Balade à Montmartre

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Photos Alina Reyes

Après avoir visité les « Banditi dell’Arte » à la Halle Saint-Pierre – le lien entre leurs oeuvres hors normes et leur biographie de pauvres, fils de bergers, de pêcheurs, d’ouvriers misérables, orphelins, enfants abandonnés, enfants battus… est saisissant – j’ai marché encore dans mon ancien quartier, de Barbès au métro Cadet, que j’ai pris pour rentrer à la maison, en me mettant juste derrière la conductrice, pour voir filer les petites lumières dansantes dans les couloirs que le train troue.

 

Seule la grâce sauve.

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Pleine de grâce

photo Alina Reyes

 

Je trouve ici ces deux merveilleux hadith : « Le jeûne est la moitié de la patience » et « La patience est la moitié de la foi ». J’ajoute : et connaître la patience, la vraie humble, confiante et paisible patience, c’est entrer dans la béatitude.

Entendre parler des choses de Dieu ne met-il pas en joie ? Or notre monde sans cesse s’emploie à rabaisser la Sagesse de Dieu en sciences humaines dépourvues de grâce. Aucune religion n’est l’ennemie de l’autre, au contraire, si les unes et les autres veulent bien se retrouver sur la place de l’universelle et pleine de grâce Sagesse de Dieu.

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Écoute le ciel et tu sauras quoi faire

Photo Alina Reyes

 

Napoléon, tel un coq sur un tas de fumier voulant réveiller le monde. Et y semant la mort. C’est la figure française dont s’est revendiquée Madonna lors de son concert à Paris. La star s’est déclarée « révolutionnaire ». Son talent est grand, son sens de la provocation aussi, mais dans quelques décennies il n’en restera rien. Le public à la fin l’a huée, parce qu’elle l’a arnaqué. Chantant quarante-cinq minutes et partant. Les places coûtaient d’une centaine à près de trois cents euros. Post coïtum, animal triste. Surtout s’il n’a pas joui. Madonna n’a pas assuré. C’est qu’elle est devenue tellement industrielle. Non, ce n’est pas la voie à suivre. Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son, une musicienne devrait le savoir. Chère, tu devrais faire un stage au désert, où l’oreille s’aiguise à écouter les clochettes des lointains troupeaux. C’est ainsi seulement qu’on apprend ce que disent vraiment les cloches des cathédrales, où se joue réellement la Vie.

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Moi, vaisseau spatial


tout à l’heure à l’Institut du Monde arabe, photo Alina Reyes

 

À l’Institut du Monde arabe il faisait frais comme dans un mirage. Mais je suis si complètement unie au ciel que j’ai pied absolu sur toute terre. Au long du parcours les musiques discrètes m’ont ravie en extase. Et les motifs géométriques, les astrolabes, l’écriture poussière. Les croix dans des cercles, les chandeliers à sept branches, le feu à la porte du ciel. Je n’ai jamais vu, ni de près ni de loin, un homme ou une femme qui connaisse le « ciel », mais je vois que c’est l’entière communauté des hommes qui en a connaissance, comme l’abeille a être par la ruche. Individuellement ils sont aveugles. Ils vivent selon le monde, selon des intérêts, non selon le tout, dans la gratuité parfaite. C’est pourquoi ils ne peuvent connaître le vrai ni le comprendre ni l’accueillir ni le saisir, comme le dit saint Jean des ténèbres par rapport à la Lumière. En ce moment même le ciel a les yeux grand ouverts, nous nous regardons dans les yeux et il m’embrasse sur la bouche.

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Lignes de lumière à la fenêtre

photos Alina Reyes

 

Quarante Hadîths authentiques de Ramadân, par le Dr Al Ajami, aux éditions Zenith. J’ai acheté ce petit livre cet après-midi à la librairie en face de la mosquée. Il s’agit d’un « guide pratique et spirituel », basé sur des hadiths traduits et commentés pour les trois décades du Ramadan. Voici des phrases que j’ai retenues pour la première décade :

« Ramadân, en sa durée, sa structure et son harmonie, est assurément une invitation au voyage. Un voyage vers notre Seigneur, une émigration, une hijra, vers Dieu. Renouvelé chaque année, ce pèlerinage de l’âme est accompli à pied, longue marche de la privation et de l’effort. Ce hadîth, lu dans le contexte de Ramadân, appelle autant que faire se peut à délaisser intentionnellement les affaires de ce monde pour n’emporter avec soi que le strict nécessaire car « Le meilleur viatique est la piété. » (sourate 2, v 197) » (p. 39)

« L’ouverture spirituelle de Ramadân est à nulle autre pareille : Dieu appelle de nuit comme de jour l’aspirant éperdu. Au-delà des convenances, au-delà des apparences, au-delà des errances, au-delà des contingences, au-delà des espérances, « Seule, munificente et souveraine, subsiste la Face de ton Seigneur. » (sourate 55, v27) » (p.51)

« Abandonner totalement ses passions implique de s’abandonner pleinement à Dieu. C’est vivre le fait qu’il n’y a en ce monde et en l’autre qu’un seul Être réellement agissant. [c’est moi qui souligne] Le jeûne est le bouclier que nous interposons entre nous et tout autre que Dieu. » (p.67)

Hadîth 13 : « Le jeûneur connaîtra deux joies : au moment de la rupture du jeûne et lorsqu’il rencontrera son Seigneur. » (…) il est recommandé de rompre le jeûne, iftâr, dès le premier temps du maghrib, temps de la prière au coucher du soleil. De même, il est conseillé de rompre le jeûne dans des conditions optimales, offrant le calme, le repos et la concentration. Cet instant est solennel, il doit célébrer le retour, au nom de Dieu et par la permission de Dieu, au monde d’ici-bas. Joie simple, d’eau et de lait, qui nous rappelle notre faiblesse.

(…) annoncée par les premiers éclairs, la Lumière. » (pp 68-71)

Heureuse de voir le texte rencontrer l’intuition de mon petit dessin. Si vous trouvez comme moi tout cela très beau, nous pourrons poursuivre la lecture pour les deux autres décades. D’ici là, comme dit le muezzin, accourez au bonheur !

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Un thé à la mosquée

 

C’est l’été, je prends un thé dans le patio de la Grande Mosquée. Des moineaux pépient dans les figuiers, au-dessus des parasols crème. Ils vont et viennent, se posent sur les lanternes en fer ajouré qui pendent du plafond en marquetterie, étroit comme une allée, de l’auvent ; sur les grilles forgées des fenêtres ; sur le bord des petites tables rondes de mosaïque bleue ; sur le dossier des chaises de rotin, tressées de bleu et blanc, ou blanc et rouge ; sur le sol à mes pieds, et mes orteils frémissent de joie. Les gens sont là en couples, ou par deux amies. Moi aussi j’y suis venue avec une amie ou l’autre, dans le passé. Maintenant j’y vais seule avec mon cahier – je n’ai jamais eu de meilleur ami que lui. Je suis heureuse. La paix est belle. Les gens sont ici en paix.

(…)

Les pépiements, les volettements des moineaux me ravissent, ils me rappellent ceux qui ont accompagné le temps de prière que je fus autorisée à passer, seule, il y a quelques mois, dans une petite salle de la mosquée. Je ne l’ai pas refait, car ils s’attendraient à ce que je me convertisse, n’est-ce pas ? Or je suis déjà musulmane de cœur, en plus d’être catholique de naissance, et juive de langue, disons. Et je les aime tous, intensément, très.

(extraits d’un livre en cours d’écriture)


photos Alina Reyes

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