Sollers plagiaire et autres illusionnaires

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Comme j’avais oublié ma carte de bibliothèque dans mon sac à dos resté à la maison, et comme j’avais envie de livres, je suis entrée à la Maison de la Presse, voir ce que je pourrais trouver en poche. Ma parole, sur la table ça clignotait de partout, les bandeaux rouges, ou jaunes, ou d’autres couleurs, barrant les livres avec leurs promesses aguicheuses ! J’en ai sorti mon carnet, pour noter quelques-uns des mots en train de faire de l’œil au chaland : Fascinant… Saisissant… Un maître… Détonant… Bouleversant… Palpitant… Incontournable… Retenez bien ce nom… Absolument extraordinaire… Poignant… Le livre de l’année… Formidable… Addictif… Rare… D’une intensité folle… Essentiel… Jeune prodige… Nouveauté… Révélation… Déjà un million d’exemplaires vendus… Livre-culte… Quelle ambiance !… Une réussite totale… Waw ! Seuls quelques titres comme La montagne magique de Thomas Mann s’exposaient nus, sans feuille de vigne ni lanterne rouge rédigée par l’éditeur afin de mieux écouler son produit.

Sollers a fait des études de commerce, et sans doute, directeur de collection (c’est-à-dire vivant de droits d’auteur sur des livres dont il n’est pas l’auteur), s’en sort-il en ce domaine. Mais pour la littérature, il est autodidacte. Certains s’en sortent bien, d’autres assimilent très mal ce qu’ils lisent avec un cerveau formaté pour tout autre chose et en gardent une sorte de complexe qui les fait courir après un besoin de reconnaissance de ceux dont ils voudraient être les pairs. Debord, Bourdieu, Foucault et bien d’autres ne se sont pas privés de dénoncer l’imposture qu’étaient Sollers et quelques autres faiseurs médiatiques. Pour ma part, j’ai fait un saut, un temps, dans cette mare aux illusions parce qu’elle me servit de muse. J’allais sous le ciel, muse, et j’étais ton féal, comme dit Rimbaud. Ça a l’air charmant, or c’est très violent. Mais le plus gros problème fut que la muse en question s’avéra très mauvaise joueuse et se changea en harpie vengeresse.

 

Extrait du pillage de mes livres par Haenel, poulain de Sollers

Extrait du pillage de mes livres par Haenel, poulain de Sollers (en rouge, mes phrases, en bleu les « siennes »)

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Extrait des plagiats de Sollers relevés par Damien Taelman

Extrait des plagiats de Sollers relevés par Damien Taelman

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C’est ainsi que je découvris le pillage de plusieurs de mes livres, et spécialement de Forêt profonde, dans le roman d’un poulain de Sollers en 2007. Je relevai l’affaire (détaillée à partir de la page 125 de ce texte) et la portai en justice. Comment aurais-je pu gagner face à Gallimard et son parrain du milieu littéraire ? Je perdis, mais au moins j’avais réagi. Et j’ai ri cette nuit en découvrant par hasard ce texte de Damien Taelman recensant les innombrables plagiats commis par Sollers dans son livre Mouvement, dont j’ignorais l’existence, paru en 2016. Se faisant passer pour traducteur du chinois, il n’a en fait que plagié éhontément d’autres traducteurs, des anthologies, etc., et entrecoupé « ses » traductions de plagiats d’autres auteurs, tels Nietzsche ou Artaud. J’ai pensé à l’un de mes élèves, dont les résultats étaient toujours médiocres faute de travail, qui me rendit un jour une copie étonnamment correcte, à laquelle j’attribuai l’une des meilleures notes. Il s’en vanta beaucoup auprès de la classe, ce jour-là et d’autres jours, tout réjoui de son exploit. Pour le devoir suivant il renouvela sa prouesse, et cette fois je tapai ses phrases trop correctes sur Google : il avait plagié des corrigés sur son téléphone caché sous la table. Il vint me voir tête basse à la fin du cours, me jurant que c’était la première fois et qu’il ne le referait plus. C’était un enfant mais faire encore ça à 80 ans, c’est risible, et surtout pitoyable.

Je vois que le nonce apostolique (l’ambassadeur du pape) à Paris est accusé une nouvelle fois d’abus sexuels sur jeunes hommes. Ce cinglé ne peut pas s’empêcher de les tripoter lors de manifestations publiques. Je me souviens du jour où j’allai lui apporter mon livre Voyage, afin qu’il l’envoie au Vatican (qui contrairement à ses usages n’accusa pas réception de cet ouvrage quelque peu gênant). Je fus reçue par sa bonne (les femmes sont les servantes des hommes dans l’église), on aurait dit que j’allais voir l’empereur tant l’aura qui entourait le Monseigneur imprégnait le lieu. Un peu comme quand vous vous présentez chez Gallimard, éditeur qui se sauva en collaborant avec les nazis et qui pour des histoires de commerce veut maintenant rééditer des pamphlets antisémites. Tous ces malades sexuels font semblant d’être des religieux comme d’autres, selon Pierre Bourdieu dans un article intitulé « Sollers Tel Quel » cité par Damien Taelman, font « semblant d’être écrivain, ou philosophe, ou linguiste, ou tout cela à la fois, quand on n’est rien et qu’on ne sait rien de tout cela ; quand, comme dans l’histoire drôle, on connaît l’air de la culture, mais pas les paroles, quand on sait seulement mimer les gestes du grand écrivain, et même faire régner un moment la terreur dans les lettres… » Terreur est le nom d’un des personnages de mon roman Forêt profonde, roman écrit avec mon propre sang, comme disait Nietzsche, et non en vampirisant les autres comme font les morts qui ne sont pas en paix.

 

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Multiplication des pains, façon « inconnus »

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Après avoir l’autre jour recommencé à multiplier les Post It dans la ville, j’ai commencé aujourd’hui à y multiplier mes livres. Tout cela dans un mouvement général de multiplication des « pains », en ligne aussi : mes articles parus ces jours derniers sur de multiples sites, où les textes peuvent rencontrer des lecteurs de multiples horizons : Agoravox ; Bellaciao ; Médiapart ; Lundi matin ; aujourd’hui Paris Luttes Info… Ce n’est pas fini, et pour ce qui est des distributions de pains dans la ville, ce n’est qu’un début, j’ai d’autres idées.

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multiplication des pains 1-min

Mon premier pain de livre distribué. Je me suis assise sur un des rares bancs libres au jardin des Plantes, j’y ai déposé ce livre composé de deux nouvelles, j’ai fait la photo, j’ai attendu un peu. Une famille de quatre musulmanes est arrivée, les fillettes sont allées jouer, les deux femmes, dont l’une voilée, se sont assises. Au bout de quelques instants, je me suis levée, je suis partie, laissant le livre. L’une des femmes m’a appelée : – Madame, c’est à vous, ce livre ? – Non, ai-je dit. – Ah très bien, alors je vais le lire, a-t-elle dit toute contente en le prenant.

J’ai poursuivi mon chemin, ravie de ce premier coup.

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Derrière cette fenêtre ouverte par ce temps printanier, des personnes travaillaient dans un bureau. J’ai déposé sur le rebord cette nouvelle bien plus chaude que le climat et la météo, et j’ai continué mon chemin, quelqu’un s’en emparera bien.

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Je suis entrée derrière un restaurant où se trouvaient des poubelles et aussi des vélos des employés. Tout près, à côté des fleurs, j’ai déposé ce petit roman.

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Puis je suis retournée au jardin travailler à merveille, assise dans l’herbe, bras nus.

À suivre !

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Le génie du peuple (prouvé en 3 petites vidéos)

génie bastille

« Notons qu’avec ce peuple qui se fonde par lui-même dans l’agir (et dans une contemporanéité connectée), nous sommes loin de tout populisme », écrit Yves Cohen dans ce texte qu’il faut lire sur Les foules raisonnables. Notes sur les mouvements sans parti ni leader des années 2010 et leur rapport avec le vingtième siècle, rappelant « la réflexion de Jean-Jacques Rousseau qui parlait de « l’acte par lequel un peuple est un peuple».  »

Celles et ceux qui dans le peuple savent rire, avec leur corps comme avec leur esprit, sont les sauveurs de vie. Macron est faux et chiant comme la mort, Macron et sa caste, et son monde, sont chiants comme la mort. Le peuple a le génie de l’agilité, du courage, de l’inventivité, de l’humour : voilà ses meilleures armes. C’est grâce à elles que malgré l’indigence des classes affairées à dominer, qui n’avancent dans la vie que piétinant les pieds dans la merde, contre leurs forces de mort, l’humanité a vaincu, vainc et vaincra, jour après jour, dans la grâce, l’élégance et la joie.

 

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Des tags et des contestataires

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Ce matin, alors que je travaillais très agréablement à la bibliothèque universitaire de la Sorbonne Nouvelle, alias Censier, fac plus ou moins « occupée », une AG a commencé dans la cour. Au micro, une étudiante menait rondement l’affaire, comme si elle avait fait cela depuis des décennies. Et les autres étudiant.e.s qui prirent aussi la parole me ramenèrent en effet des décennies en arrière : en ce jour où, adolescente, j’allai à une réunion du Parti (communiste) local pour écouter les militants puis essayer de les convaincre que l’anarchie, dans le sens où je la concevais, une façon d’autogestion, était une bien meilleure idée à cultiver que leur communisme. Tout en m’occupant de commencer à mettre en ordre les annexes de ma thèse, j’ai entendu, assez amusée, les mêmes discours que ceux des camarades de mon père en ce lointain temps. Il y a des roues qui tournent dans des ornières, mais après tout c’est sans doute aussi une façon pour ces étudiants d’apprendre à faire de la politique, avec tout ce que cela peut comporter de positif mais aussi avec tout le rassis que cela draine.

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Deux heures après le début de leur AG, quand je suis partie, ils étaient toujours une cinquantaine en train de voter à main levée dans la cour, avec ma harangueuse au-dessus d’eux dans l’escalier – cela devait faire au moins une heure qu’ils votaient, pour ceci et pour cela, pour un tas de trucs, et j’ignore combien de temps encore ils y ont passé, je suis partie joyeusement par ce beau soleil d’été, poursuivre mon chemin.

tag,,tags pris en photo hier en allant travailler dans une autre bibliothèque, la bibliothèque Mohammed Arkoun

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Let there be light

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edimbourg central library*

Le vent souffle, les nuages filent, quelques fins flocons de neige tournoient, entre les masses versicolores du ciel la lumière se déplace, les grandes grues blanches au-dessus des toits étincellent. Édimbourg est toujours en travaux. Sur l’échafaudage à côté de ma fenêtre, les ouvriers malgré le froid échangent avec leur accent du pays et chantent de temps en temps en travaillant. À la bibliothèque centrale où j’ai (très bien) travaillé hier, j’ai trouvé ce journal avec cette image d’un yogi en kilt célébrant à la fois le grand poète national Robert Burns et le Nouvel an chinois au zoo de la ville, où se trouve un panda. Les Écossais n’ont peur de rien, je crois.

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edimbourg kilted yogià Édimbourg, photos Alina Reyes

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Face à l’Inquisition : ça a chauffé

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le terrifiant dino,« Le terrifiant dino » (de béton) du jardin des Plantes, photo coloriée Alina Reyes

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Un grand inquisiteur et deux grands prêtres – je devrais peut-être dire plutôt trois minipapes – de l’Académie me faisaient face, rangés comme les Dalton. Le grand sec, avec une régularité de bétonneuse tournant sur elle-même, a débité sa langue de béton et ses menaces, régulièrement tout au long de l’heure, suivi des deux autres, tâchant eux aussi de protéger l’Éducation nationale comme si je la mettais en danger de mort. Comme je leur tenais tête, et fort vigoureusement ma foi, le béton qui coulait du grand Dalton a fini par tomber tout effrité : « Je ne pensais pas que c’était à ce point… votre comportement… » « Eh bien, qu’a-t-il donc, mon comportement ? » lui ai-je dit. Mais aucun dialogue n’était possible, ils ne savaient que me resservir, tour à tour, le plat froid de leur discours tout fait, que je refusais de manger. À la fin, déjà debout, je leur ai dit tranquillement qu’il était dommage qu’ils ne soient pas plus ouverts à la discussion. Le grand inquisiteur m’a répondu par une énième menace d’action juridique, ajoutant : « Nous attendons que vous vous comportiez en fonctionnaire responsable et éthique. » « Faites-le donc vous-même, lui ai-je dit, au lieu de menacer ainsi les gens. Vos menaces ne m’impressionnent pas. »

Je suggère à l’Éducation nationale d’interdire aux écrivains l’accès aux concours de l’enseignement. Il y en a de plus dociles ou de moins turbulents que moi, mais c’est quand même risqué. Car le grand souci de ses curés s’est révélé être ce blog. Certes j’ai ma liberté d’expression MAIS. Mais je n’ai paraît-il pas le droit de dénigrer la fonction publique. Ne parlai-je pas il y a quelques jours de totalitarisme ? Bien entendu il s’agit d’intimidation, il reste quand même en France quelque chance de tomber sur des tribunaux qui ont le sens de la démocratie. N’empêche, cette séance d’intimidation hallucinante valait le détour. Il faut le vivre pour savoir ce qu’il en est, du fonctionnement de ces gens. Et comme tout le monde ne peut pas le vivre, je le partage volontiers.

Le clou fut, dans les dernières minutes, le moment où ils me reprochèrent d’avoir signé la feuille de présence hier à l’Espé du mot « Adieu ». HAHAHA ! Hier je n’y étais pas, et j’envoie des bisous à la plaisantine ou au plaisantin qui par cet acte s’est rendu.e complice de mes affreux blasphèmes envers nos bons maîtres.

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Rapport à une académie

rapport à une académie

« Je consommai beaucoup de professeurs et même plusieurs à la fois » Franz Kafka, Rapport à une académie

La tutrice de l’Espé, inquiétée par le haut niveau d’intelligence (elle n’y a rien compris) et le manque de dressage en cours dans ma classe (la littérature n’étant pas son fort, elle a préféré focaliser toute son attention sur des figurines Leclerc, dit-elle (contrairement à elle j’ignore ce que c’est) avec lesquelles jouaient paraît-il certains élèves), a adressé une « procédure d’alerte » à l’académie. « Mme Reyes, y écrit-elle, s’inscrit à contre-courant des tendances actuelles du système éducatif français ». C’est vrai, au lieu de faire redescendre les jeunes humains à l’état de singes, je les fais monter à l’état d’humains évolués.

Voici la lettre que j’ai adressée par mail aux destinataires de son rapport, inspecteurs et formateurs de l’académie :

rapport à une académie

 

Mesdames, Messieurs, chers collègues,

Je reçois le rapport de la visite que Mme S…F… a effectuée dans ma classe, et qu’elle doit vous transmettre. Il s’agit d’un verdict sans procès, c’est pourquoi je me permets de vous écrire pour vous donner aussi mon point de vue.

Comme ma tutrice universitaire l’indique, je suis volontiers très critique à l’égard de ce que je constate dans cet univers de l’enseignement que j’ai voulu rejoindre et dans lequel je suis très heureuse d’œuvrer. Bien entendu cela ne signifie pas que je rejette tout ce qui s’y fait, loin de là – et je me conforme par exemple aux programmes, je me renseigne constamment sur les méthodes pédagogiques, je continue à m’instruire en suivant des cours et des conférences afin d’apporter le meilleur que je puisse apporter à mes élèves. Mais je suis aussi instruite par une très longue pratique de la littérature, de la lecture et de l’écriture, et j’ai à cœur de protester quand le sens de cette discipline et des textes qu’on y étudie m’apparaît bafoué, soit par des méthodes d’enseignement trop formalistes, soit par manque de réflexion et de pensée – ce qui arrive malheureusement souvent, du fait peut-être d’une certaine routine installée chez certains enseignants ou dans l’institution.

Mme F, je peux le comprendre, est depuis le mois de septembre irritée par mes interventions contestataires dans ses cours ou ceux d’autres formateurs et formatrices de l’Espé. Mais je n’admets pas qu’elle s’en venge par un rapport extrêmement partial sur mon travail, dont par ailleurs elle ignore à peu près tout, ne voulant pas en entendre parler. Certes la classe était un peu agitée lorsqu’elle est venue assister à la première des deux heures de cours que je donne le vendredi à ces Seconde. Je me préoccupe de ce problème depuis la rentrée, et j’ai constaté que je ne pouvais pas instaurer une « dictature », comme l’une de mes collègues de langue dit l’avoir fait avec cette classe pour obtenir le calme – je la comprends, chacun fait de son mieux avec des Seconde la plupart du temps indisciplinées (et j’entends fréquemment dans mon lycée des collègues, professeurs de longue date, s’en plaindre, voire déclarer qu’ils n’en veulent plus, voire même songer à démissionner à cause de ces classes). Mais d’après mon expérience de quelques mois, mieux vaut, pour le cours de français, que j’accepte un peu d' »animation » plutôt que d’obtenir par la force, les punitions, une classe morte en effet. Car je leur demande d’accomplir des exercices intellectuels difficiles, quoi qu’il en semble à Mme F, et qui nécessitent de ne pas brider leur éveil. Je ne prétends pas que je ne préfère pas travailler avec eux les jours où ils sont calmes, mais on ne peut juger de cela sur un cours, c’est l’ensemble du trimestre et même de l’année qui est en jeu et qui donnera les résultats de mon travail. À soixante et un ans et après avoir écrit des dizaines d’ouvrages, animée d’un vif désir de faire passer à des élèves ce que je peux maintenant leur faire passer après tout ce temps de réflexion profonde, j’ai de quoi alimenter une pensée pédagogique (soutenue aussi par le travail de thèse que j’ai engagé – j’en suis à ma troisième année de doctorat), et c’est ce que je fais. Mme F ne peut tout simplement pas comprendre ce que je fais. Je ne demande pas mieux que de l’expliquer, mais encore faut-il que quelqu’un veuille bien l’entendre, au lieu de juger sur le rapport d’une personne, incompétente dans ce cas.

Je vous réaffirme mon bonheur à enseigner, jamais démenti, et ma conviction que mon travail, tout imparfait qu’il soit évidemment, a son excellence et donnera des fruits. Être débutante a ses inconvénients mais aussi ses avantages, à commencer par celui qui consiste à avoir un œil neuf et un désir, un amour intacts. Le caractère expérimental de mon travail (notamment avec des ateliers d’écriture) en fait un travail vivant, que je veille à ne pas déconnecter des exigences du programme et des examens – je leur fais faire des lectures analytiques dans les règles de l’art, je les initie à la dissertation, au commentaire composé, à l’écriture d’invention, je leur fais faire des exercices de questions sur corpus etc., je les fais beaucoup travailler en classe, beaucoup écrire, lire, parler. Je me préoccupe de la formation intellectuelle de mes élèves, d’ouvrir leur regard, sur eux-mêmes, sur autrui, sur le monde. Et je me tiens à votre disposition pour en parler plus précisément si vous le souhaitez.

Merci d’avoir lu ce courriel un peu long,

Bien à vous,

A.Reyes

La voix de leurs maîtres – Tartuffe au lycée

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Ce matin des rues de Paris étaient déjà bloquées par des barrières en vue de l’hommage national qui doit être rendu demain à l’idole des vieux, l’un des maîtres de Macron, président de la France des vieux.

En deux très bonnes heures de cours, calmes et efficaces, j’ai expliqué à mes Première que les gens se retournaient contre Dom Juan parce qu’il faisait apparaître leurs incohérences et leur bêtise. « La peste soit du fat ! » Sganarelle croit dur comme fer au moine bourru comme d’autres croient aux médias. Le lycée dans lequel j’enseigne se rêve en défenseur de la liberté d’expression, mais tous ceux qui parmi les profs et autres membres du personnel, proviseur compris, savent que j’écris ici, m’ostracisent. « Je suis Charlie » est l’un des noms contemporains de Tartuffe. Ça croit aimer la liberté d’expression, ça ne fait que suivre la voix de leurs maîtres et craindre « le moine bourru », qu’il s’appelle Éducation nationale ou autre (même un syndicaliste a agité la marionnette du moine bourru, en l’occurrence l’Espé, pour  essayer de me faire craindre de n’être pas titularisée – haha).  C’est servile, ça ne pense pas, ça fait le contraire de ce que ça prétend vouloir. C’est pourquoi j’enseigne ici aussi, par ce que j’y écris, tant d’adultes qui ont oublié de devenir des hommes, des femmes, des humains dignes de ce nom, libres et dignes. Allez messieurs-dames, au travail, comme nos élèves, si vous voulez apprendre quelque chose au lieu de rester macérer dans votre ignorance ! La littérature n’est pas un long fleuve tranquille.

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