Comme je devais passer la journée à l’université Paris 7 Diderot, j’ai profité de la pause déjeuner pour photographier l’architecture et le street art du quartier, que j’aime beaucoup en semaine, vivant et moderne. Les Grands Moulins abritent la fac, les Frigos un site d’artistes, tout près la BnF, et au bord coule la Seine, entre ses quais affairés.
vue depuis la salle où se tenait la journée d’étude
et dans le quartier :
Je me suis assise et j’ai mangé mon pain et mon fromage avec les autres étudiants qui prenaient leur sandwich sur cette aire agréablement aménagée devant la fac, puis j’ai continué la promenade en allant d’abord voir la Seine
l’un des portraits exposés
Et voici les Frigos
et la balade continue
les Grands Moulins, vus de deux endroits différents
À l’aller, un passant porté sur l’hyperbole m’a aimablement dite sublime, au retour j’ai croisé Yves Coppens. Entretemps, je me suis assise à même l’herbe et les pâquerettes et j’ai composé un petit texte sur le piano, que voici après les photos.
à la salle Cortot
à la Schola Cantorum
au Jardin des Plantes
à la Sorbonne Nouvelle
à Saint-Louis de la Salpêtrière
à Saint-Louis de la Salpêtrière
à Saint-Louis de la Salpêtrière
Instrument à cordes sensibles que l’instrumentiste ne pince ni ne frotte mais frappe par l’intermédiaire des marteaux qu’il a dans le ventre. Le corps du piano, qui se montre tantôt vêtu et tantôt à nu, est un organisme mécanique semblable à celui d’une horloge humanisée. Son unique mâchoire, escalier horizontal, piste de courses et de sprints, de sauts en hauteur et en longueur, de glissades et de caresses, libère le temps mesuré de ses tons, tandis que ses pédales relativisent le son comme la formule d’Einstein fait onduler l’univers. Tout instrument de musique est un bâton de Moïse qui sur ordre divin se change en serpent devant les empotés qu’on appelle puissants. Le piano est aussi, trône sur toute scène, trône sur lequel le roi ne s’assoit pas, trône et roi, partenaire du roi, de la reine qui en joue, un lit profond d’amour où coulent, bondissent, claquent, murmurent, des rivières qui vous martèlent les nerfs, les tympans, le sang.
*
texte écrit ce jour dans l’herbe à la Pitié Salpêtrière où j’ai photographié mes pieds, photos Alina Reyes
pour arriver au cimetière de Montmartre, on descend du pont, puis une fois dedans, comme dans tout Montmartre, on monte, on descend, on monte…
J’ai eu de belles surprises mais sans avoir cherché à voir telle ou telle tombe, je me suis simplement promenée et j’ai pris des photos
j’ai vu plusieurs chats, une corneille, une pie
je ne savais pas que Fred Chichin était là
avec une guitare « from Nashville »
il y a une tombe décorée avec un arbre à rubans et petits mots, une autre avec des libellules
et c’est alors que j’ai vu Nijinski, mon coeurfrère
je ne savais pas qu’il était là
j’ai cherché dans mon sac quelque chose à lui donner, j’ai déposé à ses pieds une petite boule brillante kaléidoscopique, bout de bijou semblable à un cosmos
et puis la danseuse étoile Ludmila Tcherina, pour danser avec lui
et Anatole, garde-champêtre de la commune libre de Montmartre
Zola aussi est là
et cet arbre qui a poussé autour d’une pierre tombale
cet après-midi, photos Alina Reyes
d’autres photos de cimetières parisiens : mot clé cimetière
je me suis aussi baladée dans mon ancien quartier, où dans un rêve ancien je me baladais aussi en sortant de ce cimetière après ma mort
au retour j’ai eu la joie d’apprendre que j’étais admissible à l’agrégation de Lettres modernes. Reste à préparer les oraux, en travaillant autant que possible car c’est du costaud !
J’ai commencé par une vue sur la Seine depuis le métro, en passant pont d’Austerlitz, j’ai fini par des vues de la ville depuis le bus, en rentrant. Entre les deux des conférences passionnantes sur le surréalisme à la Halle Saint-Pierre, et un tour assez rapide dans les rues de la butte, sous un ciel voilé par la pollution.
Je les trouve très beaux, avec leur peuple de cheminées indifférent au peuple d’humains, en bas. Je me suis assise là dehors en haut de la butte pour manger mon sandwich, et je les ai contemplés et photographiés, malgré l’encore épaisse brume de pollution. Je fais une autre note avec mes autres photos du jour à Montmartre.
Depuis la terrasse du 9e étage de l’Institut du monde arabe (cf « magique exposition », note précédente) j’ai pris ces quelques images de la Défense, de Notre-Dame et des quais dans la lumière et les couleurs de l’automne et du début du couchant
Je les ai photographiés samedi après-midi au début de leur travail, gare d’Austerlitz où pendant 24 heures plus aucun train ne roulait. J’y suis retournée ce dimanche après-midi, j’ajoute à la fin les images du beau résultat (sous la pluie).
D’abord la face non peinte, puis les artistes et les couleurs à l’oeuvre sur l’autre face :
*
Et le travail fini : une nouvelle vie ! de la joie pour le conducteur et les passants
Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants, Passer, gonflant ses voiles, Un rapide navire enveloppé de vents, De vagues et d’étoiles ;
Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux, Que l’autre abîme touche, Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux Ne voyaient pas la bouche :
— Poëte, tu fais bien ! poëte au triste front, Tu rêves près des ondes, Et tu tires des mers bien des choses qui sont Sous les vagues profondes !
La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur, Tout destin montre et nomme ; Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ; Le navire, c’est l’homme. —
Victor Hugo, Les Contemplations (Autrefois)
*
Pour la 25ème action poélitique de Madame Terre, O décidé de l’emmener, toujours à vélo, de Paris au village abandonné de Goussainville. En repartant, il l’a photographiée sous le cèdre de Roissy. Il raconte tout cela lui-même un peu plus loin dans la note.
Récit par O :
La première âme que j’ai vue en pénétrant dans le village abandonné fut un chat noir. Il traversait la route sereinement sans se soucier de la circulation ; il avait raison. Ici point de voitures, point de passants, point de vivants ou alors des allures qui lèvent le nez sur des ruines qui s’affaissent. Ici même les morts semblent plus morts encore, abandonnés dans le cimetière jouxtant l’église encore debout parce que classée monument historique.
Mais c’est tout le village qui est monument historique ; un village aux allures de décor de cinéma figé à l’année 1974 lorsque Roissy en France devint Roissy Charles de Gaule.
Je croise un des rares passants et lui demande si l’église est ouverte. Il me répond qu’elle n’ouvre que pour les enterrements. Décidément la mort compte pour beaucoup dans le vieux pays.
Voyant que je m’intéresse au village, il se met à me parler à son tour. Il a passé toute sa jeunesse ici, et ça lui serre le cœur de voir son village dans cet état. Oui, sa famille comme bien d’autres est partie … ailleurs … « Surtout à cause du Concorde … c’était devenu impossible … les autres avions, on finissait par s’habituer, mais le Concorde … un supersonique vous pensez … »
Oui je pense … je songe même … 400 avions par jour, même sans Concorde, il y a de quoi en avoir par dessus la tête, devenir sourd ou fou.
Nicolas n’est rien de tout ça. Tel un Mohican du Val d’Oise, il est le dernier à tenir boutique dans le village. Livres anciens et d’occasion … vous savez ces trucs en papier, découpés en pages, écrits en tout petit et que l’on ne cesse de tourner. J’en feuillette un (comme je croquerais dans une madeleine) et regarde distraitement par la fenêtre munie d’une vitre en verre (ce qui est un exploit dans ce village).
Un shooting photo se prépare dans la rue. Deux anorexiques sur fond de ruines … ça donne envie d’acheter des fringues ou de se faire vomir, c’est selon …
N’ayant que trop assisté, à Paris, au remplacement de librairies par un de ces fripiers de luxe, je me demande bien pourquoi ces derniers ne s’intéressent pas aux murs de celle-ci … ? Puisqu’ils font profession de capturer l’opportunité de l’instant … puisque le décor semble les inspirer dans sa tristesse inouïe que la pluie qui s’est mise à tomber rend encore plus triste …
Triste à mourir comme le regard sans flammes que me lancent les deux squelettes qui se recoiffent et peuplent comme elles peuvent la rue de Goussainville vieux village.
Oui O, mais Madame Terre, elle, quoique taille fine, est dodue comme il faut pour réhabiter en bonne vivante même les pays morts !
La librairie Goussainlivres a un site internet, à visiter !
place de la Sorbonne, Auguste Comte lunetté à l’épaule « Le chant des muses éveille l’âme humaine », en face de la grande belle salle Jacqueline de Romilly de la bibliothèque, visiblement pas assez grande cependant pour contenir tous les étudiants qui veulent y travailler… il n’y avait plus une place ! Alors je me suis un peu promenée dans les couloirs, avant de rejoindre un séminaire en amphi autour d’un nouvel ouvrage qui paraît du plus haut intérêt : La Vie intellectuelle en France
cela c’était hier, jour de pluie, et aujourd’hui, jour ensoleillé, je suis retournée à la Sorbonne pour une journée d’étude sur Les âmes fortes de Giono, et j’ai déjeuné d’un panini entre deux cours au jardin du Luxembourg