Ce que dit le nard de Marie

DSC05659

 

Photo prise par Luc Joubert en 1998, deux ans après la naissance de mon quatrième fils, dans l’atelier de Claude Mary, l’un des sculpteurs pour qui posa mon cousin Libero, également photographié par Luc. « Tu as de belles cuisses », me dit Sarane Alexandrian quand il la vit, et je ris. Mon corps est plein d’esprit.

Il ne faut pas croire que les corps ressusciteront à partir des cadavres. C’est une image qui induit en erreur. Les corps ressusciteront à partir de leur vivant, après qu’ils seront morts et enterrés ou incinérés ou mangés ou noyés ou décomposés par n’importe quelle voie. J’expliquerai cela dans un prochain livre.

Soyez heureux, vous êtes éternels. Jusqu’au Jour du départagement.

*

Création

Dieu est son propre modèle.

C’est dans mon propre sang que je trouve la source.

C’est-à-dire, sa propre Parole,

seule capable de continuer à créer la lumière, l’univers, l’homme.

*

Sa parole que les hommes cherchent en tel ou tel temps, tel ou tel lieu, tel ou tel maître, tel ou tel modèle, alors qu’elle vient d’ailleurs. D’ailleurs que de l’espace et du temps, d’ailleurs que des hommes toujours occupés, par peur de l’ultime, à s’aliéner à des modèles et des maîtres.

*

Ailleurs, d’où je viens, est là où je continue à conduire.

*

Après la fin

Je ne prie presque plus maintenant selon les prières des religions. Les religieux et les adeptes des religions, ou les défenseurs de telle ou telle religion, m’ont dégoûtée des religions, même si je garde mon affection et mon amour à tous ceux en elles qui sont sincères et marchent d’un cœur pur. Ce qui est arrivé, ce qui continue d’arriver au monde contemporain avec les religions, la sécularisation ou la sectarisation, que je pouvais comprendre comme tout le monde, je le comprends maintenant en plus grande profondeur. Mais ma foi est intacte, et nous réinventerons tout. Car il nous faut toujours atteindre Cela à quoi les religions devaient nous ouvrir l’accès. Nous réinventerons tout, et si un jour, par la faute des hommes, tout ce que nous aurons réinventé pourrit, alors quelqu’un d’autre, avec d’autres, viendra et à partir de nous réinventera tout, comme nous réinventons à partir de ceux à qui le Ciel a parlé avant nous. Il me parle directement, comme au début. Je sais que nous habiterons où ils ont habité, quand ils étaient encore vivants. Je viens d’avant le début, je serai là après la fin, et d’autres aussi.

*

S’arracher, et marcher

DSC05630

tout à l’heure avenue des Gobelins, Paris 13e

*

J’aime les chantiers. J’aime les défis. Plusieurs de mes livres sont nés de défis d’écriture que je me suis donnés. Ce sont aussi ceux qui ont le mieux « marché », ou qui sont les plus efficaces, parce qu’on y sent la tension qui me tenait en les écrivant. Minimum cinq pages par jour jusqu’à ce qu’il soit fini, c’est le défi que je me suis donné pour le livre commencé ce matin. C’est comme une source : vous faites le trou au bon endroit, ensuite il n’y a plus qu’à la laisser jaillir. Le tout est de trouver le bon endroit. L’écrivain est un sourcier.

Avant, pendant des années, quand je me lançais ainsi, je m’isolais. Le plus souvent dans ma grange, ou si mes proches étaient à la grange, ailleurs, dans des chambres d’hôtel ou des studios que je louais. C’était des moments de violente solitude, je les aimais violemment. Là je ne peux pas le faire, mais je trouverai un autre moyen de produire un arrachement. L’arrachement nécessaire à toute réelle création. Il me faut sortir un livre frappant qui soit aussi un livre à succès, j’en ai besoin pour la suite. Dieu ne m’a jamais privée de cette ressource quand c’était nécessaire, nous verrons bien, incha’Allah. S’arracher, et marcher. Comme Abraham. Notre descendance sera aussi nombreuse que les étoiles au ciel, « si tu peux les compter », si tu souffres de les écrire, ai-je aussi traduit dans Voyage.

*