Autour de la manif Gilets Jaunes place d’Italie. Les mains de lady MacBeth

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Je suis sortie vers 16h30, au moment où les manifestants étaient enfin libérés de la place d’Italie, où ils étaient nassés depuis 14h. Ils se sont répandus dans les avenues et les rues autour de la place.gilets jaunes 2-min

Fatigués de la nasse hyper gazée (de chez moi, à 850 mètres de là, je sentais les lacrymos), les gens marchaient tranquillement, ce qui n’empêchait pas les forces de l’ordre de marcher sur eux, les harceler dans tous les coins où je suis passée. Certes il y a eu de la casse place d’Italie, mais pourquoi punir aussi les manifestants tranquilles en les gazant sans les autoriser à quitter la place ? Pourquoi, sinon pour faire monter encore la violence et dégoûter les gens tranquilles d’aller en manif ?

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Boulevard de l’Hôpital, même chose que sur l’avenue des Gobelins et le boulevard Saint-Marcel. Énormément de police et pas de répit pour les gens qui quittaient la place. J’ai assisté à des arrestations que je n’ai pas photographiées, pour ne pas dévoiler le visage des manifestants concernés. J’ai assisté aussi à des engueulades entre les gens sur les trottoirs, entre manifestants ou pro-manifestants et anti-manifestants. C’était triste.

gilets jaunes 8-minEn voyant une escouade de flics commencer à charger les gens qui arrivaient à quelques dizaines de mètres, n’ayant pas envie de respirer davantage de lacrymo je me suis éclipsée par une rue adjacente. Mais là il y avait un feu de poubelles et des forces de l’ordre qui arrivaient en nombre aussi. J’ai donc changé une nouvelle fois d’itinéraire.

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gilets jaunes 13-minJe suis remontée sur la place d’Italie, où restaient ces carcasses de voitures brûlées et autres stigmates des violences de l’après-midi. gilets jaunes 14-minUn homme était en train d’effacer sur une banque chinoise les tags « Vivre et mourir libre » et « Avec Hong-Kong »  gilets jaunes 15-minDes pompiers et des agents de nettoyage étaient là

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gilets jaunes 19-minLes vitres du centre commercial étaient brisées aussi

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gilets jaunes 21-minUn manifestant attardé discutait avec une vieille dame, puis il est reparti sur ses rollers avec sa pancarte « Nos actes définissent ce que nous sommes. Qui es-tu ? » gilets jaunes 22-min

Des reporters anglophones, casque et masque à gaz à la main, quittaient la place en parlant des Gilets jaunesgilets jaunes 23-min

Devant le Café d’Italie, où le sang de manifestants avait coulé, le trottoir avait été lavé à grande eau. Mais la tache était en train de réapparaître, comme sur les mains de lady MacBeth.

gilets jaunes 24-minAujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Un an de Gilets jaunes, et tout un vieux monde à marier dans sa tombe

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Marions-les :

Benalla qui, vexé de ne pas y avoir été reçu comme un grand homme, veut mettre de l’ordre à Saint-Denis ; et El Rhazoui, qui veut qu’on tire à balles réelles sur les racailles des banlieues.

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La mère Trintignant qui préfère croire Polanski plutôt que les femmes qu’il a violées adolescentes ; et le toujours hystérique Finkielkraut qui appelle les hommes à violer les femmes, clamant violer la sienne tous les soirs.

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Royal qui fait sa promo perso avec l’argent de ses concitoyens ; et Macron, tout aussi fictif que son emploi.

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Darmanin, qui va voir son non-lieu pour viol réexaminé par la justice ; et Finkielkraut (je sais, il a déjà sa femme et la mère de feue Marie Trintignant, mais vu son appétit de viol… tiens, envoyons-lui son ami Polanski aussi, et leur pote Deneuve, qu’ils se défoulent tous ensemble une bonne fois et qu’ils aillent panser leur cul au lieu de polluer les écrans et les salons des gens).

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Venise qui coule ; et le vieux monde qui s’y rendait.

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Un an de Gilets jaunes : au fil du temps manifs, graffs, réflexions…

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à Paris ces jours-ci, photos Alina Reyes

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Journée du patrimoine et de la manif climat-gilets jaunes

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Quand je suis arrivée aux Gobelins, la manif s’y annonçait aussi. Police partout (justice nulle part). Mais je m’en suis tenue à ma décision de ne pas faire de photos, contrairement à mon habitude. Et je suis partie visiter ce bâtiment romantique à deux rues de là, dit le « Château de la Reine Blanche », ouvert en cette journée du patrimoine. Une guide était en train de nous expliquer toute son histoire et celle du quartier, en remontant aux Romains – très intéressant. Mais de plus en plus il fallait faire abstraction des énormes détonations qui retentissaient à mesure qu’étaient lancées, à quelques dizaines de mètres, grenades lacrymogènes et autres sur les manifestants. Et puis le nuage de lacrymo nous a rejoints. Sages visiteurs, nous avons essayé de continuer à passer outre, un mouchoir sur le nez, mais ça piquait fort et au bout d’un moment certains sont partis, d’autres comme moi, certains avec enfants, se sont réfugiés à l’intérieur, dans la tour du petit château. Songeant à ce que devaient prendre les gens qui étaient directement dans la manif, alors que c’était déjà difficile pour nous qui étions dans une rue à l’écart. Quelle tristesse d’en être là, de réprimer les manifestants pour éviter de faire de la politique réelle.

Je suis rentrée chez moi en passant au milieu de dizaines et dizaines de policiers qui bloquaient tel passage, autorisaient tel autre. Plus tard, en fin d’après-midi début de soirée, j’ai parcouru l’avenue des Gobelins pour photographier, quand même, les traces laissées par la manif, tags, affiches, et quelques détériorations au sol.

 

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Ces gilets jaunes-là ne sont pas des manifestants mais des agents de nettoyage

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tags manif 29-minAujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Manifestants et Bhagavad-Gita

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Après avoir commencé ma distribution quotidienne de mon livre Voyage dans la ville (le livre et moi sommes les pèlerins qu’il annonce) et emprunté à la bibliothèque Buffon un livre sur le yoga et aussi la Bhagavad-Gita en traduction dans un petit livre préfacé intitulé Bhagavad-Gita, L’essence du Yoga, j’ai croisé par hasard, boulevard de l’Hôpital, quelques dizaines de Gilets jaunes en manifestation pacifique, encadrés d’autant de policiers à moto, en camions et à pied, lourdement armés – le pouvoir en place a peur.

 

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J’ai remonté le boulevard jusqu’à la place d’Italie pour aller rendre dans une autre bibliothèque Le manuscrit trouvé à Saragosse, dont il me reste une autre édition empruntée à la maison, dont je parlerai d’ici la fin de l’été en même temps que des Sept piliers de la sagesse, incha’Allah.

Avenue des Gobelins, j’ai fait cette photo d’une installation du mouvement Extinction Rebellion :

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Je suis remontée sur le boulevard Blanqui, puis je suis redescendue m’asseoir au square René Le Gall, où j’ai commencé à lire les livres que je venais d’emprunter.

Voici un passage de la Bhagavad-Gita, traduit par Aurélien Clause et Claire Mallet de la traduction anglaise de Stephen Mitchell :

« Dans les trois Mondes, Arjuna,
Il n’est rien que je doive atteindre,
Il n’est rien que je doive faire ;
Pourtant, j’entreprends et j’agis.

Car si je devais m’abstenir
De mon infatigable action,
Les hommes suivraient mon exemple
Et n’agiraient plus, Arjuna.

Ces mondes iraient à la ruine
Si je cessais d’agir ; les êtres
Seraient broyés par le chaos ;
L’humanité serait détruite.

Le sot s’accroche à ses actions,
Soucieux d’en recueillir les fruits ;
Le sage agit sans s’attacher,
Pour le bien-être universel. »

Chant III, « Le yoga de l’action »

27-7-19 3-minHier à Paris 5e et 13e, photos Alina Reyes

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Après la manif, en 30 tags parlants

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J’ai photographié le quartier avant la manif, claquemuré ; puis pendant la manif ; et en ce lendemain de 1er mai, je suis allée le photographier après la manif. Très belle récolte de tags et autres symboles parlants laissés par les manifestants.

 

apres la manif 1-minJeanne d’Arc – à l’endroit où les flics ont séparé la manif en deux nasses – a été accessoirisée de couleurs printanières

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apres la manif 10-minIl pleuvait dru pendant que je remontais les boulevards Saint-Marcel et de l’Hôpital, la capuche sur la tête et quelques gouttes sur l’objectif, me régalant des lectures sauvages laissées par les manifestants

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apres la manif 14-minUn gilet jaune aux grilles de la Pitié-Salpêtrière. Castaner, ravale ton vomi de mensonge, ils n’ont pas « attaqué l’hôpital » !

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apres la manif 17-minplace d’Italie

apres la manif 18-minet je redescends le boulevard de l’Hôpital par l’autre trottoir

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apres la manif 26-minLe fameux portail par où certains sont allés se mettre à l’abri des gaz

apres la manif 27-minCe ne sont pas les manifestants qui font souffrir l’hôpital, c’est le gouvernement

apres la manif 28-min« Rage against the Macro », le slogan était brandi dans la manif aussi

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apres la manif 30-minSur le côté du monument à la gloire de l’aliéniste Pinel, un hommage en couleur à la statue de la femme allaitante

Cet après-midi à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

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Saint-Nazaire, port, chantier naval et base sous-marine en 25 photos

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En hommage à l’Assemblée des assemblées des Gilets jaunes qui a eu lieu ce week-end à Saint-Nazaire, et a donné lieu à un Appel pour la continuation du travail de fond, voici – toujours dans l’esprit « Habiter poétiquement les lieux » – les images que j’ai faites dans cette ville qui m’a impressionnée, il y a quelques années.

 

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saint nazaire 25-minà Saint-Nazaire en 2009, photos Alina Reyes

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Nul

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Macron démolit à coups de hache l’héritage politique du Conseil National de la Résistance et en même temps rend hommage aux résistants du plateau de Glières. Macron rend hommage aux résistants du plateau de Glières et en même temps nasse et tabasse les résistants qui défendent l’héritage politique du Conseil National de la Résistance. Macron = zéro. Parfaite réaction des Gilets jaunes sur place hier dans la montagne : ils lui tournent le dos.

Macron mini-remanie son gouvernement avec trois mini-proches. Cercle de plus en plus rétréci : un petit zéro.

Un pas d’un côté, un pas de l’autre côté : Macron ne va nulle part.

 

crâne-heure-minsource de la Vanité

 

P.S. Je ne lis pas les mails des harceleurs, ils se fatiguent pour rien.

 

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ces jours-ci au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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La farce fasciste de la macronie

poupee-anale-nationale.landscape

poupee_anale_nationaleOn apprend que l’Élysée a truqué des vidéos avant de les diffuser illégalement sur des comptes twitter anonymes pour les relayer auprès des médias, afin de protéger Benalla tabassant des manifestants déguisé en policier.

Pour Geneviève Legay aussi, Macron a menti. Une énième fois. Les images dont disposait le préfet prouvaient qu’elle a bien été renversée par un policier, chargeant en meute et la poussant des deux mains. Une fois, j’ai échappé de peu à une pareille violence, dans une manifestation que je photographiais. Les robocops arrivent sur vous, froids, brutaux et cuirassés comme des blindés, ça m’a fait le même effet que lorsque j’ai failli être écrasée par une voiture en traversant. L’instinct d’esquiver au dernier moment – ça se joue à une fraction de seconde. Votre vie ou votre mort. Geneviève Legay aurait pu en mourir, comme Clément Méric, poussé au sol par un facho. Il était tout jeune. L’âge n’est pas en cause. Ce qui est en cause, c’est la violence fasciste.

L’équipe médicale (street medics) qui voulait la secourir quand elle gisait, la tête dans son sang, en a été empêchée, embarquée en garde à vue pendant dix heures et dans des conditions indignes. La blessée est restée par terre sans secours jusqu’à l’arrivée des pompiers, dix minutes plus tard. Geneviève Legay est toujours hospitalisée. Le préfet a placé un vigile devant sa porte, et il lui est interdit (officiellement par l’hôpital) de recevoir les journalistes auxquels elle voudrait parler. Tel est le fascisme de la macronie.

BHL ment à la télé. Une énième fois. Il accuse les Gilets jaunes de chasser les Roms. Schiappa, elle, accuse l’émission Envoyé spécial de populisme. Elle préfère pour sa part se rendre dans des programmes plus élevés, comme celui d’Hanouna, qui insulta grossièrement l’avocat Juan Branco il y a quelques jours et se rendit chez Jean-Marie Le Pen lui lécher longuement les pieds.

Le pape François refuse de se laisser baiser l’anneau par les fidèles. Il leur retire vivement sa main, sans qu’on sache si c’est par peur des microbes ou pour atténuer un peu l’image d’une église abusive. On pourrait penser qu’il y a du progrès, mais l’abus se transporte chez Macron, qui se rend dans les écoles distribuer la bonne parole propagandiste et toucher les cheveux des petits garçons. Telle est la farce fasciste. Elle était décrite dans mon livre Poupée, anale nationale, où la marionnette fasciste met des gants avant de serrer les mains des électeurs et se rend dans les écoles visiter les enfants pour s’assurer du vote de leurs parents.

Ce samedi les enseignants vont manifester avec les Gilets jaunes. L’une de ceux qui travaillent à l’Espé, où sont formés les profs, m’envoya un jour à la police, parce que j’osais critiquer ce qui se passe dans l’Éducation nationale. La réforme Blanquer, dite très orwelliennement « école de la confiance », doit abonder dans son sens en interdisant aux enseignants de critiquer l’institution qui les brutalise. O et moi sommes très soulagés que notre dernier fils ait renoncé à entrer dans cette carrière devenue invivable. Pour rappel, parmi mes témoignages sur mon expérience de néoprof :

Faillite de l’Éducation nationale

L’Espé meurtrier

Et plus généralement, sur le quotidien du métier et de son apprentissage : tags prof de lettres et Espé

… autant de textes qui devraient être bientôt hors-la-loi d’un État qui bafoue les lois et les droits.

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Commune libre jaune de Montmartre

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Quelle joie de voir ce samedi, pour l’acte XIX, Montmartre jaune de monde comme une montagne au printemps sous les crocus perce-neige ! Quel symbole, cette banderole déployée en haut du Sacré-Cœur, laide bondieuserie architecturale construite pour « expier les fautes de la Commune » ! Cette réappropriation par le peuple vivant de cette basilique aujourd’hui encore à tendance intégriste, qui occupe le lieu pour tenter d’effacer le souvenir des Communards assassinés là en masse sur l’ordre de Thiers – massacreur de peuple auquel Macron rendit hommage à Versailles. Oui, l’esprit de la Commune était revenu là, elle fleurissait, vivait, chantait, se réjouissait parmi les manifestants de cette belle journée en forme d’apothéose de la semaine ! Tandis que le pouvoir avait érigé autour de ses sanctuaires un véritable mur d’acier, gris et froid, gardé par des armadas de policiers et de soldats, où se tenait, cadenassé dans sa peur, le sempiternel menteur qui ne veut pas, en fait, qu’on aille le chercher.

Une nouvelle fois, dans toute la France, les Gilets jaunes sont sortis au plein air, et la macronie sans courage ni valeur s’est cachée, violence anonyme, derrière ses murs et ses armées. Encore une fois, la violence anonymisée des unités de police a tenté de reporter sa faute sur le peuple violenté. Et le peuple a montré qu’il était toujours debout, et qu’il continuerait.

« À l’absurde imposé, mécanisé, répond aujourd’hui la violence », écrivait l’historien Alphonse Dupront dans son livre Du Sacré. Après avoir noté que « nos sociétés modernes, effrénées de réglementation et donc de mépris de l’homme, s’acharnent à paralyser, à tarauder ou détruire les puissances de la vie » ; et constaté que « la médiocrité cristallise jalousies de son pouvoir et sa jouissance inquiète jusqu’à férocement, par tous moyens, s’en faire une citadelle. » Comme aujourd’hui, pouvons-nous ajouter, le fait la médiocratie macronienne.

 

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Mais rien n’arrête les puissances de vie. On reproche aux Gilets jaunes un manque d’organisation ? Il n’est qu’apparent : ces gens sont vivants, ils ont plus d’instinct qu’il n’en reste aux élites formatées, et cet instinct, la plus intelligente des intelligences comme disait Niezstche, leur fait suivre la voie de la vie, si déraisonnable puisse-t-elle paraître. « Le scandale de la déraison libère ici l’irrationnel, cette force souterraine qui est puissance d’exister et d’accomplir », poursuit l’historien habité du sens spirituel de l’histoire.

Une force souterraine qui jaillit comme les fleurs dans les champs au printemps. Voilà ce que j’ai vu dans cet acte XIX des Gilets jaunes. J’ai vu la belle France, comme disait Georges Darien dans son livre éponyme : « Voleurs et assassins — les Riches — sont parvenus, grâce à la terreur et à l’ignorance qu’ils imposent et entretiennent, à obscurcir complètement la signification du mot : Patrie. Avec l’aide de leurs deux valets, le Prêtre armé du mensonge et le Soldat qui brandit un sabre, ils ont réussi à interdire à ceux qu’ils ont spoliés la compréhension du mot (…) non contents d’avoir à leur service le prêtre et le soldat, ils ont enrôlé dans leur garde les pions et les sous-diacres de l’écritoire : et ces drôles, s’emparant du mot qu’il ne faut pas qu’on comprenne, le déguisant davantage encore sous le clinquant des phrases et les oripeaux de la déclamation, sont arrivés à en faire un spectre qu’ils opposent aux plaintes et aux demandes des Pauvres — ce mot, qui doit être la synthèse de toutes les revendications sociales ! La Patrie, aujourd’hui, — et, hélas ! depuis si longtemps ! — la Patrie, c’est la somme des privilèges dont jouissent les richards d’un pays. » Et Georges Darien conclut, à propos des pauvres qui se lèvent contre l’iniquité : « s’ils savent faire usage d’une politique très simple, dédaigneuse des vieux rouages de la politique bourgeoise, ce succès se manifestera très rapidement. »

Un événement comme celui de la Commune n’implique pas la violence ni le crime en retour, mais le fait que le crime ait lieu est simplement une preuve (non nécessaire) de la réussite de la Commune. Qui, comme tout événement juste, continue à vivre, à être en mouvement – qu’il ait été tué ou non. Simplement cela ne se passe pas dans le monde apparent, le monde que nous croyons réel alors qu’il est mortel et sans cesse mourant, mais dans le monde profond, d’où il fleurit, se manifeste ici et là dans l’espace et le temps, tout en étant à la fois l’un des moteurs et l’un des guides de l’humanité.

Malgré la volonté de crime et l’accomplissement du crime, ce qui (de l’événement juste) a été fait, en pensée, en parole ou en action, continue à se faire : rien n’a pu l’empêcher de se faire, rien ne pourra l’empêcher de continuer à se faire, rien ne pourra le défaire qu’il ne s’en renouvelle, qu’il n’en renaisse ou n’en ressuscite. Ce qui lui donne sa force est justement de n’avoir pas cédé à la tentation de se protéger par une organisation qui entrerait d’une façon ou d’une autre en contradiction avec ce qu’il est (comme cela fut fait dans l’instauration des régimes communistes), et qui tôt ou tard assurément le conduirait à sa fin (comme c’est arrivé) : le communisme léniniste ou maoïste est fini, contrairement à l’esprit de la Commune, qui est resté pur, donc viable.

La Commune ne s’est laissée ni récupérer, absorber par le système dominant, ni laissée aller à la tentation de se maintenir et de vaincre par un système de domination qu’elle aurait elle-même mis en place. Dans l’un et l’autre cas, elle aurait signé elle-même sa mort, à plus ou moins long terme. Or, nous le voyons bien, elle est toujours vivante – c’est-à-dire non pas identique dans ses manifestations à ce qu’elle fut lors de son apparition, mais identique en son « idée » et changée en ses expressions selon le mouvement naturel, non forcé, de la vie. Et elle est encore toute jeune. Comme dit la chanson communarde : « C’est la canaille… eh bien j’en suis ! »

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Montmartre fut le premier quartier que j’habitai à Paris il y a bientôt trente ans, il reste en mon cœur, et parfois dans mes rêves, la nuit.

Dans mon roman Forêt profonde, le Sacré-Cœur est changé en mosquée (dans un sens symbolique, spirituel, bien sûr)

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Ceux qui défigurent le monde, et ceux qui l’envisagent autrement

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samaritaine didier ryknerBernard Arnault, l’homme le plus riche de France, le financeur de la campagne de Macron (qui habille gratuitement Brigitte Macron) a détruit le bâtiment historique de La Samaritaine au cœur de Paris, datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, pour le remplacer par un de ces trucs en verre qui deviennent de plus en plus laids avec les années, et déparent lamentablement avec les immeubles environnants. Et « pour construire cela, il a fallu piétiner allègrement tous les règlements existants, parce qu’on ne refuse rien à Bernard Arnault », écrit l’auteur de la photo, Didier Rykner, dans La Tribune de l’art.

La surévaluée Fondation Louis Vuitton du même milliardaire, gros machin de verre et d’acier construit par Franck Gehry, sans être aussi vilaine que cette nouvelle Samaritaine, reste à mon sens d’une grande médiocrité architecturale, tant dans sa forme et ses couleurs extérieures que dans ses espaces intérieurs. Pourquoi les riches se piquent-ils, après avoir piqué l’argent des peuples, de décider de l’environnement, de la culture et de la politique à mettre en place ? Parce qu’il faut toujours plus de pouvoir pour se maintenir dans une position injustifiée et artificielle. Et parce qu’il leur faut aussi pour cela le prestige – aisément obtenu à coups de réalisations épate-bourgeois, épate-journalistes – et l’illusion d’être des influenceurs à la façon des artistes ou des intellectuels. Malheureusement leur tricherie fondamentale se retrouve aussi chez nombre d’artistes et d’intellectuels, corrompus financièrement, ou politiquement, ou moralement, ou les trois à la fois.

Nous voyons ces temps-ci éclater plus que jamais l’imposture de soixante-huitards et autres gauchistes ou progressistes désormais macronistes qui acceptent sans sourciller, voire défendent d’arrache-pied, des politiques iniques et ce qui les accompagne : violences policières et restrictions des libertés publiques. La trahison est écœurante mais n’est pas étonnante. D’une part parce qu’avoir soutenu le stalinisme ou le maoïsme prédispose très bien à soutenir n’importe quel autoritarisme ou fascisme. D’autre part parce que le décalage entre le discours et les actes est devenu un mode d’existence chez ces fils de bourgeois devenus ce qu’ils étaient réellement, des produits de leur caste, destinés à la défendre et à la perpétuer. En leur temps, Sartre et Beauvoir, qui se posaient en libérateurs du peuple et de la femme, pratiquaient sans vergogne la manipulation et l’asservissement de toutes jeunes femmes que la prétendue féministe séduisait d’abord pour elle, puis pour lui, à qui elle servait de rabatteur. Et lui, malgré leur pacte, mentait à sa bourgeoise comme l’eût fait n’importe quel bourgeois afin de s’amuser tout en s’assurant la permanence d’une femme parachute. Beaucoup de belles paroles distribuées au public, beaucoup de souffrances infligées en privé, entre eux et à leur entourage. Encore que ces paroles ne fussent belles qu’en apparence : l’existentialisme de Sartre, avec sa conception de l’homme comme « passion inutile », étant empreint d’une désespérance sans appel ; et le féminisme de Beauvoir d’une intense détestation du corps de la femme. Imposture qui se poursuit de nos jours où leur héritage est admiré ou adulé par conformisme, tandis que la posture de l’intellectuel imposteur est devenue quasiment la norme pour tout intellectuel médiatique, et déborde dans la politique où l’on nous a vendu pour président un Macron prétendument cultivé, intelligent et philosophe.

La métaphysique de la vie privée dévoile la métaphysique de la politique, a dit un jour Milan Kundera. C’est une maladie fort répandue chez les intellectuels, qui ont en France pour tradition de donner sans cesse des leçons au peuple, de ne pas conformer leur discours à leurs actes. Tout comme aucun des politiques, urbanistes et architectes complices n’habiterait les barres de béton parées de noms lumineux à la façon de la glorieuse ancêtre Cité radieuse (« maison du fada », rigolèrent les Marseillais, « réceptacle parfait d’une famille », dixit martialement Le Corbusier), où ils parquent les pauvres. L’idéologie fasciste de Le Corbusier était ainsi résumée dans un article de Métro en 2015, citant Xavier de Jarcy et son livre Le Corbusier, un fascisme français  : « La Cité radieuse correspond à un projet eugéniste. On y trouve des équipements sportifs pour créer cette race nouvelle, faciliter le retour du patriarcat, où tout est prévu pour que les femmes ne sortent pas de chez elles, parce qu’elles sont là pour faire des enfants. (…) Choquant ? Ce n’est rien encore : Le Corbusier voulait « épurer les villes ». Autrement dit, chasser ceux qui « ne servent à rien » et retrancher les ouvriers dans des camps ».

« Ceux qui ne servent à rien », ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, le « ceux qui ne sont rien » de Macron est du même acabit fasciste. « En 1922, rappelle Xavier de Jarcy, Le Corbusier a ce projet de Ville contemporaine pour 3 millions d’habitants, où le centre-ville est réservé à l’élite et à la classe moyenne supérieure, et où les ouvriers sont repoussés en banlieue avec une zone verte de sécurité qui les sépare de la ville pour qu’on puisse les tenir à distance et les contrôler… » L’architecte conçoit des tours, des barres de logements immenses, presque identiques aux HLM d’aujourd’hui : il n’hésite pas à parler d’ « élevage humain ».

 

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L’architecte Émile Aillaud, qui construisit la cité de La Grande Borne sur les communes de Grigny et Viry-Châtillon dans les années 60, appelait les pauvres : « l’innombrable ». « L’architecture a une puissance occulte, disait-il, les individus finissent par ressembler à l’architecture ». Et il se vantait de « manipuler un devenir des gens. » Ce devenir, nous le voyons aujourd’hui : les 11000 habitants de sa cité qu’il voulut « labyrinthe » sont livrés au désœuvrement, au chômage, au trafic de drogue et d’armes, à la violence et à la déscolarisation. Dans la mythologie, le labyrinthe est un lieu d’enfermement où un monstre dévore les jeunes.

L’enfermement des pauvres par les architectes et les urbanistes déborde sur les classes moyennes et rurales par des politiques qui tendent à transformer de plus en plus le territoire en succession de périphéries, à la fois défigurées par des zones d’activité commerciale et dépouillées de leurs industries, de leurs services publics, de leurs commerces de proximité, de tout ce qui rend un vivre et un vivre-ensemble possibles.

De même que les urbanistes enferment le peuple physiquement, les médias, les intellectuels et les artistes médiatiques, complices du pouvoir en place, l’enferment psychiquement dans des réseaux de mensonges et de manipulations. Le premier de leurs mensonges est de se faire passer pour des élites, alors qu’ils n’en sont pas. Les énormes tulipes de Jeff Koons, roi du spectaculaire hideux, trôneront bientôt dans les jardins du Petit Palais à Paris parce que ces gens ne savent pas refuser un cadeau empoisonné quand il vient des États-Unis. Et dans le bureau de Macron trône une Marianne au style dangereusement années 30, peinte par Shepard Fairey, artiste américain aussi fameux que plat, malgré son tape-à-l’œil. Résumant l’allégeance de la France de Macron aux puissances de l’argent et à la médiocrité.

Dans ce monde où l’ « élevage » industriel se pratique aussi bien sur l’homme que sur le bétail, l’homme est un mouton pour l’homme. Et le grand bourgeois, qui se voudrait élite éclairée, n’est pas même un loup, il est un veau. « Ce ne sont pas les riches bourgeois qui achetèrent des tableaux de Cézanne et de Monet qu’ils dédaignaient », me rappelait le poète Sarane Alexandrian, ancien compagnon de route d’André Breton,  «  mais l’employé des douanes Vincent Choquet, le pâtissier Eugène Maurer, qui collectionna trente Renoir quand personne n’en voulait, le baryton Faure, etc. »

Ce sont les habitants de ronds-points et les constructeurs de cabanes où se retrouver et réfléchir qui retrouvent le chemin de l’humanité. Ce sont eux qui ont raison et intelligence, en ne se laissant pas endormir. Macron avec son projet de société verticale a tout faux. C’est l’horizontalité des relations humaines qui donne un horizon à l’humanité. C’est dans la vérité de l’horizontalité, du rapport franc et direct, non hiérarchisé, que peut se réinventer le monde, pour que tous puissent s’élever jusqu’à l’habiter en beauté.

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Peuples dans la rue, Benalla à Genève

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Que fait Benalla à Genève ? La Tribune de Genève annonçait hier que deux témoins l’y avaient vu, et aujourd’hui qu’il s’y trouve toujours. Logeant à l’hôtel Président Wilson, l’un des plus luxueux palaces du monde, connu notamment pour sa suite à 60 000 euros la nuit, la plus chère du monde. À part la contemplation d’un grand jet d’eau et la dégustation de chocolats, qu’est-ce qui a pu amener le barbouze de Macron dans cette ville ? Ses banques ? Il est vrai que monsieur Benalla voyage beaucoup, et que vu son train de vie, beaucoup d’argent voyage avec lui. Ah me dira-t-on, ne parlez pas encore d’argent, c’est haineux, les gens ont bien le droit d’en avoir des tas, s’ils sont assez malins pour ça. En France plus qu’aux États-Unis les riches sont en grande proportion des héritiers, tel BHL dont nous parlions il y a quelques jours. Mais nous avons aussi quelques magnifiques self-made-men, tels l’escroc Tapie (qui ajoute quelques casseroles à son actif ces jours-ci avec des accusations d’achat d’arbitre au temps de l’OM et d’intoxication des joueurs des équipes adverses – outre une tentative d’entente secrète avec Le Pen père), et maintenant le petit dernier aspirant milliardaire comme les aime Macron, son nervi Benalla, jongleur ès cœur de président, ès secret-défense, ès matraque, armes à feu, parjures, violations de la loi, coffre-fort privé, contrat avec oligarques mafieux, russes et chinois, rendez-vous avec chefs d’État africains, passeports et autres valises diplomatiques. En voilà un malin, un premier de cordée, un qui n’est pas rien, un qui a réussi et qui mérite le respect des adorateurs du fric et du monde comme il va, mon bon monsieur.

Mais ne soyons pas complotistes. Il n’y a pas que des banques, à Genève. Il y a aussi Bouteflika. Que les Algériens courageux essaient de bouter hors du pouvoir en ce moment. Après tout Benalla sait aussi faire ça, les rencontres officieuses pour on ne sait quel office. Bouteflika est au plus mal, « sous menace vitale permanente » selon les médecins, mais il y a bien quelques personnes en bonne santé autour de lui capables de traiter avec qui il faut traiter. L’enjeu n’est pas mince. Au fait, on n’entend pas BHL là-dessus, lui qui soutint honteusement les généraux algériens au temps des massacres. Au Maroc, l’agitation de la rue algérienne inquiète. Si ça allait donner des idées aux sujets de Sa Majesté, ami de notre pays et de sa caste, dont BHL et quelques élites médiatiques d’origine marocaine proches du roi Mohammed VI qui se gave et laisse le peuple marocain s’enfoncer dans la misère et l’illettrisme, et quelques-uns de ses enfants des rues, drogués, abandonnés, dormir dehors en bande dans le nord de Paris ! Si ça allait, aussi, raviver la question du Sahara occidental, en partie sous domination marocaine et combattant pour sa libération – des négociations avaient lieu à Genève en décembre dernier pour essayer de sortir d’un conflit de quatre décennies entre Algérie, Maroc, Mauritanie et Front Polisario ! Le 360, magazine proche du pouvoir marocain, annonçait il y a quelques jours que Mohammed VI était en visite en France cette semaine – en toute discrétion. Et on apprenait par ailleurs que le Maroc avait fait pression sur l’Institut du Monde Arabe pour qu’il déprogramme, malgré les protestations de son directeur Jack Lang, Aziza Brahim, une chanteuse sahraouie accusée de militantisme. Et que l’IMA avait dû se coucher devant la volonté du roi. Benalla est à Genève, Aziza Brahim ne sera pas à Paris. Que va-t-il advenir du peuple sahraoui ? Du peuple algérien ? Du peuple marocain ? Du peuple français ?

 

 

Botul acculé : vulgarité et méchanceté des « élites »

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"BHL partage une bouteille de vin avec un clochard". Source photo : le Tumblr 'BHL fait des trucs'

« BHL partage une bouteille de vin avec un clochard ». Source photo : le Tumblr ‘BHL fait des trucs’

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« Autrefois, j’avais un test que j’appelais le « test de la pouffiasse » : si je dînais avec une fille qui hésitait pendant des plombes avant de décider ce qu’elle allait prendre, c’était assez mal barré. Et si je lui disais : « Prenez donc de la morue aux épinards » et qu’elle s’abîmait dans une contemplation encore plus sidérée de la carte en me demandant d’une voix éteinte « Ouchais, j’voispas », ça devenait carrément rédhibitoire. » BHL dans une interview de GQ en 2009.

Le mépris et la vulgarité de l’industriel de la « philosophie » sont monnaie courante quand il parle des femmes, même si, aujourd’hui où le sexisme crasse passe moins bien, il surveille un peu plus son langage, par prudence. Il a déclaré par exemple que « le discours philosophique » était « étranger » aux femmes, que l’argent leur allait mal, qu’il s’amusait de l’émoi des « vilaines » quand il condescendait à les draguer, a déploré que les femmes qui travaillent soient souvent coiffées et maquillées un peu trop à la va-vite, etc. etc. Mais il a défendu Polanski, DSK et Carlos Ghosn, malheureux hommes riches poursuivis pour de simples histoires de viol ou d’abus de biens sociaux – si les élites ne peuvent plus rien faire, alors ! Et maintenant il diffame gravement Ruffin. Et, à travers lui ou directement, les Gilets jaunes.

La violence, la méchanceté, l’obscénité verbale de ceux qu’on appelle élites, qui se prennent pour des élites et qui prônent une politique de l’élitisme – celle des « premiers de cordée » – dépassent en ignominie les violences verbales qui peuvent venir du peuple parce qu’elles viennent de privilégiés qui n’ont aucune raison objective de sombrer dans la haine de moins favorisés qu’eux. Et pourtant c’est dans la haine qu’ils vivent : elle éclate au grand jour dès qu’ils se sentent menacés. Luc Ferry appelant à tirer sur les manifestants, Macron multipliant les insultes à l’égard des classes populaires (il y a quelques jours encore, il a traité de « bête étrange » une Gilet jaune qui avait le tort d’intéresser quelques journalistes plus que lui-même), et tant d’autres qui se répandent dans les médias en anathèmes contre le peuple, les chômeurs, les femmes voilées, les femmes et les hommes qui travaillent et n’arrivent pas à vivre correctement du fruit de leur travail : voilà où est le vrai danger pour la démocratie et pour la république. Ils accusent les populismes, mais ce sont eux qui les engendrent, par leur élitisme. Le populisme comme flatterie malhonnête du peuple n’est que le miroir de l’élitisme comme vanité criminelle des élites.

Quelle conception ont de l’humanité les pareils de BHL, qui lorsqu’il s’occupait encore de la société fondée par son père, des années 80 jusqu’en 1997, pilla les forêts en logeant ses ouvriers africains quasi esclavagisés « dans des niches mal aérées », selon une ONG qui enquêta sur place (citée par Nicolas Beau et Olivier Toscer dans Une imposture française) ? Qui rejoignit Sollers et Gluksmann à l’Internationale de la résistance, une officine créée en 1983 et financée par les services secrets américains, utilisée pour de sales besognes politiques en Amérique Latine, soutenant notamment les contras, milices du dictateur d’extrême droite Somoza ? Qui, en 2001, au moment du G8, traitait de « voyous publics » les altermondialistes qui osaient dénoncer les nuisances de la finance ? Qui continue aujourd’hui à se déclarer fier d’avoir poussé à semer la guerre, le chaos et la mort en Libye où sont maintenant mis en esclavage les migrants africains ? Qui… etc., etc., un article ne peut suffire à rappeler tous les méfaits de cet homme, toutes ses manipulations, tous ses mensonges, tous ses abus, commis par obsession de l’argent et de la gloire, comme c’est le cas pour ses semblables qui se prennent pour des élites au-dessus des lois – alors que les vraies élites sont ce qu’il y a de meilleur dans un ensemble d’êtres.

Derrida, cité par Jade Lindgaard et Xavier de La Porte dans Le nouveau B-A BA du BHL, disait : « Il n’y a pas de disciples de Bernard-Henri Lévy, de Sollers ou de Glucksmann. En même temps, parce qu’ils sentent – et ils sont assez intelligents pour cela – le jugement critique et sévère dans leur propre milieu de gens comme moi et d’autres, ils les haïssent. (…) Tout à coup, on s’aperçoit que Sollers défend Lévy, pourquoi ? Que Lévy défend Sollers, pourquoi ? Que tout à coup Finkielkraut, qui a toutes les raisons de ne pas être d’accord avec Bernard-Henri Lévy, fait alliance avec Lévy. […] Il y a là une configuration de tous ces intellectuels-là, ensemble, mécanique. Et je crois qu’ils se serrent les coudes, parce qu’ils sont à la fois combatifs et acculés. »

Les peuples peuvent se laisser plus ou moins illusionner un temps, mais de plus en plus ils voient que ces fausses élites qui prétendent gouverner le monde ne sont en rien ce qu’il y a de meilleur parmi les hommes. Que les personnes les meilleures d’entre nous sont celles qui œuvrent, d’une façon ou d’une autre, non pour leur enrichissement et leur gloire, mais pour le bien commun, pour plus de justice et plus de fraternité, pour plus d’épanouissement de l’humanité. Ce sont justement ces personnes-là, les réelles élites, qui sont l’objet des insultes les plus ignobles des fausses élites. Leurs insultes, leurs manipulations, leurs violences de toutes sortes sont les réflexes apeurés de gens acculés par leur propre mensonge existentiel.

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Samedi, l’amour court les rues. 40 grafs et tags de ces jours-ci

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J’ai trouvé sur twitter ces street-art post-it excellents. Je ne sais pas si le gars a eu la même idée que moi, ou s’il la reprise de twitter où j’en avais posté beaucoup avec hashtag il y a quelques mois, quand je l’ai inventée, en tout cas c’est très bien vu :

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Moi aussi j’ai continué à distribuer des post-it dans la ville, et à photographier les graffitis et autres tags lors de mes déambulations de ces jours derniers.

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street art 13-minJ’ai maintes fois photographié les grandes fresques du 13e arrondissement, dont cette œuvre de Seth, je ne les rephotographie pas chaque fois au fil de mes balades mais une de temps en temps…

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Je suis entrée dans une cour d’immeuble rue Mouffetard et j’ai aussi photographié ce bel escalier montant vers la lumière, vers ce que j’imagine comme une chambre d’amour :

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Ces jours-ci à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

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