– « Écoute ! Écoute ! – C’est moi, Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les lozanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame chatelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. « Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bati fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.
Aloysius Bertrand, Ondine (extrait, dans l’orthographe du poète) in Gaspard de la nuit
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O a fait cette fois 110 kilomètres à vélo pour aller accomplir la vingtième action poélitique de Madame Terre chez Ravel, à sa maison Le Belvédère à Montfort-l’Amaury. Sur le chemin du retour il a photographié une inscription qu’il trouvait belle dans un square proche, à l’emplacement d’un ancien cimetière déplacé où cette tombe a été gardée ; et les champs paisibles.
Je me rappelle être allée écouter un jeune pianiste, Jean-Paul Gasparian, interpréter à merveille le Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand. En voici l’interprétation de Pogoleritch. Enchantement et paradis !
Un peu de musique « maison » puis les paroles du rap (avec à la fin la citation de l’abbé Pierre) de Nekfeu, qui va très bien dans la catégorie de mes « poètes du feu de Dieu »
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Je ne vois plus que des clones, ça a commencé à l’école À qui tu donnes de l’épaule pour t’en sortir ? Ici, tout l’monde joue des rôles en rêvant du million d’euros Et j’ai poussé comme une rose parmi les orties Je ne vois plus que des clones, ça a commencé à l’école À qui tu donnes de l’épaule pour t’en sortir ? Ici, tout l’monde joue des rôles en rêvant du million d’euros
Je t’avais promis qu’un jour tu te rappellerais de nos têtes Je ne suis pas prêt de me taire De la primaire au lycée, déprimé, je me sentais prisonnier Parce que les professeurs voulaient toujours me noter Pourtant, j’aimais les cours J’étais différent de tous ceux qui me disaient : « Soit tu subis, soit tu mets les coups » Moi, je rêvais d’aventure, griffonnais les devantures J’attaquais tout ce qui m’était défendu Rien à péter de toutes leurs émissions télé de vendus Je voulais voir le monde avant d’être rappelé devant Dieu Et, pour ne pas qu’on se moque de moi, je bouquinais en cachette Pendant que les gamins de mon âge parlaient de voitures Un des gars de l’époque bicravait des Armani Code Et, un beau jour, il a ramené une arme à l’école J’étais choqué de le voir avec un glock (Oui !) J’en ai rien à foutre de vos putains de codes (Oui !) J’avais peur, je l’ai dit, mais j’ai un cœur, je le dis Mais je suis toujours là pour mes putains de potes Maintenant, pour lui, le bruit des balles est imprimé dans le crâne Ceux qui traînaient dans le bât’ l’ont entraîné vers le bas
Faut jamais céder à la pression du groupe D’t’façons, quand tu fais du mal, au fond, tu ressens du doute Faut jamais céder à la pression du groupe D’t’façons, quand tu fais du mal, au fond, tu ressens du doute
Je ne vois plus que des clones, ça a commencé à l’école À qui tu donnes de l’épaule pour t’en sortir ? Ici, tout l’monde joue des rôles en rêvant du million d’euros Et j’ai poussé comme une rose parmi les orties
Je ne vois plus que des clones, ça a commencé à l’école À qui tu donnes de l’épaule pour t’en sortir ? Ici, tout l’monde joue des rôles en rêvant du million d’euros Et j’ai poussé comme une rose parmi les orties
Je suis un nomade, ne me dites pas qu’on est bons qu’à stagner Casse-toi, moi, je ne me sens pas casanier Instable, ne me parlez pas de m’installer Quand t’es différent des autres, on veut te castagner T’es malheureux quand t’as qu’un rêve et que tes parents ne veulent pas
Traîner vers le bas, t’inquiète, je te promets de me battre Non, je n’aime pas quand je me promène et que je vois Ce petit qui se fait traquer pour des problèmes de poids Mais pour qui se prend-on ? De tristes pantins J’écris c’te pensée pour que Le Christ m’entende Et, dans nos cœur, on est à l’ère de L’Age de Glace Aymé ? C’est plus qu’un personnage de H On n’est pas des codes barres T’as la cote sur les réseaux puis ta cote part, nan On n’est pas des codes barres T’as la cote sur les réseaux puis ta cote part Le regard des gens t’amènera devant le mirage du miroir Mais, moi, j’ai la rage, ma vision du rap, elle est rare Tant qu’un misérable s’endormira dans la rame Pendant que le rat se réchauffera sur les rails
Vu qu’on forme des copies conformes Qui ne pensent qu’à leur petit confort Vu qu’on forme des copies conformes Qui ne pensent qu’à leur petit confort
Je ne vois plus que des clones, ça a commencé à l’école À qui tu donnes de l’épaule pour t’en sortir ? Ici, tout l’monde joue des rôles en rêvant du million d’euros Et j’ai poussé comme une rose parmi les orties
Je ne vois plus que des clones, ça a commencé à l’école À qui tu donnes de l’épaule pour t’en sortir ? Ici, tout l’monde joue des rôles en rêvant du million d’euros Et j’ai poussé comme une rose parmi les orties
J’éduque ma peine en leur parlant de nous Je décuple mes sens comme un handicapé Comment trouver le chemin qu’on m’indique à peine ? J’me sens comme Andy Kaufman dans Man on the Moon
J’éduque ma peine en leur parlant de nous Je décuple mes sens comme un handicapé Comment trouver le chemin qu’on m’indique à peine ? J’me sens comme Andy Kaufman dans Man on the Moon
Nique les clones Nique les clones Nique les clones Nique les clones « Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette Laissant les assiettes des autres vides et qui, ayant tout Disent, avec une bonne figure, une bonne conscience « Nous, nous qui avons tout, on est pour la paix ! » Tu sais c’que j’dois leur crier, à ceux-là ? « Les premiers violents, les provocateurs de toute violence, c’est vous ! Et quand, le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos p’tits enfants, avec votre bonne conscience, au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir. »»
La mélodie enfante, et à vrai dire ne cesse d’enfanter la poésie.
Nietzsche, La Naissance de la tragédie
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Comment admettre que, comme tant d’autres artistes mondialement aimés et célébrés, Érik Satie ait vécu et soit mort dans la misère ? Qu’est-ce qu’une société qui piétine tant de ses membres les plus doux, les plus inventifs, les plus généreux de leur personne et de leur art ? Après avoir habité un réduit encore trop cher pour lui à Montmartre, rue Cortot, c’est là, à Arcueil, qu’il passa les dernières années de sa vie, en compagnie de cette misère qu’il nommait « la petite fille aux grands yeux verts ». O a photographié l’arrivée chez lui, la maison avec la plaque « Satie est un ange (bien déguisé), un ange à Arcueil se cachant » – Jean Cocteau, l’action poélitique de Madame Terre, et l’aqueduc (qui, dit-il, rappelle les notes de musique) transportant l’eau pour Paris, au bout de la rue du musicien.
dessin d’Érik Satie dans une lettre à Cocteau
« Je suis triste », comme dit Cendrars à la fin de La Prose du Transsibérien. La musique d’Érik Satie fait du bien, même quand elle est « lente et douloureuse » comme la première Gymnopédie. Celle-ci a été enregistrée par J., étudiant comme Satie à la Schola Cantorum, à la maison, rapidement apprise pour l’occasion, après l’attentat de novembre. Nous venons de subir un nouvel attentat, et malheureusement ce qui se passe dans le monde et dans notre pays, les violences de toutes sortes, le mépris des innocents ou des pauvres, peine aussi. Merci à tous ceux qui malgré tout continuent à faire quelque chose de positif, de vivant, que cela soit directement utile ou « gratuit » – car perdre le gratuit dans ce monde intéressé serait perdre notre humanité.
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4 juin 2020 : O est retourné à Arcueil avec Madame Terre, cette fois sur la tombe de Satie où il a trouvé de jolies surprises : à voir ici
Joachim s’est enregistré ce matin jouant cette étude de Chopin, l’une des plus difficiles de ces redoutables études, à la Schola Cantorum.
et puis la Révolutionnaire :
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Je travaille à deux espèces de polars : ma thèse et un roman.
Je republie cet article de Mitchell Colver paru dans The Conversation. J’ajoute qu’il y a aussi l’orgasme des tympans, qui se produit en les faisant trembler soi-même, avec ou sans musique. Et puis je donne en avant-goût ce morceau, l’un de ceux conseillés à la fin du texte :
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Qui est capable d’éprouver un « orgasme tactile » en écoutant de la musique ?
Avez-vous déjà écouté un très beau morceau de musique et ressenti un frisson vous parcourir l’échine ? Ou la chair de poule chatouiller vos bras et vos épaules ?
La sensation est qualifiée de frisson (les anglais utilisent ce terme français et le prononcent « free-sawh »), plus précisément des « frissons esthétiques » qui se traduisent par des sortes de vagues de plaisir qui courent sur toute votre peau. Quelques chercheurs ont même qualifié cela d’« orgasme tactile ».
Ecouter une musique qui vous submerge émotionnellement, c’est le déclic le plus habituel pour ressentir ce frisson. Mais d’aucuns l’éprouvent en contemplant une belle œuvre d’art, en regardant une scène de film particulièrement émouvante, ou en ayant un contact physique avec une autre personne. Des études ont montré qu’en gros deux tiers de la population le ressentent. Et les amateurs de frissons présents sur le site communautaire Reddit ont même créé une page pour partager leur frisson médiatique favori.
Mais pourquoi certains éprouvent-ils des frissons et pas d’autres ? Travaillant au laboratoire du Dr Amani El-Alayli, professeur de psychologie sociale à l’Université de Washington Est (Etat de Washington), j’ai décidé de le découvrir.
Qu’est-ce qui provoque un frisson suivi d’une sensation de froid ?
Alors que les scientifiques sont toujours en train d’investiguer les secrets de ce phénomène, une partie importante de la recherche effectuée les cinq dernières décennies a fait remonter les origines du frisson à la façon dont nous réagissons émotionnellement à des stimuli imprévus de notre environnement, la musique en particulier.
Des passages musicaux comportant des harmonies inattendues, de soudains changements de volume ou l’émouvante irruption d’un soliste, voilà les déclencheurs habituels des frissons. Cela, parce que ces éléments bousculent, de manière positive, l’attente des auditeurs : c’est ce qui s’est passé en 2009, lors de la première performance de la modeste Susan Boyle pendant l’émission « La Grande-Bretagne a du talent ».
Vous ne vous y attendiez pas, n’est-ce pas ?
Si un violoniste joue en solo un passage particulièrement émouvant qui culmine en un magnifique aigu, l’auditeur est submergé par cet instant chargé de sentiment et, témoin de l’exécution brillante d’un morceau aussi difficile, peut ressentir un frisson. Mais la science s’efforce toujours de décrypter pourquoi cette émotion se transforme en chair de poule.
Certains scientifiques ont suggéré que cette chair de poule serait un reste de l’évolution hérité de nos ancêtres, plus poilus que nous, lesquels conservaient leur chaleur grâce à une couche endothermique par-dessous les poils de leur peau. Avoir la chair de poule après un changement thermique brutal (comme par exemple être exposé à un coup de vent frais lors d’une journée ensoleillée), cela agit sur les poils en les faisant temporairement se dresser, puis s’abaisser en restituant cette couche de chaleur.
Pourquoi un chant et une brise fraîche engendrent-ils la même réponse physiologique ? EverJean/flickr, CC BY
Depuis que nous avons inventé les vêtements, les hommes ont eu moins besoin de cette couche de chaleur endothermique. Mais la structure physiologique est toujours là et elle pourrait avoir été rebranchée pour produire des frissons artistiques, en réaction à des stimuli émotionnels comme l’extrême beauté présente dans l’art ou dans la nature.
La recherche concernant la fréquence des frissons a varié de façon importante, avec des études montrant qu’entre 55 % et 86 % de la population peuvent en éprouver l’effet.
Comment la peau répond à la musique
Nous avons envisagé que si une personne, en toute conscience, était davantage envahie par un morceau de musique, alors il ou elle serait probablement plus susceptible d’éprouver un frisson, grâce à une attention plus soutenue portée aux stimuli. Et nous avons aussi émis l’hypothèse que si quelqu’un s’immergeait – ou pas – dans un morceau musical, cela serait dû d’abord à son type de personnalité.
Pour vérifier cette hypothèse, on a réuni des participants au laboratoire et on les a branchés à un appareil calculant la réponse galvanique de la peau, c’est-à-dire une mesure qui détermine à quel point les propriétés électriques de la peau se modifient lorsque l’on expérimente une stimulation physiologique. Les participants furent ensuite invités à écouter différents morceaux de musique pendant que le personnel du laboratoire mesurait en temps réel leurs réactions.
Les 2 premières minutes de Oogway Ascends de Hans Zimmer.
Chacun de ces extraits comprend au moins un moment palpitant connu pour provoquer le frisson chez l’auditeur (plusieurs de ces morceaux ont été utilisés dans des étudesantérieures). Par exemple dans celui de Bach, la tension provoquée par l’orchestre durant les 80 premières secondes se relâche finalement lors de l’entrée du chœur, un instant particulièrement chargé d’émotion susceptible de déclencher le frisson.
Tandis que les participants écoutaient ces morceaux, les assistants du laboratoire leur ont demandé de répertorier leurs expériences de frisson en appuyant sur un petit bouton, ce qui créait ainsi un registre temporel de chaque session musicale.
En comparant ces données aux mesures physiologiques et au test de personnalité remplis par les participants, nous avons été capables, pour la première fois, de tirer des conclusions uniques sur les raisons pour lesquelles les frissons apparaissent plus fréquemment chez certains auditeurs et pas chez d’autres.
Le graphique montre les réactions d’un auditeur du laboratoire. Les sommets de chaque courbe représentent les moments où le participant se sentait particulièrement pris par la musique de façon cognitive ou émotive. Dans ce cas, chacun de ces sommets d’excitation coïncidait avec le frisson ressenti en réaction à la musique. Le participant avait obtenu un score élevé pour un trait de caractère appelé « ouverture à l’expérience » Author provided
Le rôle de la personnalité
Les résultats au test de personnalité ont montré que les auditeurs ressentant le frisson avaient obtenu un score élevé grâce à un trait de caractère dénommé « ouverture à l’expérience ».
Des études ont montré que les gens possédant ce trait font preuve d’une imagination inhabituellement vive, qu’ils apprécient la beauté et la nature, qu’ils recherchent de nouvelles expériences, qu’ils réfléchissent souvent à leurs sentiments de façon profonde et qu’ils aiment la variété dans la vie. Certaines caractéristiques de ce trait de personnalité relèvent intrinsèquement de l’émotionnel (l’amour de la variété et de la beauté) et d’autres sont cognitives (l’imagination, la curiosité intellectuelle).
Des précédentes recherches avaient relié l’« ouverture à l’expérience » au frisson et la plupart des chercheurs en avaient conclu que les auditeurs ressentaient ce frisson à cause d’une profonde réaction émotionnelle à la musique. Au contraire, les résultats de notre propre étude démontrent que ces composants émotionnels sont beaucoup moins associés au frisson que les composants cognitifs de l’« ouverture à l’expérience ». Notamment, la prédiction mentale sur comment le morceau va se déployer et nous embarquer dans son imagerie musicale (un traitement de la musique qui allie l’écoute et la rêverie).
Ces découvertes, publiées récemment dans la revue Psychology of Music, nous indiquent ceux qui s’immergent intellectuellement dans la musique (plutôt que de se laisser bercer par elle) ressentent de façon plus fréquente et plus intense que d’autres le fameux frisson.
Triste d’avoir dû quitter ma chorale en cours d’année mais fière d’elle ! Un extrait de son dernier concert au répertoire très varié, classique et chansons.
Concert au grand Amphithéâtre de la Sorbonne, 5 avril 2016
I see fire (Ed Sheeran)- Choeur: Clef des Chants Ensemble, dirigé par Benoît Reeves – Solo: Laura Pizzoli – Orchestre: McFly Orchestra