Une à une, gouttes
de pluie sur le pavé gris
mouillent les chaussures.
*
J’entends les nuages
leurs chapelets de mots d’eau
culbutant la terre.
*
Si c’est le vent ou
le lointain bruit de la ville,
qui sait ? Cela chante.
Une à une, gouttes
de pluie sur le pavé gris
mouillent les chaussures.
*
J’entends les nuages
leurs chapelets de mots d’eau
culbutant la terre.
*
Si c’est le vent ou
le lointain bruit de la ville,
qui sait ? Cela chante.
Les saints modernes, ce sont les lanceurs d’alerte. Ceux qui, de leurs seules faibles forces, tirent ce monde des ténèbres où il s’enfonce, et sont persécutés en retour par ceux qui veulent garder la loi des ténèbres.
Ce monde est plein de morts-vivants, mais ses jeunes sont vivants, ses jeunes eux aussi si souvent sacrifiés, massivement sacrifiés, dont le sang crie justice. Chaque instant vécu en juste vaut infiniment mieux que les existences entières des goinfres du monde.
La punition des goinfres, des iniques, c’est d’avoir le cœur sec, le sang caillé, gâté, et d’aller vers la mort sans avoir connu la vie, ou en l’ayant perdue.
L’amour, celui qui rend libre et vrai, le seul qui soit, est l’unique gloire.
Au creux du jardin
parsemé de feuilles mortes
une rose fraîche.
*
Le vent vient et vaque
où les seuls bras nus qu’il reste
sont ceux des statues.
*
Le cuivre verdit
La verdure devient rouge
autour des sculptures







cet après-midi au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes
Maintenant on songe à renforcer notre présence militaire au Mali. Le bourbier continue. Le soir de l’élection de François Hollande, j’avais vu le radeau de la Méduse. Élu sur la com, donc sur le néant. Le naufrage est déjà là.
La com c’est comme les prix littéraires, il n’y a rien derrière, que des misérables combines. Du côté de l’autre François, celui de Rome, comme au Drouant : sourire et bonne figure. Tout dans la com. Ne sait-on pas où ça mène ? L’orchestre a beau fanfaronner, là aussi le bateau prend l’eau et coule.
Après les affaires de pédophilie, après les enfants des Manif pour tous utilisés comme boucliers face à la police ou dressés à scander des insultes ultra-racistes, voici l’enfant entraîné pour une opération de propagande mondiale. Décidément, on penserait que les catholiques ne peuvent pas s’empêcher d’instrumentaliser les petits. Mais la façon de faire des catholiques, c’est comme la façon de penser du FN, même quand ça n’a plus l’air d’exister, ça contamine tout le champ social. Les petits ne sont pas seulement les enfants, ceux que la police va chercher à la sortie des écoles pour les expulser ou ceux dont on se sert dans la propagande, ce sont tous les êtres humains qui ne se sont pas encore transformés en singes, qui ne sont pas néantisés par cette singerie qu’est la com, façade des maisons en ruines.
Ils sont censés montrer la voie de la vérité. Le Vatican a fait le buzz dans le monde entier il y a quelques jours avec, photos et vidéos à l’appui, l’histoire du petit garçon qui, « déjouant les services de sécurité », a réussi à aller s’asseoir sur le siège du pape, à embrasser sa croix pectorale, à guider une fille plus grande que lui qui doit offrir un présent au souverain pontife, etc. Mise en scène de télé-réalité, à laquelle les fidèles sont appelés à croire. C’est à quoi se réduit la foi, maintenant ? En tout cas tout marche ainsi depuis le premier instant de cette papauté, depuis l’apparition au balcon. Restez hypnotisés, croyants, la presse y concourt, et les services de sécurité ne laisseront nulle personne inappropriée – une petite fille par exemple – approcher un instant ce siège d’opérette. Il n’y a là-bas personne.
Tempête d’automne
En plein milieu de la nuit
Les vieux os tremblent
*
Les morts qui reposent
au cimetière trempé
écoutent la pluie
*
Vivante je dors
dans les entrailles du vent
et je me réveille.


Des nouvelles du voyage de Voyage. Le livre est désormais en rayon à la bibliothèque Plateau Mont-Royal de Montréal (dans le quartier où j’habitais).
Et toujours, par ordre d’apparition, à la bibliothèque Mohammed Arkoun (Paris 5e), à la réserve centrale des bibliothèques de Paris, à celle de Lyon Part-Dieu, à celle des Pays de Lourdes. Ainsi que dans diverses bibliothèques d’institutions privées, en France ou ailleurs.
Le vent léger bruisse,
la pluie glisse sur les plumes,
boucle les cheveux
*
Les feuilles descendent,
les pages des livres tournent,
tout se déshabille
*
Dans l’ombre l’esprit
projeté par la fenêtre
fait lever le corps.
Tous ces vieux de la vieille qui réclament élégamment, ou non, leur « droit à la pute », se posent en défenseurs de la différence des sexes, se voulant mâles consommateurs de femelles en oubliant qu’une bonne partie de leurs « putes » sont des travestis. En oubliant que même s’ils se paient plutôt des femmes, en vérité ils paient pour compenser leur peur suspecte de la confusion des genres, par besoin panique de nier la femme qu’ils voient confusément en eux-mêmes ou en d’autres hommes.
La prostitution n’a jamais été une soupape de sécurité pour l’homme ni pour la société, bien au contraire. Les opprimés oppressent les femmes, et les tyrans sont très souvent consommateurs de « putes », cela conforte leur délire de pouvoir et leur fait oublier leur impuissance face à ce qui leur est supérieur. Ce qui libère l’homme est gratuit.
Ceux qui prétendent que les hommes auraient des besoins sexuels qui justifieraient le recours au viol ou à la prostitution, sont restés au stade anal où l’on est dévot de ses besoins.
La société de consommation repose sur la dévotion aux besoins. La société de consommation se voue à la merde et la produit, pollution matérielle et spirituelle. La société de consommation a été élaborée par ces mêmes vieux de la vieille effrayés par l’amour gratuit. Les vieux de la vieille veulent pouvoir continuer à souiller la belle Bretagne avec leurs porcheries. Les vieux de la vieille veulent continuer à souiller de leur regard, à expulser ou à piétiner, ceux qui ne sont pas du même genre qu’eux, les étrangers, les pauvres, les femmes. Mais une nouvelle génération, qu’ils destinaient à être sacrifiée sur l’autel de leurs besoins, se relève, fraternelle et réclamant le respect d’autrui.