Feu de l’esprit, yoga des planètes et autres beautés du sanskrit (suite)

Le Diadumène "Celui qui se ceint du bandeau de la victoire") du sculpteur Polyclète (Ve siècle av. J.-C.)

 

"Gandhi dans les fluctuations quantiques du vide", l'un de mes anciens dessins

« Gandhi dans les fluctuations quantiques du vide », l’un de mes anciens dessins

Hier matin après m’avoir pris la tension et auscultée, elle a donc dit : « tout est parfait ». Hier soir en continuant à étudier un peu le sanskrit, j’ai appris que sanskrit signifie « parfait ». Langue « parfaite ». Comme j’avais justement comparé mon corps (la médecin ayant ajouté le mot « superbe ») à cette langue, cela m’a vivement touchée. Il y a une vie de la Langue que les non-connaissants ignorent, tout comme la plupart d’entre nous ignorons la vie des mathématiques. (Je mets une majuscule à Langue pour signifier non telle ou telle langue mais l’ensemble des langues et du processus langagier, même non humain). Et le niveau supérieur de cette connaissance est atteint quand cette vie de la Langue épouse non seulement la vie du locuteur (ce qui arrive à tous les vrais écrivains) mais aussi la vie de son corps (ce qui arrive à tous les vrais spirituels).

Le Diadumène "Celui qui se ceint du bandeau de la victoire") du sculpteur Polyclète (Ve siècle av. J.-C.)

Le Diadumène (« Celui qui se ceint du bandeau de la victoire ») du sculpteur Polyclète (Ve siècle av. J.-C.)

Aussitôt mon corps s’est mis à chauffer. J’ai déjà parlé de ce phénomène. Les Indiens qui ont inventé, c’est-à-dire découvert, la kundalini, n’étaient pas des intellectuels échafaudeurs d’hypothèses et de concepts désincarnés. Ils parlaient d’expérience. Une grande puissance spirituelle s’élève quand elle s’élève depuis la racine, où se trouve le sexe. Personnellement, c’est parce que j’ai étudié et vécu, avec mon corps et avec mon cerveau, l’éros à fond, que je connais l’Esprit. On a souri, en Occidentaux ignares, de l’expérience faite par Gandhi, vieux, de dormir une nuit à côté de jeunes femmes pour vérifier que son désir était maîtrisé. Mais c’est un exercice commun chez les ascètes indiens, le vocabulaire sanskrit en porte témoignage. Pour ce que j’en vis, il ne s’agit pas de nier le désir sexuel, mais loin d’en être apeuré, esclave ou obsédé, de s’y garder pur vivant. Les Grecs anciens faisaient à leurs sculptures des organes génitaux petits, non pour nier le sexe, qu’ils exposaient tranquillement, mais parce que pour eux c’est l’ensemble du corps qui était érotisé, et non pas seulement les organes génitaux. Inventeurs de la gymnastique, mot qui signifie exercice de la nudité, ils n’étaient en fait pas éloignés des yogis indiens au corps complètement assumé comme instrument d’élévation spirituelle.

Je ne me tiens pas à chaque instant dans cet état de feu qui surgit souvent par lui-même, mais je peux aussi l’atteindre à volonté : il me suffit de m’exposer, creuset de braises, au souffle de l’esprit, pour que la flamme en monte. Que ce soit par la contemplation, la lecture, la méditation, l’écriture, la marche, parfois l’art ou la science – et alors ma pensée, la pensée à travers moi, va aussi vite que la lumière, la vision embrasse tout, la puissance est absolue, quoique maîtrisée car même s’il n’y a plus de mesure, il faut tenir les mesures.

Voici quelques nouvelles beautés trouvées dans le dictionnaire de sanskrit-français :

Faire l’amour se dit en sanskrit : « étendre la jouissance » ou « s’étendre dans la jouissance », ou encore « illuminer la jouissance » (le verbe « étendre » signifiant en second lieu « illuminer ») [Et je songe que le yoga est une discipline d’extensions du corps, tout particulièrement de la colonne vertébrale]

Le mot qui signifie « absence de dette » ou « acquittement d’une dette » signifie aussi « assouvissement d’un désir à cœur joie ».

Il y a un mot signifiant « joie » qui signifie aussi « parfum ».

Un mot qui signifie « extension » signifie aussi « progéniture » et « espoir ».

Ayuryoga signifie « conjonction de planètes », autrement dit yoga des planètes.

Un mot qui signifie « de la forêt, sauvage », signifie aussi « ermite », et désigne certains livres qui sont « à lire en secret dans la solitude de la forêt ».

Le mot alaya signifie « maison, demeure, asile, temple, réceptacle ; alayavijnana signifie « connaissance du soi » (vijnana signifiant connaissance, et le soi étant donc la maison réelle).

Un même mot signifie « écriture, peinture, portrait » et « dessin » (l’un des 64 arts).

Le verbe signifiant s’asseoir, qui a donné asana, « posture de yoga », signifie aussi « être en train de » et « aboutir à ».

Il y a un verbe qui signifie : « fréquenter ; habiter ; servir, honorer ; prendre le parti de |apprécier ; aimer ; jouir de ; pratiquer, s’adonner à (not. sexe) ».

Il y a un mot qui signifie : « qui se boit ; fluide comestible ; nourriture ; réconfort, plaisir | eau ; lait ; parole |la Terre »

Un mot qui signifie « bateau, barque, radeau », signifie aussi « la Lune ».

Citation du Rig Veda : « La Terre est soutenue par la vérité ».

Citation du Harshacharita : « Les poètes ordinaires sont innombrables, pareils à des chiens aboyant de maison en maison, alors que les créatifs sont aussi rares que le griffon – avec ses pattes sur le dos. »

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Pour mes autres notes sur cette langue, suivre le mot-clé sanskrit.

Beautés du sanskrit

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statue dédiée à l'archéologue Gabriel de Mortillet. Hier aux arènes de Lutèce, photo Alina Reyes

statue dédiée à l’archéologue Gabriel de Mortillet (son buste en bronze, qui surplombait la colonne, a été fondu par les nazis). Hier aux arènes de Lutèce, photo Alina Reyes

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Le corps aussi a sa langue, et il m’importe qu’elle puisse s’exprimer autant que possible correctement et avec style, comme ma langue écrite. Je suis allée ce matin chez ma généraliste demander un certificat médical pour pouvoir suivre un stage de Pilates, ce sport inspiré à la fois du yoga, de la danse et de la gymnastique. Après m’avoir examinée, elle a dit que tout était parfait, et que j’étais superbe. Yoga et marche jour après jour font leur effet.

Continuant à étudier un peu le superbe sanskrit, j’ai noté quelques-unes de ses beautés trouvées dans un dictionnaire. J’en trouverai d’autres, mais voici déjà celles-ci :

Phrase_sanskrite« Que Shiva bénisse les amateurs de la langue des dieux » (image wikipedia)

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Arbre en sanskrit se dit « qui-boit-par-la-racine ».

Akka Mahadevi, mystique du 12e siècle, écrivit 430 leçons ; elle voyageait et mendiait nue en prêchant l’amour de Shiva.

Il y a un nom pour désigner l’art de parler avec ses doigts, qui est l’un des 64 arts (la chiromancie en est un autre)

Le nom atana signifie « errance, promenade, voyage ». Au féminin, atani, il signifie « extrémité encochée d’un arc ».

Un même mot peut signifier une unité infime de temps ou une unité infime d’espace.

Un verbe qui signifie en dernier lieu « penser » signifie d’abord « atteindre, égaler ; ressentir, percevoir ; éprouver, supporter ; faire l’expérience de ; goûter, jouir de ».

Un même mot signifie « vulgarité, obscénité ; calomnie » et « forme grammaticalement impropre ».

Le mot qui signifie d’abord « innovant » signifie aussi « bénéfice d’une action rituelle ».

Le mot qui signifie « invincible » signifie aussi « incompris » et « triste ».

Le mot qui signifie « nuage de pluie, brouillard, nuée, atmosphère, ciel » symbolise en mathématiques le nombre zéro.

Lotus se dit « né-de-l’eau » ou « qui-croît-dans-l’eau ».

Aya, le nom qui m’avait été donné en rêve, disons, il y a quelques années, signifie en sanskrit ; « qui va ».

Ayoga, par opposition à yoga, signifie « séparation, inutilité, inefficacité, impossibilité, conjonction d’astres défavorable ».

Le mot pour dire « évènement inattendu » se dit « comme-des-grains-de-sésame-dans-la-forêt ».

La phrase donnée en exemple : « L’homme est l’esclave du pouvoir mais le pouvoir n’est esclave de rien » pourrait aussi bien se traduire : « L’homme est l’esclave du sens mais le sens n’est l’esclave de rien », puisque le mot qui signifie « pouvoir » signifie d’abord « cause, intention, sens, signification, substance, réalité ».

Il y a en sanskrit un mot qui signifie « densité du sens exprimé » (c’est une qualité poétique), et un autre qui signifie « qui a son origine dans le pouvoir du sens » (se dit d’un sens suggéré issu du signifié). Un autre mot encore désigne « une phrase dont le prédicat est celui du sens du mot produit, le sujet étant une forme pronominale servant d’anaphore au mot producteur, le suffixe s’appliquant à son thème ».

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Aimer en sanskrit (note rectifiée)

Surya Siddhanta

18-10-2019

Je dois rectifier cette note en ce qui concerne mon impression que le mot sanskrit asana pouvait être lié à la racine indo-européenne as, « être », par comparaison avec d’autres langues indo-européennes. En fait le phénomène auquel je faisais allusion touche les langues néolatines, j’en ai trouvé l’explication (que je connaissais mais avais oubliée) dans ce livre de Victor Henry, Les trois racines du verbe « être » dans les langues indo-européennes (1878) dont je recopie ces extraits :

« La primitive langue indo-européenne, d’où sont issus les nombreux dialectes de cette famille si répandue, n’avait probablement, pour indiquer le fait pur et simple de l’existence, sans modalité accessoire, l’être en soi et en tant qu’opposé au non-être qu’une seule racine, qui s’est d’ailleurs conservée dans tous les idiomes de ce groupe. C’est la racine as, que l’on retrouve, plus ou moins corrompue, mais aisément reconnaissable, dans la plupart des temps du verbe « être » de chaque langue indo-européenne. (…)

Dans une étude portant sur la généralité des langues indo-germaniques, il n’y aurait pas lieu de parler des dialectes néo-latins, dont les conjugaisons sont exactement calquées sur celles de leur ancêtre commun, si, par une confusion aisée entre les formes assez voisines des deux verbes latins esse et stare, elles n’avaient ajouté à la conjugaison de leurs verbes « être » un élément tout-à-fait étranger à ce même verbe dans les autres idiomes de la famille. C’est ce qu’il convient de montrer brièvement. Au premier rang, à ce point de vue, se placent d’abord les langues de la péninsule hispanique, où ce processus morphologique apparaît au degré le plus complet. L’espagnol et le portugais possèdent deux verbes « être » ser et estar, le premier désignant l’état essentiel et permanent, le second, l’état variable et accidentel : ser dérive, comme l’italien essere, non pas du latin esse, qui n’expliquerait pas la présence de la vibrante, mais d’une forme de bas latin essere créée par le vulgaire à l’imitation de tous les infinitifs latins, qui se terminent en re, le seul esse faisant exception estar vient sans difficulté de stare, et ces deux verbes conservent d’une manière satisfaisante, dans la plupart de leurs temps, leurs formes ancestrales respectives.

Le mélange des deux éléments en un seul verbe apparaît dans l’italien, qui n’emprunte toutefois à stare qu’un seul temps, le participe passé, stato, nécessaire pour la conjugaison de ses temps composés, et qui manque à esse. Moins pur est déjà le provençal, bien moins pur le français, qui dérive de stare un temps que possédait esse, l’imparfait de l’indicatif, estois, stabam, outre le participe présent, estant, stans, et le participe passé, esté, status. Bien plus, l’infinitif même estre, qui dérive incontestablement de essere (car stare a formé régulièrement ester, mot de la langue judiciaire), se ressent cependant de l’influence de stare il est impossible, en effet, d’expliquer le t médial du mot, sans admettre que, sous cette influence étrangère, le bas-latin essere s’est encore corrompu en estere, en sorte que le mot estre est une formation mixte de l’un et l’autre verbe. Le roumain seul ne s’est point altéré par ce mélange, et conjugue son verbe «être», non pas, sans doute, tel que le latin le lui a légué, mais sans le secours de stare.

C’est ainsi que la racine sta, qui ne se présente dans les autres langues indo-européennes qu’avec son sens primitif de « se tenir debout » revêt, en outre, dans les langues néo-latines la signification accessoire d’ «être» et qu’à ce titre elle a dû prendre place dans cette étude. Quant à son évolution dans son acception originaire, tout le monde la connaît, et elle est d’un degré si élevé, qu’on ne saurait, ce semble, ouvrir au hasard un vocabulaire d’une langue indo-européenne quelconque sans tomber sur un dérivé plus ou moins direct de ce fécond radical. »

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Surya Siddhanta

illustration pour le Surya Siddhanta, traité d’astronomie indien en sanskrit, de plus de 1 500 ans

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Ce matin dans la nuit, à la lumière de la lampe, commençant à étudier un peu le sanskrit, cette langue des plus anciennes, j’ai appris que le verbe aimer s’y construisait avec le locatif. Un cas peu fréquent dans les langues à déclinaisons, qui exprime le lieu où se passe l’action. Ainsi donc en sanskrit, pour dire je t’aime, on dit, mot à mot, « en toi j’aime ». C’est beau comme un premier amour. Parce que c’est une langue première. L’être aimé n’y est pas objectivé, n’y est pas complément d’objet, n’y est pas à l’accusatif, n’y est ni tenu à distance ni accusé de son altérité, il y est en quelque sorte physiquement, innocemment aimé, dans l’interpénétration des amants qui font l’amour.

Puis j’ai fait mon heure de yoga quotidienne, cette fois une séance comportant seulement trois asana (mot sanskrit habituellement traduit par « posture » mais qui me semble (à vérifier !), d’après ma première approche de cette langue, lié à son verbe être, comme d’ailleurs dans d’autres langues indo-européennes – par exemple en français « station » et « exister » ont même racine), trois postures guidées par un cours très précis, très sophistiqué, tenues chacune vingt minutes sur des exercices respiratoires intenses enchaînés savamment. Le yoga est une pratique d’amour avec le cosmos, abolissant les limites, la distance, entre cosmos intérieur et cosmos extérieur.

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De quelques subtilités de l’emploi de « seul » adverbial (un peu de philosophie par le style)

grammaire

 

En consultant hier les sujets du bac philo et du bac de français, songeant à mes élèves de l’année dernière qui passent l’un ou l’autre cette année, j’ai été heurtée par la façon dont a été rédigé le premier sujet de l’épreuve de philosophie pour la section Technologique : « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » Mes recherches en ligne sur l’usage de « seul » dans une interrogative de ce type n’ayant rien donné, je livre quelques remarques personnelles sur la question.

L’intention de ce sujet est de demander si ce qui est peut avoir une valeur autre qu’une valeur d’échange. Mais la formulation incertaine de la question risque d’entraîner une confusion de la pensée dans les réponses qui peuvent y être données, comme nous le voyons dans le « corrigé » de Vincent Cespedes proposé dans les médias, qui commence (je n’ai écouté que le début) en portant sur une autre question, qui pourrait être ainsi formulée : « ce qui peut s’échanger a-t-il forcément de la valeur ? »

« Seul » est ici adjectif adverbial antéposé au sujet « ce qui peut s’échanger ». La construction « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » sonne aussi mal que « Uniquement ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » Car « seul » adverbial ne s’emploie pas indifféremment en fonction d’apposition dans une affirmative ou dans une interrogative.

De même que l’on peut dire
« Seule reste cette belle plante » (pour « Il reste seulement cette belle plante »)
et non « Seule reste-t-il cette belle plante ? »
mais « Reste-t-il seulement cette belle plante ? » « Ne reste-t-il plus que cette belle plante ? »

 

ou que l’on peut dire
« Dieu seul le sait » (pour « Il n’y a que Dieu qui le sache », « C’est seulement Dieu qui le sait »)
et non « Dieu seul le sait-il ? »
mais « Qui le sait, sinon Dieu ? » ou « Dieu lui-même le sait-il ? »

 

on peut dire
« Seul ce qui peut s’échanger a de la valeur » (pour « C’est seulement ce qui peut s’échanger qui a de la valeur »)
et non « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? »
mais « Est-ce seulement ce qui peut s’échanger qui a de la valeur ? » ou, plus élégamment « Ce qui peut s’échanger a-t-il seul de la valeur ? » ou  encore « N’y a-t-il que ce qui peut s’échanger qui ait de la valeur ? »

Par ailleurs, si « seul » était employé non comme adverbe mais comme adjectif apposé, c’est-à-dire suivi d’une virgule : « Seul, ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? », la question porterait sur la valeur de ce qui peut s’échanger quand il n’y a pas de possibilité de l’échanger.

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Passage de la langue

einstein

street art 5*

En trois jours, ma réflexion est passée du sujet de l’identité ( puis ) à celui de l’unité (). Au milieu d’eux, comme au milieu de la physique, soit métaphysiquement (au milieu est le premier sens de meta, écoutons la langue), exprimé ou non par une copule entre sujet et prédicat, le sujet premier et dernier : l’être.

Écoutons la langue. Je dis la langue pour toutes les langues. Car avant les langues, il y a ce phénomène : la langue. La langue n’est pas l’outil de la pensée, mais son passage et sa manifestation. C’est pourquoi Einstein tire la langue. Si elle était l’outil de la pensée, il n’aurait pas dit qu’il pensait sans mots. Mais pour le dire, il lui fallut passer par des mots, de même que pour dire ses découvertes – dans E=mc2, chaque terme renvoie à un mot, énergie de masse, égale, particule de masse, vitesse de la lumière, carré, et ces mots sont reliés par une syntaxe qui permet de savoir que mc2 signifie un produit (l’invisibilité de la syntaxe ne signifiant pas son absence mais ici au contraire sa présence si forte qu’elle n’a pas besoin d’être visibilisée, de même que la présence de l’être dans les langues où la copule être n’apparaît pas – si, pour reprendre l’exemple donné par Marwan Rashed dans cette conférence passionnante sur « Le grec, langue de l’être ? Réponses arabes », l’arabe dit « le garçon beau » plutôt que « le garçon est beau », c’est que « le garçon beau », comme la poésie, manifeste suffisamment en soi l’être ; dire « le garçon est beau », ce n’est pas introduire de l’être, mais signifier dans l’articulation, la composition des unités de l’unité la possibilité de penser l’être).

La langue manifeste la pensée et nous pouvons, dans sa manifestation, lire et chercher la vérité. Non dans sa surface, mais dans sa profondeur. En surface, le maquillage du sens, les « belles paroles » des séducteurs de peuple, politiques, religieux et autres vendeurs. En profondeur, dans le corps de la langue, dans sa grammaire, dans sa syntaxe, dans ses étymologies, les vérités de l’être. La langue malmenée, ou en décomposition, ou amalgamée, ou innommable, signale les morbidités. (Je songe aussi bien, par exemple, à la langue de l’horreur dans L’horreur de Dunwich de Lovecraft, qu’à celle du fascisme dans mon livre Poupée, anale nationale). Le fond de la langue, avec son mystère, sa noirceur, fait peur (voir la fin des Aventures d’Arthur Gordon Pym de Poe) comme la fin, à tous les sens du mot, de l’aventure humaine. Y descendre est pourtant le premier moyen de lutter contre la pollution de l’être qui menace d’asphyxie : pour cela, il faut, tels les ramoneurs, partir d’en bas ou d’en haut, du foyer de la cheminée ou de sur les toits, et dégager le passage (pour utiliser une autre métaphore, pensons au passage salvateur de la mer Rouge, en fait mer des Roseaux, dont j’ai montré dans Voyage qu’elle était une métaphore de la langue).

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street art 4ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Philosophie du langage : une lecture du Génie de Rimbaud et une conférence d’Ali Benmakhlouf

vignette

génie

Génie ; présent ; maison ouverte ; force et amour ; extase ; mesure ; raison ; jouissance ; vie ; voyage ; sonne ; souffles, têtes, courses ; perfection, formes, action ; fécondité ; univers ; grâce ; vue ; jour ; musique ; pas ; migrations ; monde ; chant ; nuit ; château ; foule ; plage ; regards ; voir ; déserts, neige ; vue ; souffle ; corps ; jour

J’ai réenluminé le « Génie » des Illuminations en écoutant cette conférence d’Ali Benmakhlouf à l’ENS :

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Je suis allée écouter parler Giorgio Agamben. Du vocatif, de la voix, de la langue, de politique

nombres premiers

agambenGiorgio Agamben, en veste et pull sombres, cet après-midi à l’école supérieure de chimie, de 14 heures à 18 heures passées, photo Alina Reyes

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Ce qui se passe autour de quelqu’un qui est invité à parler peut être aussi intéressant, d’une façon ou d’une autre, que le discours tenu. En l’occurrence, écouter parler Giorgio Agamben fut évidemment un bonheur, je vais y revenir. Mais voyons un peu ce qui s’est passé autour.

La conférence, organisée par l’École Pratique des Hautes Études à l’occasion de son cent cinquantenaire, devait se tenir à la Sorbonne, en ce 4 mai – hasard du calendrier, comme on dit, date de la commémoration officielle (ça ne manque pas de sel) de Mai 68. Mais la Sorbonne, redoutant un blocage des lieux par des étudiants, a renoncé à la recevoir. Elle a finalement été accueillie par l’École nationale supérieure de chimie, non loin de là, chez Marie et Pierre Curie. En y allant à pied, j’ai dû faire un détour, ne pouvant emprunter la rue d’Ulm barrée par la police en raison de l’occupation de l’ENS par quelques étudiants qui ont tagué les vénérables locaux et jusqu’au monument aux morts de l’école pour protester contre la sélection (ce qui ne manque pas de sel non plus, les élèves de l’ENS étant le produit d’une hypersélection, comme certains profs agrégés et/ou qui en sortent et qui protestent aussi, ailleurs, contre la sélection sans laquelle ils ne seraient pourtant rien). Ce soir il semble que l’occupation de l’ENS ait pris fin, et qu’il ne reste plus qu’à nettoyer les dégâts, comme d’habitude (le prolétariat est là pour ça) avant de pouvoir reprendre les cours.

Quand je suis arrivée, l’amphi était déjà presque plein, et je me suis installée dans ses hauteurs, regardant Agamben, là en bas derrière la table, avec appétit. Après la présentation, il a commencé à parler, d’une voix douce, ferme, avec un accent italien. La voix, justement, était l’objet de sa grande leçon. Une heure durant, il a parlé de « la voix comme problème philosophique », et je prenais des notes dans mon cahier avec un intérêt d’autant plus vif que j’avais souvent des objections à faire – en tout cas, c’était très stimulant. Il s’est d’abord penché sur le vocatif, ce cas grammatical qui sert à appeler, en convoquant Diogène Laërce, les Stoïciens, Aristote, Moby Dick (« Call me Ismael »), Rimbaud (« Ô saisons ! ô châteaux ! »), Benveniste… Contrairement aux autres parties du discours, a-t-il fait remarquer, le vocatif ne se limite pas à dire quelque chose, il appelle. C’est un cas proche du nominatif, qui nomme, et d’où tombent les autres cas, d’après les Stoïciens. Pour les linguistes modernes ce n’est pas un cas, certains le considèrent même comme hors langue. Par lui, a dit Agamben, la langue pourrait chercher à saisir quelque chose qui l’excède. Il n’est pas un lexème, sinon le dictionnaire pourrait être considéré comme une longue suite de vocatifs – ce qu’il est peut-être pour les poètes, a-t-il dit. N’est-ce pas beau ?

Ensuite il a parlé de la voix, selon Aristote élément du processus de la langue, du discours, avec les affections de l’âme, les lettres et les choses. La voix contenant les choses comme une matière. Les animaux ont des voix mais aucune n’implique la lettre, a-t-il dit (mais la voix humaine l’implique-t-elle nécessairement ? avais-je envie de demander) : ce qui rend intelligible la voix c’est la lettre (affirmation qui me paraissait tout aussi digne de nuances). Il a rappelé que Derrida donnait primat à la voix sur la lettre (chose encore une fois très discutable à mon sens).

Enfin il a rappelé le dernier cours de Benveniste au Collège de France. L’écriture a permis à la langue de se constituer. Ce déplacement, « acte fondateur » selon le linguiste, fut aussi dans son optique la révolution la plus profonde que l’humanité ait connue depuis celle du feu. La langue se constituant comme interprétant de tous les autres systèmes – le système primaire de l’oreille étant réveillé par les systèmes de la main et de l’œil. Agamben a évoqué la naissance de la phonétique au dix-neuvième siècle, puis celle de la phonologie. Considéré que la voix et le langage sont aussi hétérogènes que la nature et la culture, l’histoire ; le langage est une construction historique, grammaticale, ne pouvant exister sans un acte qui l’incarne, la parole. Le sujet de la langue, l’homme, est aussi divisé que sa langue et son histoire. Il a conclu en disant que ce problème était essentiellement politique, déterminant ce qui est humain et ce qui ne l’est pas, et ouvert d’un mot sur une autre problématique, celle de la bioéthique.

Pendant ce temps, tout en l’écoutant attentivement, je regardais, de l’autre côté de l’amphi, en haut, en face de moi, un petit vieux singulier, maigre, voûté, chauve, enveloppé d’un imperméable beige, qui avait posé son chapeau à quelques mètres de lui sur le rebord et se débattait avec quelques feuilles où il notait de temps en temps quelque chose, le reste du temps remuant ou s’affaissant comme désarticulé. À moment donné, il a fait tomber ses feuilles en bas de l’amphi, il s’est alors déplacé cahin-caha en se tenant aux rebords, il a disparu et il est réapparu avec, les ayant récupérées. Nous le reverrons avant la fin de cette note.

Après Agamben, plusieurs intervenants ont parlé à leur tour sur des sujets en lien avec l’œuvre du philosophe italien. Je ne vais pas résumer chacune de leurs interventions, je me contenterai de dire que j’ai été spécialement agacée par celle d’une sorte de blanc-bec dont j’ignore le nom mais qui est sûrement quelqu’un de tout à fait diplômé et reconnu, un type entre deux âges déjà vieux beau mais d’une beauté à la facho, tirée à quatre épingles – tout le contraire du petit vieux. Son sujet c’était « Le ton apocalyptique », mais au lieu de parler de religion il a tenu un discours carrément religieux, ressassant la langue de bois des « rédemption » et autre « salut » comme s’il s’agissait de réalités scientifiques, et de façon aussi prétentieuse que vaine. Je me suis abstenue d’applaudir quand, enfin, il a terminé. Mais j’ai été très intéressée par l’intervention d’un spécialiste de l’islam sur les différents temps du messianisme dans l’islam chiite, et comment certains penseurs avaient pu passer de la catastrophe politique qu’est un messianisme historique à celle d’un messianisme en esprit, non inscrit dans le temps mais dans l’instant, rejoignant ainsi les visions de soufis sunnites tels Rûmî ou Ibn Arabî.

La dernière intervention, davantage axée sur le sens politique de l’œuvre d’Agamben, fut malheureusement perturbée par le comportement indigne du deuxième conférencier, celui qui m’avait déjà agacée avec sa langue de bois catho. Une heure durant, le gars, toujours assis à la table avec les autres conférenciers, a échangé des textos avec quelqu’un qui était dans la salle, et que je voyais très bien depuis ma place – un vieux avec le journal La Croix bien en évidence devant lui. Pendant que leur collègue parlait, avec une grossièreté inouïe, ils n’ont pas arrêté de communiquer par sms, riant silencieusement mais bien visiblement de leurs échanges. J’essayais de les ignorer, mais devoir voir cela perturbait autant l’écoute que s’ils avaient parlé à voix haute dans leur téléphone. Comme me l’a dit un jeune homme à qui j’ai raconté la scène, faire ça, c’est vraiment sale.

Grâce aux questions du dernier intervenant, Agamben a pu préciser sa position politique qui, plutôt qu’un pouvoir constituant, cherche la puissance destituante. « Il y en a marre, a-t-il dit, de la violence pour remplacer un système par un système pire. On est face à des gouvernements qui cherchent à rendre impossible l’action. Cela veut dire que l’on doit penser autrement l’action, et non pas retomber indéfiniment dans la même stratégie de conflit et de lutte. » Agamben pense par exemple à des formes de résistance comme celle de Bartleby dans la nouvelle de Melville, ce personnage qui se contente de dire, quand on lui demande de faire quelque chose : « je préfère pas », et ne la fait pas. Je cherche quelque chose de totalement hétérogène, a-t-il ajouté – et j’étais là entièrement d’accord avec lui – d’autant plus après avoir écouté l’autre jour Frédéric Lordon dire tranquillement aux étudiants bloqueurs de Tolbiac que la révolution que lui et eux appelaient de leurs vœux entraînerait forcément une violence suivie d’une dictature (entendre cela et entendre applaudir ceux qui entendent cela est assez glaçant).

Pour terminer, la parole a été donnée pour quelques minutes au public. Alors j’ai vu que le petit vieux était descendu dans l’amphi, qu’il se trouvait non loin de l’estrade, et qu’il apostrophait Agamben avec un accent italien, en évoquant la physique contemporaine et la possibilité de « s’évader du futur » (au sens, m’a-t-il semblé, des lendemains promis comme chantants). Giorgio Agamben l’écoutait visiblement content et lui a dit qu’il était tout à fait d’accord avec lui. Ensuite c’est un costaud africain qui a pris la parole, lui aussi doté d’un style intéressant, large pantalon de toile claire et bonnet foncé, lui aussi avec un accent (africain), pour lui parler des jésuites de Rome qu’il semblait connaître et lui demander ce qu’ils lui disaient, à lui, Agamben. « Ils ne me disent rien, parce que je ne leur parle pas », a-t-il répondu. Et ce fut le mot de la fin.

Voir aussi : ma note à partir du livre d’Agamben Ce qu’il reste d’Auschwitz

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(en vignette, une page de mon carnet remplie de nombres premiers pendant la conférence)

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De poètes, du temps en hébreu, de la galaxie d’Andromède et nous

Crédits de l’illustration : NASA/ESA/Z. Levay/R. van der Marel (STScI)/T. Hallas/A. Mellinger

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de naissance d’André Breton (en 1896) et celui de la mort de René Char (en 1988). Voici quelques considérations sur le temps dans les langues sémitiques, avant l’évocation de la formation d’Andromède et de sa rencontre à venir avec notre galaxie, la Voie Lactée.

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En hébreu biblique, et dans les langues sémitiques, les verbes ne se conjuguent pas selon des temps, mais changent de forme selon qu’ils expriment le ponctuel (accompli) ou le duratif (inaccompli). En français, le passé simple dit un passé accompli, l’imparfait un passé en train de s’accomplir, inaccompli. Mais il n’existe en hébreu ni passé, ni présent ni futur. Le contexte détermine la compréhension et la lecture que nous faisons du verbe, qu’il soit à l’accompli ou à l’inaccompli. Le verbe à l’accompli se traduit le plus souvent par un passé simple ou passé composé, mais il peut aussi dire un plus-que-parfait ou un futur antérieur, ou encore, pour les verbes d’état, un présent. Un verbe à l’inaccompli se traduit le plus souvent par un futur, ou bien, dans un récit, par l’imparfait, ou encore, quand il s’agit de dire une généralité, par un présent.

Nous voyons déjà combien est souple, riche et libérale, dans une telle langue, la perception du temps. Tout est possible, dit ainsi le verbe de Dieu. Ce verbe non pris dans un temps linéaire, mais ouvrant le temps, le déployant dans un espace où l’esprit peut respirer, jouer, évoluer, grâce à ces formes accueillantes, qui permettent un dialogue en trois dimensions. Dans nos langues indo-européennes, le verbe corseté dans son temps impose sa situation comme un point sur une ligne. Celui qui parle envoie à celui qui écoute un message défini dans le temps. La communication est à deux dimensions, deux protagonistes, celui qui émet et celui qui reçoit. En ce qui concerne le temps, la langue indo-européenne est sans profondeur. La conjugaison place le verbe au croisement d’une longueur et d’une hauteur. En hébreu biblique, sont en conversation non seulement le locuteur et l’auditeur, mais aussi le temps. Le temps, parce qu’il n’est pas fixé, a son mot à dire. Parce qu’il n’est pas capturé, il se meut et vit librement dans le volume de la langue. Quelle que soit la situation dans le temps que le verbe désigne, celui qui le reçoit ou l’émet le vit présentement. Lorsque, au deuxième verset de la Genèse, est évoqué le souffle de Dieu se mouvant sur le visage de l’Eau, nous sentons, à lire ce récit dont les temps ne sont pas figés, que cela eut lieu, de façon durative, dans le passé (et nous traduisons le verbe à l’imparfait), mais aussi, que cela est, de façon absolue : que non seulement au commencement, mais par principe, l’Esprit de Dieu émeut le visage de l’Eau (autre traduction possible), et qu’il en fut, qu’il en est, qu’il en sera ainsi à jamais, tant qu’il s’agit de donner naissance à la lumière, et de créer et recréer le monde.

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Andromède est née de la fusion de deux galaxies, voici quand et comment :

Et voici une image du rapprochement d’Andromède et de la Voie Lactée dans 3,7 milliards d’années :

Crédits de l’illustration : NASA/ESA/Z. Levay/R. van der Marel (STScI)/T. Hallas/A. Mellinger

Crédits de l’illustration : NASA/ESA/Z. Levay/R. van der Marel (STScI)/T. Hallas/A. Mellinger

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Le texte sur l’hébreu est extrait de mon livre Voyage.

Aux mots-clés André Breton et René Char, ci-dessous, vous trouverez des notes dans ce blog sur ces poètes

Mes traductions sont ici même

Également ici même : la mesure du temps dans diverses civilisations

Un bel article sur le livre d’Andrea Marcolongo, « La Langue géniale, 9 raisons d’aimer le grec », avec notamment des considérations sur le temps en grec ancien : ici sur Slate

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Poésie vécue

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Lisant ici et là quelques-unes des dernières petites phrases de notre petite marionnette de la Phynance, je me suis exclamée :

Qu’il est con,

Ce Macron !

Que voulez-vous, on est poète ou on ne l’est pas. Ni lui ni ses conseillers ne le sont, qui régurgitent une langue de cochon, pleine de conservateurs, déchets et bas morceaux, exhausteurs de goût et autres saloperies. Les Académiciens, au lieu de se gratter la nouille sur l’écriture inclusive, feraient mieux de se soucier de cette nuisance, la langue des présidents depuis au moins Sarkozy, de plus en plus abêtie, nihiliste, mise en charpie, un crime contre l’humanité.

Hier soir dans le métro, assises en face de moi, deux vieilles bourges décolorées bavassaient logorrhéiquement en se montrant les photos de leurs petits-enfants et autres gendres sur leurs I-Phone. L’une qui manifestait une envie de déménager dit : « Tiens, je vais m’acheter quelque chose à Rambouillet ». L’autre lui fit remarquer que c’était très cher, Rambouillet. Oui, elle le savait, mais ça ne fait rien, elle avait envie de s’acheter un appartement à Rambouillet. L’autre se mit à lui conseiller d’acheter des appartements pour la défiscalisation, plutôt. Puis elles ont continué à parler des uns et des autres, untel alcoolo, tel autre escroc, ça avait l’air d’être leurs enfants ou en tout cas des proches, sans que ça émeuve plus que ça leur figure ravagée de fond de teint. Du fric partout, sur elles et dans leur conversation, de sales histoires, pour de bien misérables personnes : la France à Macron. Faut-il que l’ennui les plombe, pour que ces gens soient si tombe.

Pour moi, je travaille à rendre à la langue son sens et je me promène :

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selfieaujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Heureusement il y a les Académiciens

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à la Butte aux Cailles, photo Alina Reyes

à la Butte aux Cailles, photo Alina Reyes

L’actualité n’est pas gaie, entre la situation internationale, le crime génocidaire contre les Rohingyas qui se poursuit, le malaise grandissant de l’Europe, et ici en France l’anniversaire de l’assassinat de Rémi Fraisse par la police française, l’addiction de Macron aux insultes aux pauvres – maintenant aux Guyanais sur lesquels il lâche son mépris de père Noël des riches… Mais au moins nous avons des clowns en habit vert pour nous faire rire un peu, un instant. « À l’unanimité de ses membres » flapis, dans la séance d’hier, l’Académie a déclaré solennellement que « la langue française se trouve désormais en péril mortel ». On pourrait croire qu’ils nous rejouent la querelle des Anciens et des Modernes, mais alors avec que des anciens, et qui n’ont d’antique que la carcasse. Laquelle est bel et bien en péril mortel. Allons les ronchons, cessez donc de prendre ce qui vous guette et ne vous loupera pas en effet, votre proche destin, pour celui de la langue française, qui en a vu bien d’autres et vous enterrera tou.te.s.

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Saussure et Chaussures

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Chaussures anciennes que je porte rarement mais que j'aime garder

Chaussures anciennes que je porte rarement mais que j’aime garder

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« Pour l’illustration de notre propos, il est suggestif de faire remarquer que Saussure observe dans l’acte de raconter un moment où le mot plein de sens direct se transforme en « mot pur ». Précisons que le « mot pur » en question ne désigne rien d’autre qu’un mot privé de contamination référentielle. Délié de l’origine référentielle, il fonctionne pour ainsi dire comme pur signifiant. On verra que c’est l’oubli qui tient un rôle primordial dans ce passage d’un mot impur au mot pur. N’est-ce pas l’oubli d’une « scène originaire » qui fait de la sémiologie saussurienne un système des valeurs pures ? Autrement dit, le référent historique ne fait irruption dans la sémiologie saussurienne qu’à condition qu’il soit ensuite oublié, sinon évacué. Ne peut-on pas dire dans ces conditions que la mythographie saussurienne est une tentative de retrouver l’objet perdu dans la « scène originaire »? « Le crochet extérieur où pendre la légende » est un crochet fragile, et cela à cause d’un facteur oubli, à savoir d’un facteur temps. C’est à partir du moment où la trace mnémonique d’un référent historique s’estompe au cours du temps que la mythologie devient de plus en plus pure. »
Yong-Ho CHOI, Le temps chez Saussure, thèse de Doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 1997

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Chaussures que je porte et vais porter à la rentrée

Chaussures que je porte et vais porter à la rentrée

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Si ceci ne sont pas pas des chaussures, pour paraphraser Magritte, ceci n’a-t-il pas quelque chose à voir avec des mots purs, porteurs virtuels de légendes et de mythologie ?
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Anges et tropes

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« Les manuels croient à l’existence de poèmes dépourvus d’images, mais en fait la pauvreté en tropes lexicaux est contrebalancée par de somptueux tropes et figures grammaticaux. Les ressources poétiques dissimulées dans la structure morphologique et syntaxique du langage, bref la poésie de la grammaire, et son produit littéraire, la grammaire de la poésie, ont été rarement reconnues par les critiques, et presque totalement négligées par les linguistes ; en revanche, les écrivains créateurs ont souvent su en tirer un magistral parti. » Roman Jakobson, Essais de linguistique générale 1. Les fondations du langage

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hier et aujourd’hui à Paris 5e et 13e, photos Alina Reyes

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Être au travail de tout cœur dès cinq heures du matin trois ou quatre fois par semaine, découvrir des merveilles comme le sens, resté obscur pendant des millénaires, d’une brève phrase d’Héraclite, faire une descente à la friperie, en rapporter jupes, pantalons, hauts et vestes de bonnes marques et en bon état pour un total de 28,50 euros afin d’être bien habillée pour ses élèves à la rentrée, être aux anges.

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Madame Terre à Villers-Cotterêts. En hommage à la langue française, et à ses débuts

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Après une partie du trajet en transilien depuis Paris, O a parcouru 108 km à VTT par champs et forêts pour aller à Villers-Cotterêts, voir la maison où Alexandre Dumas est né, et le château où François 1er a signé, en 1539, l’ordonnance faisant de la langue française la langue officielle du pays, le libérant ainsi de l’emprise du latin et de ses clercs. Après les images faites en cours de chemin et sur place, notamment au château en ruine qui devrait être bientôt rénové, la vidéo d’une émission désuète mais bien faite, avec Claude Hagège retraçant l’histoire des débuts de la langue française.

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mme terre va a villers cotterets 5et voici la maison natale d’Alexandre Dumasmme terre va a villers cotterets 6

De château en château… Il y a un an, le 14 juillet 2016, Madame Terre était au château d’Alexandre Dumas : c’était sa première sortie, la première action poélitique dans la catégorie Madame Terre. Elle est alors encore flambant neuve (depuis, elle a pris quelques gadins dans le sac à dos avec les intrépidités du cycliste), et la note s’accompagne des vidéos de Le comte de Monte Cristo, série télévisée de 1979, adaptation la plus fidèle du roman : ici

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mme terre va a villers cotterets 10L’immense château, aujourd’hui en ruine, demain sans doute rénové, où ont été signées les ordonnances de Villers-Cotterêts, dont celle sur la langue française (voir lien plus haut et vidéo plus bas)mme terre va a villers cotterets 11

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mme terre va a villers cotterets 23Alexandre Dumas toujours en bonne place où il est né

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