Guignol au jardin du Luxembourg (BHL et l’Ukraine)

Et de nouveau BHL histrionne dans Le Monde, s’adressant, cheveux au vent et dépoitraillé comme une Marianne guidant le monde, au peuple ukrainien qui lui sert de repoussoir contre Poutine, lequel on le sait ne sert pas Israël et empêche qu’on ne fasse en Syrie ce qui a été fait en Lybie. Glissant au passage sa petite quenelle molle (pléonasme, faut-il le rappeler aux amateurs de ce geste) parmi les puissants de ce monde, lui n’en étant pas mais voulant tant en être, ceux qui sont aux rênes tandis que lui est, pour parler métaphoriquement, sur leur oreiller, jouant de sa séduction pour influencer les hommes de décision – sa petite quenelle, disais-je, consistant en une grosse allusion au fait qu’il sait ce que va dire Hollande à Obama sur l’Ukraine, puisque sans doute lui-même le lui a soufflé ; et terminant en souhaitant à ce peuple bienvenue en Europe, comme s’il était le maître du château.

Il me souvient de la Lybie où devant les caméras il joua des coudes à l’arrière pour être visible entre Sarkozy et Cameron, revenant après qu’on l’eut prié de se pousser, arrangeant ses lunettes noires, son col ouvert de chemise blanche et ses cheveux, toujours au vent. Toujours là pour libérer les peuples – dommage que je ne puisse l’en féliciter, chaque fois que j’ai voulu commenter un article de son site ou l’une de ses chroniques dans son hebdomadaire, j’ai été censurée, quoique je signe de mon nom et sans rien dire qui tombe sous le coup de la loi. Mais pour la liberté de parler nous sommes tous égaux, surtout certains, les détenteurs d’argent et de réseaux, toujours prompts à faire taire qui ne les sert pas et à se poser en libérateurs de qui leur sert, volontairement ou non, de brosse à se faire reluire.

La fraternité des parrains et des parrainés (aux dépens de qui ?)

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Mineur silicosé âgé de 47 ans, peu avant sa mort, photographié par Willy Ronis en 1951

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Bernard-Henri Lévy, toujours aussi comique, et plus que Dieudonné mais sans le faire exprès, appelle cette semaine à « la fraternité ». B-H-L figure de la fraternité ! Il n’y en avait qu’un pour être capable d’imaginer ça : lui-même ! Vu d’ailleurs que de lui-même, la fraternité des possédants et des occupants de l’espace médiatico-politique, ça s’appelle la mafia.

Fabrice Hadjadj, « philosophe » « chrétien », qui se vanta dans un livre d’avoir une âme de lyncheur de femmes jusqu’à ce que mort s’ensuive, et qui a mis son talent en œuvre dernièrement en lynchant bassement dans la presse deux femmes anonymes qui ont écrit un livre sur le sexisme de l’Église, vient d’être nommé par le bon papa François à je ne sais plus quel bon poste dans l’Église. Que beaucoup de femmes le supplantent dans le génie, il n’y peut rien, mais voilà au moins une place qu’elles ne lui prendront pas ! C’est efficace pour entraver l’honnêteté dans le monde, la fraternité des hommes ligués contre le génie des hommes et des femmes.

L’hebdomadaire catholique La Vie nous informe aussi que le comité interreligieux de la famille franciscaine appelle aujourd’hui au jeûne contre le racisme : à savoir l’antisémitisme et le racisme qui s’est exprimé à l’égard de Mme Taubira. L’appel en question n’étant pas donné en lien, j’ignore si ce sont les franciscains qui se sont limités à ces deux cas, ou bien le magazine qui ne voit que ce qui l’intéresse, les personnes de pouvoir. Ce serait bien aussi de penser aux victimes du racisme pauvres et démunies de voix et de parole, les Roms, les migrants, les Arabes, les Noirs, les musulmans… Ceux dont B-H-L ni les autres carriéristes d’alentour ne parlent jamais, quoiqu’ils vantent « la fraternité ».

Nouvelles de Palestine

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photo AP/Mohammed Ballas

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« Piétiner les droits des Palestiniens au nom de notre droit exclusif à la terre, avertit ce spécialiste du fascisme en Europe, risque d’aboutir à un ostracisme international d’Israël, et si cela se produit, ce ne sera pas de l’antisémitisme. » À lire dans L’Express : « Pourquoi le boycott commence à faire peur à Israël ». 

« En 2013, les démolitions, dont plus de la moitié dans la vallée du Jourdain, ont atteint leur plus haut niveau en cinq ans, avec une nette aggravation depuis la reprise des négociations de paix fin juillet, caractérisée par « une augmentation de 43 % des démolitions et de 74 % des déplacés », selon les ONG. À lire dans Le Monde : « Le CICR arrête une aide d’urgence après confiscation de tentes par Israël ».

« Israël est invité à améliorer sa lutte antiblanchiment» À lire sur 7 sur 7

« A l’origine, le but était de gérer des jardins d’enfants, des établissements scolaires et de renforcer la sécurité des agglomérations. Mais, il s’avère qu’environ 42 millions de dollars seraient parvenus au Conseil des colons, qui les aurait utilisés pour des activités politiques ». À lire sur RFI : « Israël : un nouveau scandale lié aux colonies israéliennes en Cisjordanie»

Ferwana a dit qu’environ 11.034 Palestiniens, dont 2.500 enfants, ont été faits prisonniers par l’armée israélienne ces trois dernières années, au cours d’incursions et de violations militaires israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés (TPO). Le fonctionnaire précise que les soldats ont enlevé et incarcéré plus de 10.000 enfants palestiniens depuis le début de l’Intifada al-Aqsa, fin septembre 2000. « Ces arrestations violent le droit humanitaire international » a souligné Ferwana.« La manière violente dont ces arrestations sont exécutées, les interrogatoires, la torture et les conditions de détention très dures … constituent des infractions graves ». À lire sur Info-Palestine : « Actuellement 4800 Palestiniens sont emprisonnés par Israël ».

La pluie, la joie (et petite revue de presse)


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Le « Beethoven » japonais n’était en fait ni compositeur ni sourd. Mensonges sur mensonges. Ceux qui basent leur vie sur le mensonge ne savent pas vivre dans la vérité, mais savent entraîner beaucoup de monde dans leurs marais : ceux qui tout simplement ne peuvent savoir ce qu’il en est, et aussi ceux qui aiment ce qui brille et détestent que leur soit révélé leur goût du faux, qui les berce et les endort.

Le Saint-Siège critique « l’ingérence » de l’ONU dans ses affaires. Qu’ils ouvrent leurs archives, tant dans les dossiers d’abus sexuels que dans celui des bébés volés en Espagne (une affaire dont la presse ne parle pas, pourquoi?), et le monde commencera à moins avoir le sentiment que l’Église est pire que le monde.

Malala Yousafzaï, qui a déjà reçu le prix Sakharov, est maintenant nominée pour le prix des Enfants du monde. Difficile de ne pas se rappeler qu’elle est une enfant, et de ne pas avoir l’impression que des adultes l’instrumentalisent.

Jour après jour dans la presse, les frasques de Justin Bieber. Pauvre enfant. Qu’ont fait les adultes de lui ? Je pense aussi à Madonna postant sur les réseaux sociaux une photo de son fils de treize ans avec une bouteille d’alcool.

Les deux Pussy Riot libérées désavouées par leurs compagnes après être entrées dans le business en chantant avec Madonna. L’argent et le spectacle pourrissent tout. Je suis loin d’approuver les méthodes d’action de ces activistes, mais s’il est moralement légitime de lutter à l’intérieur de son pays pour plus de liberté, il est bien peu estimable d’attaquer son pays depuis les empires qui dominent le monde. Et quand, avec leur bonne mine et leurs joues rebondies, elles racontent au journal Le Monde « l’enfer » de la prison russe, elles donnent juste envie de les inviter à visiter les prisons françaises. Celles qui ont des murs de béton derrière lesquels la dignité humaine est chaque jour bafouée, et aussi les prisons invisibles, celles de la censure sophistiquée du monde moderne, moins visible que la censure à l’ancienne mais encore plus efficace.

J’ai marché avec joie sous la pluie aujourd’hui. Je suis allée chez le marchand de bois qui me fait le meilleur prix pour ses chutes, mais là il n’en avait pas. Comme je ne peux me permettre de dépenser davantage, je suis repartie en me demandant sur quoi j’allais peindre. J’ai pris un autre chemin pour rentrer, ainsi qu’il sied aussi au retour de la mosquée. Et Dieu a pourvu : j’ai trouvé dans la rue un lourd panneau de chêne massif, que j’ai chargé sur mon petit chariot. Le bois était bien mouillé par la pluie, j’attends qu’il finisse de sécher, et j’y vais. Cette nuit il va y avoir du vent, c’est bon.

Notre modernité

Tandis qu’on pénalise les clients des prostituées, tandis qu’on instaure un programme scolaire pour l’égalité des sexes (ou pour la négation des corps ?), on se prépare à autoriser la gestation pour autrui (aujourd’hui le gouvernement a sagement reculé sa loi famille, mais malgré leurs dénégations Manuel Valls et d’autres ministres et élites sont pour, voire militent pour la gestation pour autrui). Ce n’est déjà pas glorieux de vendre son corps, ou d’acheter un corps, dans des relations entre adultes, mais le vendre ou en acheter un dans une relation de mère à enfant, de parent à enfant, c’est plus ignoble que tout. Car même dans les cas où les mères porteuses sont censées ne pas vendre l’enfant, en fait elles sont payées pendant leur grossesse, ce qui revient au même. Et même si elles n’étaient pas payées, quel genre de mères voudrait-on promouvoir, capables d’abandonner l’être qu’elles ont porté et qui a besoin d’elles (et pas d’un ou d’une autre), de le faire non à cause de quelque tragédie (cela le nouveau-né peut le comprendre), mais parce que l’homme moderne doit pouvoir se procurer des enfants comme n’importe quel autre bien ? C’est donc cela, leur libération de la femme ? C’est ainsi qu’ils comptent réaliser l’égalité des sexes, en faisant des corps des machines, en niant la relation de mère à enfant pendant les neuf mois de grossesse, en arrachant l’enfant à celle qui l’a porté comme s’il n’y avait eu aucune relation entre eux ? Piétiner, insulter l’amour et la vérité, c’est cela maintenant, les valeurs de la gauche ? Ou ce sont tout simplement celles de l’homme moderne. Alors il faut s’interroger sur ce qu’est notre modernité : une mise au tombeau de l’humanisme.

À une femen qui ne parle pas français, qui se laisse acheter par n’importe qui y compris le diable comme elle le dit, qui salit les femmes et l’homme en général, on donne un passeport français, le droit de séjourner sur notre sol et l’honneur de figurer Marianne sur un timbre. Tandis qu’en plein hiver on chasse les familles roms avec leurs enfants de leurs bidonvilles, qu’on enferme des migrants dans des centres de rétention, qu’on expulse des réfugiés, qu’on interdit à des femmes voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire. Voilées ou non voilées, quoique bien françaises nos concitoyennes d’origines maghrébine ou africaine ne posent pas pour Marianne. Elles n’ont tout simplement pas l’avantage d’être de type caucasien. Voilà encore notre modernité.

Nous ne voulons pas d’une modernité qui a des relents puants de vieilles pages d’histoire sinistre, ni d’une modernité de science-fiction et de planète des singes. Nous voulons la modernité éternelle et toujours neuve de l’amour, de la vérité, de la vie, de la joie. Et nous l’avons, et elle vaincra.

Quelques remarques (et photos et vidéo) sur la « manif pour tous »

Je suis allée voir l’arrivée de la manif pour tous place Denfert-Rochereau (voir mes reportages photo et vidéo sur Citizenside). Beaucoup, beaucoup de monde. N’ayant pas assisté au défilé, je n’ai pas vu ses composantes les plus désagréables, celles que je n’avais pas envie de revoir une fois de plus (après la « Marche pour la vie » et le « Jour de colère »). J’ai vu seulement des familles, des gens qui m’ont paru très fermement opposés à la succession d’évolutions sociétales que le gouvernement promeut de façon intempestive, sans esprit de concertation ni égards pour ceux qui ne partagent pas leur idéologie. D’autant que le pays continue à souffrir de la crise. Une politique en forme de jeu dangereux, qui pousse à bout des pans entiers de la population. Il est facile d’enlever le mot « détresse » à la loi Veil, de faire voter le mariage homosexuel ou d’introduire à l’école de nouveaux cours d’éducation sexuelle. Bien plus facile que de promouvoir une politique de responsabilité quant à la procréation et la contraception, bien plus facile que de réduire le chômage, bien plus facile que de lutter contre les inégalités, à commencer par celles qui frappent les enfants à l’école, non de par leur sexe mais de par leur origine sociale.

Contrairement à ce qu’on entend dire parfois, le mariage civil n’est en rien sacré. La preuve en est qu’il comporte la possibilité de divorcer, c’est-à-dire qu’il accepte que ce mariage repose sur un mensonge quant aux obligations, comme l’obligation de fidélité, qu’il implique. Un pacte qui est prévu pour ne pas tenir parole est un pacte invalide. Autant il me paraît incohérent que les chrétiens et les musulmans veuillent défendre à tout prix ce mariage qui n’est absolument pas sacré, autant je comprends leur inquiétude quant à la menace de voir s’étendre les trafics liés à la procréation médicalement assistée et à la gestation pour autrui. On nous assure qu’il n’est pas question de légaliser en ce sens, mais il n’est pas illégitime de faire pression pour empêcher, retarder ou limiter cette évolution. Car toute évolution sociétale qui consiste à se soumettre au prétendu droit de chacun, droit à l’avortement « banal » comme l’écrit une féministe, droit au mariage homosexuel mais aussi droit à l’enfant pour ceux qui ne peuvent pas en avoir, est le nouveau grand nihilisme à l’œuvre dans le monde. L’enfant y est considéré comme un objet que l’on peut rejeter ou se procurer à volonté. Son droit propre n’est pas envisagé, seul compte le « droit », en fait le désir des adultes qui veulent de lui ou ne veulent pas de lui. Rien n’est plus nihiliste que nier l’enfant comme personne humaine, car l’enfant est le devenir de l’homme, le porteur de l’avenir de l’humanité, et aussi, au plan spirituel, le possible porteur de notre innocence.

Actualité mortifère de Heidegger

On continue ici et là à bavarder autour de l’antisémitisme de Heidegger, et ce n’est pas fini. Mais qui parle du fond de l’affaire ? À savoir, que l’antisémitisme de Heidegger est un anti-nomadisme. C’est là dessus qu’est fondée toute sa pensée, dès Être et Temps. Nous sommes en plein dans le conflit entre Abel et Caïn, inversé : ici c’est Abel qui veut tuer Caïn. Pour Heidegger, être c’est être dans une langue, sur un sol. Être dans le délimité, le cyclique, le cercle fermé, dans l’espace comme dans le temps. Son Dasein est l’être du cultivateur dans son champ, du fermier en famille dans sa ferme. Se référer aux Présocratiques est pour lui une façon – pour laquelle il n’hésite pas à s’illusionner sur une prétendue parenté entre le grec et l’allemand – de s’en tenir à une sorte d’immanentisme, de ne pas dépasser les mécanistes, de ne pas voir dans leur belle et nécessaire pensée l’étape qui permet d’avancer vers la pensée des fins dernières, des fins de la fin, des fins d’après la fin. Le « berger de l’être » de Heidegger est un berger figé, enraciné comme un épouvantail. La pensée de Heidegger aujourd’hui, son antisémitisme fondamental, règne aussi bien dans le mépris réservé aux migrants et aux sans-terre que dans le sionisme et dans tous les nationalismes et les communautarismes, dans le repli sur des familles fermées, loin, bien loin de l’esprit des familles très élargies et itinérantes sur lesquelles sont fondées les religions judéo-islamo-chrétiennes. Voyage et sa règle des Pèlerins d’Amour sont l’antidote à cette pensée mortifère.

Belles nouvelles

Jésus à la mosquée, un « calumet de la paix durable » entre musulmans et chrétiens congolais. « Pour prévenir le fâcheux précédent du conflit interreligieux de Centrafrique risquant de déborder en RDC, Musulmans et Chrétiens congolais se liguent pour la paix durable ». Dans une mosquée de Kinshasa, l’Imam Cheick Mounir Fadel a organisé une célébration de la fête de la Nativité du Christ. À lire sur Digitalcongo.net 

Un neurochirurgien fait dix kilomètres à pied dans la neige pour sauver un homme. « Vous êtes un homme bon », lui a dit l’infirmier-chef quand il l’a vu arriver. « J’ai l’habitude de marcher » a dit simplement le Dr Zenko Hrynkiw. À lire dans Lematin.ch

Entrée dans l’année du Cheval. Aujourd’hui c’est le Nouvel An chinois. « La vie de l’homme sur la terre est comme un cheval blanc sautant un fossé et disparaissant soudain ». Autres maximes chinoises sur le cheval sur Chine-informations.com

Conférence « écologique » du patriarche œcuménique Bartholomée 1er à l’Institut catholique de Paris

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ce soir à Paris, photos Alina Reyes

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Après avoir été reçu à l’Académie des sciences morales et politiques, où il a prononcé mardi un discours sur la liberté religieuse, Bartholomée 1er, primat de l’église orthodoxe de Constantinople, était reçu ce jeudi soir à l’Institut catholique de Paris. Lors d’une séance académique exceptionnelle, le titre de docteur honoris causa de l’Institut lui a été remis en présence de nombreux dignitaires. Bartholomée1er, surnommé le patriarche vert, a donné à cette occasion une conférence sur l’urgence de défendre l’environnement, notamment par une prise de conscience spirituelle du lien qui nous unit à l’ensemble du monde vivant. 

Le titre de sa conférence était : « Religion et environnement : quels défis spirituels pour aujourd’hui ? » Je suis arrivée au moment où il arrivait dans la cour de l’ICP. Je me suis faufilée parmi les moniales en grand habit noir et les prêtres orthodoxes qui l’attendaient à sa descente de voiture et j’ai fait quelques photos, à deux mètres de lui, aussi discrètement que possible. Puis j’ai dû me contenter d’assister à la séance sur écran, dans une salle à côté de l’amphithéâtre où elle avait lieu, car il était déjà plein. Un jeune homme « bien sous tous rapports » s’est assis à côté de moi et s’est pas mal occupé avec son smartphone, tout en me donnant régulièrement des coups de bras, comme un petit qui éprouve le besoin du contact avec sa maman. J’ai écouté les discours d’introduction des uns et des autres, catholiques, protestant, entrecoupés de prières chantées par un petit chœur qui me montaient aux anges. Le primat de Constantinople, homme doux, humble et précis, était là pour recevoir un doctorat honoris causa de l’Institut, mais aussi pour parler. Son tour est venu, je vais essayer de rendre compte de sa parole d’après les notes que j’ai prises.

Il a parlé de « réveiller le monde face à la destruction irréversible qui menace notre planète aujourd’hui », et de l’importance d’une éducation écologique. « Le mot environnement présuppose que nous sommes entourés de quelque chose », a-t-il dit : hommes et femmes, mais aussi terre et mer, soleil, ciel, faune et flore… La religion est un facteur déterminant dans la relation de l’homme au monde, et la vision judéo-chrétienne anthropocentrique ne doit pas être pensée en terme de domination, a-t-il noté en substance. Grégoire de Naziance, a-t-il rappelé, considérait l’homme comme un trait d’union entre le monde naturel et le monde spirituel. L’environnement est pour les chrétiens une Création appelée à être en communion avec l’homme, qui est son gardien. La différence avec les mouvements écologiques tient à la conception du monde, mais les buts se rejoignent.

Le patriarche a abordé le sujet en quatre questions : celle de la surexploitation des ressources naturelles ; celle du consumérisme ; celle du gaspillage ; et celle de la pollution.

« Notre rapport aux choses matérielles reflète notre rapport à Dieu », a-t-il dit, évoquant les menaces causées par la surpêche, la désertification, la destruction de la faune et de la flore. « La création est la semence de Dieu, tout est dans les mains de Dieu, notre environnement naturel porte l’empreinte de Dieu ». Il ne s’agit pas, a-t-il précisé, d’un panthéisme, mais plutôt de ce qu’on pourrait appeler un panenthéisme : voir Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu. Une telle vision du monde, sacramentelle, rend compte de l’intimité de Dieu et de la création. Si la terre est sacrée, alors notre relation avec notre environnement doit être mystique ou sacramentelle. Le péché d’Adam consiste à refuser cette vision de l’environnement naturel, à le voir plutôt comme un objet dont on peut obtenir une satisfaction. Dostoïevski l’a dit dans Les frères Karamazov : « Aime la création de Dieu toute entière. (…) Si tu aimes tout, tu percevras le mystère divin. »

Étant donné l’interdépendance de l’homme et de son environnement, la destruction ou la dégradation de l’environnement est une forme de suicide de l’humanité. N’attendons pas d’être arrivés à un point de non-retour. Pour cela, il a employé les mots : « modération et frugalité », « amour et humilité », afin de rendre à la nature sa « place harmonieuse et légitime ». Car le monde créé n’est pas notre possession mais un don de Dieu, à accepter avec gratitude. La spiritualité orthodoxe rejette la domination de la création par l’humanité. Résultat de l’égoïsme et de l’avidité, le péché de l’homme a conduit à la séparation entre le sacré et le profane, livrant ce dernier au mal. La richesse est une idole, la surexploitation des ressources naturelles est causée par l’avarice et la luxure. Nous souffrons d’un manque d’intelligence et d’un grave problème éthique. Face à cela, « la religion ne peut se taire ». « L’homme est avant tout une créature eucharistique, capable de gratitude envers Dieu ».

Bartholomée1er a ensuite fait la promotion de « l’esprit ascétique ». Il s’agit de réduire notre consumérisme par la modération, l’abstinence, la pratique du jeûne. L’éthos ascétique protège le don de la création, lutte pour la modération et la maîtrise de soi, nous sort de la consommation compulsive. Le jeûne dans l’église orthodoxe est une autre façon de relier le ciel et la terre. Au fil des siècles la notion de jeûne a perdu son sens, mais dans l’église primitive, jeûner c’était ne pas permettre au monde de nous détourner de l’essentiel. Les orthodoxes, a rappelé le patriarche, jeûnent en se privant de viande et de laitages selon des périodes qui font au total près de la moitié de l’année. Le jeûne ne punit pas mais permet de reconnaître la qualité des aliments. Il rend la valeur du partage et la compassion pour les pauvres. Il est une alternative à « la société de convoitise ». Par le jeûne le monde est « informé » par le monde spirituel. Le jeûne marque notre acceptation de notre vocation à transformer le monde entier. Il sert à se rappeler la souffrance du monde, et à se souvenir qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. Jeûner, c’est jeûner avec et pour les autres. Tout ce que nous faisons est inséparable du bien-être de nos frères et sœurs. « Jeûner, c’est apprendre à donner et pas seulement à renoncer », « offrir un sens véritable de la libération de la cupidité et de la contrainte ».

La pollution de l’air et des eaux, le réchauffement climatique, sont la conséquence de la perte de conscience de la sacralité du monde, les résultats désastreux de l’industrialisation et de notre avidité. L’environnement ne peut être envisagé seul, détaché de l’homme. L’écologie, dans les faits comme dans l’étymologie, est liée à l’économie. Notre survie elle-même est menacée. Les études montrent que les catégories les plus touchées seront celles des plus démunis. Il faut tenir compte de ce lien avec le problème social de la pauvreté, avec les questions de justice sociale et de faim dans le monde. Une société qui ne prend pas soin de tous les hommes est une société qui maltraite la création. Cela équivaut à un blasphème.

Ce monde est la maison de tous les êtres vivants, et pas seulement celle des hommes – et il faut rappeler que 10 % de la population terrestre s’accapare de 90 % des ressources. Il faut un changement radical dans la politique et l’économie. Il est urgent d’œuvrer pour une culture de la solidarité. Nous sommes face à un défi unique, qui ne s’est encore jamais présenté dans l’histoire. Il nous faut répondre à ce défi pour remplir notre devoir envers les générations à venir. La crise est spirituelle puisqu’elle concerne notre façon de considérer le monde. L’humanité a cessé d’être le prêtre et l’économe de la création et s’est transformée en tyran qui abuse de la création. Il ne suffit pas de traiter les conséquences, il faut traiter les causes, qui sont spirituelles. Nous avons une responsabilité devant Dieu envers chaque créature et l’ensemble de la création. Barthomée1er a terminé en rappelant que c’est ce que Benoît XVI et lui avaient exprimé conjointement lors de la visite du pape au Patriarcat œcuménique en 2006 : en tant que chefs religieux, nous considérons de notre devoir d’encourager la protection de la création.

Bien entendu mon compte-rendu, fait de notes prises au stylo dans la pénombre, est partiel et ne rend pas la beauté et la finesse du discours de Bartholomée1er, avec lequel je me suis sentie en harmonie. Après quoi André Vingt-Trois l’a remercié, en disant qu’il allait suivre son conseil de modération, sans toutefois aller jusqu’au jeûne. Puis notre bon cardinal a trompetté dans son mouchoir, et les mains confortablement posées sur son ventre, a écouté recueilli le chant de prière qui suivait. Je suis rentrée chez moi à pied, toute réjouie dans la grâce de la nuit de plus en plus tardive. J’ai croisé une centaine de gens qui couraient, je ne sais pourquoi, et qui m’ont rappelé mon rêve de la nuit dernière, où des gens et des cavaliers courant dans une peinture, faisaient soudain une pointe de vitesse qui les faisait sortir du tableau, continuer leur course dans le vaste espace. C’était un rêve de joie.