se trouvent les romanciers Joyce Carol Oates et Russell Banks, l’écrivain dominicain-américain et lauréat du prix Pulitzer Junot Díaz, les dramaturges Eve Ensler et Craig Lucas, le scénariste et acteur Wallace Shawn, l’auteur de nouvelles Deborah Eisenberg, l’acteur, dramaturge et monologuiste Eric Bogosian, le poète serbe-américain Charles Simic, l’écrivain nigérian Chris Abani, l’écrivain de fiction Nell Freudenberger, l’écrivain et professeur de fiction Janet Burroway, l’historien et journaliste Russell Shorto, et l’auteur de nouvelles Lorrie Moore.

Peter Carey, Teju Cole, Rachel Kushner, Michael Ondaatje, Francine Prose et Taiye Selasi, prévus pour être chefs de table, avaient déjà annoncé qu’ils se dissociaient du dîner de gala du PEN le 5 mai prochain.

Dans leur lettre de protestation, après avoir condamné l’attaque de Charlie Hebdo comme «révoltante et tragique », les 145 soutiennent que la décision de décerner le prix de « la liberté d’expression courageuse » au magazine français ainsi que les critères utilisés par le PEN pour établir ce choix ne sont «ni clairs ni indiscutables. » Les protestataires continuent en soulignant qu’«il y a une différence essentielle entre le fait de soutenir fermement l’expression qui viole l’acceptable, et celui de récompenser avec enthousiasme une telle expression. »

Les 145 membres du PEN affirment que des éléments de « puissance et de prestige » sont présents dans la production de tout type de travail, y compris la satire. « Les inégalités entre la personne qui tient la plume et le sujet fixé sur le papier par ce stylo ne peuvent pas, et ne doivent pas, être ignorés. »

Ils continuent: «Pour une partie de la population française qui est déjà marginalisée, assiégée et victime, une population façonnée par l’héritage de diverses entreprises coloniales de la France, et qui comprend un grand pourcentage de musulmans pieux, les caricatures de Charlie Hebdo sur le Prophète doivent être considérées comme destinées à provoquer davantage d’humiliation et de souffrance « .

La lettre et la campagne d’opposition prennent un degré d’indépendance de pensée et de courage. L’attaque contre les bureaux de Charlie Hebdo a été le signal d’un vaste flot de commentaires hypocrites et égoïstes en Amérique du Nord et dans les médias européens. On nous a dit à plusieurs reprises que l’attaque terroriste islamiste à Paris représentait une menace fondamentale pour la liberté d’expression et les principes d’une société démocratique, droits et principes chers aux gouvernements occidentaux, et qu’elle a démontré, une fois de plus, que les musulmans fanatiques haïssaient nos « libertés ».

Ce déversement de camelote par les gouvernements et les institutions politiques dans le processus de déchiquetage des droits démocratiques, s’accompagna à travers l’Europe d’une accélération des efforts pour mettre en œuvre des mesures d’État policier. Les actions répressives proposées ou prises en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Allemagne et ailleurs ont été préparées longtemps avant l‘attaque du 7 janvier, qui a simplement servi de prétexte. En outre, l’affaire Charlie Hebdo est inévitablement devenue une partie de l’argument général en faveur de l’intervention impérialiste au Moyen-Orient, destinée à « extirper » la menace terroriste.

La décision du PEN de récompenser Charlie Hebdo doit être vue dans ce contexte politique, dans le cadre de l’effort pour légitimer la bigoterie anti-musulmane et l’appui du public pour la « guerre contre le terrorisme. »

La biographie politique de Suzanne Nossel, directrice exécutive du PEN et ancienne fonctionnaire du Département d’État des États-Unis, éclaire le genre d’opération que ce doit être. Nossel est sur le dossier partisan de « combiner à la fois la puissance dure, la force militaire, la coercition avec ce qu’on a appelé la puissance douce ; la diplomatie, l’appel de la culture américaine, ses habitants, les liens économiques. » Elle prône de « choisir judicieusement entre un large éventail de différents outils », à savoir entre bombes et propagande. Le prix Charlie Hebdo est une instance de cette dernière.

Les 145 membres du PEN ont jeté des bâtons dans les roues de cette entreprise, ce qui a provoqué des cris d’indignation dans les cercles riches de l’ex-gauche et des ex-libéraux. L’action des écrivains protestataires mérite d’être félicitée et, de plus, a une certaine signification objective. Il y a un certain temps qu’un corps d’artistes ou d’intellectuels n’avait pris position sur une telle question.

La situation politique est en train de se briser. Certaines personnes prennent position ; d’autres, y compris les personnes qui prenaient une posture de «gauchistes» depuis des décennies, sont révélées pour ce qu’elles sont, un peu plus porte-parole de l’établissement et de l’appareil d’État. Une polarisation politique et morale se déroule devant nos yeux.

La défense de la récompense à Charlie Hebdo par Katha Pollitt, chroniqueuse à The Nation, est significative, sinon particulièrement choquante. Pollitt, comme tout autre apologiste de la publication française, choisit d’ignorer le contexte politique, la montée du racisme anti-musulman et la légitimation du Front national néo-fasciste en France, la «guerre contre le terrorisme» sans fin et les interventions impérialistes au Moyen-Orient.

Elle affirme benoîtement que Charlie Hebdo « est un petit magazine satirique dirigé par de vieillissants gauchistes des sixties » et qu’il « ne se moque pas des musulmans. » En fait, comme un point de vue dans le WSWS l’a noté en janvier, « Charlie Hebdo a facilité la montée d’une forme de politisation du sentiment anti-musulman qui a une ressemblance troublante avec l’antisémitisme politisé qui a émergé comme un mouvement de masse en France dans les années 1890. Dans son utilisation de caricatures grossières et vulgaires qui véhiculent une image sinistre et stéréotypée des musulmans, Charlie Hebdo rappelle les publications racistes bon marché qui ont joué un rôle important dans la promotion de l’agitation antisémite qui a balayé la France lors de la célèbre affaire Dreyfus ».

Pollitt, comme un certain nombre d’autres irrités par la protestation des 145 écrivains (l’ex-libéral, pro-guerre Nick Cohen en Grande-Bretagne, par exemple), s’identifie avec ces «vieillissants gauchistes des sixties» qui ont viré brusquement à droite et qui considèrent la population musulmane pauvre en France et la classe ouvrière dans son ensemble avec mépris. Ce sont des « oiseaux d’une plume ».

Elle suggère que la « gauche » est « désespérément confuse au sujet de l’islam: la moitié du temps nous nous rappelons les uns les autres que les fondamentalistes violents comme ceux qui ont commis les meurtres Charlie Hebdo sont une infime fraction de 1,6 milliard de musulmans dans le monde, qui sont ordinaires, des personnes non-violentes de bonne volonté, et l’autre moitié du temps, nous en parlons comme si les meurtriers étaient là pour redresser des torts réels et compréhensibles, même si la cible est mal choisie. Qu’en est-il ? « 

Il est significatif que Pollitt raille ici, tant la possibilité que la majorité des musulmans pourrait être « des personnes non-violentes ordinaires de bonne volonté » et qu’il pourrait y avoir de «réels torts» à redresser. En fait, le terrorisme est une faillite politique et une réponse réactionnaire à de «vrais torts », la longue histoire de l’oppression coloniale au Moyen-Orient et le pillage impitoyable toujours en cours de la région par les grandes puissances, ainsi que l’hostilité et la brutalité de l’institution politique française, de droite comme de «gauche», envers la population immigrée.

Si le terrorisme, en fait, n’est pas une réponse à de «vrais torts», alors qu’est-ce  que c’est ? Il doit y avoir une certaine qualité de «terroriste» inhérente à la population musulmane ou à l’islam comme religion. Est-ce ce que croit Pollitt? Elle devrait nous en dire plus. Ses références démagogiques aux « fondamentalistes violents» et aux «assassins» font écho à la langue de la presse de droite caniveau.

Les socialistes combattent l’influence de la religion sur les masses populaires par la dénonciation de, et l’opposition à, la misère sociale qui génère le retard idéologique, et non par des attaques cyniques et méprisantes « satiriques » sur ceux qui ont des croyances religieuses. Pollitt parle en tant que représentante de la petite bourgeoise américaine auto-satisfaite, bien indifférente aux conditions et aux sentiments des opprimés.

Pour être franc, Charlie Hebdo était une provocation raciste et crasseuse. Son émergence comme feuille anti-musulmane a quelque chose de commun avec l’apparition des pro-guerre, des films pro-CIA tels que ceux de Kathryn Bigelow The Hurt Locker et Dark Zero Trente, Fury de David Ayer, Sniper de Clint Eastwood et autres. Les éléments les plus corrompus salignent dans la défense de la guerre coloniale et de la violence impérialiste.

La défense de Charlie Hebdo par Pollitt est méprisable.

Sa cécité et son hypocrisie sont presque accablantes. La ligne rédactionnelle de Charlie Hebdo, commente-t-elle à moment donné, « en effet, est blasphématoire. N’est-ce pas une chose honorable pour la gauche ? « Et plus tard, elle fait valoir :  » N’avons-nous pas besoin d’écrits et d‘illustrations qui repoussent les limites de l’acceptable ? « 

Pourtant c’est la même chroniqueuse qui s’est jointe à la campagne pour salir et discréditer Julian Assange en 2010, face à de fausses allégations d’agression sexuelle visant à arrêter les révélations de WikiLeaks sur l’entreprise criminelle impérialiste des États-Unis.

Face à quelqu’un dont l’activité était véritablement « blasphématoire » et « honorable » et véritablement « repoussait la limite de ce qui est acceptable », et par conséquent était exposé à des persécutions par le gouvernement américain et ses alliés, par des forces de renseignement et de police innombrables, par les plus puissants médias, Pollitt se tint du côté des persécuteurs. Où était son zèle pour la « liberté d’expression », alors ?

Sur la base des allégations d’agression sexuelle montées de toutes pièces contre Assange par les autorités suédoises, Pollitt a écrit que «quand on en vient au viol, la gauche ne comprend toujours pas. » Incroyablement, la chroniqueuse de Nation a suggéré que le fondateur de WikiLeaks appartenait à la catégorie des «célébrités de renommée mondiale » qui tentent de rester impunies pour leurs crimes. Son hostilité à Assange a éclaté sur la page.

L’instinct de classe est infaillible. L’ex-de-gauche Pollitt a participé à la campagne contre Assange, qui a légitimement gagné l’inimitié des élites mondiales dominantes. D’autre part, elle soutient Charlie Hebdo, qui se moque des pauvres et des sans-pouvoir. Telle est la logique de son évolution et celle de toute une catégorie sociale.

J’ai traduit ce texte de l’écrivain David Walsh lu ce matin sur le World Socialist Web Site

Impuissance et sadisme

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Photo AFP/Bulent Kilik

Seize soldats français accusés d’avoir violé, sodomisé des enfants affamés en Centrafrique. L’archevêque de Bangui s’empresse de minimiser l’affaire en parlant de seulement un ou deux soldats et de voler au secours… des enfants ? Non, de l’armée.

Luz déclare qu’il ne dessinera plus « Mahomet » car il ne l’intéresse plus. Ce qui l’intéressait, c’était de pouvoir, à travers « Mahomet », exercer son sadisme – comme le dit Norman Finkelstein, « Charlie Hebdo is sadism, not satire ».

D’où viennent les armes de Daech ? D’Europe, des États-Unis, de Russie, de Chine… Comme le dit par euphémisme Courrier International, « la position de certains États qui combattent l’organisation terroriste devient inconfortable. »

Le courage de la vérité, comme dit Foucault

Le PEN américain, dont le nom résonne pour le coup désagréablement, attribue un prix à Charlie Hebdo. Six écrivains anglo-saxons protestent et se désolidarisent de l’association. Ils ne veulent pas être associés à l’  « admiration » et au « respect » que le prix implique pour un journal raciste. Tel autre écrivain, emblème de la pensée correcte, les traite aussitôt de pussies, de femmelettes – racisme et sexisme ne viennent-ils pas du même fond pourri de l’homme ? Comme si on avait primé Je suis partout, avec ses caricatures de juifs qui nous menaient droit où on sait. Eh bien, il y a encore quelques écrivains résistants et je ne suis pas seule. Il est vrai qu’il y faut du courage, et que cela coûte. Difficile par exemple de trouver un éditeur également courageux pour La grande illusion, Figures de la fascisation en cours, où l’affaire Charlie notamment n’est pas traitée du point de vue politiquement correct. Mais vous pouvez lire le livre en ligne gratuitement, il est ici.

« Solidarité » de classe et d’intérêt

L’épicerie Hyper Cacher de Vincennes va rouvrir ses portes. Je n’ai entendu dire nulle part qu’elle avait bénéficié de quelque solidarité nationale. Pas plus que l’imprimerie de Danmartin, qui malgré la campagne de dons organisée par les commerçants de sa ville n’a pas encore les moyens de se relancer, les destructions, notamment de machines très chères, ayant été importantes pendant l’assaut. Comment se fait-il que la solidarité n’ait été organisée, par les politiques et les médias, que pour Charlie Hebdo, qui a engrangé des millions ? Pourquoi les gens de Charlie Hebdo ne songent-ils pas à faire bénéficier les autres victimes des attentats de janvier de l’énorme manne (en dons et en produits des ventes) qui a été dirigée vers eux ? Le faux règne dans cette histoire. D’évidence, des épiciers et des imprimeurs ne valent pas des journalistes politiquement rentables. Le peuple trime ou chôme, les faiseurs d’opinion règnent sans partage, c’est le cas de le dire. Du moins n’auront-il pas ma voix.

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