Sexe, mensonge et vidéo (actualisé)

Vendredi soir : j’ajoute ce lien France Inter comprenant des récits de témoins et des PV d’audition accablants pour Di Falco, et pour sa mère la pute l’église qui comme d’habitude n’a rien fait, l’a au contraire promu.
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Mgr Di Falco de nouveau accusé de viols sur enfants. L’affaire est ancienne mais ce qui est actuel c’est la réitération du mensonge par cet homme, mensonge qui redouble le viol. Et le fait que la prescription en matière de pédocriminalité n’est toujours pas supprimée. Si le droit n’évolue pas, la société s’embourbe.

Mieux vaut voir un pénis sur un mur que le pénis du curé dans la sacristie. L’œuvre d’un street artist belge va être effacée dans les semaines qui viennent – d’ici là, les jeunes filles du lycée catholique d’en face et les femmes voilées dans la rue, entre autres, auront eu, s’il leur arrive de lever le nez, l’occasion de songer.

 

Un pénis géant peint sur un mur embarrasse Bruxelles
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Actualité de « Totem et Tabou », au prisme de la Bible et du Coran

image-20160816-13028-196kroa« Le Sacrifice d’Abraham », Charles Le Brun, vers 1650-1655 (détail). Louvre Lens, exposition « Charles Le Brun, peintre du Roi Soleil ». Gregory Lejeune/Flickr

Alina Reyes, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

Les religions abrahamiques reposent sur le sacrifice consenti par Abraham de son fils. La fin heureuse rapportée au chapitre 22 de la _Genèse _, avec le remplacement in extremis de l’enfant par un bélier (objet de remplacement qui évoque davantage un mâle mûr, un père tyrannique, qu’un enfant), ne suffit pas à apaiser les consciences.



Anthony van Dyck Crucifixion.


Le christianisme viendra apporter une justification supplémentaire à celles déjà données par la Torah en réaffirmant avec force que le sacrifice du fils, bel et bien « agneau » et non bélier, est la volonté de Dieu lui-même, identifié au père. L’islam reprend l’histoire biblique (Coran 37, 102-111) et tout en refusant vigoureusement son développement chrétien, la crucifixion de Jésus, trouve un autre moyen de racheter le geste d’Abraham, hautement loué dans le Coran comme acte de soumission à Dieu mais continuant à travailler souterrainement les consciences.



Matthias Stomer (1600-1650) : le sacrifice d’Abraham.


Abraham sacrifiant son fils est l’anti-Oedipe. Ces deux pôles du psychisme et de la pensée permettent de mesurer l’écart entre l’esprit sémitique et l’esprit grec. On ne peut considérer le meurtre involontaire de son père par Oedipe en faisant abstraction du sacrifice délibéré de sa fille par Agamemnon.



Frans de Jong. Le sacrifice d’Iphigénie (vers 1700).


La tragédie grecque, telle une Dikè, équilibre les mythes et les fautes des hommes, égarements dont elle les purifie en leur enjoignant d’en assumer les conséquences, tout en les dédouanant de l’énormité de la culpabilité par la mise en avant du rôle des dieux dont ils sont les jouets – autrement dit le poids de la condition humaine, où l’horreur se compense par la grandeur, et où l’insoumission ou la soumission au destin se dépassent par l’affirmation de l’humain, de sa pensée, de sa volonté, de son aspiration à la lumière par-delà ses aveuglements.

Freud et le meurtre du père originaire

Freud a développé sa version du péché originel dans _Totem et Tabou _ :

« Un jour, les frères qui avaient été chassés se coalisèrent, tuèrent et mangèrent le père, mettant ainsi fin à la horde paternelle. […] Le père originaire tyrannique avait certainement été le modèle envié et redouté de chacun des membres de la troupe des frères. Dès lors, dans l’acte de le manger, ils parvenaient à réaliser l’identification avec lui, s’appropriaient chacun une partie de sa force. Le repas totémique, peut-être la première fête de l’humanité, serait la répétition et la commémoration de ce geste criminel mémorable qui a été au commencement de tant de choses, organisations sociales, restrictions morales et religion. »



Saturne (Francisco Goya).


Ce tableau saisissant, digne d’un Goya, tel un repentir de son Saturne dévorant un de ses enfants, n’est étayé par aucune étude anthropologique à ce jour, et plus que jamais largement contesté par la communauté scientifique. Il s’agit en fait d’une profession de foi.

Ce fantasme spectaculaire est l’aveu d’une croyance en la culpabilité de l’homme, indépassable car inscrite à jamais dans sa chair à travers les générations (rien à faire, le père a été mangé, la victime de ses fils, nous, habite dans notre chair, un peu comme, dirait Hugo, « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »), doublée d’un assentiment au crime qui a été commis : puisqu’il a permis le développement de la culture.

La faute liée à la connaissance

Comme dans la Bible, la faute est liée à la science et au progrès. Adam pèche en goûtant, après Ève, le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le premier meurtre de l’histoire sera commis par l’un de leurs enfants. L’assassinat d’Abel par le cultivateur Caïn est un fratricide. La civilisation est désormais en marche, comme Caïn condamnée à courir le monde.



Caïn tuant Abel par Rubens.


En déplaçant la culpabilité sur tous les fils alliés, Freud perpétue en sous-main le rejet de la faute originelle sur la femme (les frères agissant selon lui pour la possession des femelles, nous pouvons en conclure que le crime est la faute des femmes… comme le viol est la faute des minijupes), et élimine la possibilité du juste, de l’innocent (Abel) ou même, comme le figurent les Évangiles, du bon larron – le pécheur que son bon cœur rachète.

Alors que sa dernière fille était adolescente, Freud s’est-il résolu à inventer ce mythe originel jusque-là tenu caché sous son complexe d’Oedipe pour échapper à sa culpabilité de père ? A-t-il préféré s’investir dans la posture du père (de la psychanalyse) « mangé » par ses disciples ? Et plus largement, se reconnaître coupable, et avec lui toute l’humanité, d’un crime justifiable, commis en tant que fils envers un père tyrannique, plutôt que d’assumer les erreurs commises par tout parent envers ses enfants faibles et innocents, erreurs qui sont parfois des fautes, voire des crimes ?

Au cœur de la sourate de La Caverne

Le Coran, troisième ensemble d’écrits découlant du mythe abrahamique fondateur, a perçu ce risque fatal, cette chute de l’homme dans le nihilisme intégral, cette vision de l’homme comme indépassablement marqué par et pour la mort – nihilisme dans lequel, au nom de ces mêmes écrits, des hommes n’ont cessé ou ne cessent de tomber, en contradiction avec les solutions de guérison apportées par leurs textes.

Au centre phonologique du Coran, le verset 74 de la sourate La Caverne raconte le meurtre, par le guide de Moïse, sans raison apparente, d’un jeune homme rencontré en chemin. La situation est a priori l’inverse de celle présentée par Freud. Ici c’est un idéal de père, le « guide », l’esprit du patriarche, qui tue un jeune homme.

L’heureux dénouement du sacrifice abrahamique n’ayant pas suffi à libérer l’homme de sa culpabilité, au lieu d’essayer de l’en délivrer comme Freud en inversant le sens du sacrifice et en diffusant la faute dans toute l’humanité, ce qui revient à la fois à la condamner spirituellement et à lui éviter d’en assumer la responsabilité, comme dans les systèmes de délégation totalitaires, le Coran soudain la regarde en face et laisse au lecteur, via Moïse, le temps de la stupeur puis de la révolte devant une si monstrueuse iniquité.

Avant de dérouler une explication laborieuse, dont Voltaire se moquera de façon détournée : la mise à mort du jeune homme était destinée à l’empêcher de commettre les crimes qu’il aurait commis s’il avait vécu.

Le désir du meurtre (de qui ?)



Andrea del Sarto, Sacrifice d’Abraham (vers 1528).
Art Gallery ErgsArt — by ErgSap/Flickr

D’un point de vue psychanalytique, nous retombons parfaitement sur nos pieds : le désir originel de meurtre ne vient pas du fils, mais du père. C’est lui qui, par conviction paranoïaque que l’enfant est habité par ses propres pensées criminelles, et par désir de les cacher au monde et à lui-même, tend à vouloir l’éliminer.

Voilà une leçon politique pour tous les âges : pris dans les rets du mensonge originel, qu’il soit religieux ou athée, des hommes réagissent en décidant de vouer l’humanité à la mort. De jardin et pour la vie, le monde est changé en cimetière. Aux jardiniers de débroussailler l’affaire, afin de la rendre vivable en neutralisant ses effets dévastateurs, pour les hommes et plus encore pour les femmes, éternelles suspectes à mettre sous voile ou tutelle.

The Conversation

Alina Reyes, Doctorante, littérature comparée, Maison de la Recherche, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Dessins de presse sur l’affaire Barbarin

Je remets cette note du 21 mars dernier en haut de page parce que l’affaire n’est pas finie (nouvelles plaintes, 5 prêtres accusés d’abus sexuels dans le diocèse de Lyon à ce jour, perquisition à l’évêché)… parce que Barbarin s’accroche… et j’y ajoute d’autres dessins récoltés depuis.

Je continue à actualiser la note quand je trouve de nouveaux dessins, en général sur Twitter. Voir aussi ma note avec les dessins formidables sur le cardinal George Pell, n°3 du Vatican accusé de pire que le cardinal Barbarin.

barbarinbaudrypédocurésmikoCapture du 2016-04-02 12:00:24

noder,noder

baudryfusina barbarin

babouse menegol pez canary pete severin millet barba papam
yso pe

samson

rodho ballouhey rodho, frizou CH barbarin barbarin, groland schwartz maëster barbarin,, barbarin; barbarin;; barbarin! karak barbarin!! nawak piet luz athee rire nawak, barbarin: toad

barrigueransongoubellecreseveurcaremesaucissonbaudryraf soulcié berth noderpezbaudry

Sex Abuse Coverups : Cardinal George Pell in Cartoons

LeLievreLe cardinal George Pell, accusé d’avoir couvert d’innombrables crimes pédophiles en Australie (il y en eut des milliers, dont au moins des dizaines directement sous son règne) a été nommé par le pape François, en connaissance de cause, grand argentier, soit n°3 du Vatican. Immense scandale en Australie, où l’on n’hésite pas à le qualifier de diabolique. Il y a quelques semaines, il a répondu à la commission d’enquête qu’il était sans doute au courant mais qu’il ne se souvenait plus bien de tout cela, et que de toute façon cela n’avait « pas grand intérêt ». Dans la paroisse où il était évêque, ces viols commis pendant des années par plusieurs prêtres continuent d’avoir des conséquences, avec un taux anormalement élevé de suicides et de violence. Le cardinal Barbarin était papabile, soit l’un des cardinaux susceptibles de devenir le prochain pape. En attendant, le pape François a donc élevé ce type infect et poursuivi par la justice aux plus hautes fonctions dans l’Église, tout en mettant en place, pour la galerie, une commission chargée de gérer le problème de la pédophilie du clergé – commission inerte, dont un membre a pour cette raison déjà démissionné. (Voir aussi ma note -actualisée- avec les dessins de presse sur l’affaire Barbarin.) Voici donc, sur Pell, les cartoons, dont beaucoup de formidables, que j’ai collectés sur Twitter.

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Sodome, Babylone, Babel : l’Église est foutue.

lumierephoto Alina Reyes

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Être libre en se laissant conduire par un esclave ? Ça va pas, la tête ?
Socrate, in Platon, le Lysis (ma libre traduction)

Pourquoi, quand je tentai d’être catholique, aurais-je dû me soumettre à des prélats moins libres et moins instruits que moi ?

En contradiction totale avec l’enseignement de Jésus, qui a demandé qu’on n’appelle personne père sur cette terre, c’est-à-dire qu’on ne se soumette à aucune autorité spirituelle humaine, l’Église a régné jusqu’ici par la domination, établie à coups de bûchers, d’inquisitions, de croisades, d’évangélisations forcées, de persécutions et meurtres de masse, de déculturations brutales, de négation des femmes, de vols, exploitations et viols d’enfants, de jeunes et de pauvres, d’accointances et de complicité avec les pires régimes d’oppression, de combat contre les tentatives politiques de libération de l’homme et de la femme. Elle s’est abritée derrière un discours d’amour pour commettre turpitudes et iniquités, et derrière une prétention de médiatrice de Dieu pour régner sur les âmes et les esprits.

La pédocriminalité affecte tous les milieux mais dans l’Église, malgré le peu de dénonciations dû justement à son système de domination et d’intimidation, c’est une tradition séculaire qui conforte son autorité sur les êtres et son déni de la commune loi humaine et sociale. Tradition qui comprend aussi une acceptation ou même une promotion de la maltraitance envers les enfants : sans revenir aux histoires, dont certaines encore très récentes, de vols ou d’exploitations d’enfants, n’oublions pas que le chœur dirigé par le frère de Benoît XVI a dû faire face à des révélations de maltraitances physiques et sexuelles des enfants, et que l’année dernière en audience publique, retransmise sur les télévisions du monde entier, le pape François déclarait qu’il trouvait « beau » qu’un père batte ses enfants.

L’Église, édifice fortement hiérarchisé et système d’apartheid (envers les femmes, les homosexuels, les divorcés remariés), est en train de s’écrouler comme la tour de Babel, précisément à cause de sa hiérarchie, qui est un orgueil de hauteur, et de son apartheid, qui est un grave défaut de construction. Elle est déjà une ruine, le vent s’engouffre entre ses pierres manquantes ou tombées, ce qui s’y fait dans l’ombre commence à apparaître au jour.

Dans un monde où les femmes sont aussi instruites que les hommes et ont les mêmes droits civiques, où tous les humains peu à peu gagnent accès à l’instruction et aux droits civiques, où les droits des enfants sont revendiqués, l’Église n’a plus lieu d’être, perd chaque jour un peu plus son lieu d’être. Tout y est à laisser tomber, et à réinventer, ailleurs. Retour à la belle vie des tentes pour les survivants !

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Outreau ou la banalité de l’infamie en France

Qu’avons-nous vu pendant ce procès « Outreau 3 » ? Tous les acquittés et condamnés auditionnés « interdits de parler » sauf pour dire « j’ai menti quand j’ai avoué et quand j’ai dénoncé l’accusé, rien ne s’est passé, personne n’était là, l’accusé est innocent, j’ai rien d’autre à dire » – et leur parole reçue par la presse comme parole d’évangile.

Le procès est passé, mais la nécessité de continuer à occulter la vérité, pour que ne s’écroulent pas les conclusions des trois procès, n’a pas fini de poser problème.

La justice a-t-elle été rendue ? Non. La justice sera rendue quand toute la vérité sera faite. Des enfants morts ou suppliciés demandent justice.

Il y a une composante sexiste dans le traitement de l’affaire d’Outreau, avec une Badaoui plus honnie que son monstre de mari. Mais aussi, secrètement, une composante raciste. Pourquoi Thierry Delay, avant de commencer à violer le fils de sa femme, l’humilia-t-il constamment d’insultes racistes et changea-t-il son prénom, Chérif, en Kevin ? Là est la source de toute l’affaire. C’est cette haine raciste qui a justifié le viol de l’enfant, et c’est à partir de ce passage à l’acte que le processus morbide et criminel s’est étendu comme une lèpre, que l’abjection s’est étendue aux voisins, aux amis et amis d’amis, et aux dépens d’autres enfants, jusqu’au meurtre. Pourquoi l’abbé Wiel, principal accusé après les deux premiers couples de parents, entonna-t-il la Marseillaise, quand il fut confondu par Myriam Badaoui ? Pourquoi s’étonna-t-il, une fois en prison, que l’administration pénitentiaire respecte les interdits alimentaires des musulmans ?

Si les enfants Delay étaient blonds, et si Daniel Legrand et les autres acquittés étaient d’origine maghrébine, soutiendrait-on ces derniers de la même façon ? Si tous les acquittés étaient africains et si les enfants Delay étaient aryens, justice et médias traiteraient-ils l’affaire d’Outreau de la même façon ? Si tous les acquittés étaient immigrés, et les enfants Delay bourgeois, justice et médias traiteraient-ils l’affaire d’Outreau de la même façon ? Si des blondinets des beaux quartiers avaient été violés pendant des années par des miséreux basanés, la justice et les médias se seraient-ils acharnés à dire que les enfants avaient rêvé, et à présenter les accusés comme des victimes ?

Tous les enfants de France ont-ils la même valeur aux yeux de la justice et des médias ? Y a-t-il en France des enfants qu’on pousse à se taire quand ils sont victimes ? Y a t-il des notables qu’on protège ?

Y a-t-il en France des journalistes moralement corrompus, défenseurs de l’ordre des notables au prix de la négation du supplice des enfants ? Y a-t-il en France des médias vendus aux industriels qui les possèdent et à l’argent public, qui font présidents et décisions de justice ? Y a-t-il en France une complicité entre les médias et les politiques, les médias et la justice ? Y a-t-il atteinte à la démocratie ?

Y a-t-il en France des pédophiles et pédocriminels délibérément impunis ? Y a-t-il exploitation du tabou de l’inceste et de la pédophilie pour endormir les consciences ? Y a-t-il en France une acceptation tacite des viols d’enfants ? Y a-t-il des silences qui s’achètent ? Y a-t-il lâcheté des adultes ?

Y a-t-il en France des connivences entre les institutions catholiques et les pouvoirs médiatiques et judiciaires contre l’intérêt des enfants ? Y a-t-il une culture catholique qui convainc les victimes de viol, directement ou sournoisement, qu’elles ont péché, et qu’il leur faut déposer ce « poids », l’oublier, renoncer à dénoncer les coupables, transformés eux aussi en victimes ? Y a-t-il manipulation des « âmes », inversion et confusion du bien et du mal en vue d’anesthésier le sens du combat ? Y a-t-il en France une clique de hyènes religieuses, à l’affût des assassins et des souffrants pour les faire taire et les amener à elle, un autre enfermement, et neutraliser leur légitime désir de justice ?

Y a-t-il en France un intérêt politique à maintenir une partie de la population en situation de réserve, de chair à canon et à prostitution, et prétexte à tous abus, surveillance et oppression, sur l’ensemble des citoyens ? Y a-t-il en France mépris de la « populace » par nos « élites » vulgaires, et licence de violer les droits de l’homme au nom de ce mépris ? Y a-t-il en France des « élites » convaincues que le bon droit et la règle de vie consistent à trahir, déformer, occulter la vérité ? Y a-t-il en France, dans les sphères dominantes, banalité de l’infamie ? Manipulation méthodique et quotidienne du réel, du vrai ? Y a-t-il en France, parmi les « élites », prostitution générale des esprits ? Des morts-vivants effrayés par la lumière du jour ?

Maintenant, la presse et la justice devront répondre de ce qu’il adviendra après ce verdict.

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Trois forts moments de vérité dans le procès Outreau 3

Avant-hier : l’évocation du meurtre de la petite fille par Dimitri Delay

Le meurtre de cet enfant a été décrit par Daniel Legrand et par Myriam Badaoui. Lundi à la barre, la parole très ferme de Dimitri Delay, confirmant ses accusations contre Daniel Legrand, a été un grand moment de vérité. Et à l’intérieur de ce moment, celui où il a évoqué cette petite fille qui était là, avec laquelle ses frères et lui jouaient à la cabane dans une pièce, puis que les adultes appelèrent. Puis les cris de l’enfant, et ceux de Thierry Delay, décrit par Legrand et Badaoui comme l’ayant sauvagement assassinée parce qu’il ne supportait pas ses hurlements d’enfant violée par un vieux auquel elle était livrée. Un assassinat malheureusement vraisemblable, ils ne sont pas rares dans ce genre d’affaires. Dimitri a aussi évoqué un bébé mis dans un sac. Mais l’enquête et la presse occultent complètement ces faits, déclarés imaginaires.

Hier : l’évocation du corps de Chérif Delay enfant par l’abbé Wiel

L’abbé, acquitté après avoir été, des acquittés, le plus lourdement condamné, a parlé hier du « corps » de l’enfant au tribunal, qu’il observait. Ce même abbé, depuis 2005, s’est répandu dans tous les médias, dans toute la France et dans un livre, en prétendant que les enfants Delay, ses voisins de palier, avaient menti, qu’ils n’avaient jamais été violés, même par leurs parents. En contradiction avec la vérité judiciaire, avec les aveux mêmes des parents, et les preuves physiques des violences et viols qu’ils ont subis. Pourquoi nie-t-il ainsi ? Dix ans plus tard, il déclare comme les autres n’avoir rien à dire de plus, qu’il ne s’est rien passé – mais son inconscient produit ce moment de vérité où il évoque le corps contemplé de l’enfant.

Aujourd’hui : l’expertise qui consolide la validité des aveux de Daniel Legrand

L’expert qui a analysé l’accusé, Daniel Legrand, en 2002, a affirmé ce matin qu’il n’avait « aucune tendance à l’affabulation ». Son caractère très visiblement peu cérébral laisse penser qu’il n’en a pas la capacité, ajouterais-je. Quoiqu’il en soit, cette absence totale de disposition à l’affabulation ne signifie-t-elle pas que les aveux qu’il produisit, par trois fois, avec des détails très réalistes sur les faits, n’ont pas été, comme il l’a prétendu par la suite, inventés ? D’autant que ces aveux se sont avérés recouper d’autres déclarations d’enfants et d’adultes.

Qu’est-ce qu’un monde qui ferme les yeux sur le supplice d’enfants et cherche en chœur à disculper leurs bourreaux, ou un homme comme Daniel Legrand qui a pourtant produit des aveux circonstanciés et continue d’être accusé par des enfants aujourd’hui devenus adultes ? L’œil est dans la tombe de ce monde, l’œil de la petite morte, des petits morts et suppliciés à qui il refuse de rendre justice. Au-dessus de cette décharge publique de mensonges, la vérité se fait jour dans la roche, rien ne l’arrêtera, rien jamais ne peut arrêter la vérité, et à son heure, elle surgira en torrent et noiera l’infamie.

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