Alma

Zouave du pont de l'Alma. Photo Alina Reyes

 

Alma Mater, l’eau de laquelle

l’homme remonte, témoin

de la nourriture éternelle

descendue du ciel.

L’eau de la parole, liquide

berceau de la nouvelle

alliance, anneau vivant

des noces à venir, qui se fêtent

en silence dans le coeur de Marie.

En attendant, l’eau nourrit

le corps à naître et à renaître,

pain et vin pour les âmes

affamées de lumière.

Le Verbe dans l’Histoire

sans cesse flue et se fait chair.

 

pluie de fleurs montante

Photo Alina Reyes

 

Fleur de la terre, tu pleus vers le ciel.

Il baisse les paupières, un sourire

fait bouger sur ses joues la lumière

et sa pensée, fluant neuve par toute

ouverture du temps libéré, descend

à la rencontre.

Je suis mouillée comme la plante

de mes pieds épousant le chemin

des sources du printemps. L’odeur

puissante de l’amour monte

le long des belles longues jambes

de l’univers, jusqu’en son centre.

La vie vivante est sur le point

de naître !

Rayonnnante beauté, exquise et subversive,

voici qu’elle apparaît, blanche comme une communiante.

 

la pluie

la pluie sur le trottoir. Photo Alina Reyes

 

La pluie chante la nuit dans les cours

les jardins et le long des trottoirs

Vent, retiens ton souffle, qu’il ne rabatte

la pluie sur notre frère Pascal qui dort

dehors dans une encoignure.

Sois juste tendre, pluie, berce

le sommeil de ceux qui s’enroulent

au sol loin des bons lits

et de ceux qui sont seuls dans leur cœur.

Murmure-leur la parole du ciel,

qu’ils sachent que leur splendeur

la fait vers eux descendre.

Dis-le à qui est loin : il est tout proche.

 

Heureux jours

Photo Alina Reyes

 

Ces jours le temps est blanc, milliards légers dans la danse

des flocons, le temps est doux, joyeuse neige du printemps,

et soyeuses les fleurs qui se tournant vers toi bénissent,

Joseph Pierre Benoît, ton nom dans un murmure.

 

Ces jours de tes naissances remémorées,

de tes noms qui traversent l’histoire

en portant vivante la mémoire du Christ,

notre histoire d’avenir et d’amour.

 

Longue vie à toi, Joseph Pierre Benoît !

Ton nom est un chemin, des hommes et des peuples

nombreux comme la neige que tu as revêtue,

l’empruntent, pèlerins, pour monter à la source.

 

Joseph, bâtisseur de charpentes élevant sous son toit la vérité,

Pierre, pêcheur d’hommes dans la mer du monde et bâtisseur de peuple,

Benoît, bâtisseur d’humanité dans le silence, la douceur et l’hospitalité,

Avec nous, les fidèles du ciel, que les anges te fêtent !

 

Des jours s’ouvrent devant toi plus radieux que la vie

qui peut s’imaginer. Quel don pourrions-nous te faire

que tu ne nous aies fait, celui de Dieu ? Je te présente

mes mains vides et j’accueille le pain, telle

 

l’offrande que je te fais de moi. Je te présente

le parterre en couleurs de la nouvelle vie, fleuve

immémorial en nous, irrigateur de siècles.

Nous allons passer de l’autre côté du temps.

 

Mon oreille

Photo Alina Reyes

 

En plein jour la nuit écoute ses étoiles,

veille sur son petit troupeau de milliards d’âmes ignorantes

Je suis le jour

je veille sur la nuit qui veille je réveille

doucement les astres de leur rêve sans fond

chaque vibration de mes paupières de mes tympans tremble au tréfonds des âmes

qu’il nous faut enseigner pour le jour où elles seront

appelées à naître

Il est difficile de faire naître sans bouleversements

j’essaie de faire doucement,

accordée au Maître de l’univers

 

La bonne vie

À Troumouse. Photo Alina Reyes

 

Ne sommes-nous pas tout le bestiaire du Christ ? Son troupeau, son âne, et son chien de berger ?

Berger, qui, sinon ce qui court dans ton sang, te demande

de rassembler et garder le troupeau ? Même

si tu n’as jamais vu une brebis, transporté dans la prairie

tu commences à courir, aboyer, ramener les bêtes éloignées,

aller, venir, tracer sur le sol la secrète écriture

qui finalement réunit, fait avancer comme la nuée

les âmes qu’un mystère t’a confiées.

Cependant le Maître nous conduit, il va devant,

nous mène le soir à la bergerie et le matin aux pâturages.

Quand nous serons tous entrés dans sa maison, dans sa lumière,

nous serons sur cette terre et dans les cieux

l’agneau et la colombe de Dieu.

 

Là-haut nous pouvons

Dans la montagne, à Troumouse. Photo Alina Reyes

 

Là-haut dans notre montagne nous pouvons

mettre la main dans son côté, et croire en sentant que nous sommes.

Mais aussi nous pouvons,

après avoir marché depuis le tout début du jour,

faire halte, contempler, et croire ce qui est.

Le coeur transporté, le coeur travaillé par le ciel.

Nous pouvons nous asseoir au bord du lac,

partager l’eau et le pain de nos sacs à dos,

lourds mais rendus par notre joie légers.

Nous pouvons écouter la transparence nous transpercer de pur amour.

Nous pouvons sans rien dire connaître notre union.

Là-haut nous pouvons connaître ce que veut dire croire,

et nous y répondons, et nous nous relevons,

nous repartons.

Là-haut nos pieds sont plus au ciel que notre tête en plaine,

et le ciel est plus solide, plus touchable encore que la roche.

Montons là-haut où nous pouvons,

dépouillés dans le dépouillement, l’âme à nu, le sang vivant,

tout ce que nous ne savions pas que nous pouvons.

 

Îles

Photo Alina Reyes

 

Jaillissent de mes mains des îles, fleurs dans le monde pour le repos des voyageurs de l’être !

Le ciel s’y couche dans les landes, oreille pour les âmes errantes, sonate pour les coeurs qui crépitent.

Je fais jaillir des îles, habitations fugaces ou éternelles pour les états de l’être qu’à chaque instant j’invente, crée, déploie !

Tables dressées où vous pouvez monter pour me toucher, manger et boire à même moi la vie.

L’être je vous le donne et vous le multiplie, que toujours vous ayez du pays où naviguer, que votre coeur vous soit un bateau plein d’aimés, et que nous échangions dans le chant silencieux des herbes les souffles et les baisers qui tiennent à la vie et emportent plus loin.

 

En pleine vie

Photo Alina Reyes

 

Avant le début du monde je suis partie et les dauphins dans mon sillage sont apparus
traçant des cercles ouverts, distinguant dans l’union l’onde et la flamme des cieux
ô mes gracieux animaux, traçant la voie je vous sentais bondir
à mon côté, flots de sang bleu que je lâchais pour féconder la vie

Je suis Voyage
à bord de moi fleurissent les arbres et les bêtes, les hommes
qui sortent de mon coeur en procession sans fin
jusqu’au-delà des horizons.

Un enfant sur le pont d’un bateau contemple :
il entend ma voix qui vibre au fil de l’eau
et quelque chose en lui comprend.

 

La porte du ciel

au jardin des Plantes, à Paris. Photo Alina Reyes

 

Il s’apprête. Ses yeux dans le ciel ouvrent la fenêtre, d’où descend, blanc ruban dans le bleu, sa voie.

Sur terre, les animaux, les océans frémissent. La rouille des vaisseaux fantômes ensanglante les eaux. Une toute jeune femme sent dans son ventre clair bouger le Fils de l’homme sur le point d’entrer dans la cité. Au milieu des métros elle lève la tête : voici, elle voit dans la voûte la lumière passer par sa fenêtre ouverte.

Les enfants jouent, les époux s’enlacent, les esseulés chantent. Je suis le Dieu Vivant, disent leurs courses, leurs chairs, leurs voix.

Mon corps est la cité céleste où vous vivez, en plein sur terre.