La voix de leurs maîtres – Tartuffe au lycée

La_voix_de_son_maitre

Ce matin des rues de Paris étaient déjà bloquées par des barrières en vue de l’hommage national qui doit être rendu demain à l’idole des vieux, l’un des maîtres de Macron, président de la France des vieux.

En deux très bonnes heures de cours, calmes et efficaces, j’ai expliqué à mes Première que les gens se retournaient contre Dom Juan parce qu’il faisait apparaître leurs incohérences et leur bêtise. « La peste soit du fat ! » Sganarelle croit dur comme fer au moine bourru comme d’autres croient aux médias. Le lycée dans lequel j’enseigne se rêve en défenseur de la liberté d’expression, mais tous ceux qui parmi les profs et autres membres du personnel, proviseur compris, savent que j’écris ici, m’ostracisent. « Je suis Charlie » est l’un des noms contemporains de Tartuffe. Ça croit aimer la liberté d’expression, ça ne fait que suivre la voix de leurs maîtres et craindre « le moine bourru », qu’il s’appelle Éducation nationale ou autre (même un syndicaliste a agité la marionnette du moine bourru, en l’occurrence l’Espé, pour  essayer de me faire craindre de n’être pas titularisée – haha).  C’est servile, ça ne pense pas, ça fait le contraire de ce que ça prétend vouloir. C’est pourquoi j’enseigne ici aussi, par ce que j’y écris, tant d’adultes qui ont oublié de devenir des hommes, des femmes, des humains dignes de ce nom, libres et dignes. Allez messieurs-dames, au travail, comme nos élèves, si vous voulez apprendre quelque chose au lieu de rester macérer dans votre ignorance ! La littérature n’est pas un long fleuve tranquille.

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Ma coupe est pleine (de joie)

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Voilà, j’ai fait mon mea culpa -c’est de saison- sur Twitter hier. En m’excusant auprès des infans de la religion médiaticolittéraire si je leur ôte ainsi quelques raisons de me rejeter. Mais tout n’est pas perdu pour eux, je ne doute pas qu’ils en aient d’autres, plus solides, à commencer par la beauté, la liberté, l’impertinente pertinence de mes écrits – je plaisante, bien sûr. Bonne journée !

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Lune etc

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ce soir rue Mouffetard à Paris, photo Alina Reyes

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Revenant de l’Assemblée Générale du Centre de Recherche en Littérature comparée, où il fut intéressant d’entendre la présentation de tous les travaux en cours, colloques etc. Et où nous avons eu notre moment, comment dirait-on en littérature comparée ? kafkaïen ou beckettien ou ubuesque peut-être – quand vint pour nous doctorants, l’heure d’élire nos représentants, qui doivent être au nombre de quatre. Quatre d’entre nous se présentant au suffrage, il nous fut demandé de voter à bulletin secret pour quatre d’entre ces quatre candidats. Nous avons donc tous inscrit le nom de ces quatre personnes sur un bulletin que nous avons replié, puis il fut procédé dûment au dépouillement, puis à la proclamation de l’élection à l’unanimité de nos quatre représentants.

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Ma récolte de pommes de terre

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Dans la petite jardinière (une quinzaine de centimètres de large) accrochée à ma fenêtre, j’avais enterré au printemps une pomme de terre trouvée germée dans la cuisine. Il en est poussé une verdure, puis la verdure est tombée, et voici ce que j’ai trouvé à fleur de terre, au pied d’un micro-rosier lui aussi récupéré. Une toute petite pomme de terre par personne dans la maison, ce n’est pas si mal pour un si minuscule jardin !

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10 petits poèmes pour apprendre à rire aux enfants le français

1

Ris, Nocéros ! quitte

ton air féroce ! ça vanne

dur quand tu barris, barètes

à poil, quand tu te poiles !

2

Ô Truche, passe-moi la cruche !

l’omelette est prête

et tu m’as battu

comme un œuf à la course !

3

De sa patte le chat polit son

chapeau lisse – on

dirait qu’il salue, poli, ce

pacha polisson !

4

Astre couché le roi

de la savane d’or dort.

Or vient le jour d’après hier.

Parmi lions se pavane

un soleil à crinière.

Mille ions et photons,

pierres à prières, adorent

l’Unique éclatant celé.

5

Chameau de dromadaire,

tu as tant roulé ta bosse

que j’en ai eu le mal de mer

au milieu du désert !

6

Petit pou saint qui t’en allais

avec un gros pou laid, trouvâtes-

vous, pèlerins, un scalp où picorer ?

Je crois, car la tête me gratte.

7

Défense de donner à l’éléphant

de la moutarde ! Quand elle lui monte au nez,

ça barde ! Et les faons ?

Si je ne me trompe, ils ne sont pachydermes.

8

La biche biche, oui.

Mais le cerf sert, aussi.

Et leurs enfants, les faons,

ils les bichonnent dans les bois.

9

Sa robe zappe. Allons au zoo, zélés,

zyeuter sur les zébrures du zèbre,

des zéros et des uns, l’algèbre !

Ah mes zozos, z’en zézaie raies.

10

Il est peut-être louche, mais il voit droit.

Il sort du bois, ou de la mer ?

Loupé ! Gare au garou, ce loup-là,

velouté, je le porte sur mon nez.

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Alina Reyes