« Solidarité » de classe et d’intérêt

L’épicerie Hyper Cacher de Vincennes va rouvrir ses portes. Je n’ai entendu dire nulle part qu’elle avait bénéficié de quelque solidarité nationale. Pas plus que l’imprimerie de Danmartin, qui malgré la campagne de dons organisée par les commerçants de sa ville n’a pas encore les moyens de se relancer, les destructions, notamment de machines très chères, ayant été importantes pendant l’assaut. Comment se fait-il que la solidarité n’ait été organisée, par les politiques et les médias, que pour Charlie Hebdo, qui a engrangé des millions ? Pourquoi les gens de Charlie Hebdo ne songent-ils pas à faire bénéficier les autres victimes des attentats de janvier de l’énorme manne (en dons et en produits des ventes) qui a été dirigée vers eux ? Le faux règne dans cette histoire. D’évidence, des épiciers et des imprimeurs ne valent pas des journalistes politiquement rentables. Le peuple trime ou chôme, les faiseurs d’opinion règnent sans partage, c’est le cas de le dire. Du moins n’auront-il pas ma voix.

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Temps radieux

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tout à l’heure à la Pitié-Salpêtrière, photo Alina Reyes

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Aujourd’hui mon rendez-vous pour la séance de radiothérapie était à 13h15. Je dis ce matin à O « je ne sais pas encore si je mangerai avant, ou après ». « Mieux vaut après, me répond-il, sinon j’ai peur que ça fasse un effet micro-ondes dans ton estomac. » J’ai bien ri.

Dans les jardins de l’Allée haute, les gens pique-niquaient. La vie est belle.

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Racisme envers Taubira

Comment combattre le racisme hideux, répétitif, au plus haut point scandaleux que subit Christiane Taubira ? Il y a peu, des enfants étaient arrêtés dans les écoles primaires de France quand ils étaient soupçonnés de ne pas vouloir être « Charlie ». Il étaient conduits au poste de police, tenus pendant des heures en garde à vue, interrogés. D’autres étaient martyrisés par leurs enseignants pour la même raison. Ils avaient six, huit, dix, douze ans… Et les adultes qui s’acharnent de façon infectement raciste sur la ministre de la Justice, sont-ils emmenés au poste et placés en garde à vue, eux ? Il est fort dommage que ni François Hollande, ni Manuel Valls, ni Christiane Taubira, qui protestent à juste titre contre la parole abjecte de ceux qui salissent ses origines, n’aient rien dit quand on arrêtait des enfants, et ne manifestent pas non plus de façon plus nette leur solidarité avec les personnes moins en vue qui sont tout autant victimes de racisme et d’islamophobie, au lieu de continuer à séparer comme ils le font les Français en distinguant sans cesse l’antisémitisme des autres formes de racisme. Il est dommage que Christiane Taubira, qui sait ce que c’est que d’endurer le racisme, n’ait jamais protesté contre les propos de son Premier ministre, Manuel Valls, méprisants, voire pire, envers les Noirs, les Roms et les musulmans. Il est vraiment dommage, oui, que l’idéologie l’emporte sur le sens de la justice, au point qu’on ne sache se scandaliser du racisme que lorsque soi-même ou ses amis et alliés en sont les victimes.

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« Dropped »

Pourquoi les deux hélicoptères se sont-ils à ce point rapprochés ? Les passagers de l’un devaient-ils filmer les passagers de l’autre ? Sont-ils tous morts au nom de l’image, et de la falsification de la vérité ? Au nom de l’idole Audimat qui met en scène de prétendues épreuves de survie, alors que leurs acteurs sont entourés d’une équipe pour assurer leur sécurité ? N’importe qui vit une aventure plus vraie en partant se promener en mer ou en montagne, la météo n’étant jamais sûre et personne n’étant là pour le filmer ni pour lui venir en aide en cas de problème. La déformation de la réalité, l’injure au réel, tuent. « Tombés », en effet. Paix à leur âme.

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La question de la falsification de la vérité ouvre mon livre La grande illusion, Figures de la fascisation en cours

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Zénon d’Élée rapporté par Diogène Laërte et Simplicius (ma traduction)

« Ce qui se déplace ne se déplace ni dans la place où il est, ni dans celle où il n’est pas. » (Diogène Laërte IX, 72)

On traduit habituellement kineitai par « se mouvoir », et topos par « le lieu » – ce qui est juste. En les traduisant par « se déplacer » et « place », ce qui est juste aussi, le sens s’éclaire mieux. Ce qui se déplace est « entre » une place et l’autre, un temps et l’autre. Et c’est aussi ainsi qu’il est dans l’infini, tel que l’a défini Zénon :

« S’il est beaucoup de choses, il est nécessaire que les choses soient autant qu’elles sont, ni plus ni moins donc. Or si les choses sont autant qu’elles sont, alors elles sont définies. S’il est beaucoup de choses, ce qui est est infini ; car il y a toujours d’autres choses entre les choses, et de nouveau d’autres entre celles-ci. C’est ainsi que ce qui est est infini. » (Simplicius, Physique d’Aristote, 140, 27)

À noter que polla, qui signifie « beaucoup », peut signifier aussi « souvent ». Et que metaxu, qui signifie « entre », peut signifier un intervalle dans le temps, comme dans l’espace. On traduit habituellement peperasmena par « limitées ». Le verbe peraino signifie plus précisément « achever, accomplir ». Il peut signifier aussi « définir » et « traverser ». Nous revenons à la notion de déplacement : en fait ce qui est défini est infini, parce qu’il est en déplacement. Le sens n’est jamais fini, il peut être défini à l’infini. C’est pourquoi nous sommes en train de traduire et commenter encore, 25 siècles après, Zénon d’Élée, entre autres. Ainsi est l’être.

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Prendre ses responsabilités politiques

Valls dit avoir peur que la France se fracasse contre le FN, Sarkozy fustige le « FNPS », mais UMP et PS font également le lit du FN. Les faits le prouvent. Les uns et les autres se succèdent au pouvoir pour le même résultat : la désespérance des électeurs et l’irrésistible montée du FN. Un éditeur à qui j’avais envoyé La grande illusion, Figures de la fascisation en cours, m’a répondu en faisant l’éloge de mon livre tout en m’annonçant qu’il ne le publierait pas, sans pouvoir m’en donner la raison. Dans son « PS », pour « Post Scriptum », j’ai cru lire « Parti Socialiste ». Ceux qui pensent qu’il faut éviter d’attaquer la gauche socialiste à cause du danger du Front National, se trompent grandement. Plus on évitera de dire la vérité (comme on le fit pour Charlie Hebdo quand il était devenu raciste et réactionnaire), plus on ira à la catastrophe. Alors que voir ce qui est, c’est se donner la possibilité de refuser le mauvais, et de se tourner vers autre chose à inventer, en l’occurrence une autre politique. Nous ne sommes pas condamnés à mettre au pouvoir toujours les mêmes figures mises en avant par les médias, si nous nous en détournons nous ouvrons aussi un espace pour la naissance et le développement d’autres options, d’autres hommes et femmes, d’autres façons de faire. Personnellement je ne voterai ni UMP ni PS ni FN. Plus les votes se détourneront de ces grandes formations sclérosées, plus nous donnerons de chances aux plus « petits », aux marginaux, plus nous nous obligerons à transformer radicalement ce qui doit être transformé, n’étant plus viable et nous conduisant au pire. C’est un travail que doivent faire tous les peuples du monde. Nous le voyons clairement quand nous regardons par exemple le Moyen Orient. Il nous faut admettre que nous aussi sommes en fort mauvaise posture, et avons une révolution à faire. Dans et par la vérité, la justice, la sagesse, la responsabilité.

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Journée de la femme, journée de l’indignité

Vous êtes noir, vous êtes juif, vous êtes arabe, vous êtes musulman… vous devez affronter les mauvais regards ou même les mauvais traitements, les discriminations et les difficultés à vivre dans un environnement raciste ? Sachez que les femmes endurent chaque jour depuis des millénaires des violences morales, symboliques et physiques encore bien plus courantes et souvent pires. D’ailleurs, qui oserait inventer une « Journée du noir », ou une « Journée du juif », etc ? Contre les femmes, les hommes ont leur force physique, et leur force sociale, que parmi eux les lâches, les frustrés et les imbéciles exercent semblablement, qu’il s’agisse de petits cons harceleurs de rue ou de petits cons harceleurs au travail, de tyrans domestiques ou de paternalistes politiques. Sans compter nombre d’intellectuels, d’artistes et bien sûr de religieux, pour lesquels la position de la femme se résume à la vision judéo-chrétienne de Marthe ou de Marie : soit préparer le repas du maître, soit écouter le discours du maître. Qu’une femme puisse être maître de sa parole, ou même un maître de la parole, leur est insupportable. Je dis maître et je pourrais dire maîtresse, je suis pour la féminisation des mots selon les fonctions, je suis pour « Madame LA ministre », pour que ne soit pas gommé le corps dans la fonction. Mais ici je dis : qu’une femme puisse être UN maître de la parole, non pas au sens sexué, mais au sens UNiversel : car si dans notre langue « le masculin l’emporte sur le féminin », il s’agit alors d’un genre tout à la fois masculin et féminin, le genre de l’être humain accompli, « ni homme ni femme » comme dit saint Paul – dans une parole trahie par toutes les églises -, mais être humain tout entier. Un être humain qui dépasse les hommes comme les femmes dans leur masculinité ou leur féminité – ce pourquoi ils veulent pouvoir se rendre maîtres de sa parole, afin de ne pas s’en trouver dépassés. Or nous sommes, hommes et femmes, quoique nous fassions, dépassés par la parole libre et vraie, et tout combat contre elle est un combat contre l’humanité, tandis que tout combat pour elle, ou toute acceptation d’elle, est un salut pour l’humanité.

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et en ces jours d’avant élections, une vérité à voir : La grande illusion, Figures de la fascisation en cours

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Jerry Rubin, « Do it » (extraits)

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J’ai pris à la bibliothèque ce livre lu dans mon adolescence, et qui m’avait marquée. Malheureusement, plus tard, Jerry Rubin est passé de l’insolence à la soumission (la soumission au fric, au monde). C’est le problème des hédonistes, ils peuvent commencer bien, mais s’ils en restent là ils tombent en esclavage de leurs appétits, comme les cochons dont parlait Jerry, et ils deviennent pitoyables – voyez ce qu’il est advenu de nombre de stars, qui étaient au départ des êtres humains, des artistes. Revenons donc au temps où Jerry était encore libre et inventif, avec ces quelques passages piochés dans son livre, et rions du monde des hommes.

« Une manifestation, c’est pareil qu’une pièce de théâtre, disait Ginsberg. La vie, l’énergie, la joie qui en émanent peuvent en faire un spectacle exemplaire montrant aux gens comment se comporter dans une situation de danger et d’anxiété. »

« Pareils à des gosses imaginatifs, on jouait « à faire comme les grands ». Tout est possible quand on est petit.
On était des cow-boys et des Indiens, des pirates, des rois, des romanichels et des Grecs anciens. Un vrai panorama historique. »

« Nous sommes ce qui nous défonce. »

« Une famille qui se défonce est une famille unie. »

« La réputation ? On n’avait pas de réputation à perdre. Un boulot ? On n’avait pas de boulot à perdre. La Commission pouvait rien contre nous. »

« Nous sommes d’éternels adolescents. »

« L’âge ? Qu’est-ce que c’est ? Nous n’avons même pas de montres. »

« L’argent, c’est forcément le vol. Dérober l’argent des riches est un acte sacré, un acte religieux. Prendre ce dont on a besoin est un acte d’amour et de libération. »

« Devenir adulte, c’est accumuler de la merde. Rester jeune, c’est rejeter autant de merde qu’on en reçoit. Je suis pour le droit de vote à 5 ans et qu’interdiction soit faite aux plus de 40 ans de voter ou d’être élus tant qu’ils n’auront pas dégueulé toute leur merde. »

« Notre inquiétude sexuelle nous entraîne à affirmer à tout prix notre virilité, et c’est l’impérialisme. (…) L’Amérike a un pénis insatisfait qu’elle essaie vainement de fourrer dans le vagin étroit du Vietnam (…) La révolution part en guerre contre le péché originel, la dictature des parents sur leurs gosses, la morale chrétienne, le capitalisme et ses délires de masculinité. »

« Nous, les rêveurs, nous troublons le sommeil sans rêves de l’Amérike. »

« À ceux qui demandent : « Et votre programme ? », je tends le programme du Metropolitan Opera. Ou je réponds : « Regardez donc à la page des spectacles. Il y a tous les programmes. »

« Dans le doute, fous le feu. Le feu est le dieu des révolutions. Le feu, c’est du théâtre instantané. »

« Les révolutionnaires doivent créer un théâtre qui impose des références révolutionnaires. »

« Bien entendu, la vérité finit toujours par l’emporter. »

« Lee Oswald était semblable à des millions d’Amérikains anonymes qui n’ont droit à rien – ni au fric ni aux rêves ni à l’ambition. On ne prononce leur nom que le jour où ils tuent des rupins ou violent des filles de rupins. »

« En baptisant « cochons » les policiers, nous faisons injure aux cochons à quatre pattes. Les cochons à quatre pattes ne sont ni violents, ni sadiques. Ils adorent se rouler dans leur merde et la manger, sans plus. Ce sont des hédonistes. »

« Les États-Unis mettront fin à la guerre du Vietnam quand il deviendra encore plus difficile de continuer la guerre que d’admettre la défaite. »

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