Visionnaires

Mosquée-Fath-Amiens

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Qui veut le fruit, qu’il accepte l’arbre.

Qui veut l’aimé(e), qu’il y aille tant qu’il en est désiré.

Dans Forêt profonde (2007), le Sacré-Cœur, que la narratrice contemple depuis les hauteurs de Notre-Dame, est transformé en mosquée. Je l’ai constaté maintes fois, le Verbe sait toujours à l’avance ce qui arrive dans mon cœur, dans ma vie, et aussi dans le monde.

Dans le Médoc, le pays de mon enfance, une salle de prière musulmane a fait l’objet d’une tentative d’incendie et a été taguée d’une croix gammée. C’est la vingt-troisième mosquée française profanée depuis le début de cette année, très souvent avec des signes nazis. Nul coupable n’a été arrêté (nul non plus n’a été arrêté dans les cas d’agressions de musulmanes). Dans Forêt profonde, le nazisme hante l’enfer que traverse la narratrice, victime d’un déni d’humanité qui la fait se sentir proche d’Anne Franck. Oui, le Verbe sait les mécanismes profonds, et ce qu’ils produisent, même quand c’est caché.

Les musulmans d’Amiens ont désiré avoir une mosquée inspirée de Notre-Dame de Paris. La foi les a rendu visionnaires.

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Jeanne d’Arc, saint Michel

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fontaine Saint-Michel, à Paris

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Lisant les passionnantes minutes du procès de Jeanne d’Arc, je suis frappée par la ressemblance de structure avec le procès du Christ. L’un et l’autre condamnés par le moyen d’une alliance morbide entre l’occupant et le pouvoir religieux. L’un exposé haut sur une croix, l’autre exposée haut sur un bûcher. Mais Jeanne est surtout angélique. Elle est morte en criant le nom de Jésus, mais très visiblement c’est l’archange saint Michel qui l’habite, lui donne cette force et cette habileté surnaturelles « au fait de la guerre, où elle était supérieurement experte », témoignent des compagnons d’armes. Quant à sa détermination, elle lui vient directement de Dieu, auquel elle est entièrement soumise. « Je n’ai rien fait au monde que par le commandement de Dieu », dit-elle. Et pour ce qui est des détails de l’action : « mes frères du paradis me disent ce que j’ai à faire ». On connaît le début de sa réponse à la question piégée : « Savez-vous être en la grâce de Dieu ? » « Si je n’y suis, Dieu m’y mette ; et si j’y suis, Dieu m’y tienne ! » La fin de sa réplique vaut aussi d’être citée : « Mais si j’étais en état de péché, je crois que la voix ne viendrait pas à moi. Je voudrais que chacun l’entendît aussi bien que je l’entends. » Qui n’y entend rien a sans doute les oreilles très ensablées par le péché.

Tout ce que dit Jeanne, je le sais. J’écrirai sur elle, incha’Allah, et aussi sur Mohammed, entre autres.

La toute première chose qui lui est reprochée par l’évêque Pierre Cauchon et l’inquisiteur Jean Lemaître, qui se félicitent que la céleste Providence ait permis la prise de Jeanne, la voici : « Cette femme, au mépris de la pudeur et de toute vergogne et respect de son sexe, portait, avec une impudence inouïe et monstrueuse, des habits difformes convenant au sexe masculin. » Jeanne est partie de chez elle en robe rouge. Elle a ensuite pris l’habit d’homme tout simplement parce que Dieu le voulait, parce que c’était nécessaire, pour le travail qu’il lui fallait faire. Et ce n’était certes pas de sa faute si Dieu n’avait pas trouvé d’homme pour le faire, ce travail. Plus tard, entre deux batailles, elle portera avec plaisir de belles robes. Mais sur les lieux de sa mission, n’avait-elle pas, dans son habit de combattante, la grâce de l’archange défenseur de la foi ?

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Stupidité de l’essentialisme

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photo Alina Reyes

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Parce qu’il est juif, « n’oublie pas que je suis ton aîné spirituel », m’assène-t-il. À ce compte, il pourrait aussi bien dire, en fils de Caïn : « n’oublie pas que je suis l’aîné de toute l’humanité dans le crime », ou encore, en fils de Judas : « n’oublie pas que je suis l’aîné de toute l’humanité dans la trahison », ou bien tout simplement : « n’oublie pas que je suis celui qui a crucifié le Christ ». Il est vrai que la caste des prêtres et les Romains pourraient lui disputer cette dernière essence.

Parce qu’ils sont hommes, et moi femme (et circonstance aggravante, femme ayant une parole, une œuvre, une vie) tel ou tel ou tel, tels des coqs montant sur leur tas de fumier pour mieux surplomber le monde, m’assènent leur mépris, d’une façon ou d’une autre me traitent de stupide, tantôt agressifs, tantôt patelins comme s’ils s’adressaient à autre chose qu’à un être humain.

Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, disait un best-seller particulièrement bête. Degré zéro de la pensée partagé par nombre d’intellectuels ou prétendus tels, secrètement épouvantés par les personnes de l’autre sexe, comme ils le sont par tout Autre. Le mur ou le gouffre qu’il leur faut mentalement placer entre leur ego et toute humanité autre ressort du même essentialisme de fumier. N’était-ce pas là, finalement, le coq que le condamné Socrate, par dérision, voulait offrir à Esculape ?

En Christ il n’est ni juif ni grec, ni homme ni femme. Seulement le chemin, la vérité et la vie. L’essentialisme est un existentialisme exacerbé. Ce que l’existence, via l’histoire, a déterminé que vous étiez, vous le serez. Les jeux sont faits, chacun est à l’abri d’autrui sous sa carapace stéganausorique, et qui en sortirait, qu’on le cloue ! En vérité l’essence précède l’existence, mais l’essence n’est pas ce qu’ils croient. L’essence n’est pas cette construction humaine qu’ils prennent pour une définition naturelle. L’essence de chacun de nous, elle est de Dieu et de Dieu seul. D’elle nous venons, à elle nous allons. Elle nous dépasse, elle n’est en rien figée, elle est chemin, vérité et vie, toujours surprenante, comme tout ce qui est vivant.

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Trains, tunnels et ponts

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L’AVE est le TGV espagnol. Suite à l’accident de Saint-Jacques de Compostelle, El Pais rappelle quelles fortunes publiques sont englouties dans cette industrie, dans un pays où le chômage des jeunes atteint 56,4%. D’un autre côté, l’AVE s’exporte, et a décroché un très gros contrat pour la construction de l’AVE du pèlerin, de Médine à La Mecque. Même si le train en cause dans l’accident de Compostelle n’était pas un AVE, les sociétés qui le construisent espèrent maintenant ne pas perdre des contrats internationaux, en particulier celui de la liaison entre Sao Paulo et Rio de Janeiro. L’article (en français) sur presseurop.eu.

L’Égypte ferme les tunnels qui alimentaient Gaza, les marchandises n’arrivent plus et leur prix a quintuplé. En vidéo dans l’Hebdo.  D’un autre côté, Israël envisage la construction d’un nouveau réseau ferroviaire qui reliera « toutes les grandes villes de l’Autorité palestinienne et la bande de Gaza, vers les centres de population israéliens. Il comprendra également des passages frontaliers vers la Jordanie et la Syrie, et pourra aussi servir à la fois aux Arabes et aux Israéliens palestiniens”, indique alyaexpress-news.com, quand Palestiniens et Israéliens auront réussi à s’entendre. Une lueur d’espoir ? s’interroge La Presse.

Craignez le Seigneur, il n’est pas vengeur mais qui sort de sa logique pour entrer dans celle de la tromperie et de l’aveuglement, participe à donner pouvoir aux desseins mortels du mal. Craignez-le, et louez-le, car en fin de compte, c’est Lui, c’est sa Voie qui l’emporte.

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Chair et Esprit

Ceux qui se marient et qui se disent athées : ils ont  pourtant un dieu, c’est la société. Et ses divinités, la peur et l’argent. Comme beaucoup de ceux qui se marient soi-disant devant Dieu. Par amour certes, mais un amour pas assez solide pour pouvoir marcher sans béquilles, pas assez entier pour se passer de garde-fou, pas assez gratuit pour pouvoir se passer de contrat.

Le vrai mariage, celui qui a lieu devant Dieu, avec ou sans intermédiaire pour le célébrer, est beaucoup plus exigeant. De même que le Christ a dit que désirer quelqu’un c’était déjà être adultère, moi je dis qu’avoir une relation charnelle avec quelqu’un, c’est l’épouser. « Ils ne firent plus qu’une seule chair », dit la Bible. Même un rapport de prostitution est un mariage, devant Dieu. Mais sans aller jusque là, toute relation charnelle consentie entre un homme et une femme, qu’elle dure toujours, ou quelque temps, ou le temps d’un jour, est un mariage contracté devant Dieu. Rien à faire, l’union charnelle consentie qui a eu lieu a eu lieu. Elle est inscrite dans la chair de ceux qu’elle a unis, et elle exige le respect dans leurs cœurs jusqu’à la fin de leurs jours.

Qui n’a jamais désiré, ne serait-ce qu’un instant, quelqu’un d’autre que son époux ou épouse ? Personne. Tout être humain est donc adultère. Et si nous le sommes tous, c’est pour être invités à connaître à la fois notre dépendance les uns des autres – connaissance qui nous sauve – et la miséricorde de Dieu. Ce qui rachète l’adultère, c’est la fidélité du cœur au mariage contracté – aux mariages contractés, s’il y en eut plus d’un. Annuler un mariage, c’est impossible. Ceux qui prétendent le faire se mettent à la place de Dieu.  Mais l’homme a beau se mettre à la place de Dieu, il est définitivement impuissant à contrer l’ordre de Dieu. Se marier devant une autorité civile, c’est impossible. Cela ne peut être qu’un simulacre du mariage devant Dieu – et la preuve que ce n’est pas un vrai mariage, c’est qu’il comporte la possibilité de divorcer.

Que chacun comprenne et admette cela, et nous aurons fait un immense pas dans la vérité, et sur le chemin de l’unité et de l’éternité. Réellement baptisés dans l’Esprit.

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Bonnes nouvelles

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photos AP ; Paulo Whitaker / Reuters ; AP

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« Reprise des négociations de paix israélo-palestinienne lundi à Washington ».

Très beau travail de François au Brésil. Avec l’appui du ciel, qui a bien fait d’envoyer sa pluie contenter d’un côté les crocodiles et de l’autre obliger les pèlerins à prier jusqu’au bout sur la plage. Je me suis rappelé du moment où ils échouent et dorment sur le sable dans Souviens-toi de vivre, heureux comme des rebaptisés. Ils étaient là, tels trois millions de boat people sauvés, sur la voie de la résurrection. C’est parti.

La prochaine fois, Cracovie. Catholiques, orthodoxes, protestants, tous chrétiens, retrouvons les chemins de l’Europe ancienne, plus centrée, plus tournée vers l’Est, refaisons l’Europe, celle de l’esprit. Avec ses nouvelles composantes. Ne nous replions pas, cessons d’exclure, incluons. François l’a dit en quittant Rio, le Christ prépare le printemps dans le monde entier.

Oui, hâte-toi, fratellino mio.

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Dans la nuit du destin, des bons cœurs

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Je vois ce titre de journal : « Les Etats-Unis vont rendre des milliers de pièces d’antiquité volées à l’Irak », mais par lapsus je lis :  « Les Etats-Unis vont rendre des milliers de pièces d’identité volées à l’Irak ». En fait, pour les identités volées par la guerre, il faudrait compter par millions.

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Je lis dans Trouve ta mosquée : « La mosquée a été baptisée Laylat al Qadr car selon Hajj Ahmed, le permis de construire de la mosquée a été obtenu le jour de Laylat al Qadr et que la première prière qui a été réalisée dans ces lieux fut pour Laylat al Qadr.

Ahmed est fier de cette mosquée et des musulmans de Sète qui ont tous contribué à la construction de celle-ci.

 Il me raconte une anecdote « Le chantier avançait  bien, le plâtrier qui avait fini son travail ne m’avait pas donné sa facture. Sète ce n’est pas très grand alors je le croisais souvent pour lui demander la facture afin que l’association le paie. Après une dizaine de relances, je lui fais comprendre que c’est urgent pour notre comptabilité. Le plâtrier me répond « Vous voulez que je l’envoie à qui la facture ? A Dieu ? Vous me devez rien » ». Ahmed me raconte cette anecdote avec beaucoup  d’émotion comme celle du vendeur de carrelages qui est de confession juive. Lorsqu’il a appris que c’était pour la mosquée, il a fait les 1700 m² de carrelages pratiquement à prix coûtant, le vendeur lui avait dit « Nous avons le même Dieu ».

Hajj Ahmed m’a raconté une dizaine d’histoires de ce genre. » (L’article entier, et le visage de Hajj Ahmed, sont ici).

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