Blanc, bleu

Photo Alina Reyes

 

Je suis un bateau qui s’éloigne

je marche avec les blancs nuages

et je mange en chemin du blanc

Entre le ciel et l’eau mes jambes

découpent dans le bleu la voile nul-ne-la-voit

La côte derrière moi s’est effacée de l’horizon

j’entends à peine encore la rumeur

sourde des morts qui s’y démènent

Traversant le zénith une mouette un instant

se transforme en corbeau et la mémoire

des cimetières me revient.

Je sais, moi l’exilée, ce qui arrive

à ceux qui se laissent aborder par la ruse

et je prie Dieu qu’il veuille bien

dans la vieille cité reconnaître les siens.

Les miens prennent le soleil sur mon pont.

 

Respiration

Plateau de Lumière. Photo Alina Reyes

 

Notre Dame de Lumière siège

dans ma poitrine et je respire

Je sens immensément, frères,

soeurs, vos âmes frémissantes,

qui s’unissent à la mienne

dans la vaste demeure, attente

ouverte en notre coeur. Vienne

sous vos pas la splendeur que le roi

déroule pour la reine, voici le souffle

infime et infini, passant

de l’un à l’autre de nous, pauvres

bienheureux, bénir notre invisible union.

 

Lectures du jour, nouvelles du monde

Autoportrait à Istanbul, octobre 2009. Photo Alina Reyes

 

« Je sais, comme vous, qu’un monde a entièrement disparu, telle une ville après un tremblement de terre dévastateur, et qu’à sa place un autre monde est né. Gloire à l’Omniscient qui connaît ce qui est caché !  »
Naguib Mahfouz, Le Monde de Dieu, nouvelles traduites de l’arabe (Égypte) par Marie-Francis Saad, éd Actes Sud, 2000

 

« Du haut de la montagne sort un arc-en-ciel qui traverse le ciel, descend dans les plaines, puis disparaît.
Il arrive que certaines couleurs s’effacent de la nature. Il ne reste alors que le vert sur la montagne, le jaune sur la paille, et le bleu dans le ciel en été. Avant la fin du premier printemps il ne restait plus de crayons vert ni rouge tellement il y avait eu de prunes. Quant au crayon rose, il semblerait qu’il suffise pour de nombreux hivers. »
Adania Shibli, Reflets sur un mur blanc, roman traduit de l’arabe (Palestine) par Stéphanie Dujols, éd Actes Sud, 2004

 

« Et soudain, en un instant, comme après l’explosion, après avoir eu la tête qui tournait, après Kiev et tous les angles que j’avais dénombrés, je sentis que j’étais sur la route. Que j’étais de nouveau sur la route. »
Vladimir Sorokine, La voie de Bro, roman traduit du russe par Bernard Kreise, éd de l’Olivier, 2010

 

chanson tendre

Photo Alina Reyes

 

Doigts de la pluie sur le tambourin tendre de la terre

Écoutez ma consolation chantonne-t-elle

le long des feuilles vertes et des toits des maisons

L’entendez-vous perler sur les lèvres des fleurs ?

Elle entre dans ma langue où lentement naît l’être

Dans le ciel le bon Dieu, Jésus et la Vierge Marie

écoutent dans le Saint-Esprit le doux bruit de la pluie

envelopper les coeurs d’exquise nostalgie.

Près du feu, en silence, ils se tiennent bien proches.

Je vois des farandoles d’enfants tracer sur la planète

des sillons aussi humbles que les mille rigoles

qui coulent et se faufilent, dans les prés, dans les villes,

auxquelles dans leurs rêves ils glissent des navires

de liège. Et je les vois, tandis qu’en joie ils mouillent

leurs chaussures, partir à bord de leurs imaginaires

vaisseaux, à l’aventure, par des eaux, des terres

où brûle dans le ciel grand ouvert la lumière de la vie dévoilée.

 

Sarments

chez Pierrot, l'été dernier. Photo Alina Reyes

 

Le travail avance en roi par les branches qu’il déploie dans le monde à partir de mon corps, vers le ciel.

Le travail m’appelle à voix rauque de joie mon ardente.

J’ai chevauché à travers millénaires sur terre, sous terre et dans les cieux. Me voici, fraîche et calme, déterminée comme au commencement, fidèle à qui je fus, suis et serai,

à Dieu.

Cortège d’âmes purifiées, rassasiées, bienheureuses, ma traîne de lumière pour l’Amour que je sers.

Tablée d’âmes sous l’arbre, vivantes en communion, pour la gloire de son Nom.

Sarments mes corps, tirons de vous le vin de la joie éternelle.

 

offrande

Photo Alina Reyes

 

Mes mains sont devenues des fleurs,

le jardin que je porte en offrande,

traversant bienheureuse toutes les galaxies,

de maison en maison, de loin en proche.

Elles me saluent sur mon passage,

esquissent des sourires, joyeuses

comme des petites danseuses à respirer

la fraîche odeur des roses et des herbes.

Mes mains avancent devant moi, tendues,

et je les suis. Elles remontent la travée

des âges, des siècles, des instants,

chargées de leur précieux trésor, la création

entière, ses cieux, ses astres, ses océans,

ses terres, ses bêtes et puis ses hommes.

Mes mains qui nous transportent avancent vers l’autel

et mon amour Le voit, vivant, ses mains tendues.

 

Merci pour l’amour

Photo Alina Reyes

 

Puis je vais écrire pas à pas l’action, et faire encore beaucoup de déclarations d’amour car elles sont vraies. Et quand l’amour va tout va, quand le travail va tout va, quand le bonheur vient tout vient. Quand je me fâche c’est comme font les parents responsables et il faut bien dire aussi les choses qui ne vont pas pour montrer qu’elles ne doivent pas se répéter, et il faut bien faire savoir que mon amour est pour toujours comme l’amour du Ciel auquel j’obéis. Et voici l’amie de J qui rentre de voyage avec un délicat ravissant cadeau pour moi et je la remercie, je remercie toute la vie, belle immensément à tout instant pour toujours.

 

lumière

tout à l'heure au square. Photo Alina Reyes

 

Voici la manne nouvelle, rouge manger de pétales

du ciel descendant vous ouvrir la voie claire.

Le temps est blanc, sentez-vous battre

sa porte en votre coeur ? Dans son secret

le vent doucement la tourmente, qu’elle laisse

passer le sang qu’il pulse de son autre côté.

Ici, paisible fleuve de lumière, l’amour

tout bruissant d’yeux, de silence et de joie,

geste et parole, pain de vie,

monte, attend et vient en ceux qui le reçoivent.

 

Premier mai

tout à l'heure, Paris 13e. Photo Alina Reyes

 

Le premier mai, loin des avenues,
vont et se posent dans les jardins
des brassées d’amis, de familles
et d’anges. Des merles siffleurs chantent
dans le vert des pelouses fleuries
comme les chevelures des mariées
à venir. Joyeuse et invisible,
je marche par les rues, dans les airs.
Vrai, le mois de mai est le premier.

 

fenêtre

Photo Alina Reyes

 

Par la même fenêtre où cette nuit la blanche

Grande Ourse me fit signe, un petit homme en noir

ce midi sur les toits oeuvre au bleu, en miroir

de ma chambre étoilée, notre arbre du dimanche.

 

Ô frère suspendu dans mes phrases, je tiens

dans mon regard ta vie donnée en équilibre

et la cité chancelle en ses rues, ses ruelles,

libres soudain, le temps d’une ordinaire extase.

 

entrée

Photo Alina Reyes

 

Je vous tresserai dans la chevelure du ciel
un manteau de pluie douce
Je vous ouvrirai mon habit de perles de lumière
Je vous inviterai, mes reines, mes seigneurs,
à la table qu’en rêvant de vous je dresse
Mes yeux sont un coffre au trésor, j’écarte les paupières
et je vous vois, corps chamarrés allant par les longues
galeries des glaces et des forêts de l’immense univers
Je suis votre palais, l’enceinte en laquelle vous allez
vous unir dans les plis de mon manteau de flammes
douces comme la pluie je suis le mouvement
du ciel qui se penche et vous ouvre les bras,
la parole qu’il vous envoie, source jaillie
de son être amoureux, fendu au coeur comme une entrée