Enchantements nocturnes

chant du monde,« Chant du monde », l’un de mes dessins au feutre

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La nuit en dormant je fais de très beaux rêves. Quand je passe du temps à lire dans la journée, je rêve que je lis – des phrases qu’en fait j’invente en rêvant, ou bien, la semaine dernière quand je lisais Les Contemplations, des alexandrins que j’inventais en rêvant aussi. Ce n’est pas nouveau, il m’arrivait même, un temps, de composer des musiques en rêve. Un comédien me dit qu’il monte des pièces en rêve. Le seul problème est qu’on n’est pas toujours très bien reposé en se réveillant, le cerveau ayant travaillé, et beaucoup plus vite qu’en état de veille. Je fais aussi toujours des rêves de nature et d’habitations, de déplacements… Il y a deux nuits, j’étais dans la forêt, deux beaux chevreuils accouraient en direction l’un de l’autre, coiffés de très larges chapeaux blancs fleuris, et se croisaient dans une immense grâce, sans cesser leur course ; bientôt arrivaient beaucoup d’autres chevreuils, dont beaucoup de très jeunes, et j’étais alors avec bien d’autres gens et des enfants, dont les miens, encore enfants. Toute cette jeunesse et cette animation paisible et féérique dans la forêt verte faisaient un grand étonnement de joie et une grande évidence en même temps.

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Images et histoires du soir

En rentrant à pied d’un colloque à la Sorbonne sur Les Contemplations de Victor Hugo (sur lesquelles je veux écrire bientôt un texte que je donnerai ici), j’ai photographié deux belles œuvres de street art que je n’avais pas encore vues dans le 5e. De retour à la maison, j’ai trouvé cette vidéo touchante d’Alain Decaux sur Hugo, sa mort et sa présence toujours vivante. J’ai aussi recopié un texte trouvé dans un amphi, sur un polycopié abandonné avec des histoires d’humains secourant des fauves, lions et panthère, et à leur tour secourus par eux, de Pline l’Ancien et d’Aulu-Gelle. Et je finis la note avec un extrait de celle des Nuits attiques d’Aulu-Gelle, livre V, XIV (traduction de Chaumont, Flambart et Buisson). Le narrateur cherche une retraite pour échapper aux poursuites d’un tyran – et dès qu’il la quittera, dès qu’il quittera le lion, « la vie sauvage », il sera de nouveau pris par les soldats. Ces histoires peuvent très bien être inspirées de faits tout à fait réels – récemment on a pu voir une vidéo filmée par des plongeurs dans laquelle un dauphin venait leur demander très clairement de lui retirer un morceau de harpon qui l’handicapait, se disposait du mieux possible pendant l’opération, puis remerciait par un charmant ballet avant de s’en aller, libéré. J’ai moi-même un jour libéré un taureau qui s’était pris les cornes dans un filet, cela n’a pas été très facile mais ensuite il s’est couché à mes pieds (alors que c’était un taureau – appartenant à la ferme d’en bas – toujours très agité et en train de faire la mauvaise tête – ce qui lui a valu de finir prématurément à l’abattoir). Le début de ce beau texte rappelle l’incipit de la Divine Comédie, sauf que tout y est inversé puisque, comme chez Hugo, la vie sauvage est salvatrice.

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Je marchais brûlé par les rayons ardents du soleil, alors au milieu de sa course, lorsque je trouvai sur mon chemin un antre ténébreux, isolé ; j’y pénètre, m’y cache. Peu d’instants après, je vis arriver ce lion, marchant avec peine ; une de ses pattes était toute sanglante ; il poussait des rugissements et des cris affreux que lui arrachait la douleur causée par sa blessure. D’abord la vue de ce lion qui se dirigeait de mon côté me glaça de terreur et d’effroi ; mais, dès qu’il m’aperçut au fond de l’antre qui évidemment lui servait de repaire, il avance d’un air doux et soumis, il lève sa patte, me la présente, me montre sa blessure et semble me demander du secours ; alors j’arrache une grosse épine enfoncée entre ses griffes, je presse la plaie et j’en fais sortir le pus qui s’y était formé ; bientôt revenant un peu de ma frayeur, j’épongeai soigneusement la plaie et en enlevai le sang. Le lion, que j’avais soulagé et délivré de ses souffrances, se couche et s’endort paisiblement, sa patte dans mes mains. À partir de ce moment, nous vécûmes ensemble dans cet antre pendant trois ans.
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Être vivant

Arriver à l’automne de ma vie toujours vivante, voilà pour moi une grande victoire, et qui augure un bel hiver, plein comme une femme enceinte d’un printemps – que je meure dans quarante ans ou dans quarante minutes. Ce n’était pas gagné d’avance, ça ne l’est pour personne, j’en avais pleinement conscience adolescente, voyant ce qu’acceptaient tant d’adultes et que je refuserais : ce refus pouvait me faire mourir physiquement. Or je n’ai pas trahi – quelle plus profonde joie peut-on connaître, après la traversée périlleuse de l’âge adulte ? Je suis arrivée indemne et à bon port, rien ne pourra plus m’enlever cela. Bien sûr j’ai fait des erreurs, j’ai commis des fautes. Mais je ne m’y suis pas résignée. Nous faisons tous des erreurs et des fautes, mais il y a d’une part une distinction fondamentale entre les fautes commises en connaissance de cause, délibérément (le plus souvent au prétexte de quelque « bonne cause », dans la philosophie fausse qui justifie les moyens par la fin), et celles que nous commettons par ignorance, par imprudence, par légèreté, sans volonté de blesser, dominer ou détruire autrui. Mais même les erreurs et les fautes involontaires peuvent faire beaucoup de mal, et je ne suis pas de ceux qui disent à propos de tout ce qu’ils ont fait : si c’était à refaire, je le referais. Non, surtout pas ! Ce que j’aurais dû ne pas faire, je ne le referais surtout pas ! C’est justement la conscience que ce n’était pas nécessaire, le refus d’une fatalité du mal, qui permet d’être toujours vivant, très vivant.

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Action epsilon : ma thèse en couleurs (suite) (actualisée)

Note du 28 octobre actualisée avec de nouvelles pages en 2e partie.

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J’intègre à ma thèse version papier les copies de l’agrégation tentée en mars dernier – ou du moins leur impression d’après leur numérisation, car l’académie ne renvoie plus les copies elles-mêmes, malheureusement. Je les ai colorées plus simplement que les autres pages. Ici il s’agit de la dissertation sur Ronsard, que j’ai recopiée et qu’on peut lire ici. La version imprimée de ma thèse sera différente de la version papier, où j’intègre des documents bruts comme ces dissertations et des collages comme ici au dos de la dernière page une page du catalogue de présentation du colloque sur les migrants au Collège de France. Ayant arrêté de dessiner et de peindre pour préparer ma thèse (et pas mal d’autres choses), j’ai toujours le désir de faire quelque chose de mes mains et de mon corps et je le fais, d’une façon ou d’une autre. Dessiner et peindre comporte le bonheur du contact, de l’échange avec le matériau, matériau avec lequel j’aime vivre, comme lorsque je vivais en colocation avec un vrai artiste peintre, matériau des supports, des instruments et des couleurs, crayons, encres, peintures etc. qui sont les compagnons de l’artiste dans la réalisation. J’aime les avoir près de moi, pressés, marqués par le travail, vieillis, pleins d’âme.

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Et voici les pages de la dissertation sur les « romans de la fin d’un monde », qu’on peut lire ici.

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Les précédentes pages de ma thèse en couleur se trouvent au mot-clé Action poélitique à lettre grecque.

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