Violences policières : L’INACCEPTABLE (régulièrement actualisé)

8 février 2017 : cette note étant devenue trop pleine, la suite sera rassemblée dans une deuxième note : ici
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6 février 2017. On atteint le fond de l’ignoble avec le viol, la torture en réunion de Théo par quatre policiers à Aulnay-sous-Bois. (J’ajoute des éléments de temps en temps)

https://youtu.be/udL2WKr4SCI


Policiers accusés de viol à Aulnay : un témoin… par leparisien

ÉCOUTER ET LIRE SON TÉMOIGNAGE, recueilli quatre jours après sur son lit d’hôpital. Ne pas oublier que le procureur avait dans un premier temps requalifié les faits de « viol en réunion » à « violences en réunion ». Finalement on est revenu à une accusation de viol pour l’un des quatre policiers, sous la pression des réseaux sociaux et du maire d’Aulnay, lui-même ancien policier. Beaucoup de média parlent encore des faits comme d’une « interpellation musclée » ou « violente interpellation » pour ne pas nommer ce crime abject, raciste, commis quelques mois après l’assassinat d’Adama Traoré par la police, se faisant ainsi les complices passifs d’une certaine France haineuse, celle où une énorme proportion de policiers votent Front National et rappellent par leurs agissements ce qu’est ce parti, ce que serait le pays s’il arrivait au pouvoir – rappellent aussi où est le vrai danger : dans le néofascisme brun (voir les réactions de quelques élus ou responsables politiques, dont MLP). En ces jours où le pays est bouleversé par l’avalanche de révélations sur les malversations de François Fillon (qui eût été un président dangereux catholique et non musulman comme le prophétisait faussement Houellebecq), rappelant que certains hommes politiques se croient autorisés à voler les deniers publics comme certains policiers se croient autorisés à violenter, voire violer ou tuer les citoyens, oui, sachons diriger justement notre combat.

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2 octobre 2016. Je trouve ce dossier en vidéos de l’agence Taranis News : « Encyclopédie des violences policières« , par catégories d’armes.

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1er octobre 2016. Les violences policières se poursuivent et je ne les recense pas toutes ici. Voici une nouvelle vidéo d’Usul à voir. Songer que la police de la pensée est aussi violente et persécute, dans l’ombre aussi, les penseurs qui ont l’audace d’être originaires du peuple et non de la bourgeoisie, et refusent de se soumettre à l’ordre bourgeois qui fait sa loi au mépris du droit et de la loi.

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31 juillet 2016. Douze jours après la mort d’Adama Traoré lors d’un contrôle de police, le procureur de la République se refuse toujours à évoquer l’asphyxie mentionnée par les deux autopsies, alors même qu’un gendarme a reconnu que leur victime avait pris le poids de leurs trois corps. Au lendemain de la mort du jeune homme, la presse française a titré sur les « émeutes » qui ont suivi avant d’en dire la cause. Le plus ignoble que j’aie vu était le titre du Point, qui ne mentionnait même pas la mort du jeune homme dans son titre.

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30 juin 2016. « Maintien de l’ordre : la dangereuse dérive. Rapport d’information sur les actions de maintien de l’ordre menées depuis le début des manifestations d’opposition à la loi sur le travail en février 2016″ : c’est le titre du bel et utile travail de 80 pages établi par Reporterre et disponible en ligne (pdf) ici.

28 juin 2016. J’actualise la note avec cet article de Raphaël Georgy dans la Gazette Debout, donnant des nouvelles de Sébastien, fondateur de la commission SDF Nomades à Nuit Debout, lui-même sans abri matraqué lâchement et salement blessé par la police. Un véritable crève-cœur.

29 mai 2016. Depuis la dernière fois que j’ai actualisé cette note (le 5 mai), les violences policières et les témoignages se sont multipliés dans toutes les villes de France, à tel point que j’ai renoncé à intégrer les nouvelles vidéos, trop nombreuses. Agressions brutales de manifestants pacifiques, usage systématique et démesuré des gaz, grenades (j’en ai fait l’expérience directe lors de la manif du 19 mai, voir mes photos), flashballs, matraques… Depuis la manifestation de jeudi dernier, il y a quatre jours, un jeune photographe, Romain D., touché à la tête par un éclat de grenade désencerclante lancée sans nécessité, est toujours dans le coma à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et risque de graves séquelles neurologiques. Nous sommes nombreux à penser à lui, mais la plupart des médias n’en parlent pas.

Je vais cette fois ajouter seulement ces trois vidéos récentes de « violence ordinaire », parmi bien d’autres, puis donner en lien quelques articles qu’il faut garder en mémoire.

https://youtu.be/_VkRNJeSP7s

https://youtu.be/tuOYVcMPDHU

 

Un splendide isolement : Les politiques françaises du maintien de l’ordre (La vie des idées)

Violences policières : “L’objectif n’est plus de repousser un groupe, mais de blesser des individus” (Les Inrocks)

Sans Pitié. Evacuation violente de la Basilique de St-Denis (avec l’autorisation de l’évêque) (Révolution permanente, avec vidéo)

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5 mai 2016. Les vidéos et les témoignages de violences policières ne cessent de s’accumuler. Je continue à actualiser la note (voir aussi vers la fin de la note), à la documenter au fur et à mesure avec tous les témoignages qui viennent.
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Un article dans Rebellyon info cartographiant et répertoriant les très nombreuses et souvent graves violences policières de ces derniers jours.

« La volonté de marquer les chairs de la jeunesse » (l’Humanité)

Violences dans les manifs : mais que fait la police ? (Télérama)

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Une vidéo où l’on voit des policiers de Nantes agresser et blesser à la tête un homme parfaitement pacifique (récit ici)

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Une vidéo faite après que des policiers sur un quai de RER ont contrôlé un innocent, un innocent mutilé, l’ont humilié et refusent de se retourner sur ce qu’ils ont fait (explications ici) Ajout du 12-5-16 : les policiers se défendent en donnant leur version surréaliste des faits, concernant un homme sans jambes : « l’homme retire lui-même ses prothèses puis, passablement énervé, avance de manière agressive vers les policiers »

https://youtu.be/EA-olxNDoGs

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3 mai 2016

Capture du 2016-05-02 14:33:49
Capture du 2016-05-02 15:37:18
Suite notamment au nassage scandaleux d’une centaine de personnes (pacifiques, pas des casseurs – on les voit en marche vers où elles ne savent pas encore sur la capture de vidéo ci-dessus) sur la place de la République, encerclement par lequel les CRS les ont poussées jusqu’au métro Jacques Bonsergent, puis précipitées brutalement dans l’escalier du métro avec leurs boucliers, action provoquant bousculade et piétinements (un jeune homme est tombé inanimé sans aucun secours des policiers présents), puis les ont enfermées et gazées dans le métro qui ne circulait plus,
je remets cette note du 30 avril en haut de cette page et j’y ajoute la première vidéo ci-dessous, captation d’un périscope de Gaby Dumas Delage.
Puis je continue de jour en jour à documenter la note en articles et en vidéos à mesure que je les trouve.

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Sur « la fabrique de la violence », lire ce texte de Pascal Maillard et écouter le cours d’Alexandre Duclos en fin de note.

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Et le témoignage d’une street medic : « Nos interventions tiennent de plus en plus de la médecine de guerre ».

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Celui de médecins contre les conséquences parfois très graves de l’utilisation de flash-balls.

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Un article sur la dangerosité des lacrymogènes, qui peuvent être mortels.

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Ici un article sur les violences policières délibérées envers les journalistes, avec d’autres vidéos et photos extrêmement choquantes.

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30 avril 2016. J’ajoute des vidéos quand j’en vois d’autres. Tristes spectacles, mais s’ils n’étaient pas filmés ce serait sûrement encore pire, et il faut savoir comment ça se passe.

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Capture du 2016-05-09 11:37:36
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Sur d’autres vidéos, ailleurs en France, on voit par exemple un homme à scooter renversé par une voiture de police qui poursuit sa route, puis d’autres policiers le traîner à terre comme un paquet alors que blessé, il ne peut bouger, et le laisser là sur le goudron ; un policier viser longuement de son flash-ball, en souriant, un manifestant qu’il tient à bout portant ; fréquemment, un manifestant en train de s’écarter de la scène de violence saisi par plusieurs policiers, jeté au sol et violemment tabassé par plusieurs flics, etc. etc. Tous ces manifestants étant pacifiques (comme les intermittents violemment attaqués sans sommation devant l’Odéon), non des « casseurs ». Sans oublier le jeune homme qui a perdu un œil à Nantes suite à un tir de flash-ball. Et les citoyens Nuit Debout qui hier ont voulu s’inviter au conseil municipal de Clermont-Ferrand et en ont été chassés à coups de matraque et de gaz lacrymogènes – l’un d’eux a ensuite été menotté et arrêté. Les gens ne vont-ils pas avoir envie de se défendre contre cette violence prétendument légale ? Le gouvernement veut-il déclencher une guerre civile ou simplement écraser toute velléité de contestation par la terreur ?
Voici un cours d’Alexandre Duclos sur la violence policière.

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Où en sommes-nous avec la révolution ?

banniere!!arrivée de la manifestation « contre la loi travail et son monde » du 19 mai 2016 place d’Italie, dans les fumigènes des manifestants et gaz lacrymogènes de la police, photo Alina Reyes

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Estragon. – Puis ce sera la nuit.

Vladimir. – Et nous pourrons partir.

En attendant la révolution, où en sommes-nous avec la révolution ? Kafka dans une lettre imagine un Abraham qui, au lieu de faire ce qu’il faut faire pour devenir un grand peuple, et tout en prétendant être sur le point de le faire, allonge à l’infini la distance entre ce point, ce moment, et un présent qui n’est qu’une éternelle répétition de tâches qu’il n’en finit jamais d’accomplir. Tout en mettant à ses affaires et aux « nouvelles dispositions à prendre » « l’empressement d’un garçon de café », il n’arrive à rien parce que ce faisant il ne part jamais, il n’est jamais maintenant prêt à « quitter sa maison ». Cet Abraham kafkaïen, typique de l’homme pris dans ses méandres administratives, n’est-il pas aussi bien celui qui au cœur du Procès attend toute sa vie en vain devant la porte de la Loi, devant laquelle il mourra sans l’avoir franchie ? Si les personnages de Beckett ne savent même plus pourquoi ni ce qu’ils attendent, c’est sans doute qu’eux aussi sont morts devant cette porte devenue invisible. Que l’oubli, l’aveuglement et la surdité les ont mangés.

Avec Nuit Debout, Vladimir et Estragon se sont réveillés. De nouveau ils ont entendu l’appel, ils ont aperçu le but, ils se sont décidés à outrepasser la loi qui régit un monde inique et absurde. Ils sont revenus sur les places des villes et ils ont recommencé à dialoguer, mais à plus nombreux et cette fois de façon orientée, avec un désir de lucidité. Ils ont voulu refaire eux-mêmes le décor et l’habitation. Ils se sont bricolé des campements. Ils ont réétabli des règlements. Ils ont marché sur et jeté des projectiles à tout ce qui représente la loi, « la loi travail et son monde ».

Comme les chiens derrière les portails des propriétés privées retroussent leurs babines quand passe le facteur, les tenants de la loi ont montré sous leur masque leur grimace, leur menace, leur férocité. L’élan d’Estragon, de Vladimir, de Camille et de leurs amis a été brutalement réprimé. Peu à peu ils se sont résolus à ne poursuivre leurs débats que dans le cadre et les horaires que leur concédaient les portiers de la loi. Avec de petites incursions de-çà de-là, qui les tenaient tout à leurs affaires, en définitive à leur maison. N’avaient-ils pas, ainsi que Robinson, transformé leur place, leur île, en une habitation finalement régie par une autre absurdité, comme le monde dont ils venaient, naufragés ? Et voici qu’au lieu de devenir un grand peuple, ils devenaient un peuple de plus en plus rétréci. Voici qu’ils avaient transformé la sauvagerie de la vie offerte, avec sa corne d’abondance, en ressassement d’un rêve générale qu’ils avaient eux-mêmes, par leur affairement, vidé de sa substance, de sa possibilité, de sa puissance. Voici qu’ils étaient en train de redevenir l’Estragon et le Vladimir somnambules.

La porte de la loi, un instant entrouverte sur la vision de la révolution, s’est-elle refermée ? Auquel cas il est temps de lui tourner le dos. Rien ne sert d’attendre Godot sur quelque place que ce soit – et encore moins sur celle de la République, qui est celle de la loi. Si la loi ne s’ouvre pas à toi c’est qu’elle n’est pas la loi mais sa falsification. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut cesser de demander l’abolition de la loi travail. Ce n’est pas à moi, c’est aux salariés d’en juger. Je dis qu’en premier et dernier lieu, elle n’est pas la loi, tout comme ne sont pas nos représentants ceux qui la font. Qu’elle passe ou non, elle ne passera pas par ceux qui font vraiment la révolution, qui continueront à la faire malgré ses inévitables errements. Elle ne fera pas leur loi.

Quand tu aimes, il faut partir, disait Cendrars. Les clodos de Beckett ne sont pas foutus, ils ont juste à retrouver le chemin de leur jardin. De la vie. À la réinventer jour après jour, nuit après nuit, en détissant au matin ce qu’ils ont tissé trop étroit la nuit, chacun et ensemble, sans obéir à l’injonction tacite qui leur est faite de se soumettre pour passer la porte ou de poireauter derrière la porte. Ils ont juste à vivre, pleins de leur force et de leur jeunesse. À être eux-mêmes la révolution permanente, se propageant de proche en proche, de proche en lointain et de lointain en proche. Celle qu’on n’attend pas, celle qu’on vit, puisqu’on l’aime.

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La crue à Paris, d’Austerlitz au pont de Tournelle

La Seine transformée en Mississipi et le jardin Tino Rossi en bayoucrue seine paris crue seine paris 2 crue seine paris 3 crue seine paris 4 crue seine paris 5 crue seine paris 6 crue seine paris 7 crue seine paris 8 crue seine paris 9 crue seine paris 10 crue seine paris 11 crue seine paris 12 crue seine paris 13 crue seine paris 14SOUS L’EAU LES PAVÉS

*crue seine paris 15 crue seine paris 16 crue seine paris 17 crue seine paris 18 crue seine paris 19 crue seine paris 21 crue seine paris 22 crue seine paris 20les petites traces rouges au fond, à l’arrière-plan de la péniche, sont tout ce qui reste émergé du grand tag sur Nuit Debout : images*crue seine paris 23 crue seine paris 24 crue seine paris 25 crue seine paris 26 crue seine paris 27 crue seine paris 28 crue seine paris 29 crue seine paris 30le monstre du Loch Ness est de la sortie

*crue seine paris 31 crue seine paris 32 crue seine paris 33 crue seine paris 34 crue seine paris 35 crue seine paris 36 crue seine paris 37 crue seine paris 38 crue seine paris 39 crue seine paris 40 crue seine paris 41les murs ruissellent

*crue seine paris 42 crue seine paris 43 crue seine paris 44 crue seine paris 45 crue seine paris 46 crue seine paris 47 crue seine paris 48 crue seine paris 49 crue seine paris 50 crue seine paris 51 crue seine paris 52 crue seine paris 53 crue seine paris 54 crue seine paris 55 crue seine paris 56 crue seine paris 57 crue seine paris 58 crue seine paris 59ce matin à Paris, photos Alina Reyes

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Après le dégel de la Seine dans Forêt profonde, le débordement de la Seine dans Souviens-toi de vivredans Voyage ce sont, toujours à Paris, les voitures brûlées, puis la ville inondée, avec une scène au même lieu que celui de ces photos. Textes, ponts entre les mondes.

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Actualité des « Grands cimetières sous la lune » de Bernanos (extraits)

violences policieres*

Deux des arrière-petit-fils de Bernanos, antifas, ayant été arrêtés l’autre jour dans l’affaire de la voiture de police brûlée, j’ai eu envie d’aller regarder de nouveau son pamphlet autour de la guerre d’Espagne, dont pas mal d’observations peuvent se lire en regard de la situation d’aujourd’hui, en les adaptant à notre société et à ses « clergés », notamment intellectuels et médiatiques, alors que dans le contexte et sous le prétexte d’un état d’urgence encore renouvelé (avec la présence de soldats armés de mitraillettes dans certaines rues de Paris), le mouvement Nuit Debout et les manifestations syndicales contre la loi travail sont réprimées avec une violence démesurée, sans discernement et inquiétante par la police et la gendarmerie – matraquages, tirs de flash-ball au niveau des visages, utilisation massive et systématique de gaz lacrymogènes, tirs de grenades de désencerclement à hauteur d’homme, tout cela y compris sur des manifestants tout à fait pacifiques, parmi lesquels les blessés se comptent par dizaines.

« La colère des imbéciles remplit le monde. » Telle est l’antienne de ce texte, que je lis en toute liberté, comme tous les livres, y laissant ce que je préfère y laisser, y prenant ce que j’y prends, en l’occurrence les extraits que voici :

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« Le premier prêtre venu, s’il est sincère, vous dira que nulle espèce n’est plus éloignée que la leur de l’esprit d’enfance, de sa clairvoyance surnaturelle, de sa générosité. Ce sont des combinards de la dévotion, et les gras chanoines littéraires qui entonnent à ces larves le miel butiné sur les bouquets spirituels ne sont pas non plus des ingénus. »

« Ne touchez pas aux imbéciles ! Voilà ce que l’Ange eût pu écrire en lettres d’or au fronton du Monde moderne, si ce monde avait un ange. »

« L’idée de grandeur n’a jamais rassuré la conscience des imbéciles. La grandeur est un perpétuel dépassement et les médiocres ne disposent probablement d’aucune image qui leur permette de se représenter son irrésistible élan (c’est qu’ils ne la conçoivent que morte et pétrifiée, dans l’immobilité de l’Histoire). »

« Comment lui ferez-vous entendre [à l’imbécile] qu’il y a un peuple des Pauvres, et que la tradition de ce peuple-là est la plus ancienne de toutes les traditions du monde ? Un peuple de pauvres, non moins sans doute irréductible que le peuple juif ? On peut traiter avec ce peuple, on ne le fondra pas dans la masse. Vaille que vaille il faudra lui laisser ses lois, ses usages et cette expérience si originale de la vie dont vous ne pouvez rien faire, vous autres. Une expérience qui ressemble à celle de l’enfance, à la fois naïve et compliquée, une sagesse maladroite et aussi pure que l’art des vieux imagiers. »

« J’admire les idiots cultivés, enflés de culture, dévorés par les livres comme par les poux, et qui affirment, le petit doigt en l’air, qu’il ne se passe rien de nouveau, que tout s’est vu. Qu’en savent-ils ? »

« On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. Cela coûtera plus cher, tant pis ! Cela coûtera ce qu’il faudra. »

« Quel anarchiste, ce Bernanos ! direz-vous. »

« Nous n’espérions rien des militaires, et des cléricaux pas davantage. (…) Je voudrais tenir devant moi l’un de ces innocents Machiavels en soutane qui ont l’air de croire qu’on manœuvre un grand peuple ainsi qu’une classe de sixième et prennent, en face de la catastrophe, l’air de dignité offensée du maître d’étude chahuté par ses élèves. »

« Oh ! bien sûr, M. Paul Claudel, par exemple, jugera que ces vérités ne sont pas bonnes à dire, qu’elles risquent de faire du tort aux honnêtes gens. Je crois que le suprême service que je puisse rendre à ces derniers serait précisément de les mettre en garde contre les imbéciles ou les canailles qui exploitent aujourd’hui, avec cynisme, leur grande peur, la Grande Peur des Bien-Pensants. »

« Pour moi, j’appelle Terreur tout régime où les citoyens, soustraits à la protection de la loi, n’attendent plus la vie ou la mort que du bon plaisir de la police d’État. »

« Je m’excuse de remuer ces cendres. Elles sont déjà si froides qu’on ne pourrait se coucher dessus sans mourir. »

« En 1207, par exemple, un petit homme commençait à courir les routes de l’Ombrie. Il annonçait aux hommes une nouvelles très surprenante, l’avènement de la Pauvreté. (…) Les dévôts sont des gens malins (…) le Saint une fois mort, que voulez-vous ? Ils se sont trouvés tellement occupés à l’honorer que la Pauvreté s’est perdue dans la foule en fête (…) aux applaudissements des riches, stupéfaits de s’en tirer à si bon compte. Ouf !… Après quoi ce fut, comme on dit, une fameuse reprise des affaires ! Jamais la vente des indulgences n’avait rapporté aussi gros. Vraiment, ça ne retient pas votre attention, cette bacchanale de la Renaissance, les ruffians bariolés, princes, ministres, astrologues, cardinaux, peintres et poètes, drapés d’or ou bardés de fer, tous mangés par le mal napolitain, menant leur ronde infernale, avec des hennissements, autour de la tombe du pauvre des pauvres, découvreur d’Amériques invisibles, mourant au seuil de ces jardins enchantés ?
(Il est vrai que par une délicate attention le supérieur des Franciscains, fait Grand d’Espagne par les Rois Catholiques, recevait pour asile l’un des plus magnifiques palais de Madrid). »

« Il y a un moyen de tout arranger : organisez le culte du Pauvre Inconnu. Vous l’enterrerez place de la bourse et désormais on ne verra plus à Paris un roi de l’acier, de la houille ou du pétrole qui ne considère comme un devoir de venir déposer une couronne sur la dalle sacrée. »

« Le monde va être jugé par les enfants. L’esprit d’enfance va juger le monde. »

« La vie n’apporte aucune désillusion, la vie n’a qu’une parole, elle la tient. Tant pis pour ceux qui disent le contraire. Ce sont des imposteurs ou des lâches. »

« Il n’est rien de plus haïssable en l’homme que sa prétendue sagesse, le germe stérile, l’œuf de pierre que les vieillards se passent de génération en génération et qu’ils essaient d’échauffer tour à tour entre leurs cuisses glacées. (…) Je ne me sens pas né pour couver un œuf dur. »

« Que peuvent avoir de commun avec un vieux paysan de l’ancienne France ces septuagénaires demeurés aussi ignorants des valeurs de la vie qu’un polytechnicien de vingt ans, ces bêtes à formules et à systèmes qui, même pris dans les rets de la paralysie sénile, restent aussi turbulents sur leurs pots qu’au temps où ils présidaient des conférences économiques ? Cet ordre est le leur. On souhaiterait qu’ils crevassent ensemble, tous les deux, très tranquilles. Mais voilà où nous commençons à ne plus nous entendre, eux, et nous. Ils ne veulent pas. »

« jeunes gens (…) c’est votre pensée, mes amis, qui sent la tisane et l’urine, comme un dortoir d’hospice. Plus précisément vous n’avez pas de pensée, vous vivez dans celle de vos aînés, sans jamais ouvrir les fenêtres. »

« J’ai toujours pensé que le monde moderne péchait contre l’esprit de jeunesse, et que ce crime le ferait mourir. »

« Ce n’est pas le désordre qu’ils réprouvent, c’est le bruit que fait le désordre, et ils crient : Silence ! Silence ! de leurs pauvres voix tantôt plaintives et tantôt menaçantes. Si les revendications ouvrières les jettent hors d’eux-mêmes, c’est parce qu’elles agacent leurs nerfs. »

« Hommes d’ordre, le peuple n’est pas si facile à séduire que les innocents paroissiens de vos Ligues. Lorsque vous parlez d’ordre aux classe moyennes, elles comprennent de suite, car depuis cent cinquante ans, sous n’importe quel régime bourgeois, ce mot a toujours signifié pour elles prospérité du commerce et de l’industrie. Mais il ne sonne pas de même aux oreilles populaires. »

« Jeunes gens qui lisez ce livre, que vous l’aimiez ou non, regardez-le avec curiosité. Car ce livre est le témoignage d’un homme libre. »

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Loi Travail : manif du 19 mai en une 50aine d’images

manif 19 mai 2016en allant rejoindre la manif à Austerlitz, j’ai photographié cette vitrine de pharmacie, songeant que mes yeux seraient peut-être irrités bientôt… et ce fut le cas, j’ai fini par quitter la place d’Italie, tout à la fin, quand j’ai « mangé » du gaz d’un peu trop près… quoique tout fût assez calme autour de moi, sauf quand certains se sont mis à courir pour fuir les grenades. Je suis partie à regret mais je ne suis ni équipée ni taillée physiquement (note du soir : j’ai toujours mal aux yeux, les petites réactions allergiques de la peau sont parties mais j’ai eu mal aux reins pendant plusieurs heures au retour) pour insister dans ce genre de situation (ou bien une prochaine fois je m’équiperai un peu, si je veux rester plus longtemps – puisque l’usage de telles armes est devenu monnaie courante de la part de la police. Je manifeste depuis mes 17 ans, je n’avais jamais vu ça). Depuis Austerlitz j’ai défilé avec différents groupes du cortège, et tout le monde était tranquille ou à peu près. J’ai évité de photographier ceux qui préfèrent ne pas être photographiés, les jeunes à capuche et foulard que la police pourrait identifier, mais les seuls moments désagréables et inquiétants furent ceux où je me suis trouvée, en naviguant pour faire des images, tout près des flics. En quittant la place, et alors que les grenades lacrymogènes (qui comme toujours ont fait quelques blessés) continuaient à péter, j’ai vu ce tout jeune homme interpellé, par terre menotté dans le dos, c’était infiniment triste. manif 19 mai 2016 2 manif 19 mai 2016 3 manif 19 mai 2016 4les deux entrées du Jardin des Plantes de ce côté avaient été ferméesmanif 19 mai 2016 5 manif 19 mai 2016 6 manif 19 mai 2016 7 manif 19 mai 2016 8 manif 19 mai 2016 9 manif 19 mai 2016 10 manif 19 mai 2016 11 manif 19 mai 2016 12 manif 19 mai 2016 13 manif 19 mai 2016 14 manif 19 mai 2016 15 manif 19 mai 2016 16 manif 19 mai 2016 17 manif 19 mai 2016 18 manif 19 mai 2016 19 manif 19 mai 2016 20 manif 19 mai 2016 21 manif 19 mai 2016 22 manif 19 mai 2016 23 manif 19 mai 2016 24 manif 19 mai 2016 25 manif 19 mai 2016 26 manif 19 mai 2016 27 manif 19 mai 2016 28 manif 19 mai 2016 29 manif 19 mai 2016 30 manif 19 mai 2016 31 manif 19 mai 2016 32 manif 19 mai 2016 33 manif 19 mai 2016 34 manif 19 mai 2016 35 manif 19 mai 2016 36la vitrine de Monop a un peu mangé, GrosBill et l’église avaient fermé boutiquemanif 19 mai 2016 37 manif 19 mai 2016 38 manif 19 mai 2016 39 manif 19 mai 2016 40 manif 19 mai 2016 41 manif 19 mai 2016 42 manif 19 mai 2016 43 manif 19 mai 2016 44 manif 19 mai 2016 45 manif 19 mai 2016 46 manif 19 mai 2016 47 manif 19 mai 2016 48 manif 19 mai 2016 49 manif 19 mai 2016 50 manif 19 mai 2016 51 manif 19 mai 2016 52 manif 19 mai 2016 53 manif 19 mai 2016 54 manif 19 mai 2016 55 manif 19 mai 2016 56 manif 19 mai 2016 57aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

photos libres de droit sur site non commercial, mentionner l’auteur et la source svp

à lire sur Paris Luttes Info un récit de la manif d’un bout à l’autre

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Être ou ne pas être ? De l’anti-sémitisme intrinsèque de Heidegger et de son actualité

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Alina Reyes, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

« Habiter, être mis en sûreté, veut dire : rester enclos »
(Heidegger, Essais et conférences, « Bâtir habiter penser »)

Un peu avant dans le même texte, Heidegger a établi une identité entre bâtir, habiter et être, liés selon lui par une même racine à travers les verbes buan, habiter (en anglo-saxon), bauen, bâtir, et les formes ich bin, du bist et bis (sois). « Être homme veut dire : être sur terre comme mortel, c’est-à-dire : habiter. »

Heidegger a commenté la parole de Hölderlin « l’homme habite en poète », mais sa conception profonde de l’être homme c’est : habiter la terre en mortel. L’auteur de « La limitation de l’être » (Introduction à la métaphysique), le penseur de l’« être-pour-la-mort » qui jugea son époque « déracinée, décadente, enjuivée » (Guillaume Payen, « Racines et combat chez Martin Heidegger », dans O. Lazzarotti et P.-J. Olagnier, L’identité, entre ineffable et effroyable) ne fut pas antisémite par simple adéquation à son temps. Le fondement même de sa pensée est antisémite dans le sens où il conçoit l’être dans l’enracinement alors que l’être selon la Torah est, tel Moïse allant au buisson ardent, l’être qui franchit les limites territoriales comme les limites de l’homme.

La hantise de Heidegger, c’est le nomadisme, et son idole, la terre. Or les nationalismes quels qu’ils soient, y compris le sionisme, les impérialismes quels qu’ils soient, y compris islamistes, et les racismes, y compris et d’abord l’antisémitisme et sa variante l’islamophobie, tiennent de la même hantise morbide de contrôle. Et l’influence du philosophe allemand est forte chez les intellectuels de ces divers courants, tant en Orient qu’en Occident. D’où l’importance actuelle de décrypter sa nocivité. Car son idéologie imprègne une grande part de la pensée actuelle, la plupart diffusée dans les esprits de façon inconsciente et indirecte, donc d’autant plus dangereuse.

Le nomade échappe à l’ordre bourgeois, il n’est pas assis, il a très peu de biens, il est en mouvement, il est insaisissable. Ce n’est pas pour rien que Hachem (nom en hébreu) a été inventé (découvert) par les Hébreux, un peuple nomade. Ce n’est pas pour rien que Jésus marchait tout le temps. Ce n’est pas pour rien qu’Elle/Il (le Matriciel, selon la traduction d’André Chouraqui du Miséricordieux coranique) a trouvé son dernier prophète en Mohammed, parmi les tribus nomades du désert. Dieu, que la Torah refuse justement de nommer, et auquel l’islam reconnaît au moins 99 noms, ce qui est une autre façon de ne pas lui en fixer un, Elle/Lui que nous pouvons en ce sens appeler plutôt le Vivant – et tout le monde comprend ce qu’est le vivant, même les athées – se trouve dans les traces de pas, les écritures qui vont et viennent ; non dans les tours de Babel, les habitations-constructions pour « rester enclos », qu’elles soient de matière ou de pensée.

Quel énorme réseau de parole a dû tisser Heidegger pour essayer d’y prendre le vivant, de le neutraliser. Aussi énorme que sa peur, et celle de ses suiveurs. Et bien sûr il n’y a là rien à récolter, sinon la mort.

La philosophie de Heidegger crée les nationalismes à partir de cette même idéologie de la terre et d’un peuple associé à une terre. Idéologie morbide : seuls les morts appartiennent à la terre où ils finissent. Les morts de leur vivant aiment bien se bercer de mots, être « le là », le là être… comptine pour endormir les hommes restés dans leur le là, leur ça.

La pensée de Heidegger est antisémite au sens précisément d’anti-sémite, à l’opposé de l’esprit sémitique, de l’esprit du déplacement permanent, à l’œuvre au cœur même des langues sémites – arabe autant qu’hébreu. Heidegger a cherché sa pensée dans le grec et dans l’allemand. Or ces langues constituent trois mondes clairement à part.

D’un côté le monde des langues sémitiques (hébreu, araméen, arabe…), de l’autre le monde grec, de l’autre encore la structure latine. Il n’est pas impossible de penser en allemand ou en latin sans être anti-sémite, mais cela implique de sortir de sa langue. En fait Heidegger a peu emprunté de sa pensée à la langue grecque, sinon un idéalisme qu’il a voulu ramener à tout prix dans le giron de l’allemand, alors que ces deux langues, et donc la structure de pensée qu’elles portent, sont très différentes.

Heidegger hanté par la peur de la bâtardise raciale et culturelle a pourtant lui-même abâtardi sa pensée dans cette confusion illusoire, cette volonté cachant une honte secrète, un sentiment d’infériorité non assumé, de justifier l’allemand par le grec. Quête d’origine qui a pourtant donné quelques résultats intéressants, pourvu qu’on n’oublie pas de retirer ces pépites du fossé boueux dans lequel ce terrien les a jetées et où elles ne peuvent pousser.

La philosophie de Heidegger est massivement néfaste et dangereuse, d’autant plus qu’elle est séductrice et flatteuse, fonctionnant comme un miroir aux alouettes, donnant à son lecteur le sentiment de sa propre supériorité, de sa propre intelligence ; cela de façon aussi illusoire que le fait de refléter l’allemand par le grec.

« La rose est sans pourquoi », dit Angelus Silesius. La rose est « sans pourquoi » parce qu’elle est tout être. Le pourquoi appartient à l’existence, pas à l’être. « Hier kein warum », dit le tortionnaire à Primo Levi à Auschwitz. « Ici pas de pourquoi ». Il s’agit d’une inversion. D’une inversion de la vérité. Ce qui est vrai, c’est que tout Auschwitz est avec pourquoi. Est calcul, fabrication pour quelque chose, pour-quoi. Fabrication existentielle devant laquelle l’homme est écrasé par le pourquoi qu’il ne peut que poser.

La vérité est : ici pas de « sans pourquoi ». Donc : pas de rose. Auschwitz appartient à la pensée heideggerienne d’un pour-quoi défini comme « pour-la-mort », de l’homme pour-la-mort. C’est pourquoi, écrit Primo Levi : « Si c’est un homme ». Et c’est une question, sans point d’interrogation.

Heidegger est-il heideggerien ? Oui, son nazisme l’a prouvé. Nietzsche est-il nietzschéen ? Non. Nietzsche est lui-même. Nietzsche n’a pas besoin de maîtres. Pas même de lui-même comme maître. Seuls sont nietzschéens, ou autres -ens (platoniciens, chrétiens, hégéliens, heideggeriens, rimbaldiens, etc.) ou -istes (idéalistes, marxistes, féministes, etc.), ceux qui ne se sentent pas assez solides pour marcher sans béquilles. Ceux qui pallient par des -ens ou par des -istes leur manque d’être. Après tout, c’est peut-être ce qui a fini par arriver à Nietzsche. Il est devenu nietzschéen, donc fou – ou bien sa folie a été son moyen d’échapper à la menace de devenir nietzschéen, donc encore plus mort que fou.

L’idolâtrie, qui est toujours au bout du compte idolâtrie de soi, détruit. Les idoles existent, mais leur existence n’est pas fondée sur l’être. Les idoles existent dans la fixité et la corruption permanente, la défaite, l’écrasement par le temps. L’être est vivant, mouvant. Nietzsche est vivant, mais seulement pour les vivants.

Les heideggeriens ont fait de leur maître leur messie. Sa parole est pour eux parole d’évangile. Son annonce est inverse à celle des messagers du Vivant. Ils annoncent un homme créé pour la vie éternelle, c’est-à-dire du moins la vie en grâce et en plénitude, il annonce un homme comme « être-pour-la-mort ». Ils peuvent se sacrifier pour leurs prochains, il ne se sacrifie pas, accepte de prendre la place des sacrifiés par le régime inique, légitime intellectuellement l’envoi à la mort des hommes, puisqu’ils sont êtres-pour-la-mort. Ses disciples sont spirituellement des esclaves de la mort, des serviteurs souvent involontaires, dans leur servitude volontaire, de la mort. Ils nuisent mais leur nuisance n’est pas éternelle car ils mourront, leur croyance s’accomplira pour eux.

La passion de Heidegger (en cela non détaché d’un catholicisme du Christ cloué), c’est le fixe. L’être du sémite, c’est le passage. Le déplacement permanent. L’utopie comme art de ne pas rester dans la place. De n’être pas assis, mais en dé-placement. En mouvement, même immobile. De ne s’installer que pour partir. D’être insaisissable, c’est-à-dire bien plus éternel qu’en étant là. Être d’ailleurs, aller ailleurs et par ailleurs. C’est-à-dire, dans l’être même du vivant.

(Et Nuit debout qui s’accroche à sa place, la place de la République, comme dans La République de Platon les hommes s’en tiennent au mur de la caverne, hypnotisés par leurs impressions, ne voyant pas ce qu’ils font, dos tourné au réel, mériterait-elle encore le nom de mouvement, si elle refusait, contrairement à Abraham, de quitter son lieu de naissance, de s’abandonner à la logique du vivant, de passer à autre chose, la suite ?)

The Conversation

Alina Reyes, Doctorante, littérature comparée, Maison de la Recherche, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Nuit Debout dans la vallée, sous les étoiles filantes : sa véritable philosophie

aspe*

Cette nuit a eu lieu une pluie d’étoiles filantes. Les habitants de l’étroite, sauvage et splendide vallée d’Aspe, dont quelques-uns s’étaient réunis en soirée pour une Nuit Debout, ont dû en voir passer, dans leur ciel non pollué de lumières artificielles. Comme tous les habitants des campagnes, loin des villes tapageuses, orgueilleuses et superficielles.

Cette nuit j’ai compris que rien de bon ne viendrait de la Nuit Debout parisienne. Elle était assez bien partie, mais soumise à trop d’infections, elle n’a pas su réagir à temps, se débarrasser de ses parasites entristes et manipulateurs de plus en plus nombreux. L’autre jour un groupuscule identitaire d’extrême-droite, qui défilait avec les soraliens et autres fascisants à la manif Jour de colère, s’est même installé sur la place, sans que personne ne réagisse. Avec la complicité des organisateurs du mouvement ou à cause de leur ignorance politique ? Je l’ignore. J’ai alerté sur les réseaux sociaux, on ne m’a répondu que par le mépris. Ceci n’était évidemment qu’une toute petite pointe de l’iceberg. Des forces réactionnaires, voire pire, travaillent Nuit Debout à République, la Gazette du journal et d’autres militants en viennent à prôner l’amitié avec les forces de police, malgré leur brutalité qui a blessé nombre de manifestants. Une violence délibérée qui a d’ailleurs fait son effet : la révolte est écrasée, Nuit Debout contenue dans sa place avec la permission de 22 heures n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Mais tout n’est pas perdu pour autant : Nuit Debout, ce n’est pas République. Le travail de ce mouvement, qu’il continue ou non à s’appeler Nuit Debout, grandira très logiquement non depuis Paris, depuis la tête et les chefs du pays, mais depuis ses villages, ses banlieues, ses villes de province. C’est dans les petites communautés, dans les quartiers, dans les villages, parmi les gens qui sont en fait les plus libres, à savoir les humbles, les non-soumis au système, que se développera une nouvelle façon de se gouverner, une nouvelle démocratie. Cela existe déjà dans certains pays pauvres, des localités se sont prises en main ici et là pour assurer leur vie collective et individuelle, leurs relations sociales et leurs échanges entre particuliers et entre communautés. C’est ainsi que de place en place (et non depuis une grande place sinistre comme République, qui se voudrait centrale et symbolique – le symbole faisant ici office de chef – où tout en refusant un système représentatif l’ensemble est soumis malgré lui à des forces incontrôlées qui le dépassent), de place en place à travers le monde et à travers le pays continuera à s’apprendre, s’inventer et s’étendre la sagesse du peuple, une démosophie, véritable philosophie, à savoir philosophie en acte, vécue. Car telle est la nature de la philosophie. Il suffit de savoir que Socrate pensait en déambulant le long d’un cours d’eau avec ses disciples pour comprendre sa philosophie. Il suffit de savoir que Diogène, depuis son tonneau, dit à Alexandre le Grand venu le voir : « ôte-toi de mon soleil », pour connaître sa philosophie. La nouvelle philosophie naîtra ainsi non de spéculations coupées du réel, mais de la vie même, de l’œuvre même de vie – rejoignant ainsi l’antique et véritable essence de la philosophie, celle qui fit une éclatante civilisation, à laquelle nous devons l’invention de la démocratie. La démocratie est moribonde, la nouvelle démocratie se prépare.

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