J’ai souvent rêvé, depuis toujours, que j’habitais dans un phare. L’un de mes livres préférés est Armen, de Jean-Pierre Abraham – quel beau nom – qui raconte sa vie de gardien de phare. J’ai vécu jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans face au phare de Cordouan. J’ai rêvé aussi que j’étais une baleine blanche, je plongeais dans les profondeurs et je riais. De l’âge de onze ans jusqu’à l’âge de dix-sept ans, j’ai pris le bac deux fois par semaine, dont l’une était le lundi vers six heures du matin, pour traverser l’estuaire de la Gironde. Parfois je l’ai fait en vedette de secours, quand la tempête empêchait le passage du bac. J’aime Istanbul, j’aime Anvers, Saint-Nazaire, j’aime les ports. À l’âge de dix-sept ans j’ai fait ma première traversée de nuit entre Le Pirée et Héraklion. Je l’ai refaite plus tard, toujours avec la joie indicible de l’arrivée au blanc du petit matin. La deuxième traversée de nuit très importante que j’ai vécue fut celle que je fis en 2007 entre Le Pirée et Pythagorio, en escale pour Patmos, passant volontairement une nuit blanche dehors sur le pont pour mieux la sentir et goûter l’aube. Ne vous laissez pas voler l’aube, c’est à elle de vous enlever.











Joie ! Je l’ai dit avant-hier à Olivier et Syd : c’est Dany qui va être élu à l’Académie française. Comment tu le sais ?, m’ont-ils demandé. Eh bien voilà, c’est fait. Ah que son grand rire résonne entre leurs murs ! Comme il réchauffait l’hiver canadien, quand nous tracions à travers Montréal par moins trente et dansions avec les Haïtiens ! Dany Laferrière est un excellent écrivain, et un amoureux de la langue française, comme tous les Haïtiens que nous avons connus là-bas, comme Pit qui récitait par cœur des pages de Mauriac. Dany lisait le Journal de Léautaud, parfois il nous téléphonait pour nous lire un passage particulièrement savoureux. Puis je crois que c’est lui qui m’a parlé de 





