Dystopie « en marche » : l’histoire visible et l’histoire (pour l’instant) invisible

Aujourd'hui à Paris, photo Alina Reyes

Aujourd’hui à Paris, photo Alina Reyes

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Depuis Macron, c’est le bordel. Gilets jaunes, manifestations, grèves… La vie se défend contre les ambitions délirantes de cet homme élu par pirouette, inconnu des Français, qui constatent avec effarement ses manipulations grossières.

La Miviludes, qui faisait un travail salutaire de surveillance des sectes, va être placardisée. M.Macron ne veut pas qu’on fasse d’histoires aux sectes complices de la macronie, qui a elle-même de plus en plus les caractéristiques d’une secte.

M.Macron n’ayant pu, comme il le souhaitait d’abord, se servir de la littérature pour se sembler grand, tente maintenant, faute de littérature, de se servir de l’Histoire pour faire du pays une dystopie qui puisse concurrencer 1984, Le meilleur des mondes et autres La Caverne. Un lieu de cauchemar où la police mutile et tue en toute impunité, où l’on meurt dans les couloirs des hôpitaux, où l’école est chargée de faire des enfants de futurs esclaves, où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, où les puissants échappent à la loi pour être toujours plus au service des puissances de l’argent, où les féminicides augmentent dans l’inertie des pouvoirs publics, où les fascismes reprennent du poil de la bête, caressée dans le sens de ce même poil par le président, où la vieillesse aggrave toujours plus les inégalités, où les libertés sont chaque jour combattues par ceux qui sont censés les garantir, où les méfaits de l’étatisme renforcent ceux du libéralisme, où la parole, enfin, est constamment le lieu d’une inversion de la vérité. Telle est la vengeance sur la littérature et sur l’humanité d’un homme que la Littérature a rejeté parce qu’il manquait de vérité.

Lui et ses semblables apprendront que l’Histoire, cette littérature, ne se laisse pas davantage posséder que la Littérature. La vraie vie, elle seule, est puissante.

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Déchirer l’écran

Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

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Je lis les infos et je n’ai plus envie de commenter. Je vois tomber des icônes dont j’avais dénoncé la fausseté quand elles étaient idolâtrées. Je vois advenir des iniquités, des restrictions de liberté, des haines sans retenue, dont je prévenais depuis longtemps. Je vois le résultat de mécanismes que j’avais repérés. Cassandre, un job qui ne paie pas mais se paie. Cher. Raison pour laquelle beaucoup ne le pratiquent que masqués. Ainsi prolifèrent les annonces de mauvais augure. D’après un poète mort, là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. Pas toujours, pauvre Hölderlin. Les assassins s’imaginent que tes vers justifient leurs crimes. Où croît le péril croît aussi ce qui tue. Je ne suis pas collapsologue, simplement étudiante et voyante, comme tous les poètes – même s’ils n’ont pas toujours complètement « raison ». Au moins assument-ils leur parole : déchirant ainsi l’écran entre l’humanité et elle-même.

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Retraites

Je n'ai pas trouvé le nom de l'auteur de cette photographie d'un merveilleux Mapuche

Je n’ai pas trouvé le nom de l’auteur de cette photographie d’un merveilleux Mapuche

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Ce 5 décembre sera aussi l’anniversaire de naissance de mon père, mort après s’être usé la santé toute sa vie depuis l’enfance sur des chantiers puis avoir vécu d’une toute petite retraite – mais toujours en faisant du sport et de la musique. Il y a encore beaucoup de personnes qui ont travaillé dur et qui n’ont ou n’auront qu’une minuscule retraite. Ne serait-il pas juste, à ce stade de la vie, d’établir un peu plus d’égalité entre les gens ?

Certains privilégiés, CSP+ comme on dit, notamment à gauche, protestent à l’idée de voir bientôt baisser significativement des retraites qui sont actuellement d’au moins 3 ou 4000 euros. Je trouve pour ma part de telles sommes énormes. Pourquoi une partie de la population aurait-elle le droit de se faire entretenir pendant des décennies par les jeunes actifs à un tel niveau, alors qu’une autre partie doit se contenter de quelques centaines d’euros ? Ils ont cotisé ? Et alors ? Qu’ils demandent plutôt à moins cotiser. Parce que certains ont eu des salaires confortables, ils mériteraient une meilleure vieillesse que ceux qui ont travaillé, souvent aussi dur qu’eux, pour de maigres salaires ?

Je soutiens ceux qui vont faire grève pour des retraites décentes, pas ceux qui vont faire grève pour maintenir leurs privilèges. Personnellement j’aurai sans doute aussi une toute petite retraite, bien que j’aie travaillé toute ma vie (j’ai tous les trimestres nécessaires et j’ai cotisé à une dizaine de caisses différentes), et je préfère ça plutôt que d’être entretenue par les jeunes à hauteur de plusieurs milliers d’euros par mois pendant une trentaine d’années. Nous sommes un pays de plus en plus vieux, et les études montrent que les retraités ont en moyenne un meilleur niveau de vie que les actifs. Ce n’est pas normal. Les jeunes adultes ont besoin de plus de moyens que les vieux pour fonder une famille, s’équiper, sortir, voyager, découvrir la vie et en profiter.

Pour plus de justice, il faut abolir les privilèges, à commencer par ceux des riches, des responsables politiques et des hauts fonctionnaires, qui sont de loin les plus iniques. Commencer par abolir ces énormes privilèges serait un premier excellent signal, à l’inverse de toute la politique actuelle. Mais il faut aussi plus de partage entre les générations, entre les hommes et les femmes, et entre les classes sociales.

Ce n’est certes pas le macronisme qui réalisera un tel objectif. Mais s’il faut se battre, il faut le faire de façon cohérente. La vraie justice, ce serait de diminuer considérablement l’écart entre les différentes retraites, en augmentant les unes et en baissant les autres (et en revalorisant les petits salaires par la même occasion). Le système actuel ne fait qu’entretenir ou aggraver les inégalités, et le projet de réforme n’y changera rien. Ceux qui ont gagné très confortablement leur vie, qui ont pu ainsi acheter des maisons (et n’ont plus de loyer à payer, contrairement à la plupart des pauvres) et faire des économies, continuent à la retraite d’accroître leur patrimoine et leur capital. Cela ne devrait pas être, une fois qu’on a cessé de travailler. La bourgeoisie est égoïste, elle peut avoir de grands idéaux mais elle est incapable de les vivre ne serait-ce qu’un peu. Elle le prouve, son idéal véritable, au final, c’est l’argent. La sagesse est pourtant un bien meilleur remède contre le naufrage de la vieillesse.

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OK boomers et OK bobos

 

Je les appelais « vieux de la caste » et j’invitais les jeunes à reconnaître et rejeter leur domination, dans un roman prophétique. Douze ans plus tard nous y sommes : eux les appellent boomers et ils ont raison.

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Il y a aussi – parfois ce sont les mêmes – de jeunes bobos écolos qui ne se rendent pas compte qu’ils agissent comme leurs pères en voulant imposer leur loi à d’autres qui, souvent moins privilégiés qu’eux, aimeraient pouvoir profiter des moments où ils peuvent acheter moins cher ce qu’autrement ils n’ont pas les moyens d’acheter. Les pauvres de toute façon ont une empreinte carbone moindre que les écolos qui voyagent et vivent confortablement. Cette séquence assez obscène où des bourgeois blancs empêchent un prolo issu de l’immigration de circuler librement donne le sentiment que ces militants devraient sérieusement approfondir leur pensée, s’ils ne veulent devenir les prochains vieux de la caste.

« Sais-tu ce que je vois ? Je vois que ce pays ressemble à un vieil homme qui a passé sa vie à jouir et abuser de son pouvoir et qui, déclinant, se masque pour mendier la compassion de la jeunesse, l’absolution de la jeunesse, avec laquelle il se comporte pourtant comme il l’a toujours fait : mentir, utiliser les autres, les flatter pour mieux les renier, les anéantir et leur faire porter le poids de l’enfer qu’il mérite lui-même.

Ce pays vampirise sa jeunesse, ne la caresse que pour la maltraiter, lui interdire l’avenir. Vous êtes dans son même sac d’ogre, jeunes cadres, jeunes chômeurs, jeunes intellectuels et jeunes voyous. Vous payez aux vieux de la caste des décennies de retraite souvent plus confortables que vos salaires et tout ce qu’il y avait à prendre dans ce pays, ils l’ont pris.

L’art, la littérature, ils les ont pris et saccagés.

Les idéaux, la foi et l’innocence, idem.

L’amour, l’amour érotique, l’amour des enfants, l’amitié sans calcul, idem.

La nature, la beauté.

La politique.

Le travail.

Les médias.

Ils se sont servis, et alliés dans le crime à un point que nulle société avant n’avait atteint.

Et ceux qui aujourd’hui parviennent à sortir la tête de l’eau en leur riant au nez, de leur barque pourrie les vieux ogres ne leur tendent la main que pour pouvoir, une fois récupérés, les faire bouillir et les bouffer aussi. N’ayant d’autre ambition que de se nourrir et de vivre encore, encore un peu plus longtemps et même au-delà : continuer à ne pas laisser la place, une fois morts.

Pourtant, pourtant, c’est vous qui êtes jeunes, et puissants si vous les rejetez. Et ils seront bel et bien vaincus. »

extrait de mon roman Forêt profonde (2007)

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Charlie Hebdo, l’esprit des planqués

 

En pantoufles à leur table, ils se moquent de ceux qui risquent leur vie et la perdent.

Ils se sont moqués des musulmans tués par les islamistes avec, notamment, leur dessin « le Coran n’arrête pas les balles » (avant d’apprendre malheureusement que leur journal non plus).

Ils se sont moqués d’un tout-petit enfant, Aylan, mort noyé avec des réfugiés.

Ils se moquent maintenant des treize soldats morts au Mali.

La lâcheté du bourgeois endurci de nulle part, sinon du cœur, révulse. Elle prépare et encourage toute une partie de la population à vivre sans honneur.

À vivre sans honneur, on met en péril la vie de tous, on pollue la société, on détruit tout esprit de fraternité, on se comporte en parasites de ceux qui agissent pour le bien et la sauvegarde de tous : on est une plaie dans un pays en paix, une ignominie dans un pays en guerre.

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Black Friday & Bikini

 

Après avoir écumé en vain les boutiques, j’ai fini par commander un maillot de bains en ligne. Quasi impossible de trouver à Paris en hiver un choix raisonnable de maillots deux-pièces pour la plage. « C’est plus la saison », on me répond. Serai-je donc la seule, parmi des millions de Parisiennes, à voyager où il fait chaud ? C’est ainsi chaque fois que je commande des produits en ligne. Je commence par les chercher dans les magasins, et quand ils ne s’y trouvent pas, je les trouve aisément sur Internet, et avec beaucoup plus de choix. Ceux qui sont contre tout ce qui est moderne et pratique sont fatigants, à la longue. Je récupère beaucoup, je consomme peu, mais enfin il faut bien vivre. C’est en vivant qu’on sauve la vie.

Je resterais bien nue sur la plage, c’est ce que je préfère et de très loin, mais sur les îles encore catholiques où j’ai l’intention d’aller ça ne se fait pas du tout donc je respecte les coutumes du pays. Je ferai mon yoga en bikini sur le sable face à l’océan, inch’Allah.

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En dernier lieu mon travail, ma justice

 

J’étais en avance sur #MeToo en publiant en 2007 mon roman Forêt profonde. Le monde des hommes n’aime pas que quelqu’un, et a fortiori quelqu’une d’entre eux, soit en avance. Le milieu littéraire s’est retourné contre moi – journalistes, éditeurs etc. -, les femmes autant que les hommes. Il faudra sans doute encore du temps pour combler l’avance, et alors ce roman pourra éclairer sur les phénomènes d’emprise, de manipulation, de violence.

C’est que je mouille ma chemise pour écrire, je ne me contente pas comme nombre de mes petit·e·s collègues de raconter ce qu’on m’a raconté, ce qui est arrivé aux autres, ce dont on parle. J’y vais, j’y plonge, j’expérimente, je prends connaissance de la question par tout mon corps et âme, pour mettre en forme et délivrer ce que j’ai ainsi appris, non pas en surface, mais profondément. Déjà, en 1999, mon roman Lilith contait la vengeance d’une femme puissante sur les hommes abuseurs, sur le patriarcat, sur les figures médiatiques et trompeuses. Et mon tout premier roman, Le boucher, en 1988, disait comment se relever de la mort.

Ce que les générations contemporaines ne peuvent voir, ne peuvent lire, les générations à venir le verront, le liront. Je suis heureuse du travail, des livres chauds comme pains sortis du four, que j’ai servis, que je sers et servirai.

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Nous Toutes, les pieds dans le plat du patriarcat

 

Édouard Philippe déclare qu’il ira voir le dernier Polanski avec ses enfants. Leur a-t-il demandé leur avis, pour les instrumentaliser ainsi ? Ou bien fait-il partie de ces gens qui pensent qu’il n’y a pas à demander leur avis aux enfants quand on veut les utiliser ? Que penserait-il de confier sa fille de neuf ans à quelqu’un qui serait comme Polanski accusé de viol sur une enfant du même âge et sur plusieurs adolescentes ? Où est passé son prétendu féminisme, dégainé pour critiquer les femmes voilées ? Pas un mot pour soutenir les filles violées ?

Yann Moix, qui défend Polanski depuis longtemps, essaie de déplacer désormais le problème en s’interrogeant sur la raison pour laquelle toutes ces accusations contre lui sortent maintenant, plutôt qu’il y a trente ou quinze ans. (Après avoir dit qu’il se méfiait toujours du passé qui resurgit – t’as raison, Yann, il t’a fait louper le Goncourt, et le plus bête c’est que c’est toi qui l’as fait resurgir, avec tes accusations pas aussi honnêtes que celles des femmes qui témoignent contre Polanski). Eh bien la réponse à cette question, tout le monde la connaît : aujourd’hui les femmes sont en train de libérer leur parole sur les violences que leur ont fait ou leur font endurer certains connards, c’est un mouvement général, tu vois pas ? De même que les hommes qui ont été, enfants, abusés par des curés se mettent à parler aussi – et ce samedi, les femmes victimes de l’église se joindront au défilé du collectif Nous Toutes. C’est ça, l’histoire. Il faut réfléchir un peu avant de dire n’importe quoi, chroniqueur de mes deux. Voilà, le moment est venu où il ne suffit plus d’être un notable, des arts ou autre, pour être à l’abri de la vérité. Ça pique, hein ? Surtout quand on a léché le cul de tant d’autres notables pour dîner à leur table. L’entre-soi patriarcal a mauvaise mine, comme toi.

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La Nausée de Musil (L’homme sans qualités)

"Caboclo", par Jean-Baptiste Debret, 1834 (image wikipedia)

« Caboclo », par Jean-Baptiste Debret, 1834 (image wikipedia)

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Dans la série LREM détruit le pays, c’est maintenant ce fleuron universitaire, l’IUT, qui forme efficacement en deux ans des étudiants de tous horizons sociaux à des métiers utiles et qui leur permettront de gagner dignement leur vie (j’y suis passée, l’un de mes fils aussi), qui va se trouver dévalorisé – et ce faisant, obliger des bacheliers à se diriger vers des formations privées, la plupart du temps extrêmement médiocres quoique très chères (comme l’a constaté celui de mes fils passé par un IUT qui a plus tard donné des cours, un temps, dans l’une de ces boîtes).

En découvrant dans le dictionnaire de sanskrit que le mot signifiant «sans corde », pour un arc, signifiait aussi « dépourvu de qualités, mauvais, vicieux », j’ai eu envie de relire L’Homme sans qualités, lu seulement en partie il y a longtemps. Voici des extraits de la préface du livre par Jean-Pierre Maurel (éd Points Seuil) :

« … tandis que commence à siffler la marmite de ce qu’on appellera « la joyeuse apocalypse ».

Au fait, qu’est-ce qu’un homme et que signifie son insertion dans la structure sociale et politique d’une nation ? (…) ce qui émerge, à travers ambitions, conflits de pouvoirs, argent, arrière-pensées, prétentions et vanités, bureaucratie envahissante, opinion toute-puissante, lâchetés et autres affadissements, derniers jeux de cour… premier grand jeu de massacre, c’est la figure, épatée d’un sourire niais, du monde moderne s’écoulant mornement d’entre les cuisses jouisseuses de l’empire moribond.

(…) Pour comprendre la férocité désespérée de Musil face à cet accouchement du néant, il faut se remettre dans l’état d’esprit de l’écrivain autrichien pendant toute l’interminable rédaction du roman, du début des années 20 jusqu’au milieu des années 30, date à laquelle le livre est définitivement… inachevé. Pendant toutes ces années, Musil contemple l’Autriche. Il la contemple avec l’acuité douloureuse de ses quarante, puis cinquante ans, avec toute la puissance d’un véritable esprit contemplatif, pour se heurter sans cesse à l’obsédante question qui fait la matière même de L’Homme sans qualités : qu’est-il arrivé à l’intelligence ?

(…) Où se trouve le secret délétère de cette faillite ? Musil charge son personnage, Ulrich, de mener l’enquête. Et que fait-on dans ces cas-là ? On constitue un dossier. Sentant venir les temps de la bêtise – nous sommes donc en août 1913 – Ulrich propose au Comité la seule tâche digne de lui : « constituer le commencement d’un inventaire spirituel général ! Nous devons faire à peu près ce qui serait nécessaire si l’année 1918 devait être celle du Jugement dernier, celle où l’esprit ancien s’effacerait pour laisser la place à un esprit supérieur. Fondez, au nom de Sa Majesté, un Secrétariat mondial de l’Âme et de la Précision. »

Telle est l’ambition de Musil-Ulrich, et ici le concept de précision n’est pas moins important que celui d’âme, face à l’opinion, inépuisable, niveleuse, informe. L’Homme sans qualités est l’histoire de l’échec de cette ambition immense.

(…) C’est pourtant à l’aune de ce prestigieux échec que se mesure la profondeur de l’épreuve que Musil a vécue puis écrite. »

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Réjouissances de l’apocalypse

 

« Le cardinal et ses proches ont organisé un harcèlement constant contre Benoît, on l’a humilié et sanctionné minutieusement. » Les ordures ont toutes les mêmes vieilles méthodes pourries. Barbarin a deux musées Tintin. L’un public, l’autre privé. Ce dernier avec lit et peluche géante pour recevoir l’invité. Barbarin fricote avec une organisation intégriste, sectaire et national-catholique ; pour se faire bien voir de ses pairs et devenir pape il organise en sous-main la Manif pour tous, compare homosexualité et zoophilie. Barbarin est soutenu par le pape François, qui parle constamment dans le sens contraire de ce qu’il fait, comme Macron. Frédéric Martel décrivant Barbarin dans L’Obs : « ego vertigineux », « attrait incontestable pour le pouvoir et l’argent » ; « solitude abyssale doublée d’une immaturité affective » ; « certaine inclination pour la manipulation ». Toute ressemblance avec le président…

Catherine Millet prétend dans Le Monde que les femmes confondent geste déplacé et viol, et les accuse de banaliser ainsi le viol. Catherine Millet n’a pas seulement un geste déplacé envers la parole, elle continue à la violer comme elle l’a fait avec son premier livre. Millet, Deneuve… ces vieilles bourgeoises françaises qui soutiennent le patriarcat qui les a faites parce qu’elles s’y sont soumises… Est-ce une question de génération ? Huppert ne se prononce pas contre les abus de metteurs en scène, se contentant de dire que pour les éviter il faut payer davantage les actrices – ce qui sous-entend un rapport de prostitution fatal pour les actrices (et pas pour les acteurs, cherchez l’erreur). On peut pourtant vieillir mieux : Adjani, honneur à elle, défend Adèle Haenel et la lutte contre les violences faites aux femmes. Auxquelles il faut ajouter celles qui sont faites aux enfants des deux sexes et aux jeunes hommes, dans le show-biz ou dans l’église.

Ségolène Royal dénonce le journalisme « investigateur délateur ». Non seulement, comme disent les vieux cons qui avaient l’habitude de monopoliser la parole, on ne peut plus rien dire, mais en plus on ne peut plus abuser du corps des autres, de l’esprit des autres, de l’argent des autres, confortablement caché sous sa respectable façade. Un bien réjouissant tomber de masques.

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Léonard de Vinci : l’exposition historique du Louvre

 

C’est un moment magnifique et poignant. Un kairos, une acmé. Un homme est là, vivant. Traversant les siècles pour venir nous contempler, nous, femmes et hommes de ce temps, errant en foule d’une œuvre à l’autre, d’une salle à l’autre. Devant le Saint Jean je me suis arrêtée comme dans la méditation, au yoga notamment, et il est devenu vivant – qui ? Jean ? Léonard ? L’Esprit qui se meut à travers les vivants. Les yeux pleins de larmes, souriant comme lui, je n’ai pas bougé – pluie et lumière, un arc-en-ciel tendu entre lui et moi – tout à fait le genre de phénomène qui intéresse Léonard, étudiant obstiné des mouvements de l’eau, de l’air, de la lumière.

Ce soir, regardant des images des splendides îles du Cap Vert, et de leurs montagnes (où nous avons l’intention d’aller prochainement, O et moi) tout en écoutant Césaria Evoria, je songe que Léonard se serait bien entendu avec elle, et aurait adoré son pays. Ce mélange de splendeur et de mélancolie particulière qu’engendre la conjonction de la contemplation de l’époustouflante nature et du sentiment de la fuite du temps – sentiment qu’éprouvait si fort Léonard les derniers temps, à Amboise, alors qu’il continuait à méditer et travailler ses dernières œuvres, la Sainte Anne, le Saint Jean et la Joconde.

Voici des images de l’exposition, bien entendu je n’ai pas tout photographié, vous pouvez trouver en ligne plusieurs vidéos de présentation de l’exposition pour en savoir plus. Si vous le pouvez, allez-y. Vous pouvez aussi lire ou relire mes textes sur Léonard de Vinci et sur ses œuvres.

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expo leonard de vinci louvre 1-minLe Christ et saint Thomas ou L’Incrédulité de saint Thomas. À l’entrée de l’exposition, et la dramatisant judicieusement, se dresse cette œuvre de  Verrocchio, chez qui Léonard fit son apprentissage. Entourée de multiples études de drapés, révélant que le peintre s’est inspiré des effets de lumière et d’ombre sur le bronze. expo leonard de vinci louvre 2-min

expo leonard de vinci louvre 3-minPlusieurs œuvres absentes, comme L’Annonciation, L’Adoration des mages ou La Joconde, sont présentées en réflectographie infrarouge, un procédé qui met en évidence le dessin et donne un effet de pénétration saisissant.

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J’ai aimé contempler certaines études peu connues, comme ce visage ou cette petite dame à la licorneexpo leonard de vinci louvre 5-min*

Beaucoup d’œuvres sont inachevées, comme ce Saint Jérôme et son lion esquissé, qui s’inscrivent ainsi dans l’instant  expo leonard de vinci louvre 7-min* expo leonard de vinci louvre 8-minLa Belle Ferronière et un admirateur

*expo leonard de vinci louvre 9-minLa Vierge aux rochers prise sur le vif par un portable

*expo leonard de vinci louvre 10-minLe Musicien, à l’écoute

*expo leonard de vinci louvre 11-minDe nombreux manuscrits des travaux scientifiques de Léonard expo leonard de vinci louvre 12-min

* expo leonard de vinci louvre 14-minEt toujours d’admirables dessins expo leonard de vinci louvre 15-min

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Dans la dernière salle, les dernières œuvres, travaillées jusqu’à la fin à Amboise où il les avait emportéesexpo leonard de vinci louvre 17-minla Sainte Anne expo leonard de vinci louvre 18-minle Saint Jean

Manque seulement la Joconde, restée à sa place habituelle, où elle reçoit trente mille visiteurs par jour. En allant la voir, je photographie dans la grande galerie cette œuvre de l’atelier de Léonard, qui devait être un Saint Jean et a été transformée en Bacchusexpo leonard de vinci louvre 19-min*

La voici doncexpo leonard de vinci louvre 20-min

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Nous repartons en longeant la Seine et ses arbres sculptés d’inscriptionsexpo leonard de vinci louvre 23-min

Le pont des Arts débarrassé de ses cadenas a retrouvé le sens de la légèreté et de la fugace éternitéexpo leonard de vinci louvre 24-minAujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Autour de la manif Gilets Jaunes place d’Italie. Les mains de lady MacBeth

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Je suis sortie vers 16h30, au moment où les manifestants étaient enfin libérés de la place d’Italie, où ils étaient nassés depuis 14h. Ils se sont répandus dans les avenues et les rues autour de la place.gilets jaunes 2-min

Fatigués de la nasse hyper gazée (de chez moi, à 850 mètres de là, je sentais les lacrymos), les gens marchaient tranquillement, ce qui n’empêchait pas les forces de l’ordre de marcher sur eux, les harceler dans tous les coins où je suis passée. Certes il y a eu de la casse place d’Italie, mais pourquoi punir aussi les manifestants tranquilles en les gazant sans les autoriser à quitter la place ? Pourquoi, sinon pour faire monter encore la violence et dégoûter les gens tranquilles d’aller en manif ?

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Boulevard de l’Hôpital, même chose que sur l’avenue des Gobelins et le boulevard Saint-Marcel. Énormément de police et pas de répit pour les gens qui quittaient la place. J’ai assisté à des arrestations que je n’ai pas photographiées, pour ne pas dévoiler le visage des manifestants concernés. J’ai assisté aussi à des engueulades entre les gens sur les trottoirs, entre manifestants ou pro-manifestants et anti-manifestants. C’était triste.

gilets jaunes 8-minEn voyant une escouade de flics commencer à charger les gens qui arrivaient à quelques dizaines de mètres, n’ayant pas envie de respirer davantage de lacrymo je me suis éclipsée par une rue adjacente. Mais là il y avait un feu de poubelles et des forces de l’ordre qui arrivaient en nombre aussi. J’ai donc changé une nouvelle fois d’itinéraire.

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gilets jaunes 13-minJe suis remontée sur la place d’Italie, où restaient ces carcasses de voitures brûlées et autres stigmates des violences de l’après-midi. gilets jaunes 14-minUn homme était en train d’effacer sur une banque chinoise les tags « Vivre et mourir libre » et « Avec Hong-Kong »  gilets jaunes 15-minDes pompiers et des agents de nettoyage étaient là

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gilets jaunes 19-minLes vitres du centre commercial étaient brisées aussi

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gilets jaunes 21-minUn manifestant attardé discutait avec une vieille dame, puis il est reparti sur ses rollers avec sa pancarte « Nos actes définissent ce que nous sommes. Qui es-tu ? » gilets jaunes 22-min

Des reporters anglophones, casque et masque à gaz à la main, quittaient la place en parlant des Gilets jaunesgilets jaunes 23-min

Devant le Café d’Italie, où le sang de manifestants avait coulé, le trottoir avait été lavé à grande eau. Mais la tache était en train de réapparaître, comme sur les mains de lady MacBeth.

gilets jaunes 24-minAujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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