Halloween

MLP trouve étonnante l’allure des otages français libérés. Attention, elle est déjà tombée dans sa piscine vide, à l’Ascension ! Moi je trouve inquiétants ses cernes, sa peau, ses lèvres – elle n’a que quarante-cinq ans, on ne dirait pas qu’elle veille suffisamment à sa santé. C’est peut-être ce qui contribue à lui faire former des hantises. Ou à lui permettre de soutenir les hantises qui font son lit en divisant les Français.

Purge

Purge  Sofi oksanen_portrait

Sofi Oksanen

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Nous parlions tout à l’heure des 24 intellectuels qui ont signé un manifeste et lancé une pétition pour la protection des animaux, tombant d’accord avec le défenseur des enfants Jean-Pierre Rosenczveig qu’il est regrettable que ces intellectuels ne se soient pas d’abord préoccupé des droits des êtres humains, notamment de ceux, enfants et adultes, qui vivent parmi nous dans des conditions que nous trouverions inacceptables pour nos animaux.

Mais voici pire : les 343 intellectuels, autonommés 343 salauds, emmenés par Frédéric Beigbeder, qui lancent la pétition : « Touche pas à ma pute ». Leur pute. Le pubeux Beigbeder a sévi. Dans l’indigne. On peut discuter du bien-fondé de l’idée de pénaliser les clients de prostituées. Mais pas ainsi. Contrairement à ce que semble dire leur slogan, ce n’est pas le droit des prostituées que défendent ces signataires, c’est leur propre (si l’on peut dire) consommation. Et leur fantasme de possession et de domination. Or ils auront beau payer, les prostituées ne leur appartiendront jamais, pas plus que n’importe quelle femme, n’importe quel être humain. Leur combat est perdu d’avance, et ils ne font que retourner contre eux leur propre putasserie.

Une fois je suis allée visiter une péniche qui était à louer. Au retour, j’ai traversé le bois de Boulogne à pied. Ce que j’ai vu était particulièrement sinistre. Ces femmes abîmées – l’une d’elles en train de chier par terre sans se cacher –, ces hommes allant chercher dans cette misère quelle sorte de plaisir ? Misère des femmes, misère des hommes, misère sur misère. Sans compter que plus que jamais les prostituées sont victimes de trafics d’êtres humains. D’autres écrivains font leur travail, eux, comme Sofi Oksanen dans son roman Purge.

 

Jean-Pierre Rosenczveig appelle les intellectuels à se mobiliser pour les droits des enfants

stfrancis

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  Suite au manifeste et à la pétition de 24 intellectuels pour les droits des animaux, l’avocat des enfants écrit une vive réaction, dont voici un extrait :

« Personnellement, depuis 10 ans, j‘aurais aimé entendre ces grandes voix s’exprimer de concert – sachant que certains ont pu le faire individuellement – avec le poids qu’elles représentent pour pousser les pouvoirs publics à gérer mieux qu’ils ne l’ont fait la question des enfants qui arrivent régulièrement et par milliers chaque année non accompagnés dans notre pays. Ces jeunes sont traités plus comme des étrangers que comme des enfants (conf. différents posts sur ce blog).

Pour revenir sur ce point j’aurais aussi aimé les entendre collectivement il y a 15 jours dans le débat sur les châtiments corporels. Ils avaient matière à aborder le thème éducation et violence : on peut éduquer sans frapper.

J’entends qu’il faille s’inquiéter des violences infligées aux animaux, mais que dire du sort des enfants roms « abrités » dans des camps misérables qui jouxtent nos autoroutes urbaines et exposés à tous les dangers comme les épidémies, les morsures de rats, etc. ? Ces enfants là ne valent-ils pas nos chiens et nos chats ?

Pourquoi refuser d’aborder des questions aussi délicates que le souci de la liberté de conscience et de religion des enfants avec la liberté des parents d’élever leur progéniture dans leurs valeurs et leur religion ? (3)

Bref, nous avons les intellectuels que nous méritons !  (4)

Notre société vieillissante et souvent dépassée se recroqueville sur elle-même : les retraites, les chiens et les chats, le calme et la crainte de l’autre.

Hauts les cœurs Mesdames et Messieurs, la France, en bien-traitant ses « compagnons de vie » peut aussi se pencher sur des vrais problèmes de société. Laisser les associations militer pour les chiens, les chats et les poissons rouges et autres oiseaux de compagnie et jouer votre rôle : élevez le débat ! »

Le texte entier est à lire sur le blog de Jean-Pierre Rosenczveig.

Les animaux ont droit à notre respect, mais faire passer leur cause d’abord ne sert personne. Il est infiniment plus facile d’aimer les animaux que les hommes, et nous voyons bien d’ardents défenseurs des animaux comme Brigitte Bardot fermer les yeux sur le malheur d’êtres humains réputés « pas comme nous », voire être du côté de ceux qui prônent l’exclusion, voter pour le Front National. Je m’interroge sur les raisons qui animent certains signataires, comme Alain Finkielkraut. Si nous apprenions à respecter d’abord les êtres humains et à les aimer, alors nous respecterions aussi les animaux et la nature, conscients que tout le vivant est lié, et que chaque animal est l’une des si nombreuses facettes de l’homme. François d’Assise aime les animaux parce que d’abord il aime ses frères humains.

Bonnes nouvelles

© NAZMI AKYOL/ANADOLU AGENCY/EPA/MAXPPP

© NAZMI AKYOL/ANADOLU AGENCY/EPA/MAXPPP

 

« Cameron prêt à lancer un indice islamique à la Bourse de Londres.
(…) La Grande-Bretagne deviendrait le premier pays occidental à prendre une telle initiative. « Lorsque que la finance islamique augmente de 50% plus rapidement que l’activité bancaire traditionnelle et que les investissements islamiques au niveau mondial doivent atteindre 1.300 milliards de livres sterling en 2014, nous devons nous assurer qu’une bonne part de ces investissements s’effectue en Grande-Bretagne », estime Cameron dans le discours qu’il doit prononcer devant le forum.
La finance islamique se fonde sur le principe que la monnaie n’a pas de valeur intrinsèque et n’est utilisée que comme un étalon de valeur, empêchant l’implication dans des investissements spéculatifs ou la perception d’intérêt.
Les investissements respectant les principes islamiques se fondent sur un échange de propriété de valeurs tangibles ou de services. Voir l’article : Reuters

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« Après le scandale des écoutes de la NSA américaine, l’Allemagne et le Brésil veulent demander à l’Onu de limiter l’envergure de la surveillance des services secrets, écrit lundi le quotidien Kommersant. » Voir l’article : Ria Novosti

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Je l’avais vu à Istanbul, il était tout sourire et douceur. Sultan Kösen, l’homme le plus grand du monde, s’est marié. « Comme le veut la tradition turque, la nuit de henné a été organisée la veille du mariage, rapporte le Daily Mail, photos à l’appui. Le couple a dansé le Halay, avant la cérémonie du Taki –durant laquelle les convives lui offrent leurs cadeaux. » Voir l’article : Paris Match

La Manifpourtousjugend

HitlerJugend

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« … fidèles à leurs habitudes, les participants à « la Manif pour tous » avaient amené des ribambelles de gamins pour démontrer leur esprit de famille. Tout à leur honneur sans doute, si ce n’est que ces enfants pour certains très jeunes n’avaient pas vraiment leur place dans la rue.
« Taubira casse-toi, Taubira dégage, Taubira tu sens mauvais, tes jours sont comptés. Nous sommes le peuple (100 personnes), on ne veut plus de ta loi. Non à la dictature socialiste », criaient les enfants, sans vraiment comprendre la portée de leurs mots, dans des mégaphones presque aussi gros qu’eux, sous le regard amusé de parents fiers de leurs progénitures.
L’inadmissible est arrivé avec une adolescente qui, du haut de ses 12 ans brandissait une peau de banane à l’attention de la ministre en criant : « une banane pour la guenon ». Même les CRS qui assuraient le cordon de sécurité n’en sont pas revenus. « Des propos passibles d’une interpellation pour injure à un ministre en exercice », commentait l’un d’eux.
Dans le palais de justice, la ministre n’a rien vu, ni perçu distinctement de ces injures et de ces messages de haine, indignes de la part de parents qui mettent en avant la famille et l’éducation des enfants. » Angers Mag

 

La Manif pour tous, mouvement multi-plagiaire par excellence, révèle sous tous ses masques son énorme bêtise fascisante. Comme ni ses fondateurs ni ses membres n’ont inventé le fil à couper le beurre, ils font exister le mouvement en copiant et détournant tout, pour ses affiches, l’esthétique de ses uniformes, son slogan « nous sommes le peuple »… Mais lorsqu’en août dernier à Berlin une délégation de la Manif pour tous défilait en compagnie de Karl Richter, vice-président du parti néo-nazi NPD, c’était peut-être le moment où ce mouvement s’approchait le plus de ce qu’il est réellement. La Hitlerjugend, Jeunesses hitlériennes, ne recrutait quand même pas des membres aussi jeunes que les enfants en bas âge employés par la Manif pour tous comme boucliers face à la police, mais ces jeunes pousses entraînées à scander des slogans indignes ou à lancer des injures racistes eussent pu faire l’affaire.

Leonarda

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le café Esméralda, derrière Notre-Dame de Paris

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« Dans son roman Notre-Dame de Paris, le célèbre écrivain français Victor Hugo décrit le personnage d’une bohémienne belle, gentille, honnête et courageuse. Elle a 16 ans et elle s’appelle Esméralda. Par le biais de la peinture qu’il fait de son personnage, Hugo exprime sa sympathie aux Roms, connus à l’époque sous le nom de bohémiens ou de gitans, reflétant toute la grandeur d’âme de l’écrivain. Mais tout récemment une jeune Rom à peine âgée de 15 ans, Leonarda Dibrani a été interpellée par la police française devant ses camarades de classe, et expulsée vers le Kosovo. Sa famille a également été expulsée. (…) Loin de moi l’idée de dire si la politique d’immigration française est bonne ou pas, mais j’espère que le Gouvernement français ne fera pas porter la responsabilité des problèmes intérieurs qui surgissent sur la tête des immigrés ; après tout, dans le passé, les immigrés ont apporté de grandes contributions au développement social et économique de la France, et ce sera encore le cas dans l’avenir. Au contraire, le Gouvernement français devrait prendre conscience de la montée des forces d’extrême-droite, et ne pas laisser la xénophobie et le populisme interférer dans la revitalisation et le développement du pays. » L’article de Ren Yakiu, L’affaire Leonarda, reflet des difficultés de la société française d’aujourd’hui, est à lire en entier dans Le Quotidien du Peuple.

 

« Les Roms sont à l’affiche aujourd’hui, après tant d’autres dans le passé : les polaks, les ritals, les bicots, tout nom méprisant affecté à l’étranger comme si les Français étaient profondément xénophobes. (…) Ces situations ne sont pas nouvelles, mais elles s’aggravent. Voici plus d’un demi-siècle, Ouest-France, sous la plume de son fondateur Paul Hutin-Desgrées, écrivait : « Peuples riches et peuples libres, prenez garde aux peuples asservis et aux peuples pauvres : ils envient légitimement vos biens et ils envient légitimement votre liberté ; ils les maudiraient si le partage commandé par la justice ne se faisait pas. C’est la guerre qui est le produit fatal de l’injustice. » L’éditorial de François Régis Hutin, Immigration : accueil, justice, cohérence, est à lire en entier dans Ouest-France.

 

« L’histoire des Dibrani représente l’histoire de milliers d’immigrants qui voient en Europe la possibilité d’une vie meilleure, et qui parfois, tragiquement, se termine avec la mort de centaines d’hommes et de femmes, qui ne parviennent pas à atteindre leur but. (…) La déportation massive d’immigrants ou leur confinement dans des centres de détention avant leur entrée sur le continent européen, montre que la politique de l’Union Européenne dans ce domaine est consolidée, sans compréhension de la globalité du processus migratoire. Comme le confirme Martin Schultz, président du Parlement européen, en déclarant que : « (…) L’Europe a besoin d’un système d’immigration légal. Les États doivent admettre que nous sommes un continent d’immigration ». L’article de Pablo Jofre, France : guerre aux Roms, est à lire en entier (en espagnol) sur Radio Uchile.

 

Précédents points de vue sur l’affaire :

La réflexion et le très humain portrait de la famille Dibrani par Miguel Mora : « Les Dibrani, apatrides d’Europe »

La vive protestation du leader hindou Rajah Zed contre la déportation de Leonarda et les conditions faites aux Roms 

La réaction du cardinal André Vingt-Trois : « Qu’ils mangent de la brioche »

L’inquiétude de  Manuel Garcia Rondon, secrétaire général de l’Union Romani, et sa gratitude envers les lycéens français.

 

Marie, Kristina, Yael

J’ai deux ou trois fois côtoyé Bertrand Cantat, dans notre jeunesse bordelaise. Solaire et charismatique. J’aimais bien les chansons de Noir Désir. Comme beaucoup, je ne peux plus les écouter. D’outre-tombe, je lui ai envoyé mon livre Forêt profonde quand il était en prison. Je ne sais s’il l’a reçu. Je ne pense pas que quiconque ait envie d’accabler Bertrand Cantat. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de ne pas oublier les victimes. De respecter leur mémoire. De ne pas ignorer les messages désespérés de Kristina Rady. Fabrice Hadjadj a écrit un jour – sans que nul journal chrétien n’y trouve rien à redire -, à propos de l’épisode évangélique où Jésus sauve une femme de la lapidation, que lui ne la défendrait pas : « Je la lapiderais plutôt, en bon chrétien. Oh, pas avec des cailloux ! Des mots et des regards bien sentis peuvent cribler beaucoup mieux et sans laisser de trace. La fille pourrait se suicider, après ça : on dira qu’on l’avait prévu. » Ils sont nombreux, ceux qui ne veulent pas voir.

Les faux sous les eaux, les vrais marchant dessus

Le 5 novembre prochain, à la Maison de l’Amérique Latine, François Noudelmann donnera une conférence intitulée : Simone de Beauvoir : écrire le contraire de ce qu’on vit, ou vivre le contraire de ce qu’on écrit. D’après l’opposition entre son féminisme et sa relation avec Nelson Algren. Il faudrait aussi évoquer la contradiction entre sa pose de liberté guidant le peuple et son utilisation d’étudiantes (l’une d’elles finira par se suicider), pour elle-même et pour Sartre.

Jean-Claude Guillebaud, journaliste catholique, déclare dans le magazine protestant Réforme que l’affaire Leonarda est un « déluge ». Non parce qu’elle révèle l’ampleur de l’injustice de ce monde, notamment envers les Roms et les sans-papiers, ce qui donne au déluge tout son sens à la fois chrétien et biblique. Mais parce que les médias peuvent « monter en neige » un événement, créer « une forte émotion, en grande partie abusive et artificielle ». Et de résumer ce déluge par une expression de Martin Heidegger : processus sans sujet. Ici nous sommes en plein dans le confesser le contraire de ce qu’on vit, vivre le contraire de ce que l’on confesse. Car un cœur croyant sait que le déluge de l’affaire Leonarda est le signe d’un immense malheur dont Leonarda est le symbole, le signe, la parabole. Et que ce déluge, loin d’être sans sujet, a pour sujet une jeune fille pleine de vie et de vérité, d’une vérité plus grande que celle de tout un pays, représenté par son président, qu’elle affronte (horreur pour les tenants de l’ordre !) d’égale à égal, bien plus libre, pauvresse opprimée, et bien plus vraie, fraudeuse, que Mme de Beauvoir ou que Herr Führer Heidegger en leurs fausses paroles et vies. Ce déluge, ce processus, Leonarda et sa famille, Leonarda telle qu’elle est, avec son être si apte à traverser les écrans, en est bien le sujet – le sujet habité par l’unique Sujet capable de provoquer un déluge, dans son processus de vérité.

J’écris ce que je vis, je vis ce que j’écris, les premiers Pèlerins d’Amour furent, sont et seront O et A. Les Pèlerins d’Amour sont et seront fondés dans le Chemin, la Vérité et la Vie. Suivront ceux qui voudront, libres de toute institution, libres.

 

Faux-semblants

Marine Le Pen ne veut pas qu’on dise que le Front National est un parti d’extrême-droite. Il se pourrait qu’elle n’ait pas tout à fait tort. Il se pourrait que le parti d’extrême-droite de Jean-Marie Le Pen soit en train de devenir un parti de « troisième voie », comme le furent les partis fascistes, peut-être plus présentable mais encore plus dangereux.

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Ségolène Royal pose en Liberté guidant le peuple. Mais à sa façon : en linceul, de biais, toute statique avec un sèche-cheveux soufflant dans sa figure refaite. La vraie va de l’avant, de face, dépoitraillée, un bras levé bien haut. Et on voit le peuple derrière elle.

Qu’ils mangent de la brioche

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« La pauvreté gagne du terrain au Kosovo », image (Keystone) trouvée ici

 

En visite en Israël, l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, interrogé sur l’affaire Leonarda Dibrani, a déclaré : « Il y a des lois, et les lois sont appliquées. Si le gouvernement n’estime pas nécessaire de défendre l’application de la loi et fait une exception, c’est la responsabilité du gouvernement. Si Leonarda se passionne pour l’étude du français, je crois qu’il existe des écoles françaises au Kosovo. »

Que faut-il déplorer le plus ? Le manque de charité évangélique du cardinal, ou son ahurissante ignorance géopolitique ?

Car il n’y a aucune école française au Kosovo. Le Kosovo est un pays extrêmement pauvre, encore marqué des stigmates de la guerre. Un tiers de la population y vit avec moins d’1,55 euro par jour, 12 % avec 1,02 euro. 48 % de la population est au chômage. 36 % de la population n’a pas accès à l’eau potable. 69 enfants sur 1000 y meurent avant l’âge de cinq ans – c’est le taux le plus élevé d’Europe. Un enfant sur dix de moins de cinq ans y est malnutri. Seuls 10 % des enfants ont accès à l’école maternelle. En primaire, en raison du manque d’infrastructures, ceux qui vont en classe doivent y aller par roulement. Seuls 77 % des Kosovars issus des minorités sont inscrits à l’école. Parmi eux, ceux qui ont été rapatriés de force, comme les enfants de la famille Dibrani, n’ont généralement pas accès à l’école, ne connaissant pas la langue et se retrouvant dans une pauvreté extrême.

Droit du sol et droit à la mobilité

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le collège devant lequel le bus transportant Leonarda s’est arrêté, et devant lequel la police l’a emportée

 

Voilà exactement deux semaines que Leonarda Dibrani, ses frères et sœurs et ses parents, ont été déportés de France. Et voici que des politiciens saisissent l’occasion du pic de hantise suscité par cette histoire pour copier le programme du Front National et demander l’abrogation du droit du sol. Ces gens inspirés par les thèses différentialistes développés dans les années 70 par le GRECE, qui a essaimé ses idées trompeuses dans l’extrême-droite, une certaine partie de la droite et aussi d’autres courants idéologiques prônant une troisième voie prétendant à l’ « écologie humaine », ces gens si prompts à réclamer le retour à l’identité française, ou le respect de l’identité française, sont en train de vouloir détruire ce droit du sol inscrit dans l’identité française depuis de longs siècles, à travers un parcours profondément enraciné dans notre histoire.

En 1315, le roi de France Louis X le Hutin publie le 3 juillet un édit qui affirme que «selon le droit de nature, chacun doit naître franc», c’est-à-dire libre. Officiellement, depuis cette date, «le sol de France affranchit l’esclave qui le touche».

En 1515, le Parlement de Paris publie un arrêt qui reconnaît à un enfant né en France de parents étrangers le droit d’avoir la nationalité française, à condition que celui-ci ait atteint la majorité civile et qu’il ait vécu de façon durable sur le territoire français.

En 1791, la Constitution déclare que « sont français les fils d’étrangers nés en France et qui vivent dans le royaume ».

En 1804, le Code civil instaure la primauté du droit du sang, mais sans abroger le droit du sol – simplement la personne née en France de parents étrangers doit faire la demande de nationalité à sa majorité.

En 1889, le droit du sol est pleinement rétabli.

Mais le droit du sol ne peut que s’accompagner d’un droit à la mobilité.

« En Europe, écrit Catherine Wihtol de Wenden dans Le droit d’émigrer (CNRS Éditions, 2013, 4 euros), les accords de réadmission vers les pays d’origine, des systèmes informatiques (…) ou policiers (…) cherchent à piéger les fraudeurs. Mais, à moins de poster un garde-frontière armé tous les 100 mètres, les États se contentent, par une mise en scène, de suggérer à une opinion publique traumatisée par le syndrome de l’invasion, que l’on contrôle toujours plus. L’effet dissuasif du tout sécuritaire n’est pas démontré et les pays d’immigration ne font que médiatiser fortement les opérations les plus musclées s’opérant souvent sur les plus démunis (…). Les effets pervers sont, au pire, les morts aux frontières, les murs, les camps, les zones d’attente et centres de rétention, la transformation des pays situés aux portes des grands pays d’immigration en pays de transit, où les sans-papiers ne bénéficient d’aucun droit, l’exploitation de l’économie du passage par des filières de drogue et de prostitution. Le résultat est, au mieux, un bricolage où la raison d’État vient heurter à la fois les droits de l’Homme et les mécanismes du marché du travail. (…) Des rapports officiels d’organisations internationales comme l’OCDE ou les instances onusiennes préconisent depuis plus de dix ans la reprise de l’immigration pour pallier les déficits de main d’œuvre et les déséquilibres démographiques liés au vieillissement de la population. (…) D’autres rapports soulignent le coût du contrôle et des reconductions : un coût considérable en termes financier, économique, diplomatique et de violations des droits. »