Suite de mes remarques autour du rapport sur la pédocriminalité dans l’église

Moulins-Beaufort, le chef des évêques français, affirme que le secret de la confession est au-dessus des lois de la République, justifiant ainsi le fait de ne pas signaler à la justice les pédocriminels, ni la confession d’un enfant qui se déclarerait victime d’un pédocriminel, au motif que l’enfant préférerait garder le secret pour ne pas faire de peine à ses parents. Déclaration aussi criminelle qu’hallucinante, faite au lendemain des conclusions monstrueuses, encore que très certainement très minorées, de la commission Sauvé, sur la pédocriminalité dans l’église française. (N’oublions pas, pour maintenant et pour plus tard, la réaction puante de Macron, saluant « le sens des responsabilités » de l’église – alors même qu’elle déclare, et le prouve, ne pas se conformer aux lois de la République, qui obligent à signaler une personne en danger).

Aucune loi, qu’elle se dise de Dieu, de la République ou autre, n’empêcherait une personne humaine de porter secours à un enfant en danger, en faisant ce qu’il faut pour cela. Mais à entendre ce type, Moulins-Beaufort, et tous ceux et celles qui pensent comme lui, il semble que la religion abolit l’humanité en l’homme.

Le même type raconte que Bergoglio, le pape, lui a dit au téléphone, à propos des révélations de cette commission : « C’est la croix ». La croix pour les enfants abusés ? Non, pour eux, pauvre pape et pauvres prélats. Oui, c’est ce qu’ils ont tous en tête et ce qu’ils disent, du clergé jusqu’aux ouailles les plus endoctrinées : avec ces révélations, ils portent leur croix – un motif de gloire de plus pour eux, en fait. Ces complices de crime contre l’humanité osent se prendre pour le Christ portant sa croix.

Que veut Bergoglio pour les victimes de l’entreprise qu’il dirige ? Il en appelle au « miracle de la guérison ». Comme tous les autres, il se donne l’air de tomber des nues, il dit sa « honte ». Lui qui, par exemple, garda jusqu’à récemment au Vatican le cardinal Pell, qu’il avait nommé n°3 du Vatican, malgré son lourd dossier d’accusation pour avoir couvert des prêtres pédocriminels, et malgré les accusations d’abus sur enfants portées sur Pell lui-même – Pell a fini par être condamné par la justice de son pays quand enfin elle a réussi à obtenir qu’il s’y rende. Bergoglio en vérité ne connaît de la honte, comme sa légion de collègues, que celle qu’ils inculquent aux enfants et à leurs autres catéchisés, pour mieux les dominer.

Tout ce que disent ces gens dans cette affaire est obscène, aussi obscène que les déclarations d’Abdeslam au procès des attentats du 13 novembre. Au moins les victimes de ces attentats ont-elles la chance, dans leur terrible malheur, de bénéficier d’un procès, d’un acte de justice des hommes. Il faut penser aussi à tous les êtres humains qui dans le monde ne verront jamais comparaître en justice et être condamnés leurs bourreaux. Dans le monde et ici même, en France, où la justice fonctionne bien pour les victimes que le système veut bien reconnaître comme victimes, mais pas pour les autres. Les victimes du terrorisme islamiste sont politiquement bankables, contrairement à celles de la pédocriminalité catholique. Personnellement je n’étais pas politiquement bankable non plus quand je suis allée en justice pour demander réparation d’un plagiat de mon œuvre, et que, auteure isolée contre un puissant éditeur, c’est moi qui me suis retrouvée condamnée. La justice et la presse marchent de concert, et la presse m’a également condamnée, et elle continue à me condamner en refusant mes tribunes ou mes simples commentaires, dans l’affaire de l’église aussi. M’étant tournée vers l’église comme beaucoup dans un moment de détresse, après ce procès, je n’ai fait que me tourner vers une autre bête qui a essayé de me broyer aussi, et contre laquelle j’ai dû me battre encore. Jamais justice ne me sera rendue dans un tribunal, même si j’y retournais il se retournerait encore contre moi – et la presse avec lui. Et ce n’est pas mon cas personnel qui me soucie le plus, mais celui des millions de femmes et d’hommes qui sont dans le même cas, pour une raison ou une autre. Il y a un enchaînement de la société pour faire tomber d’un rouage tueur à l’autre les personnes que cette même société estime nuire à son fonctionnement inique, du fait même qu’elles incarnent, en en étant victimes, son iniquité. Cela ne se passe pas seulement dans les régimes dictatoriaux, cela se passe aussi au sein des démocraties, plus ou moins selon justement leur degré de démocratie – et la France sur ce point est loin d’être parmi les pays où la démocratie fonctionne le mieux.

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Quelques remarques autour du rapport Sauvé sur la pédocriminalité de l’église française (avec mon témoignage personnel)

Gabriel Matzneff, enfant, a été scolarisé dans deux établissements catholiques – dont l’un où, plus tard, a enseigné Brigitte Macron – est-ce vraiment une autre histoire ? Est-ce là qu’il a appris la pédocriminalité, en commençant par en être victime ? Mais je pense à Arthur Rimbaud, qui lui aussi a subi des abus sexuels dans son établissement religieux, comme je l’ai montré en analysant son poème « Parade ». Lui, de victime, n’est pas devenu pédophile, mais victime de Verlaine, largement son aîné, qui a pu profiter de la fragilité induite en Rimbaud par de précédents abus.

Comme on sait, les victimes d’abus deviennent souvent elles-mêmes abuseuses ou criminelles. Soit elles reproduisent les abus qu’elles ont subis, soit elles commettent d’autres formes d’abus. Ces personnes-là ne sont certainement pas comptabilisées dans le rapport Sauvé, elles ne vont pas témoigner contre elles-mêmes. Et toutes celles qui, comme Rimbaud, ont été abusées mais ne sont pas devenues pour autant abuseuses, mais trop douloureusement marquées pour témoigner directement, n’auront rien dit non plus. Rimbaud l’a dit sous une forme voilée, affirmant « J’ai seul la clé de cette parade sauvage » parce que, comme pour beaucoup, il lui était trop difficile de le dire ouvertement (et il a fallu attendre près de cent cinquante ans pour que quelqu’un (moi) trouve sa clé). Aujourd’hui je sais aussi que ne sont pas compris dans les chiffres déjà énormes de ce rapport tous les hommes que j’ai entendus me dire, sans vouloir s’appesantir, en passant très vite, qu’ils ont dans leur enfance échappé aux manœuvres de séduction, par la parole ou par le geste, de prêtres. Mais je pense à eux, qui restaient douloureusement marqués de cette abjection, même s’ils en avaient réchappé.

Le rapport souligne que le problème reste actuel, qu’il y a toujours de la pédocriminalité dans l’église. Il faut comprendre que si cette institution n’agit pas ou agit si peu contre cette gangrène, c’est qu’elle est partie intégrante de sa culture, et depuis de longs siècles. Ce n’est pas seulement l’abus sexuel qui fait partie de sa culture, c’est l’abus. L’abus sexuel n’est qu’une manifestation parmi d’autres, et en fait marginale malgré son ampleur, de sa culture générale de l’abus. Culture dont j’ai subi moi-même les effets, après m’être intéressée sincèrement à l’église et avoir publié quelques livres et élaboré un projet qui pouvaient beaucoup lui servir à se rénover. Seulement, elle ne voulait pas se rénover, elle voulait seulement en avoir l’air. J’aurais pu lui servir de vitrine pour cela, mais il leur fallait d’abord me soumettre, afin que rien ne change en réalité, et ils ont à cet effet employé tous les moyens que leur hypocrisie séculaire et congénitale sait employer. Pour me soumettre, il leur fallait me détruire, me nier. Ils avaient des rapports avec moi, dans les hauteurs de la hiérarchie, en France et au Vatican, mais il ne fallait pas le dire, il fallait que cela reste sous le manteau, comme dans les cas de pédocriminalité. Par exemple, un évêque avec lequel j’avais dîné à deux reprises, quelques jours après faisait mine, en public, de ne m’avoir jamais vue. Régulièrement on s’arrangeait pour me traiter à bas mot de prostituée, de pécheresse, un hebdomadaire catholique prétendit même que je m’étais moi-même qualifiée de pécheresse. Tout le mal qu’ils faisaient, ils me le faisaient endosser, par maintes manœuvres cachées. La technique était parfaitement rodée et au point, c’est celle dont ils ont fabriqué plusieurs de leurs « saintes » et « saints », en réalité de leurs victimes, en les coupant d’elles-mêmes et de la vie. Je n’étais pas un enfant de chœur et je ne me suis certes pas laissé faire, mais avoir dû se battre contre un système aussi abject – qu’eux considèrent comme normal – constitue déjà une épreuve particulièrement dégoûtante. J’y ai survécu, mais je ne pense pas qu’eux y survivront.

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De la littérature, du sport

"Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous" Franz Kafka. Un café dans mon quartier, photo Alina Reyes

« Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » Franz Kafka. Un café dans mon quartier, photo Alina Reyes

Il y a un problème avec la littérature. Un jour, l’un de mes éditeurs m’a dit, en parlant d’un autre éditeur et de ses amis – si l’on peut parler d’amitié dans ce milieu : « tu ne sais pas de quoi les libertins sont capables ». Il avait raison : non, je ne le savais pas. Comment se fait-il que je ne le savais pas, alors que j’avais lu tant de livres, y compris de libertins ? Eh bien, c’est que la littérature fonctionne comme une religion à l’envers : on n’y croit pas. Le lecteur non-criminel ne croit pas que le mal décrit dans la littérature puisse être commis dans la réalité par des amateurs de littérature, ni a fortiori par des écrivains. La littérature tenant du sacré, on imagine que ses pratiquants sont, sinon saints, du moins sages, magnanimes et serviteurs de la vérité. C’est le constat que fait à peu près Vanessa Springora dans Le consentement. Elle était jeune adolescente à l’époque où elle a été confrontée à une réalité toute contraire, mais ce genre d’enfer peut s’ouvrir sous vos pieds à tout âge. Certaines personnes vont sans doute tomber de haut en apprenant, grâce à une enquête du New York Times (et pas des journaux français), que Christophe Girard, l’un des « amis » et soutiens de Matzneff, est maintenant accusé lui aussi, documents à l’appui, d’avoir abusé d’un adolescent. Ouvrons les yeux : la littérature est pour tout un tas de gens l’alibi de leur vie criminelle. C’est pourquoi la littérature est en si mauvais état aujourd’hui dans notre pays : à force d’être utilisée comme façade, une façade maquillée mais faite de pourriture, elle s’écroule, et les maisons qui l’ont abritée vont tomber aussi.

Pour ma part, tout en continuant à lire j’en suis à « l’autre tigre », comme dit Borges, celui qui n’est pas dans les livres. Après avoir marché quinze jours sac au dos, ce matin j’ai enfilé ma tenue de yoga, je suis sortie et je me suis mise à courir. La prochaine fois que nous voyagerons, O et moi avons décidé de le faire à vélo.

Ce monde où mieux vaut violer que voler

 

Les Fillon en procès. Les Balkany condamnés à de la prison ferme pour fraude fiscale. Bien. Pendant si longtemps, ou du moins si souvent, n’ont eu le droit de voler que les élites.

Woody Allen va publier ses mémoires, dans lesquels bien sûr sera bafouée la parole de l’enfant qu’il a abusée (alors que même son psy, le décrivant obsédé par cette enfant, avait interdit qu’il puisse continuer à l’approcher). Son fils Ronan Farrow, dégoûté par le déni de la parole de sa sœur, quitte Hachette, qui était son éditeur avant de devenir aussi, sans scrupules, celui de son père pédocriminel.

Dans notre société, mieux vaut être violeur, et notamment violeur d’enfants, que voleur. Les gens sont plus attachés à l’argent qu’aux enfants. Monde de bourgeois et petit-bourgeois dont le souci majeur est le fric, dont la valeur majeure est d’en avoir, ou à défaut de dominer autrement, au prix de l’écrasement, de toutes sortes de façons, d’autres êtres humains.

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Affaire Matzneff, suite

 

Je continue ma série de notes sur cette affaire.

Pauvre Antoine Gallimard, contraint de renoncer à la commercialisation des journaux intimes de Matzneff, publiés pendant des décennies et jusqu’à il y a trois mois par Sollers dans cette maison, après avoir dû renoncer aussi, sous la pression, à rééditer les pamphlets antisémites de Céline. Le communiqué de presse prétend prendre en compte la souffrance exprimée par Vanessa Springora dans son livre Le Consentement mais le fait est que les flammes sont en train de lécher la baraque : je le disais, Gallimard et Sollers devraient être tenus pour complices des crimes de Matzneff, non seulement parce qu’il en faisait l’apologie, donc incitait au crime, mais aussi parce que l’encourager à publier toute sa vie ce journal c’était l’encourager aussi à réitérer indéfiniment ses crimes, afin de pouvoir ensuite les écrire – depuis, j’ai lu un article dans lequel une juriste disant que les éditeurs pourraient aussi être poursuivis dans cette affaire.

La caste mauvaise, hypocrite, méchante, qui se nourrit dans la mare littéraire germanopratine, ne s’est évidemment pas nettoyée de sa merde en quelques jours. On a lu nombre d’articles fourbes de Libé et d’autres journaux, entendu les réactions éhontées et /ou opportunistes des Giesbert et autres Durand, Beigbeder et compagnie. Savigneau se gratte en vain sur son compte twitter, Christine Angot, admiratrice de l’œuvre de Matzneff (dont je ne veux pas citer les témoignages immondes et détaillés de ses viols, rappelons seulement qu’il écrit qu’« Un enfant c’est merveilleux. On y entre comme dans du beurre »), Angot donc, déclare sur France Inter que lui et les autres pédocriminels sont « de grands naïfs, de grands sentimentaux ». Maïa Mazaurette, la désastreuse chroniqueuse sexe du Monde, attire l’attention sur le fait que les enfants peuvent participer à leur viol, affirme que beaucoup s’en remettent très bien, et estime qu’il ne faut pas qualifier de prédateurs les pédocriminels, dont certains d’ailleurs ne violent les enfants qu’occasionnellement. Il y a quelques années, Sollers en mode vieil oncle incestueux déclarait à la télévision, d’un air entendu, qu’il avait des nièces très charmantes – confortant ainsi l’intérêt qu’il disait avoir, ailleurs, pour l’inceste. (Et éclairant sa sentence sur Macron :« Sexuellement, il a tout compris »). Gallimard n’a pas suspendu la commercialisation des livres de Sollers et de Haenel parce que mon livre Forêt profonde et ma parole ont été soigneusement occultés par tout le milieu depuis 2007 mais tout vient à son heure et l’histoire n’est pas finie.

Les pédocriminels comme les violeurs en tout genre sont bien des prédateurs, et de la pire espèce : des cannibales, la honte absolue de l’humanité. Ils dévorent des corps et/ou des âmes, c’est ce qu’on appelle l’emprise. Comment s’en sortir lorsqu’on est déjà plongé dans le chaudron, avec un malade mental qui vous tape sur la tête pour vous y enfoncer, bientôt rejoint par une bande d’autres cannibales et de lobotomisés qui lui viennent en aide, même quand vous répétez pendant des années votre non-consentement ? Comment réagir autrement que de manière suicidaire, en plongeant plus profond dans le chaudron pour en finir, ou de manière agressive, en gesticulant et criant pour protester et alerter ? Vanessa Springora raconte qu’un jour où elle devait faire une rédaction (elle était en quatrième lorsqu’il venait l’attendre à la sortie du collège), Matzneff l’obligea à écrire sous sa dictée l’une de ses expériences à lui, au lieu de la sienne. La dépossédant ainsi de sa propre parole, faisant fi de ses protestations, de son désir d’écrire elle-même (elle aimait cela et avait de très bonnes notes en rédaction). Il fallait qu’il lui mange le cerveau, voilà le fin mot de l’histoire. L’édition est tenue par des bourgeois qui exploitent les auteurs financièrement (auxquels ils laissent à peine 10 % en moyenne du prix du livre qu’ils ont écrit) et qui, dans leur vie privée, vampirisent, exploitent psychiquement les femmes et/ou les enfants.

« Trop beau, trop libre, trop heureux, trop insolent, trop de lycéennes dans son lit, ça indispose les honnêtes gens ». Voilà comment Gallimard présentait Matzneff sur son site, avant de découvrir soudainement que leur chéri, qui leur livrait au moins par procuration, par fantasme (voire réellement, comme peut-être à ses mécènes privés, qui sait ?), des garçonnets et des collégiennes à violer, n’était en fait pas si beau que ça. Matzneff est malade mentalement, c’est entendu. Mais sont malades et au moins aussi dangereux ceux qui l’ont poussé à s’enfoncer dans sa maladie – comme sont dangereux ceux qui (souvent les mêmes) poussèrent les dessinateurs de Charlie Hebdo à gâcher leur talent en s’enfonçant dans un délire raciste sexuel, dans les années à partir de Val, les conduisant eux aussi à la catastrophe. Il y a cinq ans aujourd’hui, les frères Kouachi, victimes d’un pédophile de leur quartier pendant leur enfance, ajoutant la haine à la haine, assassinaient abjectement ces dessinateurs que nous continuons à pleurer, blessant tout un pays avant de trouver la mort dans une imprimerie. Aujourd’hui c’est tout un pays qui est blessé aussi par la déflagration du livre de Vanessa Springora. Contrairement aux terroristes qui n’en avaient pas les moyens, elle a trouvé la bonne arme, celle de la parole, celle qui libère et sauve.

Après l’avoir cherché en vain en librairie (il était en rupture de stock), j’ai trouvé par hasard le livre de Springora dans la Maison de la Presse qui distribue dans les commerces de mon quartier de gros nounours en peluche. Voilà qui parle, pour un livre dénonçant la pédophilie. Voilà qui, dans cette démultiplication envahissante, fait image également sur le harcèlement (dont témoigne Springora mais aussi ce journaliste qui a connu une autre victime de Matzneff, devenue stérile après avoir dû avorter, adolescente), le viol psychique dont se rendent aussi coupables ces prédateurs. Des prédateurs qui n’ont pas un caractère de fauves, mais de sangsues, voire de moules accrochées à leur rocher. La presse européenne parle de l’affaire Epstein, la presse américaine parle maintenant de l’affaire Matzneff. Il faut toute la force de la vox populi pour constituer la grande vague capable d’arracher les vampires à celles et ceux dont ils se nourrissent, à celles et ceux dont ils sucent la vie, n’ayant pas assez de vie en eux pour exister par eux-mêmes. Nous ignorons presque tout de la vie de l’esprit manifestée à travers le monde. Eppur, il agit.

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Qu’est-ce que la littérature ? À propos du livre de Vanessa Springora

 

Qu’indique la critique du livre de Vanessa Springora, Le Consentement, dans le JDD d’aujourd’hui ?

1) Que la journaliste qui l’a rédigée ignore ce qu’est la littérature ;

2) Qu’elle ne sait pas lire ;

3) Que les soutiens du pédocriminel Matzneff bougent encore dans leur bourbier.

Je commencerai par le troisième point. Je constate que tous les médias épargnent singulièrement Antoine Gallimard, patron de l’entreprise Gallimard (dont il a hérité) et Philippe Sollers, éditeur chez Gallimard depuis des décennies des pires textes de Matzneff, ceux où il détaille ses crimes sur des dizaines d’enfants. Ces deux sinistres types ont soutenu Matzneff, l’ont aidé par tous les moyens puissants dont ils disposent, y compris financiers en le mensualisant pendant des années.

En 1990 ou 91, quand j’ai envoyé un manuscrit chez Gallimard, c’est Sollers qui s’en est emparé, alors que je m’étais bien gardée de le lui adresser. Une façon de me ferrer peut-être inspirée par les méthodes de celui qu’il qualifiait de héros, Matzneff – sauf que je n’avais pas treize ans et que je n’ai jamais consenti à ses manipulations intellectuelles, mais c’est une autre histoire que j’ai racontée déjà dans mon roman Forêt profonde, je n’y reviendrai pas maintenant. Si j’en parle c’est pour mentionner que Sollers me poussa aussitôt à raconter ma vie dans mes romans ; je découvre seulement ces jours-ci qu’il était l’éditeur de Matzneff, et il me paraît vraisemblable qu’il a dû encourager aussi ce dernier sur cette pente. Même quand cette pente était celle du crime, le besoin de faire des livres en racontant sa vie induisant le besoin chez Matzneff de recommencer sans cesse ses exploits de pédocriminel, de se vanter de sodomiser des garçons de huit à treize ans et des filles de treize à quinze ans, filles à qui il faisait subir, en plus – et c’est sans doute le pire – une intense entreprise de destruction psychique, ainsi que le révèle le livre de Vanessa Springora. Il y a eu là, il y a là, de la part de Sollers et de son patron Gallimard, non seulement non-assistance à personnes en danger, mais aussi complicité de crime, et incitation au crime.

Or la presse continue à ménager de son mieux ces parrains du milieu littéraire. Antoine Gallimard n’est jamais mis en cause. Le nom de Sollers apparaît, mais souvent il est oublié parmi les signataires des pétitions pro-pédophilie, et s’il est mentionné comme éditeur de Matzneff c’est sans y insister, comme si la chose était anecdotique, ainsi que ses insultes publiques à l’encontre de Denise Bombardier. Libération s’est fendu d’un texte pour tenter d’absoudre Sollers en disant qu’il avait regretté d’avoir signé ces fameuses pétitions (qu’il prétend avoir oubliées, signées quasiment sans les avoir lues) mais sans mentionner qu’après elles et jusqu’à cet automne 2019 il a continué à publier les carnets de Matzneff, où il vante constamment ses hauts-faits sexuels et son train de vie dispendieux, entre voyages et grands restaurants au quotidien (alors que par ailleurs il crie misère et implore la charité des pouvoirs publics). Je vois dans le JDD d’aujourd’hui, qui consacre un dossier à Matzneff, la critique mauvaise du livre de Vanessa Springora par Marie-Laure Delorme comme une énième défense des complices de Matzneff, qui s’échinent à clamer son prétendu talent littéraire, et une énième attaque contre l’une de ses victimes, dont il leur faut au moins salir le travail (tout en vantant le dernier livre de Moix au passage, mafia oblige).

Selon Mme Delorme donc, le livre de Vanessa Springora ne serait pas de la littérature. Mme Delorme ne parle pas, à propos de la manie de Matzneff, de pédocriminalité ni même de pédophilie, mais de « goût pour les mineurs ». Et elle reproche à Vanessa Springora d’avoir écrit un livre vertueux, un livre qui n’aurait donc rien à voir avec la littérature. Mme Delorme croit sans doute que la littérature consiste soit à phraser, soit à pédanter. Or il ne suffit pas d’aligner des phrases jolies ou pompeuses ou précieuses, avec imparfaits du subjonctif plus ou moins bien maîtrisés, pour faire de la littérature. Ni de construire une histoire, un cadre, des personnages, selon les vieilles recettes de cantine des écrivaillons. Je le dis encore une fois avec Kafka : un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. Le reste n’est que littérature, au sens péjoratif ou minoratif du terme. La Littérature majuscule brise la mer gelée en nous. Ce livre terrasse le lecteur, a écrit quelqu’un que je ne connais pas à propos de mon roman Forêt profonde, occulté par toute la presse parisienne parce que Sollers s’y estimait offensé, bien que son nom n’y apparût pas. Mon premier roman fut aussi un choc, et quelques autres de mes livres aussi je l’espère ; en tout cas ce fut le cas pour Poupée, anale nationale, que Sollers refusa de publier et qui, bien avant Forêt profonde, face au choc causé par la publication de ce livre, se livra à une entreprise de vengeance contre moi dont je ne m’aperçus que plus tard (en fait tout avait commencé avant encore, à partir du moment où je ne m’étais pas rendue quelque part où il devait être et où il m’avait fait inviter juste après s’être saisi de mon premier manuscrit envoyé chez Gallimard). Le livre de Vanessa Springora brise puissamment la mer gelée en nous. Et il le fait avec une très grande intelligence littéraire, dans une simplicité remarquable, sans effets. En qui le lit sans œillères, il brise la mer gelée comme il la brise en toute notre société – en témoigne son succès. L’écriture de Springora, avec sa mise à plat calme et déterminée des faits, est infiniment plus puissante que les préciosités et les alignements de citations latines de Matzneff. Springora ne s’embarrasse pas de construire une histoire, des personnages, ni de faire des phrases et des effets. Elle va au but, chacune de ses pages, chacun de ses mots est le but. La vérité nue. Son écriture est virile, au sens de la virtus que j’évoquais dans ma note précédente : courageuse, dynamique, forte. Elle met le terrain à plat, comme dans Isaïe, pour ouvrir la voie à la vérité. Elle ne joue pas petit jeu, elle ne se fait pas plaisir, elle plante chaque coup d’épée droit où il faut la planter. Elle est efficace, elle est performative. Elle ne cherche pas les effets, elle fait effet. Voilà la Littérature : non pas une entreprise de divertissement, criminel ou non, mais une action. Une action capable de sauver des vies, de sauver la vie.

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Suivre le mot-clé Matzneff pour voir mes autres notes sur l’affaire. Voir aussi les mots-clés Sollers et Forêt profonde.

 

Affaire Matzneff : le piteux spectacle du milieu littéraire

 

J’ai rencontré Matzneff (que je n’avais jamais lu) il y a une dizaine d’années lors du vernissage d’une exposition de photos de Sophie Bassouls qui s’accompagnait de quelques-uns de mes poèmes, dans l’espace culturel des Éditions des Femmes. L’attachée de presse de l’époque était l’une de ses amantes ou de ses ex, je ne sais plus. Jeune mais pas collégienne, ni petit écolier français ni petit garçon des rues de Manille comme tant d’autres de ses victimes. Elle me dit un jour qu’il la faisait souffrir, pour tenter de me convaincre que c’était normal. Il était donc là, avec un ami écrivain que j’avais déjà rencontré ailleurs et dont j’ai oublié le nom, Dominique quelque chose si je me souviens bien (façon de parler) – il est mort depuis. Il me parla d’Anna Akhmatova, sa poétesse préférée. Je faisais poliment semblant d’écouter, j’ai horreur de ces conversations lettrées, de ces afféteries, de ces préciosités qui font le milieu littéraire et sous lesquelles se cachent les plus grossiers sentiments, calculs, haines, jalousies, envies d’argent et d’honneurs, vanités démesurées, aptitudes à toutes les trahisons, toutes les oppressions, toutes les compromissions. J’aime la conversation des paysans, des artisans, des artistes, des soldats, des gens qui ont un métier, des gens qui font la cuisine, des gens qui font vraiment quelque chose. Le milieu littéraire est un milieu de gens qui ne font rien d’autre que branler la queue du chat. Bien sûr les écrivains écrivent, et ce n’est pas rien faire. Mais le milieu littéraire ce ne sont pas les écrivains, c’est le milieu où les écrivains naufragent. C’est « le monde », le monde mondain, le contraire du monde réel et spirituel où se déploie tout le vivant. Et ceux et celles qui vivent du milieu littéraire ne sont plus que des morts. C’est parce qu’ils sont morts qu’ils peuvent faire le mal et soutenir ceux qui font le mal tout en se croyants supérieurs au commun des mortels. C’est parce qu’ils sont morts et impuissants, hommes et femmes inachevés, incapables de vivre une vie d’homme ou de femme pleine et entière, qu’ils vivent de combines et d’abus de toutes sortes. Et au royaume des morts, comme le disent d’une façon ou d’une autre toutes les spiritualités du monde, vient toujours le moment de rendre des comptes. Matzneff qui se veut chrétien l’aurait compris, s’il lui restait assez de vie pour penser. Mais ces gens-là, qui se prennent pour des penseurs, ont le cerveau aussi bousillé que le cœur. Matzneff est en réalité aussi stupide que son éditeur Sollers, qui a remplacé son allégeance au nihilisme maoïste par une allégeance au nihilisme heideggerien, aussi stupide que son soutien Moix qui a remplacé son allégeance au nihilisme nazi par une allégeance au nihilisme heideggerien, qui est un nihilisme nazi… Aussi stupide que ses autres soutiens, le pubeux Beigbeder, l’éditocrasseux Giesbert, la grimaçante Savigneau, etc., etc. Sans eux, sans les soutiens publics par dizaines ou centaines de milliers d’euros et les soutiens privés (que leur fournissait-il en échange ?) qui lui ont permis de mener grand train pour ses chasses à l’enfant, combien d’enfants auraient été sauvés de ses griffes et de celles de tant d’autres confortés par son exemple célébré ?

Le milieu littéraire est celui où je me suis toujours le plus sentie mal à l’aise. Et je sais pourquoi. C’est le milieu le plus dépourvu de grâce. C’est un milieu sans aucune grâce ; raison pour laquelle, hélas, beaucoup de ses aliénés vont la piller ailleurs, là où elle vit, par exemple chez les enfants. C’est aussi un milieu dépourvu de virtus, comme celui des financiers et des technocrates. Un milieu qui ressemble beaucoup à la macronie, tout en superficialité et en fausseté, en en-même-temps (par exemple, comme Sollers, signer par deux fois des pétitions pro-pédophilie et publier pendant des décennies les récits abjects de Matzneff et en même temps se dire hostile à la pédophilie ; puis jouer les amnésiques et se terrer quand ça chauffe, comme en toutes circonstances avec le « courage, fuyons » pour seul viatique). Il y a cinq ans, Matzneff dans sa tribune au Point menaçait de se suicider parce que, comme tous les auteurs qui n’ont plus suffisamment de droits d’auteur (j’en suis), il avait été rayé de l’Agessa, l’organisme qui gère la sécurité sociale des auteurs. Quelle petite nature. Comme s’il était impossible de survivre sans l’Agessa, de trouver une couverture sociale autrement. Maintenant ses amis, comme Beigbeder, disent craindre qu’il ne se suicide si on continue à l’ennuyer. Oui, pas la moindre virtus chez ces gens gâtés-pourris, quand le vent tourne il ne leur reste que la pleurnicherie, le chantage, et d’énièmes trahisons et mensonges. Piteux spectacle.

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Mes précédentes notes sur Matzneff : ici

sur Sollers : ici

sur la pédocriminalité (Barbarin, Outreau…) :

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Dimension politique de l’affaire Matzneff

 

Le taxi hier soir en avait gros sur la patate. « Vous avez entendu le discours de Macron ? » Et il a fait un geste du doigt sur sa tête pour dire : « il est cinglé, ils sont cinglés ». Après nous avoir souhaité bonne année, et bon courage en ces temps très durs. Rappelant l’affaire Delevoye : « On est gouvernés par des voleurs, on n’a pas d’autre choix que d’essayer de se mettre à l’abri par tous les moyens, et continuer le combat ». Je résume, mais le gars était très remonté, très révolté, comme tous les gens du peuple comme nous dès qu’on a l’occasion de les entendre parler.

Les gens du peuple, les gens du monde de Macron ne les aiment pas. Les gens du monde de Macron, qui existaient avant que Macron ne soit président, qui existaient quand Macron avait quatorze-quinze ans et avait une « romance », comme ils disent, avec une prof de quarante ans sans que personne ne bouge davantage que lorsque Vanessa Springora, dans les mêmes années, avait aussi à quatorze ans une « romance » avec un écrivain de cinquante ans, qui existaient avant que Macron ne soit né, qui existaient déjà au dix-neuvième siècle, bref, les bourgeois aux affaires, qui dans leur organisation incestueuse ont porté Macron au pouvoir, s’estiment au-dessus des lois, volent et violent en toute impunité et se sentent généreux en se pardonnant les uns les autres alors que les mêmes crimes, quand ils sont commis par des gens de la plèbe, ne leur inspirent que mépris et haine, exprimés à longueur de temps dans les médias que leurs alliés détiennent. Sollers, éditeur de son ami Matzneff contant par le détail ses crimes sur enfants, se répandit en mépris et sarcasmes contre Myriam, l’une des pédocriminels d’Outreau, insistant sur son prénom de femme et d’Arabe, lui faisant porter toute la charge du mal.

C’est que ces gens se prennent pour des anges, voire comme Matzneff pour des archanges, et prennent les hommes et surtout les femmes du peuple pour des diables. Quand Pivot invitait régulièrement Matzneff à Apostrophes, lui conférant ainsi une légitimité et une publicité énormes, il s’agissait toujours de plaisants débats entre gens de bien. Quand Pivot m’invita dans sa même émission, il plaça cette dernière sous le signe du diable.

M. Matzneff a passé sa vie à violer des enfants et à en retirer toutes sortes de soutiens, institutionnels et privés, qui lui ont permis de mener la dolce vita, entre les beaux quartiers de Paris, l’Italie et Manille. Aujourd’hui encore, alors qu’on nous le présente comme un homme dans la misère, il bénéficie, outre la retraite minimum que touchent tant de Français qui contrairement à lui ont trimé sur des chantiers, dans des champs, ou à d’autres tâches qui nous permettent à tous de vivre, d’une allocation de la Société des gens de lettres (argent public) et d’un appartement de la ville de Paris en plein 5e arrondissement ; et il y a quelques mois encore il se vantait dans Le Point qui le paie aussi pour une chronique qu’il utilise volontiers pour défendre ses propres petits intérêts, d’inviter une jeune fille au Fouquet’s pour y manger du homard et y boire ses vins préférés (préférés de lui, pas de la jeune fille, évidemment). Messieurs-dames du monde de Matzneff, si votre protégé (vous fournissait-il en chair fraîche ou seulement en fantasmes ?) est dans la misère, c’est seulement dans la misère humaine que vous partagez avec lui, incapables que vous êtes, comme lui, du moindre début d’empathie avec les enfants qu’il a martyrisés, avec les enfants que certains d’entre eux, une fois adultes, ont dû martyriser à leur tour, avec les enfants que certains de ses lecteurs se sont trouvés autorisés par son prosélytisme à martyriser aussi, dans une chaîne du mal infernale.

Et cependant c’était donc moi, à vos yeux de bourgeois misérables, le diable. Non pas votre ami pédocriminel et parasite de la société, mais moi qui ai toute ma vie travaillé dur pour élever de mon mieux mes quatre enfants, sans les soutiens que se fournissent réciproquement les hommes qui ont fait allégeance à ce monde, moi qui cherchais par mes livres à libérer les femmes et les hommes de l’hypocrisie énorme de votre société, que vous nous imposiez. C’est moi que vous avez empêchée de publier, après que votre ami Sollers s’est reconnu dans le personnage nommé Sad Tod de mon roman Forêt profonde, dont pourtant vous seuls, dans votre petit milieu, pouviez deviner qu’il en était un portrait. Alors que j’ai publié plus de trente livres et de très nombreux articles en vingt ans de travail d’écriture, voilà plus de dix ans que tous les éditeurs me refusent mes manuscrits, que tous les journaux dans lesquels je pouvais écrire refusent désormais tous mes textes. Comment ai-je survécu ? Non pas aux crochets de la société, comme tant d’auteurs du milieu habitués à ramasser des aides publiques versées dans une certaine opacité, mais d’abord en vendant ma maison, puis en passant à soixante ans les concours pour devenir professeur, malgré une santé devenue défaillante (mon corps ayant pris sur lui le cancer qu’on voulait imposer à mon être). J’ai survécu comme le font les gens du peuple dont je suis, en luttant pour rester en vie dignement. Ils ont cru m’éliminer, mais on n’élimine pas la justice. Tremblez, iniques privilégiés, les gens du peuple veulent la justice, et vos quatre vérités n’ont pas fini de vous éclater à la gueule.

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Pour conclure l’année : affaire Matzneff, le consentement au crime des élites

 Screenshot_2019-12-28 christian andreo sur Twitter Formidable révélateur de pourritures cette affaire #matznef Avec une dim[...]*

J’ai lu beaucoup d’auteurs de mon époque, et pas seulement des meilleurs, mais je n’ai jamais lu un seul livre de Gabriel Matzneff. Je savais comme tout le monde qu’il y racontait ses aventures « amoureuses » avec de très jeunes garçons et filles et je n’avais pas envie de lire ça. J’ignorais la teneur exacte de ces récits, dont je découvre des extraits aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Ainsi ce type se vantait, avec tous les honneurs du milieu, de violer des garçons âgés de 8 à 11 ans, en s’amusant qu’ils lui reprochent la brutalité de ses sodomies. Je regrette de n’avoir pas cherché à savoir plus tôt qui il était, au-delà du beau rôle qu’il tâchait de se donner, je regrette d’avoir en quelque sorte préféré éviter cette question dégoûtante, comme on le faisait trop souvent à cette époque. Qu’il soit manifestement un écrivain très médiocre, contrairement à ce qu’il semble croire, les pages qui circulent en ligne le disent assez : ce n’est évidemment pas le plus grave, mais cela révèle d’autant plus l’ignominie de la « mafia » (comme dit Denise Bombardier, blacklistée pendant trente ans par les médias français pour avoir défendu les droits des enfants face à Matzneff et Pivot), mafia qui le soutient depuis des décennies au nom de la littérature ; cette mafia qui se serre les coudes dans les affaires de pédocriminalité comme dans bien d’autres saloperies. Bravo à Vanessa Springora d’avoir mis les pieds dans le plat. Son livre paraît au bon moment pour révéler la puanteur du milieu médiatico-littéraire (qui m’a éliminée pour avoir dénoncé cette puanteur dans mon roman Forêt profonde en 2007). Cette bande de cinglé·e·s impuissant·e·s a sévi beaucoup trop longtemps mais comme on le voit, ils ne l’emporteront pas au paradis.

Pour un type qui n’a rien fait d’autre de sa vie que violer des enfants et se pavaner en le racontant, nulle nécessité de lutter pour sa retraite. Matzneff, au lieu de finir de moisir en prison, bénéficie d’un logement de la Ville de Paris depuis 1994, a reçu 40 000 euros de l’Académie française en 1987 et 3000 en 2009, reçoit une pension de 7500 euros par an (peut-être plus, le montant est secret ! et il peut aller jusqu’à 24 000 euros) de la Société des Gens de lettres, et Le Point, avec ses millions de subventions d’argent public aussi, complète sa rente en lui confiant une chronique (indigente). Le type est publié par Gallimard. Et soutenu encore aujourd’hui par maintes momies de tous âges (31-12-19 : cf Libé et sa chronique immonde sur le droit des adultes à une sexualité libre, et son portrait tout aussi infect de Vanessa Springora par l’un des lécheurs de Matzneff, Luc Le Vaillant), traînant encore dans leur corps, dans leur esprit, la boue de tout ce que le siècle dernier charria d’immonde. Car cette affaire jette un éclairage sur le passé, mais sur un passé qui perdure, qui continue à nuire. En 2013, ce violeur, décoré de la Légion d’honneur, recevait le prix Renaudot Essai pour un livre où il vantait, comme d’habitude, ses crimes. Fin novembre, le site ActuaLitté présentait le livre de Vanessa Springora comme «  l’histoire d’une romance qui dégénère entre une adolescente de 13 ans et un homme d’une cinquantaine d’années ». Une romance ? Depuis le scandale, ils se sont ravisés dans leurs termes, mais leur première appréciation, comme celle de Pivot parlant de « morale », révèle le fond crasseux de ce milieu.

Matzneff maintenant cloué au pilori n’est que l’image infecte, ridicule et pitoyable de ce qu’ils sont – pourris jusqu’à l’os, incapables de seulement sortir de leur conditionnement pour prendre conscience de ce dont aujourd’hui, grâce au travail de dévoilement accompli par des femmes, nous prenons clairement conscience. Incapables de se défaire de ce linge si sale qu’on se glorifiait, en France, de garder en famille (ou même de vanter internationalement, comme pour Macron et sa prof), ce linge si sale qui leur colle à la peau à force de ne l’avoir jamais ni changé ni lavé, ce linge sale qui se confond avec leur peau, leurs yeux qu’ils sont incapables de dessiller.

Matzneff. Ce n’est pas un nom isolé. Loin de là. Les mafieux sont les gens les moins isolés du monde. Citons parmi eux, par exemple, Sartre (qui se vanta aussi d’avoir dépucelé une jeune adolescente à l’hôtel, vite fait, avec beaucoup de dégoût, selon sa manière habituelle). Beauvoir (qui abusa de maintes jeunes filles, pour son propre compte ou pour les livrer à Sartre). Ou, encore de ce monde, les réseaux de BHL et parmi leurs loupiotes rouges Moix ou Angot (31-12-19 : retournage de veste, Angot après avoir, comme Moix, défendu publiquement Matzneff, lui fait maintenant la leçon dans Le Monde, toute honte bue, perpétuant l’entresoi et la lâcheté de cette clique), ceux de Sollers, éditeur de Matzneff, avec sa commère Savigneau (qui continue à soutenir Matzneff) et des dizaines d’autres plumitifs de l’édition et des médias.

Finalement Matzneff est pitoyable. Pitoyable de n’avoir pas été capable d’autre chose que de violer des enfants. Pitoyable de se prendre pour un bon écrivain alors qu’il ne l’est pas. Pitoyable de se croire digne et persécuté alors qu’il est ignoble et persécuteur de petits. Pitoyable de croire qu’il a été aimé, alors qu’il n’a évidemment pu susciter qu’une illusion d’amour. Pitoyable. Et ses complices avec lui. Leur effondrement continue. Très bonne année ! Ce n’est pas un souhait mais un constat, sur l’année qui vient de passer. Et qui annonce une nouvelle bonne année, de nouvelles bonnes années, à faire et voir tomber le vieux monde infect.

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Epstein, Clinton, Macron et les pizzas

Ces jours-ci à Paris

Ces jours-ci à Paris

 

L’affaire Epstein ravive la théorie du Pizzagate. « En même temps », Macron fait sa com sur sa consommation de pizzas en famille. N’est pas maître des horloges qui veut. Les défenseurs du trafic d’enfants serviront-ils l’argument de la « sapiosexualité », comme dit sa secrétaire d’État Schiappa, pour justifier le fait que ces « fleurs », comme les appelle l’un de leurs consommateurs, soient livrées au viol organisé ? Diront-ils qu’elles étaient sexuellement attirées par l’intelligence de ces messieurs « puissants », si peu puissants en vérité qu’il leur faut de la chair d’enfant pour s’assurer quelque satisfaction qui n’engage pas leur (inexistante) liberté ?

Quand, en France, se décidera-t-on à lutter contre la pédocriminalité ?

 

George Pell, n°3 du Vatican, condamné : l’Apocalypse continue

Comme on le sait, apocalypse signifie révélation. Il est indéniable que nous vivons un temps de révélations sur toutes les institutions dominantes et leurs représentants. Qu’ils aient ou non été décrétés sacrés, les livres contiennent la littérature qui nous permet de mieux comprendre et imager les événements que nous vivons, c’est pourquoi j’emploie ici – sans religiosité – le terme littéraire (grec) d’apocalypse pour mettre en évidence ce qui se passe.

 

 

George Pell, n°3 du Vatican, reconnu coupable de viol et abus sexuels sur mineurs, encourt jusqu’à cinquante ans de réclusion criminelle. Il ne manque plus qu’à trouver des preuves que Jorge Bergoglio, le pape actuel, a bel et bien dénoncé de jeunes prêtres et les a envoyés à la torture sous la dictature, pour achever le tableau d’une église catholique comme gigantesque imposture et empire du mal, heureusement en train de s’effondrer.

C’est en connaissance de cause que le pape François avait promu George Pell grand trésorier et n°3 du Vatican. Il y avait longtemps qu’il était dénoncé en Australie pour avoir couvert des prêtres pédocriminels et avoir lui-même violé des enfants. Il l’a protégé à Rome aussi longtemps que possible, lui évitant de se rendre en Australie où la justice le convoquait. Le scandale était immense en Australie, où de nombreuses victimes témoignaient des sévices subis, tandis que d’autres n’y avaient pas survécu, finissant suicidées ou mortes par overdose.

Tout en protégeant son immonde collaborateur, qui déclarait avec cynisme que les affaires de pédophilie n’avaient selon lui « pas grand intérêt », le pape multipliait, jusqu’à ces jours derniers, les discours de condamnation des abus sexuels – sans jamais rien faire de concret contre les violeurs et pour les victimes, comme elles l’ont déploré encore cette semaine au terme d’un « sommet sur la pédophilie » qui s’est conclu par… une accusation contre Satan et le paganisme, et le reste de la société.

Ce jésuite, comme Macron éduqué par les jésuites, pratique l’en-même-temps de tous les hypocrites. Belles paroles, actes criminels. La même politique est pratiquée par nos élites formatées par la culture catholique. Dernier exemple en date : Macron se faisant photographier accroupi devant la tente d’un SDF alors qu’il a programmé un plan d’économie de 57 millions d’euros sur les centres d’hébergement et de réinsertion sociale. Macron comme Bergoglio sont des illusionnistes, jouant le « que tout change pour que rien ne change » (selon la fameuse formule du personnage opportuniste dans le roman préféré du pape, roman prisé aussi de Macron, Le Guépard) : il s’agit de donner l’impression par le discours qu’on promeut le changement, alors qu’on fait tout pour que rien ne change, ou même pour que tout empire, en renforçant toutes les dictatures, internes et externes.

Rappelons que, dans les faits, le pape est de tous les combats contre la liberté. Il a reçu Constanza Miriano, auteure d’un livre on ne peut plus misogyne, Marie-toi et sois soumise, publié par l’archevêché de Grenade. Il refuse de répondre aux associations qui aident quelque 300 000 ex-bébés volés par le biais de l’église espagnole, sous le franquisme et plus tard, à retrouver leur mère qui les cherche. Des cas similaires existent ailleurs dans le monde, où l’église a été l’instrument des dictatures (notamment argentine) pour enlever des bébés à leurs parents opposants au régime ou dans des pays où l’évangélisation s’est faite sous acculturation forcée et vols d’enfants. En 2015, il a rejeté le nouvel ambassadeur français pour cause d’homosexualité (pourtant vécue discrètement, sans militantisme) – ce qui est assez comique à l’heure de la sortie du livre Sodoma, sur « l’omniprésence d’homosexuels » au Vatican et dans l’église.

Jusqu’à ces jours derniers, George Pell était toujours n°3 du Vatican. Le pape n’avait prononcé aucune sanction contre lui, pas plus que contre Barbarin, honteusement protégé en France par un Parquet aux ordres de l’État. La blancheur dont l’église et ses disciples, dont Macron et son monde font partie, aiment se parer, fond plus vite que les glaces du Pôle Nord en ce moment. Le mouvement MeToo, celui des Gilets jaunes et d’autres activistes révèle la corruption aux multiples têtes hideuses des élites de ce monde. Cette fonte de façade charrie des torrents de boues toxiques, dont il nous faut nettoyer nos pays, nos terres, comme de la pollution chimique afin d’y restaurer une possibilité de vie pour l’humanité.

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Sexe, mensonge et vidéo (actualisé)

Vendredi soir : j’ajoute ce lien France Inter comprenant des récits de témoins et des PV d’audition accablants pour Di Falco, et pour sa mère la pute l’église qui comme d’habitude n’a rien fait, l’a au contraire promu.
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Mgr Di Falco de nouveau accusé de viols sur enfants. L’affaire est ancienne mais ce qui est actuel c’est la réitération du mensonge par cet homme, mensonge qui redouble le viol. Et le fait que la prescription en matière de pédocriminalité n’est toujours pas supprimée. Si le droit n’évolue pas, la société s’embourbe.

Mieux vaut voir un pénis sur un mur que le pénis du curé dans la sacristie. L’œuvre d’un street artist belge va être effacée dans les semaines qui viennent – d’ici là, les jeunes filles du lycée catholique d’en face et les femmes voilées dans la rue, entre autres, auront eu, s’il leur arrive de lever le nez, l’occasion de songer.

 

Un pénis géant peint sur un mur embarrasse Bruxelles
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Actualité de « Totem et Tabou », au prisme de la Bible et du Coran

image-20160816-13028-196kroa« Le Sacrifice d’Abraham », Charles Le Brun, vers 1650-1655 (détail). Louvre Lens, exposition « Charles Le Brun, peintre du Roi Soleil ». Gregory Lejeune/Flickr

Alina Reyes, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

Les religions abrahamiques reposent sur le sacrifice consenti par Abraham de son fils. La fin heureuse rapportée au chapitre 22 de la _Genèse _, avec le remplacement in extremis de l’enfant par un bélier (objet de remplacement qui évoque davantage un mâle mûr, un père tyrannique, qu’un enfant), ne suffit pas à apaiser les consciences.

Anthony van Dyck Crucifixion.

Le christianisme viendra apporter une justification supplémentaire à celles déjà données par la Torah en réaffirmant avec force que le sacrifice du fils, bel et bien « agneau » et non bélier, est la volonté de Dieu lui-même, identifié au père. L’islam reprend l’histoire biblique (Coran 37, 102-111) et tout en refusant vigoureusement son développement chrétien, la crucifixion de Jésus, trouve un autre moyen de racheter le geste d’Abraham, hautement loué dans le Coran comme acte de soumission à Dieu mais continuant à travailler souterrainement les consciences.

Matthias Stomer (1600-1650) : le sacrifice d’Abraham.

Abraham sacrifiant son fils est l’anti-Oedipe. Ces deux pôles du psychisme et de la pensée permettent de mesurer l’écart entre l’esprit sémitique et l’esprit grec. On ne peut considérer le meurtre involontaire de son père par Oedipe en faisant abstraction du sacrifice délibéré de sa fille par Agamemnon.

Frans de Jong. Le sacrifice d’Iphigénie (vers 1700).

La tragédie grecque, telle une Dikè, équilibre les mythes et les fautes des hommes, égarements dont elle les purifie en leur enjoignant d’en assumer les conséquences, tout en les dédouanant de l’énormité de la culpabilité par la mise en avant du rôle des dieux dont ils sont les jouets – autrement dit le poids de la condition humaine, où l’horreur se compense par la grandeur, et où l’insoumission ou la soumission au destin se dépassent par l’affirmation de l’humain, de sa pensée, de sa volonté, de son aspiration à la lumière par-delà ses aveuglements.

Freud et le meurtre du père originaire

Freud a développé sa version du péché originel dans _Totem et Tabou _ :

« Un jour, les frères qui avaient été chassés se coalisèrent, tuèrent et mangèrent le père, mettant ainsi fin à la horde paternelle. […] Le père originaire tyrannique avait certainement été le modèle envié et redouté de chacun des membres de la troupe des frères. Dès lors, dans l’acte de le manger, ils parvenaient à réaliser l’identification avec lui, s’appropriaient chacun une partie de sa force. Le repas totémique, peut-être la première fête de l’humanité, serait la répétition et la commémoration de ce geste criminel mémorable qui a été au commencement de tant de choses, organisations sociales, restrictions morales et religion. »

Saturne (Francisco Goya).

Ce tableau saisissant, digne d’un Goya, tel un repentir de son Saturne dévorant un de ses enfants, n’est étayé par aucune étude anthropologique à ce jour, et plus que jamais largement contesté par la communauté scientifique. Il s’agit en fait d’une profession de foi.

Ce fantasme spectaculaire est l’aveu d’une croyance en la culpabilité de l’homme, indépassable car inscrite à jamais dans sa chair à travers les générations (rien à faire, le père a été mangé, la victime de ses fils, nous, habite dans notre chair, un peu comme, dirait Hugo, « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn »), doublée d’un assentiment au crime qui a été commis : puisqu’il a permis le développement de la culture.

La faute liée à la connaissance

Comme dans la Bible, la faute est liée à la science et au progrès. Adam pèche en goûtant, après Ève, le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le premier meurtre de l’histoire sera commis par l’un de leurs enfants. L’assassinat d’Abel par le cultivateur Caïn est un fratricide. La civilisation est désormais en marche, comme Caïn condamnée à courir le monde.

Caïn tuant Abel par Rubens.

En déplaçant la culpabilité sur tous les fils alliés, Freud perpétue en sous-main le rejet de la faute originelle sur la femme (les frères agissant selon lui pour la possession des femelles, nous pouvons en conclure que le crime est la faute des femmes… comme le viol est la faute des minijupes), et élimine la possibilité du juste, de l’innocent (Abel) ou même, comme le figurent les Évangiles, du bon larron – le pécheur que son bon cœur rachète.

Alors que sa dernière fille était adolescente, Freud s’est-il résolu à inventer ce mythe originel jusque-là tenu caché sous son complexe d’Oedipe pour échapper à sa culpabilité de père ? A-t-il préféré s’investir dans la posture du père (de la psychanalyse) « mangé » par ses disciples ? Et plus largement, se reconnaître coupable, et avec lui toute l’humanité, d’un crime justifiable, commis en tant que fils envers un père tyrannique, plutôt que d’assumer les erreurs commises par tout parent envers ses enfants faibles et innocents, erreurs qui sont parfois des fautes, voire des crimes ?

Au cœur de la sourate de La Caverne

Le Coran, troisième ensemble d’écrits découlant du mythe abrahamique fondateur, a perçu ce risque fatal, cette chute de l’homme dans le nihilisme intégral, cette vision de l’homme comme indépassablement marqué par et pour la mort – nihilisme dans lequel, au nom de ces mêmes écrits, des hommes n’ont cessé ou ne cessent de tomber, en contradiction avec les solutions de guérison apportées par leurs textes.

Au centre phonologique du Coran, le verset 74 de la sourate La Caverne raconte le meurtre, par le guide de Moïse, sans raison apparente, d’un jeune homme rencontré en chemin. La situation est a priori l’inverse de celle présentée par Freud. Ici c’est un idéal de père, le « guide », l’esprit du patriarche, qui tue un jeune homme.

L’heureux dénouement du sacrifice abrahamique n’ayant pas suffi à libérer l’homme de sa culpabilité, au lieu d’essayer de l’en délivrer comme Freud en inversant le sens du sacrifice et en diffusant la faute dans toute l’humanité, ce qui revient à la fois à la condamner spirituellement et à lui éviter d’en assumer la responsabilité, comme dans les systèmes de délégation totalitaires, le Coran soudain la regarde en face et laisse au lecteur, via Moïse, le temps de la stupeur puis de la révolte devant une si monstrueuse iniquité.

Avant de dérouler une explication laborieuse, dont Voltaire se moquera de façon détournée : la mise à mort du jeune homme était destinée à l’empêcher de commettre les crimes qu’il aurait commis s’il avait vécu.

Le désir du meurtre (de qui ?)

Andrea del Sarto, Sacrifice d’Abraham (vers 1528).
Art Gallery ErgsArt — by ErgSap/Flickr

D’un point de vue psychanalytique, nous retombons parfaitement sur nos pieds : le désir originel de meurtre ne vient pas du fils, mais du père. C’est lui qui, par conviction paranoïaque que l’enfant est habité par ses propres pensées criminelles, et par désir de les cacher au monde et à lui-même, tend à vouloir l’éliminer.

Voilà une leçon politique pour tous les âges : pris dans les rets du mensonge originel, qu’il soit religieux ou athée, des hommes réagissent en décidant de vouer l’humanité à la mort. De jardin et pour la vie, le monde est changé en cimetière. Aux jardiniers de débroussailler l’affaire, afin de la rendre vivable en neutralisant ses effets dévastateurs, pour les hommes et plus encore pour les femmes, éternelles suspectes à mettre sous voile ou tutelle.

The Conversation

Alina Reyes, Doctorante, littérature comparée, Maison de la Recherche, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Dessins de presse sur l’affaire Barbarin

Je remets cette note du 21 mars dernier en haut de page parce que l’affaire n’est pas finie (nouvelles plaintes, 5 prêtres accusés d’abus sexuels dans le diocèse de Lyon à ce jour, perquisition à l’évêché)… parce que Barbarin s’accroche… et j’y ajoute d’autres dessins récoltés depuis.

Je continue à actualiser la note quand je trouve de nouveaux dessins, en général sur Twitter. Voir aussi ma note avec les dessins formidables sur le cardinal George Pell, n°3 du Vatican accusé de pire que le cardinal Barbarin.

barbarinbaudrypédocurésmikoCapture du 2016-04-02 12:00:24

noder,noder

baudryfusina barbarin

babouse menegol pez canary pete severin millet barba papam
yso pe

samson

rodho ballouhey rodho, frizou CH barbarin barbarin, groland schwartz maëster barbarin,, barbarin; barbarin;; barbarin! karak barbarin!! nawak piet luz athee rire nawak, barbarin: toad

barrigueransongoubellecreseveurcaremesaucissonbaudryraf soulcié berth noderpezbaudry

Sex Abuse Coverups : Cardinal George Pell in Cartoons

LeLievreLe cardinal George Pell, accusé d’avoir couvert d’innombrables crimes pédophiles en Australie (il y en eut des milliers, dont au moins des dizaines directement sous son règne) a été nommé par le pape François, en connaissance de cause, grand argentier, soit n°3 du Vatican. Immense scandale en Australie, où l’on n’hésite pas à le qualifier de diabolique. Il y a quelques semaines, il a répondu à la commission d’enquête qu’il était sans doute au courant mais qu’il ne se souvenait plus bien de tout cela, et que de toute façon cela n’avait « pas grand intérêt ». Dans la paroisse où il était évêque, ces viols commis pendant des années par plusieurs prêtres continuent d’avoir des conséquences, avec un taux anormalement élevé de suicides et de violence. Le cardinal Barbarin était papabile, soit l’un des cardinaux susceptibles de devenir le prochain pape. En attendant, le pape François a donc élevé ce type infect et poursuivi par la justice aux plus hautes fonctions dans l’Église, tout en mettant en place, pour la galerie, une commission chargée de gérer le problème de la pédophilie du clergé – commission inerte, dont un membre a pour cette raison déjà démissionné. (Voir aussi ma note -actualisée- avec les dessins de presse sur l’affaire Barbarin.) Voici donc, sur Pell, les cartoons, dont beaucoup de formidables, que j’ai collectés sur Twitter.

pell$john grahamprior david pope pell roy david row tandberg gpell prior, daryl cagle georgepell 3monkey pell, gpell, lewis tiedemann georgepell, pell,, gpell,,
georgepell,, pell; davidpope gpell; broelman davidpope, lelievre twoih georgepell; pell;; sexabuse gpell;; peter fitz georgepell;; pell! gpell! georgepell! pell!! dyson pell!!! atheist republicmdavidzanettizanetti, Eric Lobbecke andrew dyson ranson george pell cardinal

Sodome, Babylone, Babel : l’Église est foutue.

lumierephoto Alina Reyes

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Être libre en se laissant conduire par un esclave ? Ça va pas, la tête ?
Socrate, in Platon, le Lysis (ma libre traduction)

Pourquoi, quand je tentai d’être catholique, aurais-je dû me soumettre à des prélats moins libres et moins instruits que moi ?

En contradiction totale avec l’enseignement de Jésus, qui a demandé qu’on n’appelle personne père sur cette terre, c’est-à-dire qu’on ne se soumette à aucune autorité spirituelle humaine, l’Église a régné jusqu’ici par la domination, établie à coups de bûchers, d’inquisitions, de croisades, d’évangélisations forcées, de persécutions et meurtres de masse, de déculturations brutales, de négation des femmes, de vols, exploitations et viols d’enfants, de jeunes et de pauvres, d’accointances et de complicité avec les pires régimes d’oppression, de combat contre les tentatives politiques de libération de l’homme et de la femme. Elle s’est abritée derrière un discours d’amour pour commettre turpitudes et iniquités, et derrière une prétention de médiatrice de Dieu pour régner sur les âmes et les esprits.

La pédocriminalité affecte tous les milieux mais dans l’Église, malgré le peu de dénonciations dû justement à son système de domination et d’intimidation, c’est une tradition séculaire qui conforte son autorité sur les êtres et son déni de la commune loi humaine et sociale. Tradition qui comprend aussi une acceptation ou même une promotion de la maltraitance envers les enfants : sans revenir aux histoires, dont certaines encore très récentes, de vols ou d’exploitations d’enfants, n’oublions pas que le chœur dirigé par le frère de Benoît XVI a dû faire face à des révélations de maltraitances physiques et sexuelles des enfants, et que l’année dernière en audience publique, retransmise sur les télévisions du monde entier, le pape François déclarait qu’il trouvait « beau » qu’un père batte ses enfants.

L’Église, édifice fortement hiérarchisé et système d’apartheid (envers les femmes, les homosexuels, les divorcés remariés), est en train de s’écrouler comme la tour de Babel, précisément à cause de sa hiérarchie, qui est un orgueil de hauteur, et de son apartheid, qui est un grave défaut de construction. Elle est déjà une ruine, le vent s’engouffre entre ses pierres manquantes ou tombées, ce qui s’y fait dans l’ombre commence à apparaître au jour.

Dans un monde où les femmes sont aussi instruites que les hommes et ont les mêmes droits civiques, où tous les humains peu à peu gagnent accès à l’instruction et aux droits civiques, où les droits des enfants sont revendiqués, l’Église n’a plus lieu d’être, perd chaque jour un peu plus son lieu d’être. Tout y est à laisser tomber, et à réinventer, ailleurs. Retour à la belle vie des tentes pour les survivants !

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Outreau ou la banalité de l’infamie en France

Qu’avons-nous vu pendant ce procès « Outreau 3 » ? Tous les acquittés et condamnés auditionnés « interdits de parler » sauf pour dire « j’ai menti quand j’ai avoué et quand j’ai dénoncé l’accusé, rien ne s’est passé, personne n’était là, l’accusé est innocent, j’ai rien d’autre à dire » – et leur parole reçue par la presse comme parole d’évangile.

Le procès est passé, mais la nécessité de continuer à occulter la vérité, pour que ne s’écroulent pas les conclusions des trois procès, n’a pas fini de poser problème.

La justice a-t-elle été rendue ? Non. La justice sera rendue quand toute la vérité sera faite. Des enfants morts ou suppliciés demandent justice.

Il y a une composante sexiste dans le traitement de l’affaire d’Outreau, avec une Badaoui plus honnie que son monstre de mari. Mais aussi, secrètement, une composante raciste. Pourquoi Thierry Delay, avant de commencer à violer le fils de sa femme, l’humilia-t-il constamment d’insultes racistes et changea-t-il son prénom, Chérif, en Kevin ? Là est la source de toute l’affaire. C’est cette haine raciste qui a justifié le viol de l’enfant, et c’est à partir de ce passage à l’acte que le processus morbide et criminel s’est étendu comme une lèpre, que l’abjection s’est étendue aux voisins, aux amis et amis d’amis, et aux dépens d’autres enfants, jusqu’au meurtre. Pourquoi l’abbé Wiel, principal accusé après les deux premiers couples de parents, entonna-t-il la Marseillaise, quand il fut confondu par Myriam Badaoui ? Pourquoi s’étonna-t-il, une fois en prison, que l’administration pénitentiaire respecte les interdits alimentaires des musulmans ?

Si les enfants Delay étaient blonds, et si Daniel Legrand et les autres acquittés étaient d’origine maghrébine, soutiendrait-on ces derniers de la même façon ? Si tous les acquittés étaient africains et si les enfants Delay étaient aryens, justice et médias traiteraient-ils l’affaire d’Outreau de la même façon ? Si tous les acquittés étaient immigrés, et les enfants Delay bourgeois, justice et médias traiteraient-ils l’affaire d’Outreau de la même façon ? Si des blondinets des beaux quartiers avaient été violés pendant des années par des miséreux basanés, la justice et les médias se seraient-ils acharnés à dire que les enfants avaient rêvé, et à présenter les accusés comme des victimes ?

Tous les enfants de France ont-ils la même valeur aux yeux de la justice et des médias ? Y a-t-il en France des enfants qu’on pousse à se taire quand ils sont victimes ? Y a t-il des notables qu’on protège ?

Y a-t-il en France des journalistes moralement corrompus, défenseurs de l’ordre des notables au prix de la négation du supplice des enfants ? Y a-t-il en France des médias vendus aux industriels qui les possèdent et à l’argent public, qui font présidents et décisions de justice ? Y a-t-il en France une complicité entre les médias et les politiques, les médias et la justice ? Y a-t-il atteinte à la démocratie ?

Y a-t-il en France des pédophiles et pédocriminels délibérément impunis ? Y a-t-il exploitation du tabou de l’inceste et de la pédophilie pour endormir les consciences ? Y a-t-il en France une acceptation tacite des viols d’enfants ? Y a-t-il des silences qui s’achètent ? Y a-t-il lâcheté des adultes ?

Y a-t-il en France des connivences entre les institutions catholiques et les pouvoirs médiatiques et judiciaires contre l’intérêt des enfants ? Y a-t-il une culture catholique qui convainc les victimes de viol, directement ou sournoisement, qu’elles ont péché, et qu’il leur faut déposer ce « poids », l’oublier, renoncer à dénoncer les coupables, transformés eux aussi en victimes ? Y a-t-il manipulation des « âmes », inversion et confusion du bien et du mal en vue d’anesthésier le sens du combat ? Y a-t-il en France une clique de hyènes religieuses, à l’affût des assassins et des souffrants pour les faire taire et les amener à elle, un autre enfermement, et neutraliser leur légitime désir de justice ?

Y a-t-il en France un intérêt politique à maintenir une partie de la population en situation de réserve, de chair à canon et à prostitution, et prétexte à tous abus, surveillance et oppression, sur l’ensemble des citoyens ? Y a-t-il en France mépris de la « populace » par nos « élites » vulgaires, et licence de violer les droits de l’homme au nom de ce mépris ? Y a-t-il en France des « élites » convaincues que le bon droit et la règle de vie consistent à trahir, déformer, occulter la vérité ? Y a-t-il en France, dans les sphères dominantes, banalité de l’infamie ? Manipulation méthodique et quotidienne du réel, du vrai ? Y a-t-il en France, parmi les « élites », prostitution générale des esprits ? Des morts-vivants effrayés par la lumière du jour ?

Maintenant, la presse et la justice devront répondre de ce qu’il adviendra après ce verdict.

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Trois forts moments de vérité dans le procès Outreau 3

Avant-hier : l’évocation du meurtre de la petite fille par Dimitri Delay

Le meurtre de cet enfant a été décrit par Daniel Legrand et par Myriam Badaoui. Lundi à la barre, la parole très ferme de Dimitri Delay, confirmant ses accusations contre Daniel Legrand, a été un grand moment de vérité. Et à l’intérieur de ce moment, celui où il a évoqué cette petite fille qui était là, avec laquelle ses frères et lui jouaient à la cabane dans une pièce, puis que les adultes appelèrent. Puis les cris de l’enfant, et ceux de Thierry Delay, décrit par Legrand et Badaoui comme l’ayant sauvagement assassinée parce qu’il ne supportait pas ses hurlements d’enfant violée par un vieux auquel elle était livrée. Un assassinat malheureusement vraisemblable, ils ne sont pas rares dans ce genre d’affaires. Dimitri a aussi évoqué un bébé mis dans un sac. Mais l’enquête et la presse occultent complètement ces faits, déclarés imaginaires.

Hier : l’évocation du corps de Chérif Delay enfant par l’abbé Wiel

L’abbé, acquitté après avoir été, des acquittés, le plus lourdement condamné, a parlé hier du « corps » de l’enfant au tribunal, qu’il observait. Ce même abbé, depuis 2005, s’est répandu dans tous les médias, dans toute la France et dans un livre, en prétendant que les enfants Delay, ses voisins de palier, avaient menti, qu’ils n’avaient jamais été violés, même par leurs parents. En contradiction avec la vérité judiciaire, avec les aveux mêmes des parents, et les preuves physiques des violences et viols qu’ils ont subis. Pourquoi nie-t-il ainsi ? Dix ans plus tard, il déclare comme les autres n’avoir rien à dire de plus, qu’il ne s’est rien passé – mais son inconscient produit ce moment de vérité où il évoque le corps contemplé de l’enfant.

Aujourd’hui : l’expertise qui consolide la validité des aveux de Daniel Legrand

L’expert qui a analysé l’accusé, Daniel Legrand, en 2002, a affirmé ce matin qu’il n’avait « aucune tendance à l’affabulation ». Son caractère très visiblement peu cérébral laisse penser qu’il n’en a pas la capacité, ajouterais-je. Quoiqu’il en soit, cette absence totale de disposition à l’affabulation ne signifie-t-elle pas que les aveux qu’il produisit, par trois fois, avec des détails très réalistes sur les faits, n’ont pas été, comme il l’a prétendu par la suite, inventés ? D’autant que ces aveux se sont avérés recouper d’autres déclarations d’enfants et d’adultes.

Qu’est-ce qu’un monde qui ferme les yeux sur le supplice d’enfants et cherche en chœur à disculper leurs bourreaux, ou un homme comme Daniel Legrand qui a pourtant produit des aveux circonstanciés et continue d’être accusé par des enfants aujourd’hui devenus adultes ? L’œil est dans la tombe de ce monde, l’œil de la petite morte, des petits morts et suppliciés à qui il refuse de rendre justice. Au-dessus de cette décharge publique de mensonges, la vérité se fait jour dans la roche, rien ne l’arrêtera, rien jamais ne peut arrêter la vérité, et à son heure, elle surgira en torrent et noiera l’infamie.

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La misère morale

Quand je travaillais dans une entreprise ostréicole, il y avait à côté de moi, à la chaîne, une jeune femme enceinte qui se vantait de baiser avec un chien, un berger allemand ; et une autre femme, alcoolique, dont le mari avait tué leur fils. J’ai demandé à pouvoir travailler avec les Roms, embauchées à la même tâche mais pas mélangées avec les autres. L’ambiance était beaucoup plus légère avec elles.

Là et ailleurs j’ai connu des milieux de misère, je sais ce qui peut s’y passer, la misère morale qui peut aussi s’y emparer des gens. Comme dans l’affaire d’Outreau, dont je suis le procès avec attention, jusqu’à la fin de cette semaine. Je sais aussi que cette misère morale peut être aussi présente, aussi grande, dans des milieux aisés. C’est d’ailleurs ce qui entretient les réseaux pédocriminels, la vente des vidéos à des milliers d’euros, voire la vente directe d’enfants. La misère morale fait se rejoindre tous les milieux.

La misère morale prend aussi d’autres formes que directement physiques ou sexuelles, elle est politique, elle fait l’obscénité de ce monde où les riches s’enrichissent sans cesse aux dépens de plus en plus de monde, où les puissants organisent leur domination, leur surveillance, leur terreur, leur propagande, aux dépens des peuples. La misère morale pousse sur le fumier des cœurs morts. Elle piétine les enfants et les victimes, comme la justice et les médias tout au long de cette affaire de viols et de meurtres d’enfants à Outreau.

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L’Église et la justice, deux institutions protectrices de la pédocriminalité

Sous le choc en apprenant que Michelle Martin-Dutroux, kidnappeuse d’enfants, violeuse d’enfants, bourreau d’enfants séquestrés, meurtrière d’enfants, après avoir obtenu, grâce à un couvent qui a offert de l’héberger, de sortir prématurément de prison – au bout de huit ans, sur les trente auxquels elle était condamnée – et après avoir organisé son insolvabilité pour n’avoir pas à indemniser les victimes,

sous le choc en apprenant que cette ordure, après tant de traitements de faveur, est maintenant hébergée par un ancien juge, qui a aménagé pour elle trois pièces au premier étage de sa maison – et qui parle de lui et d’elle comme « prince et princesse ». Princes de ce monde, comme on appelle le diable, le mal.

Comme dans l’affaire d’Outreau, l’affaire Dutroux a été jugée de façon à enterrer un grand nombre de faits et d’impliqués. L’existence manifeste d’un réseau a été niée, on a conclu au pédocriminel isolé. Le silence des pires meurtriers est ce qui se vend et s’achète le mieux.

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