Mes lectures du jour

 

« Toutes les adversités, accepte-les ; dans les revers de ta vie pauvre, sois patient ;
car l’or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu, par le creuset de la pauvreté. »

Siracide 2, 4-5

 

 » [29] Dis-leur : «Mon Seigneur ordonne l’équité, comme Il vous ordonne de vous adresser exclusivement à Lui dans chaque prière, et de L’invoquer toujours d’une foi pure et sincère, car, de même qu’Il vous a créés pour la première fois, Il vous ressuscitera pour vous ramener tous à Lui, [30] aussi bien ceux qu’Il a mis sur la bonne voie que ceux qui ont mérité d’être égarés, pour avoir pris, en dehors de Dieu, les démons pour maîtres et alliés, pensant qu’ils étaient bien guidés.»
[31] Ô fils d’Adam ! Mettez vos plus beaux habits à chaque prière ! Mangez et buvez en évitant tout excès ! Dieu n’aime pas les outranciers.
[32] Dis : «Qui a déclaré illicites les parures et les mets succulents dont Dieu a gratifié Ses serviteurs?» Réponds : «Ils sont destinés en cette vie aux croyants et ils seront leur apanage dans la vie future.» C’est ainsi que Nous exposons clairement Nos signes à des gens qui comprennent. [33] Dis encore : «Mon Seigneur a interdit seulement les turpitudes apparentes ou occultes, le mal et toute violence injustifiée ; de même qu’Il a interdit de Lui prêter des associés qu’Il n’a jamais accrédités et de dire de Lui des choses dont vous n’avez aucune connaissance.»
[34] À chaque communauté humaine un terme est fixé ; et quand ce terme échoit, nul ne peut, ne serait-ce que d’une heure, ni le retarder ni l’avancer. »

Sourate Al-A’raf, Les Murailles (nouvelle traduction Tawhid).

Chouraqui traduit « Les hauteurs ». Al-A’raf, intraduisible correctement, désigne, d’après lire le Coran, un endroit surélevé entre le Paradis et l’Enfer, sur lequel vont se trouver des gens qui auront une vue sur les deux. (C’est là que Dante a dû aller ! – cela me rappelle le rêve que je fis dans ma grande jeunesse, où il m’était demandé de traduire La Divine Comédie).

*

Bonne journée ! S’il pleut chez vous comme ici à Paris, que la pluie vous soit comme à moi béatitude ! S’il fait soleil, que le soleil vous soit béatitude ! Allez dans la grâce.

 

Sous un autre jour

 

Dans le mot grec proseuchè, qui signifie prière, nous entendons :

pros : qui signifie face à (c’est aussi le préfixe de prosternation)

eu : qui signifie bien, bon

chéo : qui signifie verser, répandre

Ainsi est-il possible d’entendre dans la relation des trois syllabes de ce mot tout à la fois l’attitude de l’orant et celle de Dieu. Ainsi en est-il de l’attitude des derviches tourneurs, qui lors de leur prière dansée, bras en croix (et la tête couverte d’une coiffe signifiant la mort de l’ego), tiennent une main tournée vers le ciel pour recevoir la grâce qui en descend, l’autre tournée vers la terre pour l’y reverser. (C’est aussi l’attitude de l’arbre qui fait la couverture de Voyage).

Le bienheureux Charles de Foucauld écrivit en 1901 : « L’Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines ». J’ignorais quasiment tout de lui lorsque, « par hasard », j’allai un jour à Tamanrasset, et au désert – où je le compris d’un coup, tant cet endroit, avec ses habitants, sédentaires et nomades, me captura d’amour : Dieu Y est.

Ce père du désert écrivit aussi : « Avoir vraiment la foi, la foi qui inspire toutes les actions, cette foi au surnaturel qui dépouille le monde de son masque et montre Dieu en toutes choses ; qui fait disparaître toute impossibilité ; qui fait que ces mots d’inquiétude, de péril, de crainte, n’ont plus de sens ; qui fait marcher dans la vie avec un calme, une paix, une joie profonde, comme un enfant à la main de sa mère ; qui établit l’âme dans un détachement si absolu de toutes les choses sensibles dont elle voit clairement le néant et la puérilité ; qui donne une telle confiance dans la prière, la confiance de l’enfant demandant une chose juste à son père ; cette foi qui nous montre que, « hors faire ce qui est agréable à Dieu, tout est mensonge » ; cette foi qui fait voir tout sous un autre jour … »

 

Don et libération

Alina Reyes

 

Le Coran comme l’Évangile porte une parole qui libère. Tous les interdits pesant sur les païens ou les juifs y sont remis en question, réordonnés, allégés dans le sens de la raison, de la justice, de l’égalité de droits entre hommes et entre hommes et femmes. Si certains interdits ou certaines sanctions portés par le Coran sont mal lus, ce n’est pas la faute du Coran. Pas plus que ce ne serait la faute de l’Évangile si l’on prenait à la lettre la parole de Jésus commandant de se couper la main si elle incite au péché, ou celle de Paul commandant aux femmes de se voiler et de se taire. Paul n’est pas Jésus, ses paroles ne viennent pas toutes du ciel. Mais Jésus et le Coran viennent du ciel, il y a donc lieu de leur accorder foi absolument. Et pour cela, d’apprendre à les lire. « Lis ! », telle est la première parole dite par l’Esprit à Mohammed, qui ne savait pas lire. Cette première parole, il faut savoir la lire elle-même. Car la parole venue du ciel est un don total, tout à la fois graine jetée en terre, et la pluie et la lumière qu’il faut pour l’arroser, afin qu’elle grandisse et se développe, et devienne, de graine, plante, arbre, fleur et fruit bon à nourrir.

« Lis ! », jeté en terre, signifie : « si tu es illettré, apprends à lire ». Mais ensuite, car la croissance de la graine ne s’arrête pas là : « une fois que tu sais lire, déchiffrer les lettres, apprends à déchiffrer le sens de ce que tu lis ». La parole de Dieu n’est pas terre à terre comme celle de l’homme. La parole de Dieu est ciel à terre, et tout ce que Dieu fait descendre sur la terre, il attend que cela y remonte, transformé par Son action, avec le concours des jardiniers. Et le sens de la parole de Dieu, qui monte bien plus haut que le plus grand arbre, n’en finit jamais de croître. Ceux qui veulent le figer, le rabougrir comme un bonsaï, sont pires que les païens. Au contraire, veiller sur sa croissance, c’est reconnaître l’infini et permettre d’y entrer, à sa suite.

« Et maintenant, je vous confie à Dieu et à sa parole de grâce, qui a le pouvoir dynamique de construire l’édifice et de faire participer les hommes à l’héritage de tous ceux qui ont été sanctifiés. Argent, or ou vêtements, je n’ai rien attendu de personne. Vous le savez bien vous-mêmes : les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. Je vous ai toujours montré qu’il faut travailler ainsi pour secourir les faibles, en nous rappelant les paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : Il y a plus de béatitude à donner qu’à recevoir. » Paul (Actes des Apôtres 20,32-35)

 

Lumière en Voyage

La beauté de Voyage fait mourir de joie. Je n’y suis pour rien, c’est la beauté de Dieu.

Le livre n’est plus comme il est sur ce site, sa forme a complètement changé et il est beaucoup plus complet , accompli. Je réfléchis à la façon dont je vais, selon la volonté de Dieu, le faire paraître au monde.

Le livre vous jette dans le cœur Lumière, je suis sa première lectrice, je peux vous renouveler la Promesse. Il n’abolit aucune religion, il les exalte. Le Pèlerin d’Amour, fidèle absolu de Dieu, n’est inféodé à aucune, et amoureux de toutes. Il est lui-même leur lien d’amour, et ainsi sera-t-il, par sa vie.

 

 

Une page est tournée

à Paris aujourd'hui, photos Alina Reyes

 

J’ai vécu intimement les Écritures, j’ai prié en chrétienne, j’ai prié en musulmane, il le fallait pour pouvoir donner la parole que j’avais à donner. J’ai fait tout ce que j’ai pu, malgré les trahisons, le mépris, le rejet que les uns et les autres m’ont manifesté durant ces derniers mois ou ces dernières années. Empêchée de publier dans la presse ou dans l’édition, j’ai été très active sur facebook, j’y ai fait ce que j’avais à y faire et maintenant c’est fini. Je ne désire pas davantage m’imposer que me laisser imposer quoi que ce soit. Une société dont les spiritualités sont moribondes est en danger de mort. Le catholicisme et l’islam sont en crise aiguë, les églises se vident, les mosquées se construisent mais comme des abris antiaériens, durables le temps de la guerre seulement. Le sens et le cœur les fuient, les croyances s’en vont vers des formes dégénérées (évangélisme, salafisme…), les uns cherchent à se réfugier dans le voile de leur mère, les autres hurlent de peur qu’on leur arrache la famille papa-maman, les esprits s’arc-boutent dans des postures victimaires et le refus de la vérité, de la vie, de son mouvement. Dans ce monde figé le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. Il en est ainsi pour Voyage, et pour moi avec. Et c’est la preuve que nous sommes vrais. Le travail accompli n’est pas vain, loin de là, même si le livre ne peut encore paraître. Cela viendra. Le Pèlerin d’Amour que je suis poursuit son chemin, libre de tout système et de toute religion, face à Dieu, qui fera germer les graines de l’esprit qu’il a semées.

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La source de la grâce infinie

 

Ma main juste sous ma clavicule, contre le grand pectoral, par un mouvement de vagues produit un chant. Un chant infime, qui rappelle très humblement celui d’un oiseau. Par un semblable mouvement il doit se former dans sa gorge, nous venons tous du même lieu, du même ordonnancement.

De même que Dieu a fait descendre le Coran, le Coran nous fait descendre au fond du puits en nous, où veille la source. « Il est le Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché ; Il est l’Omniscient. » (Coran 57,  3) « Je suis le Premier et je suis le Dernier, à part moi il n’y a pas de dieu » (Isaïe 43, 6). « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin » (Apocalypse 22, 13).

Le Coran est la grâce, le Christ est la grâce, l’Univers est la grâce : le Verbe de Dieu, reçu dans l’Esprit, tourne autour de la Source en nous comme la danse d’un soufi, le rituel des pèlerins, la valse des planètes et des astres. Et la Source toujours de nouveau flue dans son Verbe, et elle est Lui. « Car Dieu est le Maître de la grâce infinie » (Coran 57, 29)

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Jumua. Mon journal du jour

"Kavka" au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Je suis très affectée d’apprendre que le Grand rabbin de France, Gilles Bernheim, est un plagiaire récidiviste, qu’il emploie des nègres, qu’il a menti pendant des décennies en se prétendant agrégé de philosophie (et major de sa promotion, entre autres détails inventés pour lui donner un brillant éblouissant) – ce qui lui valut une grande partie de son prestige. Parmi les auteurs qu’il aurait plagiés figure Élie Wiesel, qui fut lui-même accusé d’imposture, sans que l’affaire soit bien éclaircie. De même j’ai été triste d’entendre à la télévision un prêtre, Jean-Robert Armogathe, qualifier d’anecdotique l’affaire Cahuzac. Tous ces hommes qui passent pour des références morales, n’ont-ils en vérité aucun sens, ou qu’un sens complètement faussé, du bien et du mal ?

Ailleurs, toujours, sur toutes sortes de sujets, multiples manipulations de l’information, soit par ceux qui la donnent (sur les sites que je lis, qu’ils soient généralistes, musulmans ou chrétiens), et la donnent partielle ou déformée, soit par ceux qui la commentent sous couvert d’identités faussées. Et la bêtise, et la méchanceté. De cette mare pourtant, s’élèvent de temps en temps quelques voix fraîches, surgissent comme des épiphanies des témoignages de vie, si minces souvent, si petits, et justement pour cela porteurs de la plus haute espérance. Le cœur bondit, le ciel est là, tout proche.

Aujourd’hui, vendredi, jour de prière commune à la mosquée. Jumua, bonheur et joie. À la Grande Mosquée, à cause de la multitude de ce jour, ou grâce à elle, nous prions dehors, dans les jardins. De grands tapis de corde sont disposés pour les fidèles. Vers le fond, quand il n’y en a plus, on se partage le tapis ou le tissu apporté par l’une ou l’autre. On prie côte à côte, coude à coude, inconnue à inconnue. C’est très beau. L’imam récite des passages du Coran et prêche, il y a des invocations en commun, comme c’est en arabe je ne comprends pas mais peu m’importe de comprendre à la lettre, je comprends à l’oreille, je suis dans la prière, nous y sommes toutes et tous ensemble, et la mosquée a les dimensions du monde. Quand c’est fini, celles qui ont apporté des dattes, des gâteaux, du café, les distribuent. Générosité vivante et raffinée. Les jardins du paradis.

À la sortie un jeune homme distribuait des prospectus. Il m’en tend un : « Bonjour madame, c’est pour maigrir ». « Ah, vous me trouvez trop grosse ! », je lui dis. Il éclate de rire. « Non, absolument pas ! » Comme j’aime entendre les hommes rire ! et rire de bon cœur.

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« Les Romains ont été vaincus ». Sourate « Les Romains », 2.

Olivier enneigé à la Grande mosquée de Paris, photo Alina Reyes

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Selon la prophétie de Malachie, le dernier pape s’appelle Pierre le Romain. Quel que soit le nom qu’il ait endossé, tout pape, évêque de Rome, est « Pierre », successeur de Pierre, et le Romain.

Selon une lecture historique, « Les Romains » du Coran seraient en fait des Byzantins, battus par les Perses en Palestine vers 613-614. Ils sont nommés Romains parce que chrétiens, rattachés à Rome – de même que tout pape est Pierre parce que rattaché à Pierre. Une partie des Arabes se réjouissait de cette défaite des Romains, mais les Croyants parmi eux se réjouirent de leur victoire finale, car ils représentaient les croyants alors que les Perses représentaient les mécréants.

« Les Romains ont été vaincus,

dans le pays voisin, et après leur défaite ils seront les vainqueurs,

dans quelques années. À Dieu appartient le commandement, au début et à la fin, et ce jour-là les Croyants se réjouiront

du secours de Dieu. Il secourt qui Il veut et Il est le Tout Puissant, le Tout Miséricordieux.

C´est [là] la promesse de Dieu. Dieu ne manque jamais à Sa promesse mais la plupart des gens ne savent pas. » (v. 2-6)

 

Pourquoi, pour qui, cette défaite et cette victoire ? La suite de la sourate l’indique, en voici trois versets dans la traduction d’André Chouraqui :

 

14.     Le jour où l’Heure surgira,

ce jour-là ils se diviseront.

 

15.     Ceux qui adhèrent et sont intègres

s’extasieront dans les pâturages.

 

16.     Ceux qui effaçaient,

niaient nos Signes et la Rencontre, l’Autre :

les voilà présents au supplice !

 

Au final, la division s’opère non entre les Romains et les Perses, mais parmi eux entre les croyants et les mécréants. Les « mauvais romains » et les « mauvais perses » seront au supplice, les « bons romains » et les « bons perses » pâtureront. Le destin des Croyants, des gens issus de la Parole de Dieu venue à travers Ses Livres saints, et qui lui sont fidèles, comme des gens qui sont fidèles à ce qui est juste… le destin des Justes, est un et unique.

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Si le chameau suit le fil assez longtemps…

image Alina Reyes : "Si le chameau suit le fil assez longtemps, il arrivera si petit à l'horizon qu'il pourra passer par le chas du temps."

 

Musulmans, il nous faut, selon la voie que nous a montrée notre Prophète, la prière et la paix soient sur lui, assumer la foi des juifs et la foi des chrétiens. Cela ne signifie pas suivre les judaïsmes ni les christianismes, mais mieux connaître ce qui leur vint de leurs prophètes. Car c’est la fondation même de notre maison, l’islam. Nous n’avons certes pas fait le tour de notre demeure, le Coran, mais nous y habiterons mieux si nous savons où nous habitons, sur quel rocher, dans quel paysage elle est bâtie. Nous saurons mieux où nous allons si nous savons d’où est parti notre chemin.

Où nous allons, c’est chaque jour que nous le trouvons. Les jours où je jeûne, je suis semblable à l’aube toute la journée. Je n’avais pas touché le piano depuis des mois, et là, en passant dans la chambre du jeune homme, mon fils, soudain je m’y suis mise, j’ai joué la Vieille chanson française de Tchaïkovski, de mémoire, à plusieurs reprises, en variant un peu les accords quand je les ai oubliés. Je suis une poupée russe, comme me l’a dit un jour O : toujours une autre et encore une autre à l’intérieur de celle qu’on voit, et toujours une autre, invisible, autour et au-dessus de la dernière visible. N’en est-il pas ainsi de chaque homme, et de toute la Création ? La Création est en nous, de l’infiniment grand à l’infiniment petit et de l’infiniment petit à l’infiniment grand, et les anges en nous montent et descendent le long de l’échelle de Jacob.

Être reconvertie à l’islam ne signifie pas que je vais devoir renoncer à jouer la Vieille chanson française de Tchaïkovski, même si les rigoristes de cette religion n’aiment pas la musique. Ni que je vais devoir renoncer à chantonner et chanter tout au long du jour, ni que je vais devoir renoncer à danser quand j’entends une musique qui m’appelle à danser. L’islam n’interdit pas de vivre. Je me rappelle avoir lu ceci :

Le Commandeur des Croyants et Ali Ibn Abi Talib (que la Paix soit sur eux deux) ont dit : « Quand notre Qa’im réapparaîtra, les cieux feront descendre leur pluie, la Terre élèvera ses productions, la haine disparaîtra des cœurs des serviteurs, les bêtes et animaux sauvages vivront en paix les uns avec les autres et ne s’enfuiront pas affolés, et si une femme souhaite marcher d’Irak vers Sham (Syrie), chacun de ses pas se posera sur de l’herbe verte et dense, et elle pourra exhiber ses ornements (bijoux etc) – aucun animal ne l’attaquera, de même elle n’aura aucune crainte. »
(Biharoul Anwar, volume 52, page 316 ; al-Khissal)

Al-Qa’im, qui est une façon d’évoquer le Mahdi, signifie : « celui qui se lève ; qui est debout ». C’est au temps de cet homme que je vis. Au temps du retour du Mahdi et de Jésus, en ce temps déjà venu, ou si proche de vous que vous pouvez le saisir, si vous voulez.

 

 

à Mohammed, le Prophète, que la paix et la prière soient sur lui

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Mohammed, mon frère, je t’imagine comme Mohammed qui fut mon petit frère, un temps où j’habitai près du désert. Et oui, je le crois, ainsi étais-tu, Prophète, de peau foncée, d’allure noble, mince et souple, de visage finement taillé, harmonieux et parlant, d’yeux profonds et doucement perçants, d’élégance naturelle, humble, immémoriale. Et plus splendide à contempler encore était ton âme, secrète sans se cacher, semblable à la tache claire d’une tente à la fin de la nuit ou d’une grotte où des pêcheurs se réfugient, semblable à toute éphémère demeure et pourtant plus vaste, ramifiée, lumineuse et somptueuse à l’intérieur que les plus somptueux palais, vivante ! Et plus splendide encore était ton cœur, champ, mer et frondaison pour toute créature, battant en chœur avec la Création, à chaque instant tout à l’écoute de son Seigneur, recevant tout de Lui, l’Unique, et se redistribuant par le regard, par la parole, par la main qui donne comme si elle n’avait rien à donner. Ô Mohammed, miséricorde pour les hommes et les mondes, que la prière et la paix soient sur toi, notre bien-aimé ! Toi qui te soumis, ta vie durant, aux tressaillements immenses de la Réception, afin de nous délivrer le Message, avec le rythme et la matière de la prière qui nous rendent bienheureux en nous rendant à Dieu. Ô veuille, notre Prophète, participer à notre joie, à notre paix que nous fêtons pour toi.

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Le Grand Mufti félicite le monde musulman à l’occasion de l’anniversaire du Prophète Mohammed (et justifie cette commémoration)

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Le texte original est ici, d’après un message vidéo.

 

Le Grand Mufti d’Égypte, le Dr Ali Gomaa, a envoyé ses vœux sincères au monde musulman, et plus largment au monde entier, alors qu’arrive l’occasion bénie de l’anniversaire du Prophète Mohammed, le 12 du mois de Rabi’ al-Awwal, 24 janvier.

Il a souligné que les célébrations de la naissance du noble Prophète ne devraient pas être limitées au monde musulman, la naissance du Prophète Mohammed étant une miséricorde pour tous les mondes, ainsi que Dieu l’a spécifié dans le Coran.

Dans sa déclaration, le Sheik Ali a exposé que la naissance des prophètes au cours de l’histoire était une ocasion de célébration. La première célébration commença au Paradis avec la création du Prophète Adam, devant qui Dieu demanda aux anges de se prosterner, eu égard à l’honneur dû au vicaire de Dieu sur terre. Dans le Coran Dieu a commémoré la naissance du Prophète Moïse, et sa naissance fut un événement remarquable, qui marqua l’histoire comme une borne sur la route. Sa noble naissance établit une distinction claire entre le vrai et le faux, entre l’adoration d’Un Seigneur et la tyrannie sur terre.

Nous déplaçant le long de l’histoire, nous voyons que le Coran accorde une grande attention à la naissance du Prophète Jésus, la paix accompagnant sa miraculeuse naissance. Finalement la venue au monde du Prophète Mohammed s’est accompagnée de la miséricorde, comme il est clairement spécifié dans le Coran.

Le Sheik Ali a terminé sa déclaration en redisant que la naissance des prophètes constitue des jours mémorables, qui valent d’être célébrés car ils sont des jours de joie et de rappel de la grâce de Dieu sur l’humanité, qui la délivre des ténèbres de l’incrédulité pour les lumières de la foi.

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Par ailleurs, le Sheik a écrit un texte pour justifier le fait de célébrer – avec mesure – la naissance du Prophète. Voici la traduction que j’ai pu faire (de l’anglais) de la première partie de ce texte.

 

La naissance du Messager de Dieu fut une effusion de Miséricorde Divine au point de vue de l’histoire humaine. Le Coran décrit la présence du Prophète comme une « miséricorde pour l’humanité ». Cette miséricorde ne se limite pas au fait qu’elle inclut le développement personnel, l’auto-purification, la connaissance, la guidance dans le droit chemin, et qu’elle offre aux gens une heureuse vie spirituelle et matérielle. Cette miséricorde n’est pas non plus limitée à une situation historique spécifique ; mieux, elle s’étend à travers la totalité de l’histoire. « Et de ce message, Dieu fera bénéficier d’autres parmi ceux qui ne les ont pas encore rejoints. Il est le Puissant, le Sage. » [Coran 62,3]

Célébrer la naissance du Messager de Dieu fait partie des meilleures actions et des meilleures façons de s’approcher de Dieu, car c’est une expression de bonheur et d’amour pour le Prophète, et l’amour pour le Prophète est l’un des fondamentaux de la foi. Il est rapporté qu’il a dit, dans un hâdîth rigoureusement authentique, « Par Celui dans les mains de qui est mon âme, nul d’entre vous ne possède vraiment la foi tant qu’il ne m’aime pas plus que ses parents et ses enfants. » Il a dit aussi : « Nul d’entre vous ne croit vraiment tant que je ne lui suis pas plus cher que ses parents, ses enfants, et tout le monde. »

Ibn Rajab a écrit :

« L’amour pour le Prophète est l’un des fondamentaux de la foi, et équivaut à aimer Dieu, car les deux sont liés. Dieu a aussi mis en garde ceux qui placent trop haut l’amour de toute autre chose qu’il est naturel d’aimer, comme la parenté, la richesse et la patrie, en disant : « Dis : «Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos conjoints, vos proches, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous redoutez le déclin, les demeures où vous vous prélassez, vous sont plus chers que Dieu, Son Prophète et la lutte pour Sa Cause, alors attendez que vienne s’instaurer l’Ordre du Seigneur ! Car Dieu ne guide pas les gens pervers.» [9,24] Et quand Omar a dit au Prophète « tu m’es plus cher que tout, à part moi-même », le Prophète lui a répondu : « Omar, jusqu’à ce que je te sois plus cher que toi-même, aussi. » Omar dit alors : « Par Dieu, tu m’es plus cher que moi-même. » Et le Prophète : « Maintenant tu y es, Omar. »

Fêter la naissance du Prophète est une façon de le célébrer, et c’est un acte parfaitement conforme à la Sharia un acte dont vous pouvez être sûr qu’il ne vous fait pas tomber dans l’erreur. Dieu a fait connaître au monde le rang de Son Prophète, comme Il a fait connaître à tout l’existant son nom, sa mission prophétique, son rang spirituel, et sa place avec Lui. Par conséquent l’univers est en constant bonheur et en absolue félicité, de par la lumière de Dieu, Son secours, Sa preuve, et Sa bénédiction sur le monde.

Nos pieux ancêtres, depuis les quatrième et cinquième siècles islamiques, ont célébré la naissance de notre bien-aimé en animant la veille de sa naissance par divers actes pieux tels que nourrir les pauvres, réciter le Coran, faire des invocations, chanter des odes religieuses, spécialement des odes à sa louange. ceci a été documenté par de nombreux historiens, tels que Al-Hafidh ibn Jawzi, Hafidh ibn Kathir, Hafidh ibn Dahiyya al-Andalusi, Hafidh ibn Hajar, et le dernier des huffaz [ceux qui ont mémorisé tout le Coran] l’imam Al-Suyuti, que Dieu les bénisse tous.

Bien des savants et juristes ont composé des traités pour décrire le caractère religieux de la célébration de la naissance du Prophète et discuter les preuves textuelles à ce sujet, de telle manière que tout homme intelligent et sain d’esprit ne peut nier ce à quoi nos pieux prédecesseurs ont pris part. Ibn al-Hajj, dans son livre al-Madkhal, a énuméré le caractère unique de cette célébration, et de plus il a mentionné que cela donnerait joie au cœur de tout croyant qui le lirait, surtout sachant que Ibn al-Hajj a écrit ce livre dans le but de critiquer l’innovation répréhensible, qui n’a nul fondement dans la Sharia.

L’iman Jalal al-Din al-Syuti a écrit dans son livre Husn al-Maqsid fi ‘Amal al-Mawlid, après avoir été interrogé sur la règle de célébrer la naissance du Prophère durant le mois de Rabi al-Awwal :

Ma réponse est que la base de la célébration de la naissance du Prophète, ce sont les gens qui se réunissent, récitent le Coran, et récitent de solides traditions, à partir des versets coraniques, sur les débuts du Prophète et ce qui advint à sa naissance. Ensuite ils mangent la nourriture qui a été préparée, et quand ils ont fini, ils partent sans rien faire d’autre. Il s’agit d’une innovation louable, dont celui qui la pratique est récompensé, car c’est une façon de magnifier le rang du Prophète, et d’exprimer notre bonheur et notre joie à sa noble naissance.

À ceux qui disent « nous n’avons pas connaissance d’une base de cet acte dans le Coran ou la Sunna », Al-Suyuti a aussi répondu que « le manque de connaissance de quelque chose ne signifie pas sa non-existence. » Al-Suyuti va plus loin : il souligne l’opinion d’Ibn Hajar, qui a trouvé une base à cela dans la Sunna, tandis que lui-même, Al-Suyuti trouve une autre base à cela dans la Sunna, tout en mettant en évidence que les innovations répréhensibles sont celles qui ne peuvent pas être placées sous des preuves juridiques, et ne sont donc pas louables.

 

La suite peut être lue en anglais ici.

De même que le cosmos continue à se déployer depuis la création du monde

au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

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Il est impossible de comprendre les textes saints si on n’a pas foi en leur origine révélée. C’est une torture pour ceux qui croient qu’ils ont été inspirés comme d’autres textes poétiques, que d’essayer de comprendre. Nul verset du Coran n’est caduc. Ce qui peut être caduc, c’est la compréhension que nous en avons. C’est pourquoi nous devons toujours de nouveau obéir au commandement : LIS ! C’est-à-dire, non pas : crois à ce que tu vois écrit ; mais : cherche, avec l’aide de Dieu, le sens invisible de ce que tu vois écrit.

Car la parole de Dieu dépasse son messager. Ce dernier transcrit ce qui lui est dit dans la révélation. Mais cela ne signifie pas qu’il en connaisse toute la portée. Mohammed appartient à un temps, le Coran appartient à l’Éternité. De même que le cosmos continue à se déployer depuis la création du monde, le sens de la parole révélée poursuit et poursuivra son déploiement. Ce qu’il nous faut, c’est le suivre.

 

« Nous suivons la religion d´Allah ! Et qui est meilleur qu´Allah en Sa religion ? C´est Lui que nous adorons. » Sourate Al-Baqara, v. 138.

Le mot pour dire ici « suivre la religion » signifie d’abord : « tremper dans la couleur », et : « baptiser ».

« Nous trempons dans la couleur de Dieu ! Et qui colore mieux que Dieu ? »

« Nous baptisons en Dieu ! Et qui baptise mieux que Dieu lui-même ? »

 

« Anamta » : ceux que tu as « comblés de grâce », « de faveurs » (Al-Fatiha, 7). Le mot exprime tout d’abord le plaisir, les délices. Comme Éden. L’islam rétablit l’homme qui prie à sa place originelle, le Jardin des Délices. C’est pourquoi l’appel à la prière dit : « Venez à la félicité ». C’est pourquoi, en islam, Allah dans sa miséricorde chassant le mal chaque fois qu’on l’en prie, il n’y a plus de péché originel. Seulement notre origine vraie : la grâce.

 

« Le retour du Mahdi » et « le retour du Christ », cela signifie : le réveil spirituel de l’islam, et le réveil spirituel du christianisme. Leur résurrection. Le spirituel, c’est le réel. Beaucoup l’attendent, et ils ont raison, car cela seul pourra sauver le monde, le relever de la mort qui le hante. La lumière nous attend, et elle vient.

 

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