Noël, Covid, grammaire et agilité de l’esprit

un vieux rat dans la rue, à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

un vieux rat dans la rue, à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes


Noël en tout petit comité cette année, et sans déplacement. Nous attendrons que le virus ait débarrassé le plancher pour reprendre voyages et réunions. Shopping cadeaux hors des centres commerciaux, juste dans des petits commerces (à soutenir !), et aux moments où il y a peu de monde. Personnellement je suis déterminée à me faire vacciner dès que ce sera possible, mais je ferai d’abord un test sérologique pour savoir si le Covid, que j’ai eu avec de légers symptômes en mars dernier, ne m’a pas laissé des anticorps, donc une vaccination naturelle. Cela dit, je comprendrais très bien que des jeunes n’aient pas envie de se faire vacciner pour une maladie qui les rend si peu malades. Jusque là, je ne me suis jamais fait vacciner contre la grippe parce qu’elle n’était pas risquée non plus pour moi. À chacun d’évaluer ses risques et bénéfices.

À propos de Covid, j’ai eu l’amusement de constater aujourd’hui qu’un commentaire que j’avais laissé sur un article de 20 minutes où l’on s’interrogeait sur le genre de ce mot (masculin, comme selon l’usage ? féminin, comme selon l’académie ?) avait été censuré. Pourquoi ? Parce que j’y répondais, à quelqu’un qui croyait que, ce mot étant un acronyme, il n’était pas un nom, exactement ceci : « acronyme ou pas, un nom est un nom ». Haha ! Cet outrageante vérité a été censurée ! Les modérateurs ont dû croire que je me trompais. Cela me rappelle le jour où plusieurs de mes élèves, indignés par ce qu’ils croyaient être une erreur de ma part, m’ont demandé si j’étais bien sûre que le verbe du premier groupe à la première personne du passé simple avait une terminaison en -ai et non pas en -a, comme ils le croyaient fermement (« je mangea »). J’ai fini par laisser un autre commentaire précisant que le nyme d’acronyme signifiait nom, et que si ce mot, Covid, n’était pas un nom, on ne s’interrogerait pas sur son genre. Je ris, mais la faiblesse en grammaire est aussi symptomatique de la baisse de l’intelligence générale que la faiblesse en mathématiques.

Sans doute apprend-on trop, depuis toujours, la grammaire comme un ensemble de règles, au lieu de partir de la compréhension du fonctionnement de la langue. Je ne suis pas grammairienne mais je peux, en réfléchissant, distinguer les éléments de la langue. Qui ne comprend pas bien comment fonctionne sa langue ne sait pas non plus s’en servir pour penser, ou s’en sert de travers et pense mal, sans le savoir. Mais les mathématiciens peuvent repérer plus facilement les opérations de calcul fausses que les lecteurs ne peuvent repérer les opérations de langue et de pensée fausses, voilà une cause de la confusion mentale des humains. Nous manquons d’agilité dans la langue comme, bien souvent, dans le corps, les membres. Les rappeurs sont agiles, il serait bon que les autres producteurs de discours, livres, etc., le soient aussi, au lieu d’engluer toujours davantage la langue dans des carcans de bois, de ferraille rouillée, ou de confortables pantoufles. La presse publie la liste des lectures de Barack Obama. Exclusivement des auteurs anglophones et de préférence américains. Quelle cage étroite. Emblématique de la misère du dominant (ici, la langue dominante), qui ne voit pas plus loin que le bout de son monde, son « ça m’suffit », ici « UncleSam suffit »). Libérer les esprits, c’est leur donner à s’exercer dans d’autres langues, qu’elles soient traduites ou non. En France nous avons encore cette ouverture, pourvu qu’elle dure !

Nouvelles du monde et du jour

"At Home", acrylique sur toile 30x30 cm

« At Home », acrylique sur toile 30×30 cm


"Penetrations", acrylique sur toile 38x46 cm

« Penetrations », acrylique sur toile 38×46 cm


"Tree of Life", technique mixte sur toile 40x40 cm

« Tree of Life », technique mixte sur toile 40×40 cm


*

Face au Covid 19, je note deux attitudes parmi ceux qui l’ont contracté : il y a les gens qui se demandent où ils ont pu l’attraper, et ceux qui craignent d’avoir pu le transmettre à d’autres. Dans la première catégorie, nombre d’ex-minimisateurs de la maladie, qui leur semble n’être rien tant qu’elle ne touche que les autres, et qui devient tout lorsqu’ils en sont eux-mêmes atteints. Survolant le texte de Michel Onfray tout au très long duquel il narre ses affres de covidé, comme s’il était le premier au monde à avoir été atteint par le virus, j’ai souri dans ma tête en songeant que si Nietzsche, dont se réclame Onfray, remarquait avec justesse que les chrétiens n’ont pas des têtes de ressuscités, on peut remarquer aussi que bien des nietzschéens sont loin d’avoir des têtes et des corps de surhommes.

Je continue à traduire, avec immense bonheur, Homère. Mais j’arrête là le feuilleton en ligne de ma traduction. Sans doute en donnerai-je quelques autres morceaux à l’occasion et on pourra toujours lire les trois premiers chants dans leur entier ici, ici et .

De mes trois dernières peintures ci-dessus, les deux dernières sont des repeintures.

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Message

J’ai un message à vous transmettre.
Il est arrivé ce matin pour vous dans ma tête :
« Dis-leur que je suis parti voir ailleurs si j’y suis.
Qu’ils se démerdent.
Signé : Dieu »
– Mon Dieu, ai-je dit, je ne peux pas leur dire ça !
– Et pourquoi pas ?
– Ça pourrait tomber dans l’oreille de personnes bonnes, justes, gentilles, qui ont besoin de savoir que tu es avec elles !
– Qui ça, tu ?
– Mais toi, Dieu !
– Ne m’appelle pas Dieu. Alors elles sauront que je suis avec elles.
– Quand même, je ne peux pas dire ça.
– Et pourquoi ?
– Ils ne veulent pas me reconnaître.
– Qu’importe ? Ne te connais-tu pas toi-même ?
– Qu’importe ? Je veux qu’ils se connaissent.
– Alors dis-leur que je suis parti voir ailleurs.
– Je leur tendais le miroir, qu’ils se voient en train d’être incapables de me reconnaître. Qu’ils se connaissent, ainsi.
– Pour quoi faire ?
– Pour qu’ils puissent s’en sortir, sortir de leur prison.
– Mais ne t’emprisonnais-tu pas pour eux, dans ce miroir ?
– Ça importe ?
– Hahahahaha !

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"Moving", acrylique sur toile 61x46 cm

« Moving », acrylique sur toile 61×46 cm

Nous sommes tellement des animaux

Dans cette vidéo, le coyote qui sautille me fait penser à Balkany échappé de prison, dansant à la fête de la musique, et le blaireau qui le suit… ben, à ceux qui le filment et l’applaudissent.

Bon, en vrai, c’est franchement plus mignon avec un vrai coyote et un vrai blaireau, qui connaissent pas les paradis fiscaux. Juste l’éden terrestre, avec sa nécessité, souvent cruelle, de vivre, et ses joies, adorables.

Je ne dis plus rien en ce moment de la politique, des violences policières, de tout ce dont j’ai déjà tant parlé. Parfois il est bon de quitter ce monde-là et de reposer en paix. C’est aussi une façon de ne pas laisser ce monde-là, humain trop humain, gagner sur nous, animal libre, humain libre.