Journal et parole du jour

pin minaret-depuis-le-jardin-des-plantes bibliotheque-jardin-des-plantesaujourd’hui au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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« La vraie condamnation, et qui touche la commune façon de nos hommes, c’est que leur retraite même, est pleine de corruption, et d’ordure (…) Aucuns ou pour être collés au vice, d’une attache naturelle, ou par longue accoutumance, n’en trouvent plus la laideur. »
Michel de Montaigne, Essais III, II

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De la démocratie (discours de Périclès)

discurso_funebre_periclesPhilipp Foltz, Oraison funèbre de Périclès

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Rappel salutaire et nécessaire, dans un monde où les abus de pouvoir sont quotidiens, impunis, et trouvent toujours des complices prêts à violer les droits élémentaires de l’humanité, de l’honneur et de la démocratie.

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« Notre constitution politique n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. Du fait que l’État, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. En ce qui concerne les différends particuliers, l’égalité est assurée à tous par les lois ; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient la considération en raison de son mérite, et la classe à laquelle il appartient importe moins que sa valeur personnelle ; enfin nul n’est gêné par la pauvreté et par l’obscurité de sa condition sociale, s’il peut rendre des services à la cité. La liberté est notre règle dans le gouvernement de la république et dans nos relations quotidiennes la suspicion n’a aucune place ; nous ne nous irritons pas contre le voisin, s’il agit à sa tête ; enfin nous n’usons pas de ces humiliations qui, pour n’entraîner aucune perte matérielle, n’en sont pas moins douloureuses par le spectacle qu’elles donnent. La contrainte n’intervient pas dans nos relations particulières ; une crainte salutaire nous retient de transgresser les lois de la république ; nous obéissons toujours aux magistrats et aux lois et, parmi celles-ci, surtout à celles qui assurent la défense des opprimés et qui, tout en n’étant pas codifiées, impriment à celui qui les viole un mépris universel. »

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, oraison funèbre des premiers morts de la guerre prononcée par Périclès à Athènes (extrait). Le texte entier, en grec et en français : ici

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Épictète, « Entretiens » 2 (ma traduction d’un passage sur le bonheur et la liberté)

Comme annoncé l’autre jour, voici la parfaite leçon d’Épictète.

6« Zen », l’une de mes photos colorées à la main

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Attache ton désir et ton aversion à pauvreté et richesse : échec, illusion. À la santé, alors ? Tu seras malheureux aussi. Idem pour les positions sociales, les honneurs, la patrie, les amis, les enfants, ce qui tout bonnement ne vient pas de toi. Rattache plutôt ces choses au Zeus et aux autres dieux. Remets-les entre leurs mains, qu’ils les pilotent, qu’elles se déterminent selon eux – comment seras-tu encore malheureux ? Mais si tu es envieux, misère de toi, si tu t’apitoies, si tu rivalises, si tu t’agites, si tu ne passes pas un jour sans te plaindre à toi-même comme aux dieux, qu’as-tu appris, dis-moi ? À quelle école as-tu été, bonhomme ? Tu as pratiqué des calculs qui se retournent ! Ne veux-tu pas effacer tout ça, si possible, et recommencer à zéro, conscient que jusqu’à présent tu n’as rien réalisé d’important ? Et partant de ce constat, construire la suite en conséquence, de sorte que rien de ce qui est n’arrive sans que tu le veuilles, et que tu ne veuilles rien qui ne soit ?

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Platon, La République, livre 7, allégorie de la caverne (ma (libre) traduction) (actualisée)

 

david_-_the_death_of_socratesDavid, La mort de Socrate

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– Imagine des hommes qui habiteraient sous terre, dans une sorte de caverne avec une entrée grand ouverte sur la lumière, une vaste entrée sur toute la largeur. Ils vivraient dans cette grotte depuis l’enfance enchaînés par les jambes et le cou, fixés, ne voyant que ce qui serait devant eux, étant sous leur joug dans l’incapacité de tourner la tête, alors que la seule lumière qui leur parviendrait serait celle tombant d’un feu lointain, derrière eux. Entre le feu et les enchaînés, imagine une route, plus haut, longée d’un mur semblable aux panneaux dans lesquels les faiseurs d’illusions font tomber les hommes en y montrant leurs tours.

– Je vois.

– Bien. Imagine le long de ce mur des gens portant des objets de toutes sortes, qui en dépassent : statues d’hommes et d’animaux en pierre, en bois ou de toutes matières. Et comme au naturel, certains de ces montreurs parlent, d’autres se taisent.

– Absurde simulacre, insensés prisonniers !

– Nos pareils, dis-je. Car d’abord, crois-tu que des uns et des autres ils aient vu autre chose que les ombres qui tombent du feu droit contre leur fond secret ?

– Allons, comment verraient-ils autre chose, s’ils vivent dans un monde où l’on est forcé d’avoir la tête raide ?

– Et quant aux objets qu’on leur montre, n’en est-il pas de même ?

– Si, bien sûr.

– Si donc ils se parlaient les uns aux autres, ne penses-tu pas que, croyant nommer les étants, ils nommeraient en fait ce qu’ils voient ?

– Nécessairement.

– Et s’il y avait aussi dans la prison un son répercuté par la paroi en face d’eux ? Quand l’un de ceux qui se présentent parlerait, à ton avis, croiraient-ils entendre une autre voix que celle de l’ombre qui passe ?

– Non, par Zeus.

– C’est exactement ça, dis-je. Ces gens n’appelleraient vérité que des ombres de choses fabriquées.

– Il ne peut pas en être autrement.

– Considère alors, dis-je, ce qu’il en sera si on les libère de leurs chaînes et si on les guérit de leur folie, si leur nature est soumise à une expérience telle que celle-ci : qu’on détache l’un d’eux, qu’on le force à se redresser, tourner le cou, marcher et lever les yeux vers la lumière – en faisant tout cela il souffrira et, dans la vitesse et l’éblouissement, il ne pourra pas contempler ces choses dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu qu’il dira, si on lui déclare qu’il ne voyait que des choses vaines mais qu’il est maintenant plus proche de ce qui est, et que tourné vers des étants plus réels, il voit plus juste ? Si, en l’interrogeant, on l’oblige à dire ce qu’est chaque chose qui passe, ne crois-tu pas qu’il sera embarrassé et qu’il croira plus vrai ce qu’il voyait avant que ce qu’on lui montre maintenant ?

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(…) [Socrate envisage maintenant que l’un d’eux est libéré de leur aveuglement]

– Or donc, au souvenir de sa première résidence, de la philosophie qui y avait cours et de ses compagnons de chaînes d’alors, ne penses-tu pas qu’il jugera heureux le changement et qu’il aura pitié d’eux ?

– Et combien !

– Et s’ils s’honoraient et se louangeaient les uns les autres, s’ils accordaient des privilèges à l’observateur le plus pointu des choses qui passent, à celui qui se souviendrait le mieux de quelle ombre passe habituellement devant ou derrière ou en compagnie, et serait ainsi le mieux à même de deviner laquelle allait arriver, les envierait-il, jalouserait-il ceux qui parmi ces gens-là sont honorés et puissants ? Ne préférera-t-il pas plutôt, de toute son âme, comme le dit Achille dans Homère, se retrouver cultivateur au service d’un autrui déshérité, et supporter n’importe quoi plutôt que de vivre et de penser comme les morts ?

– Oui, je suis de ton avis, il assumera toute condition plutôt que de vivre ainsi.

(…)

– Et s’il lui fallait de nouveau lutter ardemment avec ceux qui sont toujours enchaînés pour dire ce qu’il en est des ombres (…) ? S’il entreprenait de les délivrer et de les élever, alors qu’ils auraient le pouvoir de le tenir entre leurs mains et de le condamner à mort, ne l’élimineraient-ils pas ?

– Si, assurément.

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Mes traductions, par langues et par auteurs

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Réel ou réclame, il faut choisir

Aujourd’hui deux paroles du jour pour le prix d’une : car vivre à distance du réel, c’est finir empaillé. (Voir la fin du Guépard, à la fin de la note précédente)

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C’est bien toujours – en dernière analyse – le réel qui fait peur. (…) De ce que l’épreuve de la peur se confond avec l’appréhension du réel (…) il s’ensuit que la peur intervient toujours de préférence lorsque le réel est très proche.

Clément Rosset, La proximité du réel

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Les vies qui s’achèvent comme les articles littéraires des journaux et des revues, si ronflants en première page et dont la fin se traîne minablement, là-bas vers la page trente-deux, perdue au milieu de réclames pour des soldes ou des pâtes dentifrices.

Julio Cortazar, Marelle (traduit de l’espagnol par Laure Guille-Bataillon)

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Walter Benjamin, « Expérience et pauvreté »

Dans nos manuels de lecture figurait la fable du vieil homme qui sur son lit de mort fait croire à ses enfants qu’un trésor est caché dans sa vigne. Ils n’ont qu’à chercher. Les enfants creusent, mais nulle trace de trésor. Quand vient l’automne, cependant, la vigne donne comme aucune autre dans tout le pays. Ils comprennent alors que leur père a voulu leur léguer le fruit de son expérience : la vraie richesse n’est pas dans l’or, mais dans le travail.

(…)

Non, une chose est claire : le cours de l’expérience a chuté, et ce dans une génération qui fit en 1914-1918 l’une des expériences les plus effroyables de l’histoire universelle. Le fait, pourtant, n’est peut-être pas aussi étonnant qu’il y paraît. N’a-t-on pas alors constaté que les gens revenaient muets du champ de bataille ? Non pas plus riches, mais plus pauvres en expérience communicable. Ce qui s’est répandu dix ans plus tard dans le flot des livres de guerre n’avait rien à voir avec une expérience quelconque, car l’expérience se transmet de bouche à oreille. Non, cette dévalorisation n’avait rien d’étonnant. Car jamais expériences acquises n’ont été aussi radicalement démenties que l’expérience stratégique par la guerre de position, l’expérience économique par l’inflation, l’expérience corporelle par l’épreuve de la faim, l’expérience morale par les manœuvres des gouvernants. Une génération qui était encore allée à l’école en tramway hippomobile se retrouvait à découvert dans un paysage où plus rien n’était reconnaissable, hormis les nuages et au milieu, dans un champ de forces traversé de tensions et d’explosions destructrices, le minuscule et fragile corps humain.

(…)

Pauvres, voilà bien ce que nous sommes devenus. Pièce par pièce, nous avons dispersé l’héritage de l’humanité, nous avons dû laisser ce trésor au mont de piété, souvent pour un centième de sa valeur, en échange de la piécette de l’ « actuel ». À la porte se tient la crise économique, derrière elle une ombre, la guerre qui s’apprête. Tenir bon, c’est devenu aujourd’hui l’affaire d’une poignée de puissants qui, Dieu le sait, ne sont pas plus humains que le grand nombre : souvent plus barbares, mais pas au bon sens du terme. Les autres doivent s’arranger comme ils peuvent, repartir sur un autre pied et avec peu de chose. Ceux-ci font cause commune avec les hommes qui ont pris à tâche d’explorer des possibilités radicalement nouvelles, fondées sur le discernement et le renoncement. Dans leurs bâtiments, leurs tableaux et leurs récits, l’humanité s’apprête à survivre, s’il le faut, à la civilisation. Et surtout, elle le fait en riant. Ce rire peut parfois sembler barbare. Admettons. Il n’empêche que l’individu peut de temps à autre donner un peu d’humanité à cette masse qui la lui rendra un jour avec usure.

Walter Benjamin, « Expérience et pauvreté », 7 décembre 1933, in Œuvres t.2, Folio Essais, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch

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Djami et Schiller, cités par Salah Stétié

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« La substance unique considérée comme absolue et dépourvue de tout phénomène, de toutes limitations et de toute multiplicité, c’est là le réel – al-Haqq. Par ailleurs, considéré sous son aspect de multiplicité et de pluralité, sous lequel Il se manifeste lorsqu’Il est revêtu des phénomènes, Il est l’univers créé tout entier. C’est pourquoi l’univers est l’expression extérieure visible du Réel, et le Réel est la réalité intérieure et invisible de l’univers. L’univers avant d’être manifesté à la vue extérieure était identique au Réel ; et le Réel, après cette manifestation, est identique à l’univers. » Djami, Tuhfat al-Ibrâr

« Il faut tout l’esprit pour voir clair, la vérité habite les profondeurs. » Schiller

Tous deux cités par Salah Stétié dans son livre Le vin mystique et autres lieux spirituels

tagcet après-midi à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Hegel, « Phénoménologie de l’esprit »

observatoirel’Observatoire vu de la Société des Gens de Lettres, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

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« Le bourgeon disparaît dans l’éclosion de la floraison, et l’on pourrait dire qu’il est réfuté par celle-ci, de la même façon que le fruit dénonce la floraison comme fausse existence [Dasein] de la plante, et vient s’installer, au titre de la vérité de celle-ci, à la place de la fleur. »

Hegel, Phénoménologie de l’esprit, traduction Jean-Pierre Lefebvre

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« On raconte que… », par Walter Benjamin

On raconte que dans un village hassidique, un soir, à l’issue du sabbat, les Juifs étaient assis dans une auberge misérable. C’étaient tous des habitants du lieu, à l’exception d’un seul, que personne ne connaissait, un miséreux vêtu de guenilles, qui se tenait en retrait, blotti dans un coin obscur. Les conversations allaient bon train. Puis quelqu’un demanda ce que chacun souhaiterait, s’il lui était accordé un vœu. L’un aurait demandé de l’argent, l’autre un gendre, le troisième un nouvel établi, et l’on fit ainsi le tour de l’assemblée. Chacun ayant répondu, ce fut le tour du mendiant dans son coin obscur. À contrecœur et en hésitant, il accéda au désir des questionneurs : « Je voudrais être un roi puissant régnant sur un vaste pays et que je dorme la nuit dans mon palais et que les ennemis passent la frontière et qu’avant l’aube ils aient chevauché jusque sous les murs de mon château sans rencontrer de résistance et que réveillé en sursaut je n’aie pas même le temps de m’habiller et que je doive prendre la fuite vêtu d’une simple chemise et que je sois traqué sans répit, par monts et par vaux, jour et nuit, jusqu’à ce que je trouve refuge sur un banc dans un coin de votre auberge. Voilà ce que je souhaiterais. » Les autres se regardaient sans comprendre. « Et ça t’apporterait quoi ? » demanda quelqu’un. –  « Une chemise », répondit-il.

Walter Benjamin, Œuvres, t.2, Folio Essais, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch

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