Le Vatican a un nouveau secrétaire d’État : « Il appartient à l’aile conservatrice de l’Église. (…) Personnellement, je suis scandalisé d’entendre cet homme de grande culture et d’expérience diplomatique tenir un discours du siècle dernier, fondé sur des perceptions dépassées et sur une théologie également dépassée. » Lire l’article entier, évoquant notamment le rôle de l’épiscopat au Vénézuela, d’Oscar Fortin sur son site.
La tragédie de Lampedusa : ce dont l’Italie doit vraiment avoir honte. « On passe ensuite à une page plus honteuse encore : celle de la guerre contre la Libye. Pour démanteler un état national qui, malgré d’amples garanties et ouvertures à l’Occident, ne peut plus totalement être contrôlé par les Etats-Unis et par les puissances européennes, garde le contrôle de ses propres réserves énergétiques en concédant aux compagnies étrangères des marges de profit restreintes, investit à l’étranger des fonds souverains pour plus de 150 milliards de dollars, finance l’Union africaine pour qu’elle crée ses organismes économiques indépendants : la Banque africaine d’ investissement, la Banque centrale africaine et le Fond monétaire africain. Grâce à un actif commercial de 27 milliards de dollars annuels et un revenu par habitant de 13mille dollars, la Libye est avant la guerre le pays africain où le niveau de vie est les plus élevé, malgré les disparités, et se trouve félicitée par la Banque mondiale pour « l’utilisation optimale de la dépense publique, y compris en faveur des couches sociales pauvres ». Dans cette Libye environ un million et demi d’immigrés africains trouvent du travail. » Lire l’article entier de Manlio Dinuci pour Il Manifesto sur Mondialisation.ca
« Dès l’instant précis de sa conception, une nuit de 1951, la petite Ruby Lennox a commencé à voir, à comprendre, à sentir. En particulier, elle sait qu’on se serait bien passé d’elle… » C’est le résumé d’un gros roman paru en 1998, Dans les coulisses du musée, par Kate Atkinson – et non comme on pourrait le croire en cette rentrée littéraire celui du gros roman d’un fiston, soutenu par la presse, de BHL, guerroyeur en Libye et ailleurs.
Le pape François a demandé aux sœurs de ne pas avoir un sourire d’hôtesses de l’air, mais d’être des mères. Pourquoi les appeler sœurs, alors ? Si l’Église veut des mères, que n’en ordonne-t-elle, comme elle ordonne des « pères » ? En tout cas si le chrétien avait eu la folie de rêver un instant trouver un paradis de houris dans ces antichambres du ciel que sont censés être les monastères, le voici ramené à terre, avant même d’avoir pu décoller.
Le pape émérite, lui, coule une douce « vie de moine », servi par cinq memores domini : jadis les curés avaient une bonne (quand il le fallait assez « compréhensive », comme j’entendis un jour le dire une vieille catholique, pour leur éviter d’avoir envie de se marier), les papes qu’on canonise par lots aujourd’hui en ont cinq. Certains musulmans ont sans doute la même sagesse de croire qu’il est plus facile d’être maître de soi avec plusieurs femmes qui vous servent qu’avec une entière. Faut-il sourire (jaune) davantage des « droits » de la hiérarchie, ou de ceux du sexisme ?
Comme sur beaucoup de choses, le pape François a de bien belles paroles sur la place des femmes dans l’Église. C’est comme quand il réclame une Église dépouillée, sans rien faire pour se débarrasser de ses richesses, ni même seulement de sa très honteuse banque. S’ils ne peuvent pas s’en passer, si les églises ne peuvent cesser leurs grands affichages pour demander le denier du culte, si les prêtres ne peuvent gagner leur vie comme tout le monde, si les évêques, en plus d’être payés par les fidèles, ne veulent pas renoncer à encaisser au moins cent cinquante euros quand ils vont parler une heure quelque part (ce que bien des militants pas plus riches qu’eux font gratuitement), alors qu’il cesse de répéter qu’il veut une Église pauvre. Lui comme tant d’autres hommes et femmes pas encore sortis du dix-neuvième siècle sont plus éloignés d’un début de vision de ce que peut être, et de ce que peut, une femme, que nous ne le sommes des Martiens. Prions pour eux. Dans la vigne du Seigneur, pauvre paria, je poursuis mon travail, avec beaucoup de joie. Le nouveau livre, semblable à nul autre de mes précédents, est en cours.
La femme de M. Valls se réjouit dans la presse espagnole de ce que beaucoup de Françaises voudraient coucher avec son mari. Il le mérite, selon elle, et même bien plus que ça. Qui écœure le plus, de celles qui fantasment sur Valls ou de celle qui jouit publiquement de cette partouze imaginaire ? Un autre titre dans la presse nous informe que lorsque Cécilia Attias a quitté Nicolas Sarkozy, certaines de ses amies ont divorcé pour tenter de séduire ce dernier. Dire que dans ces beaux draps on dénonce les réseaux mafieux et de prostitution chez les Roms.
Un dernier sondage crédite M. Valls de 71 % d’opinions favorables. Dont 69 % à droite. Décidément, que d’érotisme. Combien d’extrême-droite parmi cette droite, la presse ne nous le dit pas, mais se tenir en position de lèche-cul des aigris, ça paye.
Dylan, une fille adoptive de Mia Farrow et Woody Allen, ne peut plus prononcer le nom de ce père qui l’a gravement traumatisée, notamment dans un grenier, quand elle avait sept ans. Aucun de ses enfants naturels ou adoptifs (sauf celle qu’il a épousée) ne veut plus lui parler, l’un d’eux l’accusant même, en référence à la mort de deux d’entre eux, d’avoir du sang sur les mains. La symbolique de la merde dans la tête conviendrait peut-être mieux.
Manuel Valls, Français de fraîche date, en dépit des apparences ne s’est pas encore intégré, comme on dit. Il n’a pas encore assimilé dans sa chair ce qu’est la vocation de la France, terre d’accueil, patrie des droits de l’homme, république de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Malheureusement beaucoup de Français de longue date, eux, se sont désintégrés. Eux non plus ne portent pas dans leur chair ces valeurs, ils les ont évacuées. France, où est ta mémoire ? Où est ton esprit ? Tant que tu ne les auras pas retrouvés, tu ne feras que te perdre un peu plus, t’enfoncer dans l’histoire jusqu’à y quasiment disparaître, comme il est arrivé aux Grecs.
Être terre d’accueil, patrie des droits de l’homme, république de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, c’est très beau, c’est être phare. Cela ne va pas sans coût, sans un effort constant de la conscience, un réveil permanent. On n’est pas phare sans lumière, et un phare sans homme, un phare inhabité, ne fait plus de lumière. Soyez des hommes, Français. Sois un homme, Français, Française de fraîche ou de longue date, sois clair, à la pointe, gardien de la vie de tes frères humains qui naviguent sur les océans difficiles mais essentiels de notre commune existence.
Au cinéma La Clef une projection d’Afrique 50, le très beau film de René Vautier, suivie d’une présentation du film dans son contexte par Alain Ruscio ; puis projection de De sable et de sang, autre court-métrage, sur Vautier cette fois, de Michel Le Thomas, suivie encore d’un débat avec Damien Millet, du CADTM, Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde.
Afrique 50est unchef-d’œuvre tourné à l’âge de vingt-et-un ans et monté par Vautier avec ce qu’il put récupérer des bobines qui lui avaient été confisquées par la police. En 1949, fraîchement sorti de l’IDHEC, le jeune homme, ancien résistant, avait été envoyé faire un film sur les bienfaits de la colonisation quant à l’éducation. Mais une fois sur place, la vérité lui commanda un tout autre ouvrage. L’administration coloniale se rendit compte qu’il ne filmait pas ce qu’il fallait. Un commissaire de police fut envoyé fouiller sa chambre pour lui prendre ses bobines. S’ensuivit une bagarre au cours de laquelle Vautier jeta par la fenêtre le policier, qui se cassa le bras. Après quoi, le cinéaste poursuivit son film en fuyant à travers l’Afrique de l’Ouest, un temps hébergé par le fondateur du Rassemblement démocratique africain, Félix Houphouët-Boigny (avant que ce dernier ne soit « retourné », dit Alain Ruscio, par le ministre de la France d’outre-mer de l’époque, François Mitterrand).
Afrique 50 sort la même année que le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire. Mais l’opinion publique, convaincue que la colonisation est nécessaire au niveau de vie des Français et apporte aux peuples colonisés la civilisation, reste très éloignée de toute contestation du fait colonial. Afrique 50 est le premier film anti-colonialiste, alors que, rappelle Alain Ruscio, le cinéma existe depuis cinquante ans. À l’exception de l’Humanité et des revues anarchistes, toute la presse de l’époque (en particulier Le Figaro et Le Pèlerin, distribué dans la France profonde), de même que le cinéma de l’époque (de Pépé le Moko à Princesse Tam-Tam en passant par Le Bled), véhicule les mêmes schémas racistes et colonialistes. Et les socialistes votent les crédits pour la guerre en Indochine jusqu’en 1953. Dans ce contexte la spécificité du film de Vautier est d’autant plus remarquable.
Un jour, ajoute Michel Le Thomas, René Vautier fut blessé par une remarque que lui fit Jean Rouch, dont les films ethnographiques étaient très prisés et largement portés par les distributeurs. Mais l’optique de Vautier fut toujours de chercher à montrer, non pas ce qui sépare les hommes, mais ce qu’ils ont en commun, par-delà les cultures. Ce qui lui valut une vie marquée par une multitude d’empêchements, dont un an d’emprisonnement et la censure d’Afrique 50 pendant plus de quarante ans. Aujourd’hui encore son œuvre est méconnue, même si le nom de Vautier a fini par faire son apparition dans le Dictionnaire du cinéma de Larousse, où d’abord il ne figurait pas, au motif qu’il n’était « pas cinéaste, mais militant ». Tel est le prix, pour qui dérange – un tout autre prix que ceux que les festivals décernent.
Dans De sable et de sang, Michel Le Thomas raconte un épisode dans la vie de René Vautier. Ce dernier s’était rendu il y a vingt ans à Akjoujt, en Mauritanie, sur un site minier abandonné. Avant de repartir, il avait laissé sa caméra à un jeune homme, qui lui envoyait en France des images du quotidien de ces gens qui, avec la mine, avaient perdu leurs pâturages et leur ancien mode de vie, et après la mine, tout le reste. Un jour on informa Jean Vautier que sa caméra, marquée à son nom, avait été retrouvée, échouée sur une côte marocaine où avait fait naufrage un boat people. C’est ainsi qu’il apprit la mort de ce jeune homme, noyé comme tant d’autres sur le chemin du dernier espoir. (Bien sûr j’ai pensé à Mohammed, qui quelques années après mon livre Moha m’aime partit sur un boat people lui aussi, qui heureusement ne coula pas. Et à la bêtise et l’absence de cœur de ces germanopratins qui sur France Culture taxèrent ce livre de néo-colonialisme, tant leur est insupportable un témoignage d’amitié vraie avec les pauvres, et plus encore avec des Arabes pauvres). Le débat qui suivit, sur la demande d’abolition de la dette des pays du Tiers Monde, tombait à point. Qui doit quelque chose à qui, dans ces affaires ?
En parlant de « ces populations », les Roms, qui « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres » et ont en conséquence « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie », Manuel Valls, soutenu par le chef de l’État, cache sous le mot population le mot race – puisque la misère est dénoncée comme mode de vie irrémédiablement enracinée dans leur être – et sous leur prétendue vocation du retour à leur terre d’origine, l’idéologie barrésienne de l’enracinement des hommes dans la terre où ils sont nés. « La psychologie de la race domine celle de l’individu », écrivait Vacher de Lapouge en 1899 dans L’Aryen.
Tandis que Valeurs actuelles continue à enchaîner les couvertures nauséabondes sur les Roms et les musulmans, et tandis que le gouvernement socialiste ne sait, en guise de politique intérieure, qu’exhiber son idéologie sociétale, semblant vouloir promouvoir un artificiel « homme nouveau », laquelle idéologie engendre en retour des mouvements réactionnaires également nauséabonds… et tandis que cet État ne sait en guise de politique extérieure qu’exhiber ses prétentions guerrières… comment ne pas constater que toutes ces valeurs actuelles – la race, la terre ; l’homme nouveau, la guerre – sont celles du bric-à-brac de la « pensée » pré-, péri- ou post-fasciste, qui poursuit son travail de gangrène dans notre société ?
Une autre politique est possible : une politique généreuse, inventive, audacieuse, une politique dotée d’une vision et d’un vrai courage, une politique de l’intelligence et de l’humanité, une politique qui ne se berce ni ne berce les autres de mots et d’idéologies. Une politique qui agit, qui ne se débarrasse pas par l’exclusion de ses devoirs à l’égard des hommes, qui ne renonce ni à lutter contre le crime, la délinquance et les manquements aux devoirs à tous les niveaux de la société, ni à œuvrer pour respecter, garantir et promouvoir les droits de tous.
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Le décor, et ce qui se cache derrière : de quels crimes vient la fortune de BHL, par laquelle il règne, et les aises de tant d’autres, néo-colonialistes et conseillers des princes néo-colonialistes, tel Hollande inaugurant son mandat par un hommage à Jules Ferry et ne sachant le marquer autrement qu’en allant ou voulant guerroyer en Afrique ou au Moyen Orient. Le film a été interdit pendant quarante ans et a valu à son auteur, René Vautier, plus d’un an de prison.
Dans « Caméra Citoyenne, Mémoires », son livre biographique, le cinéaste avoue : « En voulant braquer ma caméra sur les luttes des travailleurs – des travailleurs en France, des travailleurs coloniaux, des travailleurs immigrés, etc. – j’ai rencontré quelques problèmes : 39 arrestations, 17 inculpations, 5 condamnations, 54 mois de prison, 6 séjours à l’hôpital, 11 fractures, 4 expulsions, 5 caméras détruites par matraques, balles ou grenades, 7.000 mètres de pellicules saisis, 60.000 mètres de pellicule détruits à la hache ou à la cisaille … sans compter les dizaines de films pour lesquels je dois me battre en justice pour récupérer le droit de les montrer « . Afrique 50 n’est donc qu’une censure parmi tant d’autres. Le film lui coûta treize inculpations et une condamnation à un an et un jour de prison pour violences sur la personne d’un agent de l’autorité (mais aussi la médaille d’or au festival de Varsovie). Le « un » jour de prison est important car il prive tout citoyen français de ses droits civiques ! » (l’article entier sur darkness-fanzine)
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Cette contradiction fondamentale atteint son plus haut point, parmi les Églises, dans l’Église catholique, avec son père tout-puissant, le Pape. En vérité le pape est spirituellement impossible, faux. C’est pourquoi Benoît XVI s’est retiré : sa situation était intenable. Le pape suivant, qui est aussi le pape simultané – preuve supplémentaire de la fausseté de cette figure censée représenter l’Unique sur terre – a pris un nom de frère, François. Mais comme il n’a pas de numéro à y accoler, qui l’inscrirait dans la suite des papes et relativiserait donc sa figure, le monde avide de père spirituel l’appelle pape François, le renvoyant ainsi sans cesse à cette fonction paternelle dont le Christ a dit qu’elle ne pouvait pas être celle des hommes, d’un homme. Lui-même, le Christ, ne s’est jamais fait appeler père ni pape, et Pierre ne l’a sûrement pas fait non plus, ayant entendu de la bouche du Messie que seul Dieu pouvait être appelé père. Il est d’ailleurs à remarquer que si le Christ appelle Dieu Abba, ce n’est pas seulement pour souligner le fait qu’il est son père spirituel, c’est aussi pour empêcher les hommes de chercher des pères spirituels parmi les hommes. À celui qui s’agenouille devant lui et lui demande : « Bon maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle en partage ? », il répond : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon sinon Dieu seul ». (Marc 10, 17-18)
L’un des vices de cette focalisation sur le pape est d’entraîner l’Église à sa suite dans le cœur des fidèles. Si le pape ne nous plaît pas, ou pas trop, nous ne pouvons plus aimer l’Église non plus. Si, au contraire, nous pouvons nous raccrocher à la figure du pape comme il ne faudrait pas s’y raccrocher, alors l’Église, quoique devenue au cours des siècles bien moins récupérable que la femme d’Osée, prend soudain l’allure d’une jeune mariée, ou presque, si l’on ferme assez les yeux sur les artifices qui lui rafraîchissent le teint, « l’attrape-couillons », comme ma grand-mère appelait son poudrier, qui n’empêche pas de vieillir et d’aller vers sa mort.
C’est pourquoi, après Benoît XVI, l’on n’a pas laissé le Saint Esprit élire le pape, on l’a calculé en fonction des besoins estimés, le premier étant le besoin de popularité, incluant la possibilité de jouer un rôle, de se présenter non comme ce qu’il est, mais comme ce qu’on attend qu’il soit. Rappelons-nous Bergoglio apparaissant au balcon pour la première fois avec une mine et des gestes de benêt, afin de ressembler à certaines images du Poverello d’Assise, bras levés, air candide – la candeur est-elle vraiment le fond de l’être du vieux cardinal jésuite ? Tout ceci ne peut être qu’éphémère, superficiel, soumis aux humeurs du temps et finalement destructeur dans la durée.
Comment sauver le bon côté de la papauté, son caractère unifiant ? En ne prenant pas le pape pour un pape. Ne pas se prendre lui-même pour un pape, c’est ce qu’a tenté Bergoglio, mais pas en profondeur. Dès que la vérité se rapproche, la vérité d’en face paraît : contrairement au pape qui en son temps accueillit François, le pape François n’accueille personne qui soit comme le vrai François, à la fois nouveau et touchant le ciel. Les risques sont trop grands, ce sont ceux que le Messie exige de l’homme, ceux qui pourtant sauvent.
Le milliardaire « Je suis partout », mécontent de ne pouvoir méfaire en Syrie aussi facilement qu’il le fit en Lybie, lâche sa plainte dans sa chronique hebdomadaire. Selon lui, c’est aux élus de déclarer les guerres, non aux peuples de refuser d’y aller. On se croirait en 14, quand, depuis des bureaux dorés, on envoya les hommes au casse-pipe, et le siècle avec. Le milliardaire « Je suis partout » oublie bien des choses dont une : c’est que lui-même, quoiqu’il ait prétention à gouverner le monde, avec son argent pesant, ses combines en réseaux, sa pensée vulgaire et trompeuse, n’est en rien un élu. Relisons Voyage au bout de la nuit et rappelons-nous la suite de l’histoire.
« Lâche qu’il était, je le savais, et lui aussi, de nature espérant toujours qu’on allait le sauver de la vérité… » C’est dans le Voyage, que Gallimard refuse toujours de publier en version numérique mais dont on peut du moins relire en ligne l’incipit.
Aujourd’hui, 14 septembre 2013, début des Journées du patrimoine en France, rentrée politique du Front National à Marseille, ouverture de la fête de l’Huma, fête de la Croix glorieuse, célébration de Yom Kippour. Aujourd’hui quatre manifestations ont été interdites à Paris à cause de risques d’affrontements entre militants d’extrême-droite et militants d’extrême-gauche. Aujourd’hui les Russes et les Américains ont conclu un accord pour tenter d’éviter la guerre en éliminant l’arsenal chimique syrien. Aujourd’hui Dieu merci, certains élus font encore leur travail. Aujourd’hui avenue des Gobelins stationnait une douzaine de cars de la police, tandis que des cars de la Gendarmerie nationale tenaient la place d’Italie, rejoints par des cars de la Protection civile de Paris. J’ai demandé à un gendarme ce qui se passait. C’est l’arrivée de la Techno Parade, m’a-t-il dit. Aujourd’hui à Paris sous la pluie une petite noce populaire de Méditerranéens faisait la fête avec musique et tambours devant la mairie du 13e, et c’était la noce dans mon cœur aussi.
En Russie, une crue de l’Amour sans précédent inonde un million de kilomètres carrés, soit un territoire aussi vaste que l’Oklahoma, le Texas et le Nouveau-Mexique réunis. Beaucoup de dégâts matériels, mais pas de mort d’homme.
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En Russie toujours, à Krasnoïarsk, un homme est arrivé à l’hôpital, sans papiers et ne se souvenant de rien, avec un tabouret sortant du crâne – l’un des pieds métalliques étant fiché dans sa tête sur onze centimètres. Les médecins le lui ont retiré, il est sauvé.
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La guerre en Syrie ne sera pas une promenade, note un spécialiste russe. Promenons-nous tant qu’il en est encore temps. L’histoire que nous font les grands de ce monde semble sortir du journal d’un fou.
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« Ben, prévois de jouer Precious Lord, Take My Hand à la réunion de ce soir. Joue-le de la plus belle manière ». Ce sont les dernières paroles de Martin Luther King.
La jeune fille musulmane qui s’est défenestrée après avoir été agressée par des skinheads est vivante. Il semble que depuis son agression elle ait eu à subir beaucoup de suspicions, voire de harcèlement, de la part de la police – et nous savons toute la suspicion avec laquelle cette affaire a été relatée dans la presse. Une agression comme celle qu’elle a subie est très traumatisante, mais le traumatisme devient gravissime quand le témoignage de la victime est partout mis en doute et qu’elle se retrouve en position d’accusée. Sur internet, nos bons concitoyens continuent à exprimer leurs doutes face au témoignage de cette jeune fille, mais à Annecy, où une nouvelle agression de skinheads sur des musulmans vient de se produire, l’un des agresseurs vient d’être arrêté. Qu’on cesse de nier le problème.