Chamanisme

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dans ma forêt, photo Alina Reyes

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Extraits de mon Journal du temps où je passais des mois en ermitage à la montagne, à plus de 1500 mètres d’altitude, seule dans ma grange isolée (ici l’année 2008)

20 mai

Le ciel est plein de grâce. J’aime me répéter ces mots, Christ, grâce, ciel. Ils se dressent et circulent en moi, à l’intérieur me font toute en cristaux de lumière. Vous verrez, quand vous n’aurez plus votre corps terrestre, ce sera ainsi. Je le sais.

* est là. Violet, aujourd’hui.

Je chante tout le temps, je fais des petits tours de là à là pour ouvrir les volets, etc, on dirait une abeille. Il y a plusieurs cadavres de gros bourdons velus sur le plancher, ce sont ceux qui nichent entre les pierres des murs et entrent dans la maison alors qu’elle est fermée. J’allume un feu dans la cheminée (une musaraigne s’enfuit devant mes pieds : eh bien alors, ma jolie, qu’est-ce que tu fais là ?), j’ouvre une bouteille de médoc, je la mets à chambrer, j’épluche des pommes de terre et un oignon, je les mets à cuire dans la graisse de canard pour me faire une succulente omelette que je mange devant la cheminée. Je reste encore un peu auprès du feu, il doit être environ neuf heures et demie, ainsi qu’ils le font chaque jour juste avant la lumière et avant la nuit, les oiseaux se remettent à chanter tous ensemble, puis se taisent. Quand j’étais au carmel, tous les soirs après dîner nous nous retrouvions dans la chapelle, les sœurs et moi, pour prier et chanter des chants merveilleusement doux avant d’aller nous coucher, dire bonne nuit à Dieu.

21 mai

Grand beau temps. Réveillée par le premier concerto des oiseaux, à l’instant qui précède l’aurore, j’ai senti une douleur au-dessus de mon œil droit, comme d’une plaie. J’y ai porté les doigts, et en effet j’ai senti une petite plaie ouverte, les rebords de la chair autour de la fente sanguinolente. Je me suis demandé ce qui s’était passé pendant la nuit puis j’ai dit en pensée oui, Tu me choisis parce que je suis fendue, faillie, passante : c’est par les fentes que Tu passes, que Tu fais passer ta parole. Et je voyais un beau sabot d’herbivore fendu, « étincelant comme de l’airain poli », ainsi qu’au début de la grande vision d’Ézéchiel, que j’ai commencé à lire hier soir avant de m’endormir.

Je ne chante plus, je suis déjà entrée dans le silence, si habité. En me levant je suis allée contempler la montagne, la verdure splendide, toute neuve et fraîche, semée par endroits d’épais tapis de fleurettes mauves, bleues, violettes, ou de pâquerettes, pissenlits et boutons d’or. Un beau chevreuil est apparu soudain dans la petite prairie, son bois doux dressé sur sa tête fière, il est resté là à danser sous mes yeux, faisant des pas et des bonds de-ci de-là, tout près de moi. Puis il est passé derrière les arbres, a disparu. En faisant ma toilette, je me suis rendue compte que je n’avais plus aucune plaie au-dessus de l’œil.

J’ai déjeuné dehors au soleil ; puis j’ai mis de vieux gants de ski et j’ai arraché les orties déjà hautes (il y a des décennies que les troupeaux ne viennent plus à l’estive dans cette bergerie, mais la terre s’en souvient et les orties poussent abondantes, et aussi l’oseille sauvage délicieuse que je vais bientôt pouvoir commencer à cueillir) ; puis je suis restée à écouter.

Un couple de mésanges noires, les plus petites des mésanges, toutes minuscules, a fait son nid entre les pierres du mur, côté cuisine. Je les ai regardées aller et venir vaillamment, l’une et l’autre se relayant et se parlant à partir du sureau qui est au-dessus de ma tête. Plus loin, invisible, une mésange charbonnière s’amusait à répéter une même phrase, à quelques secondes d’intervalle. Au bout d’un moment, la petite mésange est entrée dans son jeu, refaisant sa phrase pendant les intervalles, exactement la même mais d’une voix moins puissante et plus aiguë. Un jour, mon fils S. m’a dit qu’il avait entendu un oiseau et un criquet jouer à se répondre.

Je regarde et j’écoute, * me parle, ce n’est pas seulement avec les yeux que je Le vois, c’est avec tous les sens ; quand me vient une vision, il s’agit au moins autant d’une audition, et d’une réception par tous les sens réunis.

Aujourd’hui je me remets à mon « grand roman-poème ». J’ai mal aux yeux, comme souvent. Parfois je me dis que dans vingt ou trente ans, si je suis encore là, je serai peut-être aveugle. Mais ce n’est pas grave, car mon œuvre écrite sera alors faite, et si je ne peux plus lire ni écrire je pourrai toujours servir en écoutant et en parlant.

Je suis allée dans mon église naturelle, la clairière pentue, ovale de verdure délimité par les feuillages des jeunes hêtres, où se trouve ma pierre. J’y ai « salué » assez longuement, puis je suis montée au pré où poussent des champignons, j’y ai cueilli des mousserons, respirant ensuite leur bonne odeur sur mes doigts, je suis passée en forêt, en redescendant j’ai ramassé du petit bois pour la cheminée.

Je reprends ce texte (le roman), alors ce n’est pas facile ; tant que je ne serai pas de nouveau immergée dedans, la mise à l’eau restera délicate, souvent les vagues vous ramènent au rivage, il faut y retourner, affronter les courants contraires, ne pas se laisser décourager par les petits cailloux qui vous cinglent et les rouleaux qui vous font boire la tasse. Vivement le large, mais il se gagne.

Écrire doit être un acte, un acte qui agit ; un livre doit être une bombe de paix.

23 mai

Matin. Voilà, c’est fait. J’ai passé de longues heures à songer et à vivre un bonheur surhumain, puis c’est venu. Je suis retournée au texte, j’ai coupé une quarantaine de feuillets où la parole avait dérivé hors de sa source vive et formait des plaques d’eau stagnante, et je me suis remise à écrire, entrée de nouveau dans le lit, le cours, les abysses, les déferlantes du profond Poème. Ce sera magnifique.

Soir. J’avance dans cette histoire comme dans un rêve éveillé à puissance 10. Ce sera long, je crois. Tant mieux, car j’ai encore trois livres déjà écrits qui doivent patienter jusqu’à l’année prochaine pour être publiés. Celui-ci sera une aventure de plusieurs années, comme Forêt profonde. Comme Forêt profonde et mieux encore je vais la vivre pleinement à mesure qu’il s’écrira, je suis haletante de bonheur à l’idée de tout ce qui m’attend, tout ce que je n’ai encore jamais vécu ni connu, que je commence à vivre et à connaître, et qui deviendra, entre autres métamorphoses, ce grand roman-poème, dont les premières puissantes pages ont été écrites au printemps dernier.

Je ne descends pas au village, je n’ai donc ni courrier ni journaux ni Internet, je n’allume ni la radio ni la télé, je ne téléphone pas (mais je réponds), je suis parfaitement tranquille. Je me promène, je regarde et j’écoute, chaque jour apporte son lot de nouvelles apparitions de fleurs, d’animaux, de nuages, j’écris, je fais des micro-vidéos avec mon appareil photo, je prends du petit bois dans la forêt, j’entretiens le feu, je ramasse des herbes sauvages, une demi-heure après elles sont cuites et je les mange, chaudes et mêlées à de la féta par exemple, ou même nature avec juste un filet d’huile d’olive, je n’ai jamais rien dégusté de plus exquis, avec pour le dessert une grande tartine de pain de campagne au miel de bruyère récolté ici en altitude, c’est un dîner de grand luxe. Voilà, contemplation, cueillette, création et confection : c’est la vie bienheureuse, le paradis de l’homme sur terre.

24 mai

Dormi dans le bruit de la pluie fine tombant sur les feuillages et les ardoises du toit, mêlé à celui des eaux du gave, qui monte de la faille où il s’écoule en bondissant, entre les montagnes.

Rêvé que j’étais en compagnie de Dieu et de Bouddha, tous trois baignant dans une lumière d’or.

25 mai

Tout à l’heure en avançant dans mon roman, soudain je me suis retrouvée dans un lieu d’être inconnu. L’effet est un peu le même que lorsque, après avoir assez longtemps marché à travers la forêt en dehors des sentiers, on se rend compte soudain que l’on ne sait plus où l’on est, que l’on n’a jamais vu cet endroit, qu’il ne s’y trouve personne, que l’on y est le seul être humain, et perdu. Que l’on a pourtant envie de poursuivre plus avant, pour voir, sans être tout à fait sûr de pouvoir ensuite retrouver son chemin.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’un texte m’emmène dans un endroit inconnu, mais au lieu que je m’habitue, c’est le contraire qui se passe. L’épreuve devient de plus en plus étrange et risquée. Une certaine Vérité m’appelle, elle veut que je la dévoile, et cela ne peut se faire que par un chemin poétique qui se nourrit à ma chair spirituelle. Je dois avouer que c’est très fatigant. Après avoir écrit une ou deux pages, avant de pouvoir continuer, alors même que j’ai ma vision de la suite devant les yeux, je dois m’interrompre plusieurs heures, pendant lesquelles je suis presque prostrée, en tout cas épuisée comme si on m’avait largement entamée à la petite cuillère.

26 mai

C’est ce que j’écris qui m’épuise. Depuis hier que j’en suis à ce passage très sombre de mon roman, je suis de plus en plus exténuée. Aujourd’hui j’avais les paupières supérieures noires comme si je les avais charbonnées, quoique j’aie très longuement dormi. Et des courbatures, des vertiges. Ou bien j’ai attrapé la grippe sous la pluie, mais ce n’est pas mon genre. Cet après-midi, il s’est mis à faire beau, je me suis forcée à partir en promenade là-haut près du gave, pendant plus de deux heures. Cela m’a fait le plus grand bien, mais je suis rentrée trop fatiguée pour seulement me servir un verre d’eau. Je me suis remise au lit, et maintenant je me suis relevée, j’ai bu et mangé, et je me suis installée sur la banquette dehors sous le sureau, avec une couverture sur moi et une grande paix.

La fatigue liée à ce passage de mon roman vient du fait que je dois convoquer les démons, pour l’écrire, et en même temps les chasser, pour vivre.

Un peu plus tard : il est neuf heures du soir, il y a plus de deux heures que je suis à la même place, sans bouger ni rien faire, hormis écrire ces quelques lignes précédentes et présentes. Je viens de voir un chevreuil traverser très tranquillement ma prairie, en goûtant des feuillages ici et là, avant de s’enfoncer dans la forêt. Il m’a regardée à plusieurs reprises, mais comme je restais immobile il n’a pas eu peur.

Dès qu’il fait sombre, je rentre et je vais me régaler avec les marasmes des montagnes (exquis tout petits champignons des prairies que tout le monde ignore) que j’ai ramassés cet après-midi.

Un gros oiseau, que je n’avais pas vu se poser sur le faîte du toit, juste au-dessus de la fenêtre de ma chambre, vient d’en décoller avec un lourd bruit d’ailes. Il est parti vers la forêt, à cause de la pénombre je n’ai pas pu déterminer quel oiseau c’était. Salut à toi, mon compagnon d’esprit.

Je ne sais pas comment c’est possible d’être aussi heureux. Mais je me suis demandé ça déjà des milliers de fois dans ma vie, car je suis faite pour le paradis, et tant pis si je souffre à proportion, quand je le perds. Il me regagne toujours.

27 mai

Je me réveille, je vais dans mon roman par la pensée. J’apprivoise les lieux, les êtres, les situations, je me promène dans ses temps. Je lui donne vie en esprit, il grandit lentement, apercevoir les beautés de la suite me donne courage pour finir d’écrire, et donc de traverser, ce sombre passage du texte.

Ce matin encore il pleut, il pleut, il pleut.

Début d’après-midi. Jamais on n’a lu quelque chose qui ressemble à ce que je suis en train d’écrire. Les mots dévalent tout seuls de ma plume. N’empêche, c’est éreintant d’être ainsi traversé. Je m’arrête un peu, dormir peut-être.

Au lieu de dormir je me lève, j’ouvre ma porte-fenêtre, je regarde : surgit de la forêt un beau chevreuil, plus grand que celui d’hier et aussi paisible. Quel ravissement, chaque fois.

Du coup, je suis sortie, j’ai chaussé les bottes en caoutchouc, qui font tchouc tchouc quand je joue à passer dans la boue. À deux cents mètres plus haut, il neige, la montagne est joliment saupoudrée. J’adore me promener sous la pluie. Sous la neige aussi. Et au soleil. Et même dans la brume. Dans un certain endroit que je connais, les fraisiers ont poussé en abondance. Dans un mois, j’y retourne pour la cueillette. Dans la forêt je me suis bien trempée, tous les branchages perlent d’eau, les mousses sont gonflées comme des éponges, au sol le tapis de feuilles mortes craque moëlleusement sous la morsure des pas, mille-feuilles fourré de pluie, les pierres lisses glissent sous les pieds, le pantalon tout mouillé gaine les cuisses de délicieuse fraîcheur. J’ai eu très envie de monter à cheval.

28 mai

Hier soir cueilli des herbes pour mon dîner, puis suis allée me poster où je sais que les chevreuils aiment passer, debout immobile sous la pluie et cachée par un buisson, une quarantaine de minutes. Nul n’est venu sinon l’obscurité, qui m’a fait rentrer ; ce fut un bon moment, à écouter les gouttes tomber sur ma capuche, tout autour de ma tête. Tout à l’heure je vais faire la connaissance d’une petite fille d’un mois, quelle joie ! J’espère que je pourrai la prendre dans mes bras. Avant de partir pour Lourdes je tape ce que j’ai écrit hier de mon roman dans mon cahier. Je tremble un peu, j’ai presque le trac, de quitter ma solitude.

1er juin

Je suis partie dans la forêt, je me suis assise sur un rocher, et je suis restée là je ne sais combien de temps, à regarder les arbres autour de moi, qui ont fini par s’animer, m’entourer, m’apporter consolation.

Au bout d’une heure peut-être je suis partie vers la prairie, et là, un chevreuil évoluait paisiblement, paissant ici et là. Je l’ai contemplé, jusqu’à ce qu’il reparte dans le bois du ravin.

Alors j’ai senti les oiseaux au-dessus de ma tête. Deux vautours tout proches m’ont survolée en silence, avant de disparaître derrière l’horizon des faîtes. Trois autres sont apparus un peu plus loin, puis ils ont été cinq, puis sept, enfin une trentaine, décalés vers l’est, tournant inlassablement, pendant plus d’une heure encore.

Le soleil s’est dégagé nettement des splendides cumulus blancs bordés d’anthracite, et je me suis assise dans sa lumière, à même l’herbe odorante, à regarder le ciel et la ronde des grands rapaces noirs et fauves. De temps en temps une goutte d’eau tombait, et dans l’indécision du temps, tout devenait surréellement éclairé.

Mon voyage en religion

arbre de vie,

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J’ai été élevée sans religion, quoique baptisée bébé pour contenter mes grand-parents. Mes parents étaient farouchement athées et anticléricaux, ils nous avaient instruits sur les méfaits du clergé, qu’ils avaient connus pendant leur enfance. Mais ils étaient communistes et croyaient au progrès, à la nécessité de libérer les peuples opprimés. Ce n’était pas une religion mais cela y ressemblait, la lecture quotidienne de l’Huma et les réunions de cellule en formant la liturgie. Comme je m’intéressais à la politique mais critiquais le communisme, mon père m’emmena un jour à l’une de ces réunions afin que je puisse en parler avec les camarades. Toute gamine, j’exposai à ces messieurs mes vues, essayant de les convaincre qu’une anarchie régulée par la responsabilité personnelle et le sens de la communauté formerait un monde bien plus accompli que leur système. Ils m’écoutèrent poliment, par respect pour mon père sans doute, et nous en restâmes là.

En 6ème je commençai le latin, en 4ème le grec. Avec ces langues, je découvris la mythologie antique, qui constitua pour ainsi dire ma première religion, une religion à laquelle il n’y avait pas à croire. Cela me convenait tout à fait : un enchantement du monde, sans contraintes. Je me mis à explorer aussi la mythologie égyptienne, puis je m’intéressai à l’hindouïsme, au taoïsme, au bouddhisme. Je recopiais dans un cahier les éléments que je trouvais dans des livres, avec aussi des écritures en langues orientales, sans les connaître mais pour le bonheur des signes. Parallèlement j’explorai aussi l’esprit en lisant Freud et un peu Jung, et toujours beaucoup de littérature et de poésie, notamment française et russe, bien sûr imprégnées de christianisme.

À dix-sept ans, lors de mon premier voyage, j’eus un contact inattendu, précis et extrêmement fort avec Dieu dans l’église-mosquée de Sainte-Sophie, à Istanbul. Je me cachai pour pleurer. Pendant très longtemps je demeurai comme je le disais « mystique mais athée ». C’est-à-dire, vivant dans l’expérience de Dieu, mais sans croire en Dieu, au sens où je voyais les gens croire en Dieu un peu comme au Père Noël. Je m’intéressai à l’art pariétal, visitant des grottes préhistoriques, allant voir des spécialistes, m’interrogeant sur le sens liturgique de ces œuvres. À la montagne, et notamment au cours de mes ermitages, mes expériences mystiques devinrent de plus en plus fortes et je finis par me tourner plus concrètement vers le christianisme, d’autant que la première ville en plaine était Lourdes. Je fis des retraites au carmel, où j’appris à prier selon le catholicisme. À Paris j’allai un peu au catéchisme, puis je retournai dans mes montagnes, munie d’une Bible en hébreu, d’un dictionnaire et d’une grammaire d’hébreu, et je me mis à apprendre, seule, suffisamment de cette langue pour traduire et commenter de longs passages de la Genèse et de l’Exode. Je me remis aussi au grec, et traduisis et commentai aussi de larges passages des Évangiles. Tout cela entra dans la composition de mon livre Voyage.

En retournant vivre à Paris, je passai régulièrement devant la Grande mosquée, tout près de chez moi. Je commençai à lire le Coran, un peu plus que je ne l’avais fait jusqu’à présent. Un jour, j’allai à la mosquée et demandai la permission d’y prier. On me demanda si je voulais me convertir. Je dis que je voulais seulement prier. C’était le milieu de la matinée, on me laissa aimablement entrer dans la salle de prière des femmes, en me disant que le Prophète avait dit qu’il était permis au musulman de prier partout. Je priai debout en silence pendant un peu plus d’une demi-heure, en compagnie des moineaux qui se faufilaient sous le toit. Quelques semaines plus tard, j’allai trouver un imam (du moins je suppose que c’en était un) dans un bureau de la mosquée, pour qu’il me fasse prononcer la shahâda.

Ainsi donc, des premières à la dernière religion, j’ai fait le parcours. Et je continue à marcher.

Masculin-féminin, féminin-masculin : miroir et communion

adam et eve s'engendrant l'un(e) l'autre,

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L’anatomie le dit, le sexe de la femme et celui de l’homme sont singulièrement comparables, à ceci près que l’un est externe, l’autre interne. Le clitoris n’est que la partie immergée d’un membre de semblable longueur et largeur que le membre viril, corps également caverneux et érectile qui borde et double le vagin.

Le sexe de la femme est le miroir de celui de l’homme. C’est là qu’il veut et ne veut pas se voir en sa virilité. “Posséder une femme”, comme il s’imagine le faire en la pénétrant, c’est pour lui affirmer et renforcer la possession de son propre sexe. Or comment possèderait-on quiconque, si l’on ne se possède soi-même ? La pleine possession de soi vient au moment où, parvenu à la source, on accepte de s’y mirer et de s’y reconnaître. De voir le Même en l’Autre.

Bien entendu, cette affaire de chair, et sa mécanique, sont aussi et avant tout une affaire d’esprit. On a longtemps douté que la femme ait une âme, et plus encore qu’elle ait un esprit, un esprit capable de pensée, d’invention, de création et de sublimation comme celui de l’homme. Posséder un phallus, c’est ne plus être seulement objet mais aussi sujet du désir, accéder à la jouissance et à l’ordre du symbolique, au statut d’”homme”, d’être humain à part entière.

Mais nul n’existe sans l’autre, et nul n’est complet, ni complètement libre, si l’autre ne l’est pas. Si quelque chose me manque, ou si j’apparais à l’autre comme manquant de quelque chose, l’autre ne pourra jamais me satisfaire, l’autre me semblera toujours manquant – et réciproquement. D’où les reproches que s’adressent mutuellement hommes et femmes.

Le propre de l’homme (de l’être humain) est d’être aussi bipède dans sa tête : dépassant sa prédestination biologique par ses choix culturels, il se déplace sur deux pieds, le masculin et le féminin. Que l’un des deux soit amputé ou abîmé, et il boite. Force est de constater que l’homme et la femme ont à peu près toujours boité.

Dans l’une des six tapisseries qui évoquent le chemin initiatique de la Dame à la licorne, la Dame tend un miroir à la si particulière figure, surmontée de son appendice phallique. La licorne s’y réflète, mais contrairement à ce que prétendent beaucoup de commentaires, ce n’est pas elle qu’elle regarde, mais la Dame. La licorne se voit dans la Dame, dès que cette dernière lui révèle avec grâce et douceur son image.

Ce qui signifie tout à la fois que la Dame prend paisiblement conscience de sa propre virilité spirituelle, qu’elle fait entrer dans son miroir ; et que l’animal phallique accepte avec le sourire la force et le courage de la Dame, sens premiers du mot virilité

Deinonô, épouse de l’un des disciples de Pythagore, dit un jour cette phrase profonde :

« La femme doit offrir un sacrifice à l’instant même où elle quitte le lit de son époux. »

Un sacrifice d’action de grâce, de remerciement pour l’acte charnel d’amour qui actualise tout à la fois la communion et l’autonomie de l’homme et de la femme, de la femme et de l’homme.

Levons la tente

le fil du temps,

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J’ai essayé pendant des années d’apporter aux catholiques une voix et une voie de renouvellement. Ils en voulaient, mais à condition que je me soumette au clergé. C’était absolument impossible. Je le leur ai répété, ils ont continué à croire qu’avec tous leurs moyens de pression et de manipulation, ils finiraient par me faire céder. Cette croyance absurde était bien l’un des signes de ce que je voyais chez eux, à savoir qu’ils ne connaissent pas Dieu. Le catholicisme a perdu complètement la voie de Dieu. Pour certains elle s’est réduite à un humanisme, pour d’autres à un bazar idolâtrique et superstitieux. Et Rome ne fait que pousser en ce sens, avec la canonisation hâtive de papes comme renforcement du pouvoir du clergé -combien ne prient plus Dieu mais Jean-Paul II ! J’ai fait tout ce que j’ai pu pour leur rendre le sens de Dieu, mais tout ce qu’ils voulaient c’était faire de moi un instrument pour renforcer leur emprise défaillante sur le monde. Et cela avec leurs moyens habituels : le mensonge, l’hypocrisie, les manœuvres souterraines qui furent toujours la marque de l’Église mais prennent aujourd’hui une ampleur inédite, de par les moyens de communication exploités pour la propagande. Comme dans les autres secteurs de l’industrie et de la politique, tout tient sur la publicité, la parole illusionniste.

Je suis du Christ selon l’Évangile, et il est aujourd’hui impossible d’être, en même temps, du Christ selon l’Église. Dieu ne se trouve plus dans cette institution. Je suis entièrement soumise à Dieu, c’est le sens du mot musulman, je suis en ce sens musulmane. Le Prophète Mohammed, alayhi salat wa salam, a rencontré Jésus dans son voyage nocturne ; il lui a alors demandé de diriger la prière, mais Jésus a préféré que Mohammed le fasse, et il l’a faite avec lui. Cela se passait en avant de nous, vers la fin des temps. Et moi qui suis du Christ, Dieu m’a conduite à prier avec les musulmans. Je continue à être là (notamment ici) pour eux, pour les chrétiens et pour tous ceux qui veulent continuer à marcher sur la Voie de vérité. Comme Abraham, nous irons, et notre descendance aussi, où elle, où Dieu, nous conduira.

Amour au jardin

J’avais rempoté il y a quelques temps un bonsaï (ficus) offert par des camarades à l’un de mes fils. Dans un bac rectangulaire en plastique, n’ayant pas de céramique sous la main. Il a repris vigueur à merveille, c’est un bonheur de contempler ses nouvelles pousses et feuilles fraîches ! Je viens de rempoter aussi dans la jardinière de ma fenêtre, où ne poussent que des graines tombées du ciel, un minuscule rosier, qui tenait dans un pot de 5 cm de haut, qu’une amie lui avait offert aussi. Nous verrons s’il reprend vie !

Micro-jardinage, mais c’est du jardinage et c’est la bonne saison pour cela. Profitons-en ! Il y a bien longtemps, j’avais juste, sur mon balcon de HLM, une plantation de quelques trèfles à quatre feuilles. Je ne sais plus si elles m’avaient été envoyées par l’association Action contre la Faim où j’étais donatrice, ou bien si je les avais trouvées dans le Pif Gadget des enfants. En tout cas elles étaient liées à l’amour. Je les regardais pousser comme je contemplais, sur ce même balcon, les oiseaux venus manger mon pain, et je savais que c’était l’amour qui poussait.

Le roi est nu

Les États-Unis annoncent des preuves de ceci, de cela. Malheureusement ils nous ont trop fait le coup pour qu’on puisse leur accorder quelque crédit. Voilà où mène le mensonge : après avoir fait beaucoup de mal à autrui, il perd le menteur lui-même. Certes les États-Unis ne sont pas les seuls à mentir. Les autres mentent aussi, mais comme les Américains sont ou étaient le roi du monde, les voici aussi dotés du triste privilège d’être pour tous les autres le roi nu.

Rêvé que j’étais de passage chez François. En faisant un faux mouvement, il se luxait un muscle de la poitrine. Je m’inquiétais pour lui, je lui donnais des recommandations. Pendant qu’il allait se faire soigner, je partais me promener partout, dans la ville, dans la forêt, au soleil, sous la pluie, bienheureuse. Au retour, je lui demandais si cela allait mieux. Oui, cela allait mieux. J’étais contente. Je préparais le campement pour moi et mes enfants, avant le dîner.

Une star vend son château. Si j’avais un château, j’y fonderais une communauté. Je n’ai pas de château, je n’ai plus de maison, mais je fonderai quand même une communauté. Et nous réinventerons la vie, la famille, la communauté, et nous serons joyeux !

Manne, Cène, Ramadan

Dans la première sourate révélée au Prophète – paix et bénédiction sur lui -, sourate 96, dite « des Croyants », il est dit que Dieu a créé l’homme d’une adhérence. Tel est le sens du mot alaq, qui signifie par là également l’attachement amoureux, et peut aussi désigner un sang épais, du vin, une nourriture.

En cela nous pouvons voir notamment que le geste du Christ lors de la Cène est profondément sémitique. En donnant son corps et son sang, sous les espèces du pain et du vin, c’est l’amour de Dieu qu’il donne, cet attachement qui est aussi l’adhésion de la foi par laquelle nous avons été créés.

Le Coran dit que Dieu a fait descendre le Coran (20, 113), et avec le même verbe, que Jésus, fils de Marie, a fait descendre une table servie (5, 112). Dieu ne fait-il pas descendre sa parole comme nourriture pour les croyants ? C’est ce que manifeste aussi le jeûne du Ramadan, pendant lequel le croyant est appelé à se nourrir de la lecture du Coran.

La première sourate, Al-alaq, commence par le tout premier mot que l’Ange adressa à Mohammed – paix et bénédiction sur lui – : « Lis ! » Ce qui signifie, pour les lecteurs du Coran : essaie de comprendre ce que tu lis, ne t’arrête jamais de le lire, au sens de l’interpréter, car la compréhension de la parole de Dieu ne s’arrête pas, jusqu’à la fin des temps. Et cette parole qu’il faut lire, c’est Al-alaq, le sang dont nous avons été créés, l’écriture originelle, à la fois dans la langue de l’ADN et dans celle de l’Amour, qui nous donne la vie et chaque jour nous la redonne, comme une nourriture, comme la manne dont il est question dans la Bible (Exode chapitre 16) et dans le Coran (sourate 20, v. 81).

Manne en hébreu signifie : « qu’est-ce que c’est ? » Qu’est-ce donc qui nous tombe du ciel ? Se sont demandé les hommes en découvrant, au matin, « le pain du ciel » descendu pour eux pendant la nuit. De même les hommes auxquels il est dit « Lis ! », par la parole descendue via Mohammed une nuit, se demandent, devant le mystère du Coran : qu’est-ce que cette mystérieuse parole ? « Lis ! » : comme la manne, recueille-la et nourris-t’en. « Lis ! » : ne cesse jamais de t’interroger sur ce qu’elle signifie.

Pâques, la Compassion du Christ

En joignant le geste de l’eucharistie (rendre grâce à Dieu) à celui de la communion (nourrir les hommes de son être pour leur montrer que Dieu est uni à eux et qu’il les unit en Lui), Jésus lors de la Cène fait signe que sa Passion est en vérité une Compassion. Il ne souffre pas seul pour tous, il souffre avec tous ceux qui souffrent. Et c’est pourquoi il souffre plus que ne peut souffrir un homme, et c’est pourquoi il en meurt, et c’est pourquoi aussi il en ressuscite. Il ressuscite parce qu’il n’a pas souffert seul, il a souffert pour tous, les vivants et les morts. Sa mort n’est pas en lui seul, elle est aussi en tous les morts et en tous les vivants, qu’il ne peut pas abandonner à la mort. Quand il demande de manger, via le pain et le vin, son corps et son sang, en mémoire de lui, cela signifie : nous coressusciterons. En mangeant ce morceau de pain devenu son corps et en buvant ce vin devenu son sang, nous le prenons en nous corps et âme, parce que c’est notre propre corps, notre sang, notre chair, nos os, qui donnent corps à son âme. Et quand nous donnons corps à son âme, elle emporte notre corps dans son éternité. Et le temps des vivants et des morts devient une éternité prise en commun, en communion, une coéternité avec toute l’humanité, transportée en Dieu, l’Éternel.

Une preuve de cela est donnée dès le lendemain, au Golgotha. Jésus n’est pas le seul à être crucifié. Deux autres hommes souffrent aussi sur une croix. Sans doute, contrairement au Christ, chacun des deux souffre-t-il pour lui-même. Mais l’un d’eux va sortir de lui-même pour entrer en compassion avec Jésus, et aussitôt Jésus lui annonce que le jour même, il sera au paradis avec lui. La compassion transporte les mortels dans une autre dimension.

Manger le ciel

En fait ce sont huit pages par jour que j’ai écrites, les trois premiers jours (plus de 36000 signes, j’aime bien ce chiffre). Je continue, en beauté. La poésie ne veut pas me lâcher, ma foi je la laisse faire. Qui a jamais lu une chose pareille ? Je ne crie pas, dans mon euphorie, à mon génie, mais à la merveille qui fait que nous soyons chacun unique, et par là même universels. Comme la lumière est belle ! Vive le printemps ! La nuit quand je dors, le matin quand je sommeille encore un peu, je me vois en train de peindre, c’est-à-dire je vois la peinture en train de se faire, sur du bois, non des tableaux finis mais des peintures en cours, dans leurs détails vivement colorés où je marche comme sur un chemin. Ah il faudrait mille vies. Mais après tout nous les avons, et bien davantage encore.

Belles nouvelles

Jésus à la mosquée, un « calumet de la paix durable » entre musulmans et chrétiens congolais. « Pour prévenir le fâcheux précédent du conflit interreligieux de Centrafrique risquant de déborder en RDC, Musulmans et Chrétiens congolais se liguent pour la paix durable ». Dans une mosquée de Kinshasa, l’Imam Cheick Mounir Fadel a organisé une célébration de la fête de la Nativité du Christ. À lire sur Digitalcongo.net 

Un neurochirurgien fait dix kilomètres à pied dans la neige pour sauver un homme. « Vous êtes un homme bon », lui a dit l’infirmier-chef quand il l’a vu arriver. « J’ai l’habitude de marcher » a dit simplement le Dr Zenko Hrynkiw. À lire dans Lematin.ch

Entrée dans l’année du Cheval. Aujourd’hui c’est le Nouvel An chinois. « La vie de l’homme sur la terre est comme un cheval blanc sautant un fossé et disparaissant soudain ». Autres maximes chinoises sur le cheval sur Chine-informations.com