
peint ce matin à l’acrylique sur papier 42x30cm
tout le bestiaire : ici

Homère : il m’a donné sa tête à manger (en rêve), et je l’ai mangée. Elle était pleine de fils multicolores, c’était un peu comme manger des spaghetti, mais avec un goût d’ambroisie.
Rimbaud : il est venu chez moi (en rêve), je lui ai donné un lit pour la nuit. Je suis aussi allée sur sa tombe à Charleville-Mézières (en réalité), où il m’a effleuré l’épaule.
Kafka : je l’ai regardé à travers une porte (en rêve).
Poe : j’ai traduit plusieurs de ses nouvelles, quand j’avais dans les vingt-sept ans – mais je n’ai pas gardé les traductions, elles ont disparu dans l’un de mes déménagements.
Lautréamont : j’ai passé quelques jours à Tarbes avec lui, notamment dans le parc. Je suis aussi allée chercher sa tombe au cimetière de Montmartre. C’était une belle journée d’automne, j’ai longtemps marché dans les allées, avec un corbeau qui marchait à côté de moi et à qui je parlais. Il n’y avait personne. Je n’ai pas trouvé sa tombe alors je suis allée me renseigner au bureau du cimetière. Les personnes qui étaient là ne savaient pas qui il était, j’ai expliqué que c’était un grand poète à l’existence mystérieuse. J’ai donné son nom d’état-civil, Ducasse. Nous avons cherché ensemble dans les registres de 1870, remplis de noms écrits à la plume. Finalement il s’est avéré que ses ossements avaient été déplacés deux fois, et qu’on ne sait pas aujourd’hui où ils se trouvent. Avoir vécu cela, seule dans le cimetière avec le corbeau, puis plongée avec un employé dans l’encre du grand registre des morts, était aussi beau que de le lire.
J’apprends en passant sur le twitter de Marc-Édouard Nabe que Jean-Jacques Lefrère est mort, le 16 avril dernier. Étrange que la presse en ait si peu parlé. Son Rimbaud et son Lautréamont m’auront été précieux. Voici une petite vidéo où il s’entretient avec Olivier Barrot à propos de Lautréamont. On peut aussi lire cet hommage dans L’Express.

Photo AFP/Bulent Kilik
Seize soldats français accusés d’avoir violé, sodomisé des enfants affamés en Centrafrique. L’archevêque de Bangui s’empresse de minimiser l’affaire en parlant de seulement un ou deux soldats et de voler au secours… des enfants ? Non, de l’armée.
Luz déclare qu’il ne dessinera plus « Mahomet » car il ne l’intéresse plus. Ce qui l’intéressait, c’était de pouvoir, à travers « Mahomet », exercer son sadisme – comme le dit Norman Finkelstein, « Charlie Hebdo is sadism, not satire ».
D’où viennent les armes de Daech ? D’Europe, des États-Unis, de Russie, de Chine… Comme le dit par euphémisme Courrier International, « la position de certains États qui combattent l’organisation terroriste devient inconfortable. »
1
Ris, Nocéros ! quitte
ton air féroce ! ça vanne
dur quand tu barris, barètes
à poil, quand tu te poiles !
2
Ô Truche, passe-moi la cruche !
l’omelette est prête
et tu m’as battu
comme un œuf à la course !
3
De sa patte le chat polit son
chapeau lisse – on
dirait qu’il salue, poli, ce
pacha polisson !
4
Astre couché le roi
de la savane d’or dort.
Or vient le jour d’après hier.
Parmi lions se pavane
un soleil à crinière.
Mille ions et photons,
pierres à prières, adorent
l’Unique éclatant celé.
5
Chameau de dromadaire,
tu as tant roulé ta bosse
que j’en ai eu le mal de mer
au milieu du désert !
6
Petit pou saint qui t’en allais
avec un gros pou laid, trouvâtes-
vous, pèlerins, un scalp où picorer ?
Je crois, car la tête me gratte.
7
Défense de donner à l’éléphant
de la moutarde ! Quand elle lui monte au nez,
ça barde ! Et les faons ?
Si je ne me trompe, ils ne sont pachydermes.
8
La biche biche, oui.
Mais le cerf sert, aussi.
Et leurs enfants, les faons,
ils les bichonnent dans les bois.
9
Sa robe zappe. Allons au zoo, zélés,
zyeuter sur les zébrures du zèbre,
des zéros et des uns, l’algèbre !
Ah mes zozos, z’en zézaie raies.
10
Il est peut-être louche, mais il voit droit.
Il sort du bois, ou de la mer ?
Loupé ! Gare au garou, ce loup-là,
velouté, je le porte sur mon nez.
*
Alina Reyes

Je continue dans le bestiaire imaginaire… de nouveau acrylique sur papier 33x23cm, peint ce soir
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Péniche Le Corbusier à Paris, photo Alina Reyes
*
Il y a soixante-dix ans les Françaises votaient pour la première fois. C’est une honte si grande qu’elle en est incroyable, comme le fait qu’aujourd’hui un ambassadeur soit refusé par le Vatican parce qu’il est homosexuel, ou qu’une petite fille de dix ans, au Paraguay, n’ait pas le droit d’avorter après avoir été violée par son beau-père, et bien qu’elle y risque sa vie. J’ai fini de lire cette nuit le récit de Terri Jentz, La nuit sauvage. À l’âge de vingt ans, alors qu’elle campait avec une amie, elles ont été agressées à la hache par un inconnu. Miraculeusement elles ont survécu, mais elle a dû « enterrer » l’histoire en elle pendant quinze ans avant de trouver la force de mener l’enquête pour découvrir le coupable, que la police avait laissé filer. Au cours de cette enquête, elle rencontre beaucoup de femmes victimes de la mauvaiseté de certains hommes, souvent qualifiés de sataniques, agresseurs de femmes et souvent d’enfants, manipulateurs, séducteurs et destructeurs. La litanie des maux endurés la conforte dans sa conviction que non seulement certains actes sont impardonnables, mais aussi que certains êtres sont irrécupérables. Le travail qu’a fait cette femme et que nous pouvons faire à travers elle, à travers son livre, est un bienfait, spécialement pour toutes celles et ceux qui ont eu à affronter la perversité en personne.
Le Centre Pompidou expose Le Corbusier, j’irai peut-être. On trouve dans Métro un article sur son fascisme, où il est dit notamment : « Le fascisme, c’est ça : le retour d’une société masculine, virile, sous une forme moderne. » Les projets architecturaux suivent : « la Cité radieuse correspond à un projet eugéniste. On y trouve des équipement sportifs pour créer cette race nouvelle, faciliter le retour du patriarcat, où tout est prévu pour que les femmes ne sortent pas de chez elles, parce qu’elles sont là pour faire des enfants. Le Corbusier met donc des écoles et des magasins à l’intérieur, où la maîtresse de maison et mère de famille peut jouer son rôle pleinement. » Choquant ? Ce n’est rien encore : Le Corbusier voulait « épurer les villes ». Autrement dit, chasser ceux qui « ne servent à rien » et retrancher les ouvriers dans des camps : « En 1922, rappelle Xavier de Jarcy, Le Corbusier a ce projet de Ville contemporaine pour 3 millions d’habitants, où le centre-ville est réservé à l’élite et à la classe moyenne supérieure, et où les ouvriers sont repoussés en banlieue avec une zone verte de sécurité qui les sépare de la ville pour qu’on puisse les tenir à distance et les contrôler… » L’architecte conçoit des tours, des barres de logements immenses, presque identiques aux HLM d’aujourd’hui : il n’hésite pas à parler d' »élevage humain ».
Le PEN américain, dont le nom résonne pour le coup désagréablement, attribue un prix à Charlie Hebdo. Six écrivains anglo-saxons protestent et se désolidarisent de l’association. Ils ne veulent pas être associés à l’ « admiration » et au « respect » que le prix implique pour un journal raciste. Tel autre écrivain, emblème de la pensée correcte, les traite aussitôt de pussies, de femmelettes – racisme et sexisme ne viennent-ils pas du même fond pourri de l’homme ? Comme si on avait primé Je suis partout, avec ses caricatures de juifs qui nous menaient droit où on sait. Eh bien, il y a encore quelques écrivains résistants et je ne suis pas seule. Il est vrai qu’il y faut du courage, et que cela coûte. Difficile par exemple de trouver un éditeur également courageux pour La grande illusion, Figures de la fascisation en cours, où l’affaire Charlie notamment n’est pas traitée du point de vue politiquement correct. Mais vous pouvez lire le livre en ligne gratuitement, il est ici.

Après l’Escargot(e) (cf deux notes plus bas)… même format 33x23cm, acrylique sur papier, peint ce soir

Je me suis amusée à le peindre hier soir à l’acrylique sur une feuille de 33x23cm (on ne voit pas sur la photo les longs cils qui rendent son regard langoureux, et les rouges et roses sont plus vifs en vrai, de même que les verts et la nuée blanche autour de ses antennes)
La plateforme Artmajeur publie dans son fil toutes les dernières œuvres de ses artistes en graine, en herbe ou en fleur. Notamment des « érotiques » exposant l’anatomie féminine. Mais cela, non, elle ne le publie pas. Dire que certaines s’escriment à montrer leurs seins barbouillés dans la rue, en croyant ou voulant faire croire que c’est pour libérer le regard. Non non, ce que veut le monde, c’est que les messieurs continuent à faire la règle du jeu, et que le monde continue à être vu selon leurs yeux. Et selon les miens, alors ?

Insémination, acrylique sur bois 51x74cm, peint cette nuit par-dessus une ancienne peinture qui s’appelait Mont Saint Michel.
Également peint cette nuit, pendant l’incendie, sur une autre ancienne peinture :
Notre terre dans la nuit et la lumière, acrylique sur bois 32x51cm