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« Si je ne peux pas revenir légalement, je passerai par les forêts », dit Resat Dibrani, le père de Leonarda (Nvl Obs). Pourquoi ? Parce qu’ils sont déjà allés en Espagne, en Belgique, en Hongrie, en Allemagne, en Italie aussi bien sûr, mais c’est la France que ses enfants préfèrent. Et les enfants sont rois chez les Tziganes, je me souviens bien de ce qu’ils m’avaient dit et de ce que j’avais vu, quand j’étais allée les voir, dans deux camps à Bordeaux, il y a longtemps. Certes il y a les abus dus à la misère, mais l’esprit, en vérité, c’est la royauté des enfants. Alors je le crois bien, Resat. Que les forêts vous soient bonnes, petite famille, si vous deviez en passer par là.

La prise d’otages dans une banque, juste à côté de chez moi, vient de se terminer, l’homme s’est rendu. Il demandait un logement pour son fils et lui. Messieurs les politiques, voyez ce qu’il y a souvent, voyez où est votre responsabilité, derrière certains actes désespérés. On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « la sécurité, la sécurité, la sécurité ! », mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien. Il faut prendre les choses comme elles sont.

Le sourire de Leonarda

Visar Kryeziu, AP

photo Visar Kryesiu, AP (trouvée dans la presse américaine)

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Avant les photos de Leonarda, j’avais vu la Joconde. Maintenant le père dit que ses enfants et sa femme sont nés en Italie. Si c’est vrai, je suppose qu’ils vont donc être rapatriés chez eux, en Europe, et j’espère chez nous et chez eux, en France. Ce père qui a pu mal se comporter l’a fait dans un contexte de misère et d’angoisse, il est établi que lorsqu’on lui a fait la leçon il s’est amendé, il a fait mal surtout par ignorance mais maintenant ne montre-t-il pas qu’il a un bon fond, en parlant pour que ses enfants et leur mère puissent quitter le Kosovo, même si lui était obligé d’y rester ?

Je suis fière de tous ces lycéens qui protestent. Ils n’ont pas peur d’avoir du cœur. Cela suffit, vraiment. Cette sale ambiance que les politiques créent parmi nous, comme des gens qui ne cesseraient de semer la zizanie dans la famille. Personne n’a besoin de ça, et surtout pas les jeunes. Il y a quelques mois, ils ont vu mourir Clément Méric. Ils ont entendu des mauvais esprits se retourner contre lui et ses amis, au lieu de déplorer le retour de la violence des néo-nazis, comme si ces derniers, avec leurs coups de poing américains et leur haine de tout étranger et de tout autre (dans les semaines précédentes avaient eu lieu des agressions de jeunes filles voilées, et aussi d’un jeune Arabe, également au coup de poing américain et par des skins néo-nazis), n’étaient pas plus dangereux pour les individus et pour la société que les antifas, certes usant aussi de violence malheureusement, mais qui se sont constitués en réaction à leurs agressions.

En ces temps où l’on se plaint d’une perte d’identité, que ceux qui ont le cœur bien vivant et sain nous redonnent cœur et courage pour retrouver et réinventer les vraies bonnes valeurs qui fondent ce pays.

Dissimulateurs, manipulateurs, crucifieurs (Opus Dei, encore, et compagnie)

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Rien ne peut être plus éloigné de l’esprit du Christ, et même contraire à l’esprit du Christ, que l’esprit de l’Opus Dei. Ne serait-ce que parce que les laïcs y sont sous la domination des clercs. C’est d’avoir rejeté cela que le Christ s’est retrouvé sur la croix. Avec la bénédiction et le soutien du Vatican, voici donc une Oeuvre qui œuvre contre le Christ. Sans parler de son culte du secret, alors que le Christ a dit d’agir dans la lumière, ses façons d’avancer masquée pour pêcher des hommes par d’habiles manipulations, alors que le Christ a honni les hypocrites et les manipulateurs, ses abus sur les âmes, alors que le Christ libère, sa fortune issue de ses multiples et souvent complexes voire malhonnêtes manipulations de l’argent, alors que le Christ va pieds nus dans ses sandales et rend à César ce qui est à César, son organisation maniaque du temps de vie et du temps de cerveau humain de chacun de ses membres, alors que le Christ a dit de ne pas se plus soucier du lendemain que ne le fait le lys des champs, sa complicité active avec Franco, Pinochet et autres dictateurs, son appétit de pouvoir sur le monde, quand le Christ, à qui le diable l’a proposé, le rejette radicalement, jusqu’à préférer en être éliminé… Son contrôle et son accaparement des biens matériels des membres, mais aussi de toute leur intimité, par un usage spécial de la confession, l’interdit sur des livres, des films ou autres œuvres de l’esprit, l’ouverture systématique du courrier… Bref, le verrouillage des êtres typique des sectes dont maints évadés ont témoigné, sans que cela ne change rien au soutien extraordinaire dont bénéficie ce monstre spirituel, dont la stratégie est d’infiltrer les milieux de pouvoir, y compris le Vatican – où Jean-Paul II l’a accueilli comme le sauveur, avec l’aussi tristement célèbre Légion du Christ.

Comme l’écrivent Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans Les nouveaux soldats du pape : « Sans l’approbation de l’Église, sa caution et son soutien, l’Opus Dei ne serait qu’une secte espagnole ». Le voilà bien, le secret de sa réussite, comme celui de toute corruption dans un État censé être de droit. Et voilà bien aussi ce qui mine et peut mener à sa perte un État ou l’Église : la complaisance, la compromission avec le mal, fussent-elles au nom d’intérêts prétendument supérieurs. Qu’est-ce qui pourrait donc être supérieur à la vérité, au respect d’autrui, à l’honnêteté ? Prétendre que les manœuvres et autres calculs retors sont nécessaires, c’est nier la supériorité de Dieu, c’est nier Dieu.

Le pape François, fort habile lui aussi, envoie-t-il quelques petites piques à l’encontre de l’Opus Dei et autres mouvements charismatiques aux méthodes souvent sectaires, en se déclarant contre le prosélytisme et contre la manipulation mentale ? Peut-être, mais le pape François, nous le voyons au bout de quelques mois, est surtout maître dans l’art de dire et de ne pas faire ce qu’il dit (parler contre l’argent et pour la pauvreté de l’Église mais garder la sinistre banque du Vatican, se dire anticlérical mais être pape et avec un sens bien fort de l’autorité et de la hiérarchie, sous des dehors bonhommes…), voire même de dire tout à la fois une chose et son contraire, avec des accents indignés pour faire mieux passer l’entourloupe – comme lorsqu’il déclare souffrir de voir les femmes dans l’Église réduites à la servitude et leur propose comme promotion… d’être de bonnes mères (non consacrées prêtres comme les « pères », bien entendu) plutôt que de songer à occuper les places prises par les hommes, ce qui leur ferait perdre leur féminité.

Bénédicte et Patrice des Mazery rapportent notamment dans leur livre L’Opus Dei, une Église au cœur de l’Église, parmi d’autres cas, celui de cette jeune femme qui intenta un procès à une école hôtelière de l’Opus Dei – et depuis, l’a gagné. Les méthodes de tous ces mouvements reviennent toujours au même, séduction sournoise, enfermement, embrigadement, lavage de cerveau, exploitation de l’individu qui se retrouve isolé, privé de son argent et de ses moyens de survivre au-dehors, à la fois matériellement et psychologiquement. Patrice de Plunkett, catholique écolo et « indigné » quoique issu de l’extrême droite, et tout en s’en étant éloigné continuant à prêcher avec insistance, lors de la mort de Clément Méric, que les néo-nazis ne sont pas pires que les antifas, très bien introduit et très bien vu à Rome, très dans la ligne d’apparence progressiste voire révolutionnaire, rapporte la même affaire dans son livre L’Opus Dei. Mais loin d’admettre que, comme beaucoup d’autres, cette adolescente puis jeune femme a été victime de graves abus, il tire des faits une tout autre conclusion : selon lui, cette personne avait tout simplement des problèmes psychologiques – n’ayant pas fait sa crise d’adolescence chez ses parents, elle l’aurait faite tardivement dans sa deuxième famille, l’Opus Dei. (Tiens, n’est-ce pas ce qu’on a dit aussi pour justifier l’éviction brutale, l’année dernière, du banquier qui avait été chargé par Benoît XVI d’assainir la banque du Vatican ? Voilà que cet homme qui s’était fait connaître pour toute une carrière sérieuse dans la finance était soudain pris de problèmes psychologiques si ennuyeux, était devenu si bizarre, qu’il était impossible de le garder un jour de plus…) Et comme si cette ignominie ne suffisait pas, Plunkett ajoute cette perfidie, sur cette jeune fille alors dûment coupée de sa famille, avec laquelle elle ne pouvait parler que très rarement : « a-t-elle pu ne pas avoir conscience des manipulations qu’elle subissait, alors que ses parents la mettaient constamment en garde contre « cette secte » ? » Et c’est ainsi, catho très bon teint, qu’on justifie tous les abus, et qu’on participe à ce qu’ils se perpétuent.

Cela, ils sont beaucoup trop nombreux à le faire. Beaucoup trop nombreux à fermer les yeux. Beaucoup trop nombreux à baisser les yeux, parce qu’ils n’ont rien d’autre à quoi se raccrocher qu’à l’espoir que cette fois, ça va changer, ça va aller, ça va revenir et en mieux, le bon temps. La presse elle-même ne joue-t-elle pas le jeu ? Et tant de gens qui, il y a quelques années encore, se tenaient à distance ironique de l’Église, et maintenant, par peur de voir l’Occidental perdre son identité, se rapprochent du troupeau et la regardent comme un chien susceptible de les garder ? Tout cela est misérable, et ni l’imposture ni les faux-semblants n’ont jamais protégé personne, du moins jamais longtemps. Bien au contraire, ils tuent. Et c’est pourquoi il faut les rejeter, les yeux bien ouverts.

Leonarda

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« La deportacion de la alumna gitana Leonarda Dibrani avergüenza a Francia », titre El Pais.

Le récit des professeurs de Leonarda fait pleurer.

« Le maire de Levier, Albert Jeannin, m’a alors passé au téléphone un agent de la PAF qui était dans son bureau : son langage était plus ferme et plus directif, il m’a dit que nous n’avions pas le choix que nous devions impérativement faire stopper le bus là où nous étions car il voulait récupérer une de nos élèves en situation irrégulière : Léonarda Dibrani cette dernière devait retrouver sa famille pour être expulsée avec sa maman et ses frères et soeurs ! Je lui ai dit qu’il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais ça totalement inhumain …  il m’a intimé l’ordre de faire arrêter le bus immédiatement à l’endroit exact où nous nous trouvions, le bus était alors sur une rocade très passante, un tel arrêt aurait été dangereux ! Prise au piège avec 40 élèves,  j’ai demandé à ma collègue d’aller voir le chauffeur et nous avons décidé d’arrêter le bus sur le parking d’un autre collège (Lucie Aubrac de Doubs). J’ai demandé à Léonarda de dire au revoir à ses copines, puis je suis descendue du bus avec elle, nous sommes allées dans l’enceinte du collège à l’abri des regards et je lui ai expliqué la situation, elle a beaucoup pleuré, je l’ai prise dans mes bras pour la réconforter et lui expliquer qu’elle allait traverser des moments difficiles, qu’il lui faudrait beaucoup de courage… Une voiture de police est arrivée, deux policiers en uniforme sont sortis. Je leur ai dit que la façon de procéder à l’interpellation d’une jeune fille dans le cadre des activités scolaires est totalement inhumaine et qu’ils auraient pu procéder différemment, il m’ont répondu qu’ils n’avaient pas le choix, qu’elle devait retrouver sa famille…Je leur ai encore demandé pour rester un peu avec Léoanarda et lui dire au revoir (je l’a connais depuis 4 ans et l’émotion était très forte). Puis j’ai demandé aux policiers de laisser s’éloigner le bus pour que les élèves ne voient pas Léonarda monter dans la voiture de police, elle ne voulait pas être humiliée devant ses amis ! Mes collègues ont ensuite expliqué la situation à certains élèves qui croyaient que Léonarda avait volé ou commis un délit. Les élèves et les professeurs ont été extrêmement choqués et j’ai du parler à nouveau de ce qui s’était passé le lendemain pour ne pas inquiéter les élèves et les parents.» (le récit entier est à lire sur le blog de RESF sur Médiapart)

http://dai.ly/x160c1w

« Un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants »

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dessin d’Arès

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300 000 bébés pourraient avoir été volés sous la dictature du général Francisco Franco (…) les autorités espagnoles ont pris des mesures pour faciliter les recherches des familles. Mais un obstacle se présente « lorsque les archives contenant les identités de mères et d’enfants sont des archives ecclésiastiques », déclare la lettre envoyée au pape… L’article entier dans l’Express. C’était en mai dernier, les archives ont-elles été ouvertes, ou préfère-t-on s’occuper de béatifier les franquistes, comme pour narguer leurs victimes ? Elles étaient bien chrétiennes aussi, pourtant, et leurs enfants, baptisés ?

Loli était à Peñagrande en 1982. Elle rapporte que pendant son séjour deux filles au moins se sont donné la mort. L’une d’elles se serait jetée du haut de l’escalier : “On disait qu’elle avait accouché la veille et qu’on lui avait retiré son enfant », affirme Loli. « Quand elle a appris que ses parents venaient la chercher pour rentrer chez eux, elle n’a pas supporté”. Elle se rappelle aussi de visites de couples à la garderie du centre : “Tous les berceaux étaient alignés. Nous savions toutes qu’ils étaient venus choisir l’enfant qu’ils allaient emporter, comme au marché”. Quelques jours plus tard, un enfant manquait, et la mère aussi, évidemment. L’article entier dans Courrier International

Tout ceci rappelle désagréablement l’affaire des bébés volés sous la dictature argentine et le déni du cardinal Bergoglio, aujourd’hui pape, face aux Grands-Mères de la place de Mai qui affirment l’avoir mis au courant dès 1977. Loin de se soucier d’éclaircir toutes ces affaires de vols d’enfants dans lesquelles l’Église est tellement impliquée, le pape parle de « la femme » (comme si les femmes constituaient une espèce à part) : Le pape a diagnostiqué « deux dangers » qui « mortifient » la femme et sa vocation : d’une part, « réduire la maternité à un rôle social, à un devoir, qui même noble, met de côté la femme avec ses potentialités, et ne la valorise pas dans la construction de la communauté ». D’autre part, « promouvoir une sorte d’émancipation qui, pour occuper les espaces accaparés par les hommes, abandonne la féminité avec les traits qui la caractérisent ».(Zenit). Comme les Roms ont vocation à retourner chez eux, les femmes, c’est bien connu, ont vocation à être mères. Mais pas à protester quand on leur vole leurs enfants.

Fran(cis)co & Co

« Malgré la pression internationale accrue ces dernières semaines, avec une demande des Nations unies d’enquêter sur le sort de dizaines de milliers de disparus du franquisme et une enquête ouverte par la justice argentine », l’Église espagnole béatifiait donc ce dimanche plus de cinq cents martyrs, non du franquisme, alors porté par ces mêmes catholiques, mais des Républicains. Cela avec le soutien chaleureux de Fran(cis)co. Au moins, concernant aussi le passé argentin du pape jouant aujourd’hui François, tout est plus clair.

Pendant ce temps, pendant que Jeff Koons continue à se faire passer, et à passer aux yeux des gogos, pour l’un des plus grands artistes contemporains, Banksy continue à nous ouvrir les yeux. Lisez Francis K !