Des femmes et du voile

« Je ne suis pas contre les femmes voilées, je suis contre le voile », répond à Edwy Plenel l’une des femmes de culture musulmane. Je pourrais dire comme elle, avec une précision : je ne suis pas contre le voile, je comprends les raisons profondes et bonnes qui peuvent donner désir de le porter, mais je suis contre le voile vu comme obligatoire dans l’islam, ce qui est faux. Que la laïcité laisse donc aux femmes le droit de se voiler, et que l’islam leur laisse le droit de ne pas se voiler. Les musulmans et musulmanes qui prétendent que le voile est obligatoire opèrent un coup de force sur le Coran, qui ne dit rien de tel. Ils veulent faire dire au Coran ce qu’il ne dit pas, ce qui est un comble pour des musulmans, et font du voile le symbole même du voile qu’ils placent entre eux et la vérité, entre eux et la lumière, entre eux et l’intelligence et l’ouverture qui sont les propres du Coran et de son Prophète, paix sur lui. Ils font du voile le symbole même de leur voilement de l’islam, de leur repli dans une obscurité qui n’a rien d’islamique, par souci identitaire – un souci légitime mais qui ne doit pas être traité dans la facilité – par un bout de tissu – mais par le travail spirituel et intellectuel.
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Cette France aryenne qui fait le lit du Front National

Le nazisme français est comme le diable, sa ruse est de faire croire qu’il n’existe pas, ou qu’il est l’adversaire de ce qu’il est. Vaudrait-il mieux qualifier les chantres de l’aryanisme ordinaire de nazillons ? Quoiqu’il en soit, ce qui caractérise, parmi les fascismes, le nazisme, c’est son racisme obsessionnel. Ce racisme qu’on voit à l’œuvre aujourd’hui un peu partout en France, comme pensée dominante si écrasante qu’il devient presque impossible de la contester. Un jour c’est le président du CRIF, Roger Cuckierman, qui déclare que tous les actes de violence sont commis par des musulmans, et que Marine Le Pen est « irréprochable ». Qu’il soit un représentant des juifs de France ne l’empêche pas d’être l’allié politique objectif du Front National, parti qui n’a pas plus de respect pour les juifs que pour les musulmans mais qui a rallié le camp sioniste par opportunisme politique. La féministe Élisabeth Badinter, présente ces jours-ci dans Marianne et dans Marie-Claire, dans sa phobie obsessionnelle du voile ne rendit-elle pas hommage elle aussi à Marine Le Pen en disant qu’elle était la seule à défendre la laïcité ? Il est vrai qu’elle a les yeux aussi bleus que ceux de Jean d’Ormesson, qui est pour le magazine Elle du 16 janvier dernier « un monument national de francité, yeux bleus et suavité gauloise » – un peu comme les jeunes ukrainiennes néonazies que le même magazine soutient. Car selon Elle, « il aura fallu que nous nous disions tous « Charlie », « juifs », « policiers » pour nous sentir français. » On l’aura compris, le bon Français, le Français « policier », ne se sent « juif » que s’il s’agit des bons juifs, ceux qui sont capables de rendre hommage à l’aryenne Marine Le Pen, pas des juifs qui luttent contre le racisme et contre la colonisation israélienne. Le féminisme aussi doit être aryen : celui de Mme Badinter, pas celui de Rokhaya Diallo ni de Christine Delphy, brutalement censurées par la maire socialiste du 20e arrondissement de Paris. La première à avoir été empêchée de parler par cette maire et amie du féministe DSK fut Rokhaya Diallo, dont le caractère non aryen est sans doute par trop visible, puis vint le tour de Christine Delphy, quand il apparut qu’elle n’était pas non plus porteuse d’idées suffisamment blanches. Mais le fascisme a-t-il jamais été connu pour son respect de la liberté d’expression ? Dans le même numéro de Elle, magazine des femmes libérées de rien et enchaînées à un tas de conneries, l’éditorialiste évoquait la rencontre télévisée de Jean d’Ormesson, « monument de la francité » donc, avec Abd al Malik, qui lui était qualifié, non pas de français bien qu’il soit né dans le 14e arrondissement de Paris, mais de « noir et musulman ». En vérité je vous le dis, de ces deux Français, l’un est vieux et fini, comme la France qu’il représente prétendument.

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Rappel : La grande illusion, Figures de la fascisation en cours

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Le sexisme des « élites »

kirikou

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«Plus le milieu est aisé, plus la hiérarchie est forte, plus le sexisme est grand.(…) En France, on (…) fonctionne en pensant que ses membres sont une élite, qu’ils sont insoupçonnables (« Ils ne feraient jamais ça! ») et que s’ils commettent des fautes, ils ont sûrement de bonnes raisons », analyse Martin Winckler dans cet article de Slate sur « Comment le sexisme s’est solidement ancré dans la médecine française ».

L’analyse de Winckler vaut également pour les autres « milieux aisés », les autres « élites ». Plus une existence tient sur la domination et en dépend, plus il lui faut sans cesse reconsolider ses fortifications et les hérisser de tessons pour masquer sa fragilité, son mensonge, son illégitimité ontologique.

Les femmes médecins, internes, externes des hôpitaux, subissent un sexisme massif et quotidien, écrit Aude Lorriaux dans ce même article, où se trouve aussi cette image très forte, emblématique du sexisme de toute notre société :

Une tradition, véritable rituel d’initiation des étudiants en médecine qui dissèquent pour la première fois, est révélatrice d’un sexisme très fortement ancré dans la profession au XIXe. La «photo de groupe» de ces jeunes qui découvrent le métier s’effectue alors devant un cadavre, mais pas n’importe quel cadavre. Il s’agit le plus souvent d’un cadavre de femme, ou d’une prostituée à qui on demande de faire la morte. Cette scène est d’ailleurs devenu un «classique» de la photographie pornographique, selon Vincent Barras. Pour conjurer la mort, c’est la femme qu’on tue, ou qu’on domine, comme une démonstration de la puissance de vie masculine.

Le problème du sexisme se pose aussi de façon aiguë dans le milieu de la magistrature, où l’USM a publié récemment un livre blanc intitulé « État des lieux, état d’alerte ». Le syndicat de magistrats insiste sur le « management inadapté » de juridictions. Des chefs de cours ou de tribunaux ont un comportement qui peut aller jusqu’au « manque de considération », au « mépris affiché », aux « humiliations infligées en public », aux « insultes, propos sexistes, abus d’autorité, paroles et décisions brutales », voire à « un véritable harcèlement », lit-on dans cet article de l’Express.

En politique, les ravages du sexisme ont inspiré à Sandrine Rousseau un « Manuel de survie ». « Aujourd’hui, le monde politique est dominé par des hommes blancs de plus de 50 ans, alors qu’ils représentent 15 % de la population française.Il y a un problème avec la représentativité des femmes mais aussi des minorités visibles. Un des gros problèmes de notre démocratie c’est que les citoyens ne se retrouvent plus dans cette classe politique très uniforme. », note-t-elle dans un entretien avec Les Inrocks.

« En effet, quand on arrive, il y a un effet fraîcheur, on nous dit qu’on renouvelle la politique, qu’on amène quelque chose de nouveau. Puis quand on commence à s’apercevoir que vous êtes une femme de pouvoir et d’action et que vous n’allez pas forcément dans le sens attendu, quelque chose d’assez violent se met en place contre vous », témoigne-t-elle aussi. Par ailleurs, « les médias ne présentent souvent pas les femmes comme des personnes capables de gérer les affaires publiques ».

Sexisme et racismes sont frères. Si le sexisme outrancier des religieux de toutes religions est bien connu, celui des intellectuels passe souvent inaperçu, étant plus sournois et mieux caché. J’ai entendu récemment un écrivain prendre la défense d’un philosophe connu pour son antisémitisme en faisant référence à « l’ensorcellement » du monde – opération, bien entendu, de sorcières. Kirikou, quand deviendras-tu grand ?

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« La grande illusion » en ligne

la grande illusion,

En attendant de lui trouver un éditeur papier, j’ai mis en ligne La grande illusion sur Amazon. Ceux qui me lisent régulièrement sur le web y reconnaîtront certains textes repris dans cet essai (d’environ 120 pages standard), ainsi résumé :

L’élection de François Hollande, l’affaire Charlie Hebdo, le renouveau du nazisme ou le suicide de Dominique Venner, intellectuel d’extrême-droite, dans Notre Dame de Paris, sont quelques-unes des figures de la réalité faussée qui règne en France ces dernières années, comme si l’illusion tentait désespérément de prendre la place d’une réalité défaillante et impuissante.

Voir le livre ici sur la page Amazon française.

et pour pouvoir lire les premières pages, ici.

À lire et à méditer avant les prochaines élections !

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(J’ai mis en couverture une photo que j’avais prise lors de la manifestation « Jour de colère », où il pleuvait comme lors de l’investiture de François Hollande…)

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Tout le monde peut lire les livres Kindle, même sans un appareil Kindle, grâce à l’appli Kindle GRATUITEpour les smartphones, les tablettes et les ordinateurs.

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« Main basse sur la culture »

http://dai.ly/x2bhjml

Financement et industrialisation dans l’art, l’édition, la musique, le cinéma…
(Si la tradition des présidents français cultivés se perd, si Hollande a fait HEC, ajoutons que malheureusement c’est aussi souvent le cas de bien des éditeurs).

Printemps d’avance

Ces derniers jours j’ai terminé un roman, j’ai terminé un essai, j’écris maintenant une pièce de théâtre. C’est du bon travail, ce n’est pas de la littérature industrielle, ce n’est pas de la pensée unique, et il me reste donc à leur trouver des éditeurs. Je continue aussi à traduire des Présocratiques. J’ai dans mon ordinateur de quoi publier encore beaucoup de livres, à partir de centaines et de centaines de pages de manuscrits divers. Ce journal en ligne fait partie de mes carnets, c’est mon carnet partagé, mais j’ai aussi un tas de cahiers pleins de notes prises au stylo. Et dans ma tête, des idées de nouvelles créations à foison. J’ai des milliers de saisons d’avance, je suis le printemps déjà là. Il n’est pas de geste plus puissant que de donner à voir fleurir la terre.

Bonne journée, que la lumière qui monte, monte en vous !

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Écrire et lire, en quelle langue

J’ai toujours envie d’écrire en français, j’écris. Je n’ai plus envie de lire en français, je ne lis plus aucun livre récemment publié en français, je viens de finir un polar en anglais, j’aime toujours traduire depuis différentes langues parce que c’est lire dans d’autres langues, pas dans celle-là qu’ils ont tellement instrumentalisée pour mentir, salir, détruire. Heureusement la mienne n’est pas la leur, je peux continuer à l’écrire et à la parler.

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La banlieue c’est pas rose

À la polémique sur le clip des Enfoirés, voici comme en réponse la polémique sur le clip des petits rappeurs de Sarcelles. Et ouais, les riches, vous voyez à quoi rêvent les pauvres ? À votre fric, votre sexualité, votre impunité – Sarcelles est bien la ville dont DSK fut le maire ? Leur dire de se bouger alors qu’ils seront refusés partout, comme beaucoup d’autres pourtant pourvus de diplômes et moins défavorisés, quand ils voudront gagner leur vie dans ce vieux pays hyper hiérarchisé, cloisonné, coincé, c’est comme dire à ceux qui n’ont pas de pain de manger de la brioche : en fait, la brioche, c’est vous qui l’avez.

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