Sur la prétendue « autodestruction d’une œuvre de Banksy »

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Ce bout de toile ne pouvait avoir ni la volonté ni la capacité de se détruire lui-même. L’acte a été réalisé par la volonté et l’ingéniosité de Banksy. Il ne s’agissait pas d’un acte de destruction d’une œuvre, puisqu’il n’y avait pas là une œuvre mais la reproduction à l’acrylique et à l’aérosol sur une toile d’une œuvre originelle réalisée dans un espace public, sauvagement. Dans cette salle des ventes, la déchiqueteuse de bureau, manipulée à peu de distance, n’a fait que découper mécaniquement, avec plus de froideur qu’un boucher, une pièce déjà morte.

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Comme dit l’autre, si vous voulez de la vie, laissez les morts enterrer les morts. Une salle des ventes, une machine à broyer, une contrefaçon d’œuvre : c’est bien plus que le marché de l’art que Banksy a remis en question par la création de cette œuvre saisissante que les médias appellent « autodestruction d’une œuvre de Banksy ». C’est toute la société actuelle, son traitement mensonger, morbide, des humains eux-mêmes et de ce qui est humain. Ce coup d’éclat est la réalisation d’une œuvre invisible, la mise en évidence de l’invisibilisation de l’œuvre par la police politique. Le 23 octobre 2013, il y a cinq ans, Banksy postait sur son compte Instagram, à la place d’une photo de son œuvre du jour, un panneau disant sobrement noir sur blanc : « Today’s art has been cancelled due to police activity ».

Screenshot_2018-10-07 Banksy ( banksy) • Photos et vidéos Instagram

La destruction spectaculaire de son ersatz d’œuvre par Banksy constitue une œuvre en forme de trace. Trace de l’activité de la « police » (police des puissances de l’argent et du spectacle au sens debordien) entravant ou annulant la parution libre de l’œuvre portant témoignage de vérités, ou la neutralisant en la récupérant. Trace de la puissance et de la présence puissante de l’artiste invisible, ou inconnu faudrait-il dire comme pour le soldat. Trace de la spectacularisation du faux et de l’invisibilisation du vrai. Trace de la séparation grandissante entre l’art et les forces bourgeoises de la société, manifeste dès le tournant des XIXe et XXe siècles – que l’on songe à l’occultation des œuvres d’un Rimbaud, d’une Camille Claudel ou d’un Van Gogh, elles aussi, depuis, récupérées par les forces de l’argent. Trace de la misère de toutes ces forces morbides conjuguées, de leur néant de machines à broyer qui ne peuvent en vérité broyer que leurs propres productions comme toute bureaucratie génère, en même temps que de la paperasse, de la destruction de paperasse.

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La recherche est sauvage, pénétration dans la sauvagerie, la forêt (c’est le sens étymologique de sauvage) de l’être. L’art est recherche. La science, la littérature sont de l’art. Le reste n’est que fausse littérature, destinée à finir dans les égouts du temps (la toile pendouillant du cadre marronnasse n’évoque-t-elle pas du papier toilette pendouillant du distributeur ?) Le geste de Banksy ne dit pas seulement la misère du marché qu’est devenu le monde, ou du moins le monde visibilisé par lui-même. Il révèle la puissance des vérités occultées, que leur occultation rend plus puissante encore en les rendant doublement témoins, en acte : des forces de la mort, et de celles de la vie.

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Reportage photo du jour dans le 13e

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paris 13 1C’est parti pour deux heures de balade dans le sud du 13e, côté asiatique. Comme j’ai maintes fois photographié les très nombreuses œuvres de Street Art qu’on peut y admirer, je ne les ai pas rephotographiées, sauf quelques petites œuvres nouvelles ou changées avec le temps, comme celle-ci. Pour les grandes fresques et autres, suivre le mot-clé street art.

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paris 13 4Il y avait là une fête nord-africaine avec de la bonne musique, tambour et une espèce de cornemuse.

paris 13 5En approchant de la fac de Tolbiac, la rue Nationale a été renommée rue Clément Méric.

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Père et fils cassent la croûte sur des marches, rue de Tolbiac

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C’est trop beau, un camion de pompier, non ? J’adore les voitures et les camions, en vrai comme en jouets

paris 13 9Où les restos asiatiques peuvent se fournir en chats porte-bonheur

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paris 13 12Un oiseau peint sur une feuille de journal chinois

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paris 13 15À l’entrée du parc de Choisy

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paris 13 29Place de la mairie, un jour de mariages

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Des enfants jouent aux cartes en attendant la fin de la cérémonie.

Cet après-midi à Paris 13e, photos Alina Reyes

Ensuite je suis allée marcher dans le 5e.

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La grande ville

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nina-berberovaSachant que j’aurais trois-quarts d’heure de battement entre deux rendez-vous, j’ai saisi dans ma bibliothèque le minuscule La grande ville de Nina Berberova et je l’ai glissé dans mon sac en partant. Un peu plus tard, assise sur un banc au fragile soleil dans la verdure de l’Allée haute de la Salpêtrière, j’ai relu lentement ces trente pages lues il y a longtemps. Toujours avec la même joie, le même transport littéraires. Voici un bref passage de ce texte tout entier dansé :

« Une chaise apparut derrière mon dos, une lampe s’alluma, un verre fut posé devant moi. Nous conversâmes de choses et d’autres, telles de vieilles connaissances. Tout y passa : la beauté et la magnificence de cette grande ville, comment trouver du travail, comment utiliser la cabine téléphonique près de l’ascenseur, où acheter le pain et le lait. Des mots précieux au sujet de choses futiles. J’avais ignoré que j’aimais ce genre de mots ; j’aimais aussi la douce voix qui les disait, la grande main qui me versait du vin, et l’expression attentive avec laquelle il m’écoutait. Je me sentais bien, au chaud, rassuré. Je lui dis que j’étais heureux de l’avoir rencontré, que ses jumelles étaient surprenantes, extraordinaires, hallucinantes, et qu’avec un petit effort on pouvait sans doute voir la pyramide de Khéops même d’ici. De nouveau, je m’approchai de la fenêtre. »

Nina Berberova, La grande ville (1952), trad. du russe par Luba Jurgenson

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jardin des plantes  Ces jours-ci à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

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L’amour court les rues, voici ses traces du jour

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trottoir 1Je devais aller chercher un livre que j’avais commandé. Sur le chemin, boulevard de l’Hôpital, j’ai photographié les inscriptions sur le trottoir

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La boutique où je devais retirer mon livre était fermée, j’avais près de deux heures devant moi avant son ouverture. Je suis allée à la mairie du 13e, où je savais qu’il y avait une nouvelle exposition d’un peintre chinois.

shanping liuSa fille était en train de finir de l’installer, j’ai parlé avec elle.

shanping liu,

shanping liu 1Shanping Liu peint beaucoup, à l’encre, les cyprès, nommés en Chine arbres de vie, et qui peuvent vivre 5000 ans

shanping liu 2C’est très très beau. Et aussi la montagne, et ses monastères

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shanping liu,,

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Comme il me restait encore du temps, je suis allée, de l’autre côté de la place d’Italie, jusqu’à ma friperie préférée, Guerisol, où j’ai trouvé un bon pull et un chemisier quasi neufs à 3 euros chacun

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Puis je suis retournée à la boutique où j’ai enfin récupéré mon colis. Je me suis dirigée vers le jardin des Plantes dans le but de m’y asseoir pour découvrir mon livre. En chemin, j’ai photographié des espaces végétalisés sur les trottoirs.

anarchie vegetale pour un monde moins brutalSur le petit panneau en haut de celui-ci, on pouvait lire : « anarchie végétale pour un monde moins brutal »

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vegetal,

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Une fois au jardin, j’ai ouvert mon colis et découvert cette merveille,

monsters,,My Favorite Thing is Monsters, le roman graphique d’Emil Ferris, tout au stylo. Il vient de paraître aussi en traduction française, mais je préférais avoir la version originale. Magnifiquement dessiné, mis en page, raconté.

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monsters,

Après avoir lu et contemplé les premières pages au soleil, je suis allée à la bibliothèque du jardin où je me suis assise pour dessiner « les doigts verts » dans mon carnet avec mon stylo 4 couleurs

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Hier après-midi à Paris 13e et 5e, photos Alina Reyes

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La bibliothèque dans le miroir

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Il y a quelqu’un à la montagne, l’un des hommes que j’ai mis au monde, qui lit ma bibliothèque de là-haut. De temps en temps il me rappelle quelque excellent titre qu’il vient de lire et que j’ai lu il y a longtemps. Tarass Boulba, de Gogol, la fois précédente. Ici le chemin se perd, de Peské Marty, il y a quelques jours. Comme il a fait mention de la fin où le personnage est initié au Zen, j’ai eu envie de le relire, et dès que j’ai été assez en forme pour cela, aujourd’hui donc, je suis allée le chercher à la bibliothèque.

Il y a ce moment extraordinaire à la fin du très génial Chien enragé de Kurosawa, qu’on peut voir en replay en ce moment sur Arte, où le personnage plus âgé qui fait en quelque sorte office d’initiateur au Zen pour le jeune enquêteur (lui apprenant à ouvrir son esprit, garder son calme, se débarrasser de la compassion envers ceux qui comme des chiens enragés sont pris dans l’engrenage du mal), cloué sur un lit d’hôpital, regarde le monde dans un petit miroir. Le dernier verbe est oublier. Il faut le voir, c’est magnifique.

Voici les images que j’ai prises en chemin :

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street art 9Cet après-midi à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Marche pour le climat

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Ce n’est pas moi qui y suis allée et qui ai fait les photos, c’est Sydney. Dans une belle lumière. Il y avait beaucoup de monde, de l’Hôtel de Ville à République, et il a photographié deux belles œuvres de street art au passage. Voici donc son léger reportage en quelques images.

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Ce samedi 8 septembre à Paris, photos S.G.

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Zen et zazen, pratique

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chaise rue 13eHier en marchant à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Ce matin, à l’aube, j’ai fait zazen – je vais dire comment. Mais je pratique le Zen depuis que j’ai lu, il y a très longtemps (et relu, il n’y a pas longtemps) Siddharta de Hermann Hesse, superbe et classique porte d’entrée au bouddhisme pour les Occidentaux. Adolescente, je me suis intéressée à toutes les spiritualités, j’ai essayé de pénétrer, à ma façon, toutes celles auxquelles j’avais accès à travers des textes. En lisant le témoignage de Taïkan Jyoji dont j’ai donné un passage dans la note précédente, je me dis que toutes les épreuves qu’il est allé chercher dans un monastère au Japon pour parvenir à l’illumination, je les ai pour ma part vécues naturellement, dans la vraie vie telle qu’elle est pour une fille du peuple, mère très tôt et rapidement mère célibataire, sans qualification ni travail autre que des successions de jobs temporaires et mal payés, connaissant des années de grande pauvreté et même de faim, puis malgré tout trouvant le moyen de faire des études, à l’âge où les autres les terminent, de trouver de nouveaux jobs, etc. Pour traverser tout cela, la précarité et l’insécurité permanentes, puis plus tard une célébrité soudaine (et pas du tout aimée) sans se perdre en chemin, sans perdre sa joie ni son esprit d’enfance, pour traverser tout cela et bien d’autres choses et se sentir toujours fraîche à soixante-deux ans, toujours prête à découvrir, apprendre et inventer encore, le Zen profondément vécu, sans signe extérieur, le calme profond malgré les agitations de surface, m’a beaucoup soutenue.

Le Zen n’est pas une religion, c’est une pratique. Une pratique au moins autant physique que spirituelle. En fait, le corps et l’esprit y sont complètement unis. Un esprit vivant dans un corps vivant, un esprit aiguisé dans un corps aiguisé. Je ne peux pas dire que j’ai approché le zazen, la « méditation » (le terme est impropre) zen en novice : mes longues années de mysticisme sauvage, puis dans le cadre du christianisme, puis dans celui de l’islam (avec notamment la prière islamique, très physique aussi), mes années de pratique de la contemplation, qui fait partie de mon existence quotidienne, qui est mon existence quotidienne, mes temps d’érémitisme, me facilitent évidemment l’opération qui consiste à faire le vide, comme on dit faute de mieux – faire la paix et la lumière. Mais ce n’est pas une raison pour se dispenser d’expérimenter des méthodes, et j’ai donc expérimenté zazen pour la première fois. Pour me préparer, en plus de continuer à lire le livre dont j’ai parlé, j’ai visionné plusieurs vidéos de maîtres zen, tant pour l’esprit que pour l’exercice physique de zazen. Hier soir j’ai testé, les fesses posées sur un coussin comme indiqué, la position en lotus ; et j’ai constaté que je n’arrivais plus à la faire : là où ma cheville a été brisée, il y a quelques années à la montagne, ça tire trop. Peut-être, si je persévère, et en me mettant aussi bientôt au yoga, parviendrai-je à réassouplir l’articulation. Pour le moment, je me mets donc en demi-lotus – ce que le maître zen dans la vidéo ci-dessous appelle la façon asymétrique (mais les débutants qui n’arrivent pas à faire non plus le demi-lotus peuvent simplement croiser les jambes de leur mieux, ou même, pour les plus raides, s’asseoir sur une chaise). Ensuite il faut se tenir bien droit, c’est essentiel, avec les mains posées l’une sur l’autre, les pouces joints formant une ouverture ovale – les vidéos ci-dessous expliquent tout cela dans le détail. Puis pratiquer la respiration abdominale. Respirer avec le ventre, comme le font les chanteurs. J’ai appris cela dans l’enfance, de mon père qui était chanteur de bel canto amateur, et ensuite, adulte, en chantant dans divers chœurs : quand on doit tenir une note très longue, il faut l’expirer tout aussi longuement. Le maître zen recommande ici de tenir au moins 8 secondes. Hier soir, j’ai été tout de suite à 25 secondes, temps vérifié sur le réveil électronique. Ce matin, sans forcer, tout doucement, j’ai commencé à 18 secondes, puis le temps a augmenté de lui-même à chaque expiration, pour se stabiliser à 25 ou 27 secondes. Je n’ai pas cherché à faire plus, par un effort, car la respiration doit rester naturelle. Mais compter mentalement les secondes est un très bon moyen d’empêcher les pensées importunes ou l’endormissement. J’ai fait cela environ un quart d’heure, puis je suis restée un bon moment à savourer la paix et la lumière avant de me relever.

Deux heures plus tard, à l’hôpital où je me trouvais pour une petite intervention d’une petite heure avant une nouvelle opération demain, la médecin m’a dit « ça se passe très bien, vous ne bougez pas du tout, c’est parfait ». J’ai alors remarqué que sans y penser, naturellement, je pratiquais une respiration calme et profonde. Et j’étais profondément calme.

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Rentrée du Street Art à Paris 13e, suite

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Seul ce qui est fait avec amour et respect donne le bonheur.

Par cette après-midi radieuse, je suis allée à pied avec trois de mes beaux garçons chercher une bibliothèque chez un particulier qui la vendait pour une bouchée de pain, rue de la Providence où il y a quelques années j’allais répéter des œuvres de Bach, Mozart, Verdi…, avec un grand chœur. En chemin, j’ai photographié des œuvres de Street Art que je n’avais pas encore vues, avant de revenir avec des planches sous le bras, puis de passer la fin de l’après-midi à installer mes livres, avec un bonheur sans mesure. Aujourd’hui l’opération grand ménage et réaménagement de mon bureau, pour accompagner l’écriture de mon roman en cours, se poursuit. Je me sens comme une reine en son royaume.

 

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street art 13e 20Hier après-midi à Paris, photos Alina Reyes

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Voir aussi la note de l’autre jour : Rentrée du Street Art à Paris 13e

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La vie belle

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Quel bonheur de ne pas faire partie des Gaulois·e·s pas réfractaires, comme les petits Macron, Benalla, Besson, Saal, Nyssen, Kohler, Schiappa, j’en passe, j’en passe, et pas que des politiques. Il y a un moment où la lecture de l’actualité vous transporte dans la joie de ne pas en être. Ah le monde est si petit. Ça feinte, ça ment effrontément comme des tout-petits qui n’ont pas encore leur raison, tout préoccupés qu’ils sont par leur gros égo anal… Lire les journaux comme on va au Guignol…

Et puis se promener le jour dans la grâce, le soir avec son chéri… Et puis savoir que la vie est ailleurs, et la vivre, bien pleine, bien paisible, bien libre, partout où elle est, partout où je suis.

 

nounours,

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street art stimeces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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