À votre service !

photo Alina Reyes

 

Ce n’est pas de chance, tout de même. Ce banquier placé là pour assainir les lieux, et qui, selon une lettre spontanée d’un psychiatre, évoquée pour expliquer sa brutale éviction, était en fait quasiment fou. Et maintenant imaginons que cela ne touche pas que la banque. Que dans le reste de l’institution aussi, certaines personnes qui voulaient assainir, eh bien elles aussi, en fait, elles étaient drôlement bizarres, pour le moins. Heureusement on est bons, on n’évoque leur maladie qu’à voix basse. Et pas de goulag, non non. Un lointain placard doré ou un sous-sol bien surveillé, bien clos, suffisent à étouffer la voix des fous.

Mais j’avance librement dans un tout autre temps, et les errements du monde passeront, tandis que ma parole demeurera, et fera son office. Allez, apprenez doucement à ouvrir les portes, vous savez bien que je vous aime, nous finirons par y arriver, aujourd’hui ou au temps prochain.

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Star Wars


photo Alina Reyes

 

Il ne faut pas lire les livres au pied de la lettre. Il faut comprendre que l’auteur, à travers son « je » ou ses « il » ou « elle », endosse l’homme. Quand Flaubert dit « Madame Bovary, c’est moi », cela signifie qu’il endosse le bovarysme, et non pas qu’il est particulièrement atteint par cette maladie. Et pourquoi l’endosse-t-il ? Pour la mettre en lumière, afin que nous en soyons prévenus et puissions nous en garder ou nous en sortir.  Le « je » de l’auteur véritable est composé indifféremment du je de sa propre personne et de celui des hommes en général. Car il ne s’agit pas d’un égo mais d’un je compassionnel, qui prend sur lui tout l’humain. La mauvaise réputation des auteurs courageux vient du fait que les mauvais lecteurs croient que tout ce qu’ils endossent est la peinture de leur propre personnalité, de leur propre vie. Et Flaubert, sous un prétexte ou un autre, se retrouve en butte à la censure. Inversement les auteurs pleins d’ego, sans courage mais malins, s’arrangent pour se rendre prestigieux à travers leurs écrits, leurs dires et leurs remuements, ne faisant qu’attirer les lecteurs dans l’illusion d’une fausse vie et d’une fausse pensée, qu’ils désirent pour se sentir à leur tour vernis de brillant. C’est ainsi que peu à peu le mensonge gangrène le champ social et les âmes jusqu’au plus haut niveau, que les collabos du mensonge passent pour des coopérateurs de la vérité même là où l’on est censé connaître et promouvoir la vérité, et que là, si le discours sur la vérité perdure, il s’avère que le mode d’existence, de relation à soi et à autrui, est fondé sur le mensonge. Et c’est ainsi, comme nous le savons, que les maisons menacent de s’écrouler – s’écroulent si on ne refait pas les fondations à temps. Évidemment cela demande de creuser, de se salir les mains et d’en suer, mais c’est une question de vie ou de mort.

Quand le nouveau pape a été élu, j’ai posté sur mon blog de l’époque une image humoristique, trouvée sur Internet, dans laquelle il était assimilé à l’empereur Palpatine, dans Star Wars. Bien sûr c’était irrévérencieux, mais l’image disait pourtant quelque chose de très vrai. J’ai toujours dit par la suite que ce pape était le bon pape, ne serait-ce que parce que d’une certaine façon il unit en lui Pierre et Paul, le pasteur et le penseur. Je dis aussi que tout pape est de toute façon le bon pape, car voici où l’image est juste : même si se révèle en lui « le côté obscur de la force », Dieu s’en sert pour détruire et replanter selon son propre plan, qui n’est autre que le rétablissement de la vie en vérité.

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ce qui introduit du malentendu

Le serpent est dans l’Éden en esprit voyeur, ange déchu par jalousie de voir que l’homme et la femme sont sexués, et de ce fait, unis. C’est pourquoi il n’a de cesse de s’immiscer dans les couples afin de leur pourrir la vie. Le récit de l’extraction d’Ève du côté d’Adam ne signifie pas qu’il y a un premier puis un deuxième sexe, mais au contraire qu’il n’est qu’un mode d’être pour l’être humain : sexué.

La théorie des genres, un certain féminisme qui a plus ou moins secrètement en horreur le corps féminin et la maternité, en horreur aussi le corps viril, la théorie freudienne du désir de pénis, tout ce qui introduit du malentendu dans la relation entre l’homme et la femme, sont l’œuvre du diable qui jamais ne parvient à contenter son voyeurisme ni son dépit de voir l’homme plus élevé par Dieu, corps et âme, que lui, esprit cherchant satisfaction dans le néant.

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Être ou ne pas être

L’homme possédé par le mauvais, qui suit le Christ partout pour déformer partout sa Vérité, dans une obsession tragique : même s’il fait tout faux, même s’il a tout faux, même s’il dit tout faux, son contre-pèlerinage prouve son désir de la Vérité, qu’il n’a pu connaître, elle que le mauvais ne peut connaître. Qui s’est construit sur le mensonge et les apparences, au premier coup de vent de l’esprit de Vérité, il s’écroule. Qu’il cesse de vouloir toujours se rebâtir une image de lui à l’image de son égo, qu’il cesse de vouloir se faire valoir et aimer par son costume, ses entreprises et son argent, et il pourra trouver l’amour vrai, l’être vrai, dans l’abandon et le dénuement, le face à face avec Dieu. La grâce l’emporte sur tout, et elle ne se reçoit qu’en pauvre.

Cet homme est l’homme du monde, et il en est de même pour le destin du monde.

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