Justesse


à Paris cet après-midi, Schola Cantorum, hôpital du Val de Grâce, monastère de l’Adoration, photos Alina Reyes

 

Le professeur de piano appelle la partition « le texte ». Assisté à la dernière partie du cours, exigeant, complexe, précis, joie parfaite d’entendre se mettre en place, se réaliser le texte par les doigts du pianiste. Ensuite à la chapelle long silence rayonnant, étendant ses ramures dans le cosmos. Al-Fatiha sortant sans bruit du cœur, ses derniers versets semblables aux paroles d’un professeur de musique, chez elle partout comme l’Hostie exposée, cercle blanc vivant, son cœur battant doucement, lumière, son cœur étant sa bouche, souriant et parlant doucement.

 

Nouveau monde

Cette vue d'artiste représente un coucher de Soleil vu depuis la super-Terre Gliese 667Cc. L'étoile la plus lumineuse dans le ciel est la naine rouge Gliese 667 C, qui fait partie s'un système d'étoiles triple. Les deux autres étoiles plus distantes, Gliese 667 A et B apparaissent également à droite dans le ciel. Les astronomes ont estimé qu'il y avait des dizaines de milliards de mondes rocheux tels que celui-ci en orbite autour de naines rouges peu brillantes, rien que dans la Voie Lactée. © ESO/L. Calçada

 

Grands travaux. Travaillant depuis hier à un projet très fort que nous avons, O et moi. Et le nouveau roman continuant à faire son chemin, petite rivière souterraine pour le moment. Voici ce qu’on trouve sur les réseaux sociaux, un témoignage de quelqu’un de l’Ecoloski relayé par Maggy, de Barèges, pour la Dépêche : « … Les sentiers qui relient les villages encore coupés deviennent de vrais réseaux sociaux, sauf que les échanges ont une tout autre dimension. Ce soir, en fermant les yeux, je ne verrai pas la vallée détruite ; je verrai les hommes de la vallée de Campan qui nous viennent en aide avec leur machine et leur gentillesse, je verrai des hommes qui luttent depuis quatre jours pour que le pont d’Esterre reste debout, ces hommes aux commandes des pelles mécaniques qui risquent leur vie au milieu du Bastan…, je verrai ces hommes et ces femmes dans toute la vallée qui luttent et qui ne semblent pas affectés par la fatigue ou le découragement… Sers, Viella, Viey et Betpouey seront bientôt désenclavés. On ne s’improvise pas montagnard. Notre force, elle, est là ! Espérons juste qu’on écoutera un peu plus les récits des anciens.» Cette dernière phrase pour rappeler la nécessité d’entretenir le gave et d’y être attentifs. Montagnards de nos montagnes, vous serez les premiers prêts à entrer dans le nouveau monde.

L’article sur la « découverte de trois super-Terres » est à lire sur notre-planete.info

 

Bien-pensance, confusion. Salut


oeuvre de Françoise Burtz

 

Les racistes français font trop souvent la confusion entre Arabes et musulmans ; leur racisme historique envers les Arabes alimente leur islamophobie. Mais les musulmans français font trop souvent aussi cette même confusion. Leur islam est identitaire, et leur identité est moins islamique que maghrébine. Les femmes doivent se voiler comme elles le faisaient dans de vieilles sociétés patriarcales (dont les Maghrébins du Maghreb cherchent à se libérer), la rupture du jeûne de ramadan est présentée comme une occasion de retrouver encore les traditions de « là-bas », mets typiques etc. Ce repli identitaire, comme bien d’autres, a ses raisons – il n’en demeure pas moins mauvais. Laissons l’identitaire à sa place, ne confondons pas tradition et religion, cherchons davantage l’esprit universel de l’islam.

Quoique mon parler y ait toujours été respectueux, et quoique je sois des très rares commentateurs qui parlent à visage découvert, je ne peux plus commenter sur saphirnews.com, ni sur oumma.com ; mes commentaires sont systématiquement censurés chez le catholique Patrice de Plunkett, chez BHL et sa Règle du jeu aussi ; j’ai proposé un blog à Rue 89 sur des questions de religion liées à l’actualité – ils m’ont demandé un premier post pour voir, puis n’ont pas répondu. Athée, juive, chrétienne ou musulmane, la bien-pensance dans ses divisions œuvre en commun contre la parole libre, la parole de vérité. Rien de nouveau sous le livide soleil des hommes.

Hier était la fête de Jean le Baptiste, qui a perdu la tête par la faute d’Hérode, et non par celle d’une petite danseuse manipulée. La danseuse, le danseur en Dieu, eux, font tomber les têtes d’Hérode – car il en a beaucoup, comme la bête de l’Apocalypse. Autant de têtes qu’il y a en ce monde d’abuseurs et manipulateurs en tous genres, et notamment tous ceux qui sur internet ou ailleurs parlent sous diverses identités et commettent des abus de pouvoir répétés. Jean crie encore dans le désert contre bien des faux pieux, qui vont jusqu’à le confondre avec la bête.

La vidéo de la bagarre qui a coûté la vie à Clément Méric révèle semble-t-il qu’il a attaqué le premier. Je désapprouve entièrement une telle attitude, mais il n’en reste pas moins que c’est lui qui est mort, que c’est du côté des skinheads que se trouvait un poing américain, que les antifas n’ont jamais tué ni été animés par la haine raciste et homophobe, que les skinheads ont fait d’autres morts bien avant que les antifas n’existent, que les antifas se sont constitués en réaction aux agressions multiples des skinheads, à une certaine période qui semble-t-il se réactive. Encore une fois, évitons de tout confondre.

«Je suis Moïse sauvé des eaux. Je ne voulais pas partir. On a dû laisser le manger sur la table. Je suis née le 5 septembre 1932 sous le signe de la Vierge. Dimanche, je suis allée remercier la Vierge de m’avoir sauvé la vie. Avec les habitants du village, on s’est rassemblés à l’église, puis à la salle des fêtes, et on a chanté «Douce Vierge de nos vallées», confie Marie-Antoinette Destrade. Le texte de ce chant se trouve dans Voyage.

 

Solide lumière d’eau

 

Cette nuit avec O et toute ma descendance nous sommes montés, dans un effort bienheureux, à la cascade de glace de Gavarnie, directement dans la neige. Puis, sans aucunement ressentir le froid, nous nous sommes assis paisiblement autour de ses grandes orgues de cristal où jouait splendidement la lumière, moi près d’Asia, et Zoé dans mes bras. Ensuite nous sommes redescendus, comme en montant droit et aisément dans l’à-pic neigeux, au grand restaurant d’altitude pour prendre un bon repas.

 

Jardin, saison, signe

aujourd'hui au Jardin potager du Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

 

« Nous pouvons tenir pour ayant une base historique les relations qui rapportent les séjours de ces petits groupes dans des jardins mis à leur disposition ou réservés exclusivement à leur usage. Ces jardins, comprenant des logis, servaient d’abri à ces groupes pendant la saison des pluies et, celle –ci terminée, le Bouddha, avec quelques compagnons, reprenait la route, allant prêcher sa doctrine en divers endroits. » Alexandra David-Néel, Le bouddhisme du Bouddha

Je me suis assise avec mon ordinateur à la bibliothèque du Jardin des Plantes, et j’ai écrit. Comme, ces temps-ci, je préfère éviter la mosquée et l’église, réservant mon non-choix pour mon Pèlerinage d’Amour en compagnie, quand nous irons partout où nos yeux nous mèneront, j’ai trouvé que ce lieu était excellent pour l’atmosphère de prière dans le travail.

La nature n’est pas une entité, telle qu’elle pourrait décider par exemple, de créer un déluge. La nature en elle-même, tout comme nous, n’est rien. Elle fait signe, mais ce n’est pas elle qui agit, ni qui fait signe, quand il y a signe.

 

La vie

 

C’est miraculeux qu’il n’y ait pas eu d’autres morts. Nous regardons les photos, les vidéos, tout notre pays dévasté, ce pays avec lequel nous faisons corps. Est-ce lui qui souffre pour nous, ou nous qui souffrons pour lui ? Tous ces gens que nous connaissons depuis un quart de siècle et que nous aimons, et qui n’ont plus qu’un pays en ruines. Combien de mois faudra-t-il pour rétablir l’accès au village, à tous ces villages ? Les ponts sont écroulés, les routes détruites, parfois il n’en reste même pas la trace. Des maisons, des hôtels aussi paraît-il, sont effondrés. Notre grange, la maison qui fut notre maison, là où elle se trouve, en altitude, n’a rien risqué. (Mais le beau chalet du notaire qui l’a vendue pend misérablement, détruit, dans le vide qui s’est ouvert sous lui). Comment les gens vont-ils reprendre leur vie ? Nous sommes traumatisés, bien sûr. Alors il faut regarder vers les hauteurs. Vers les hauteurs il y a encore de la neige, mais surtout beaucoup de vert. De l’herbe, des troupeaux. Des montagnes debout, splendides, nos montagnes bien-aimées, égales à elles-mêmes. Nos constructions humaines, les eaux déchaînées les ont emportées comme des fétus de paille. Mais puisque c’étaient des constructions humaines, l’humain saura les reconstruire. Et c’est dans les moments de reconstruction que vient l’opportunité de se laisser refaire soi-même par ce qui est arrivé. Voilà le moment, l’heure de connaître si nous nous enfonçons, si nous nous changeons en statues de sel, ou si, même douloureusement, nous renaissons.

À Lourdes aussi, dans les Sanctuaires, ce moment peut être celui de repenser les lieux. Qui sait si le ciel ne désire pas moins de béton et davantage de toile, dans l’esprit d’Abraham et de son pèlerinage que ses enfants doivent poursuivre ? Ne nous retournons pas sur ce qui est détruit, allons vers ce qui nous attend, neuf, et que nous ignorons encore. C’est l’aventure de la vie, et nous l’aimons.