À la Grande mosquée de Paris

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la Grande Mosquée de Paris cet après-midi, photos Alina Reyes

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Je suis allée à la nouvelle salle de prière des femmes, bon, ce n’est pas si mal. On entre par la grande porte, on prend le petit jardin, on descend à l’entresol, et là on dispose d’une grande salle assez belle mais sombre.  Le samedi après-midi, il y a plusieurs groupes de femmes, certaines avec leurs enfants, en train d’apprendre l’arabe coranique ou la récitation du Coran, selon les niveaux. J’ai parlé avec des sœurs, j’irai, incha’Allah. Pour cela c’est très bien, mais pour prier c’était tout de même mieux avant. Surtout quand on faisait la prière du vendredi dans le jardin. C’était si extraordinaire. Je le garde bien dans mon cœur. En espérant que cela sera de nouveau possible un jour.

Pour prier j’avais mis sur ma tête la belle écharpe en lin que m’a offerte Avi, juif marocain de mon quartier – il dit que le motif entrelacé représente les trois religions monothéistes.

Ensuite je me suis promenée dans la mosquée puis je me suis assise sur une marche dehors, dans l’odeur exquise des glycines, et j’ai songé, notamment à mon manuscrit, que j’avais emporté avec moi. Toute une après-midi au paradis.

Le bonheur en personne

Beaucoup de rêves cette nuit, tous très bons. Par exemple celui-ci : j’avais un nouveau-né, déjà merveilleusement éveillé et répondant à mes sollicitations par maints sourires, par des rires, le bonheur en personne. J’étais follement heureuse. Nous vivions dans un minuscule studio avec son père, qui était moi également. Le nouveau-né, son père et moi nous étions trois, et nous hébergions quelqu’un d’autre, parce qu’il en avait besoin. Nous recevions même des gens de passage, dans ce minuscule espace.

Miroirs des âmes

La fille d’un rabbin, m’ayant vue dans une vidéo tournée en 1990 écrire au rouge à lèvres sur un miroir, y a vu un signe : selon elle, écrivant ainsi de gauche à droite, je révélais ma prédisposition à la religion. J’aime beaucoup la lecture qu’elle fait de cet acte.

En peignant ou coloriant mes photos, je me sens proche, à mon humble mesure, du street art. Dans le sens où les photos, comme les murs des villes, représentent la réalité apparente du monde, y faire un geste de peinture c’est passer à travers le mur, au-delà des apparences, invoquer le réel, c’est-à-dire le spirituel.

Ainsi les murs et la surface des photos se transforment-ils en miroirs, appelés à montrer et annoncer la vérité. Quand je passe les feutres de couleur sur le papier glacé où la lumière joue, les feutres chantent comme des oiseaux.

Heureuse

Voilà, mon petit érotique est fini. Écrit en une semaine, comme Sept nuits (et il fait le même nombre de pages). Au même moment, tout à l’heure, O rapporte à la maison une panière de douceurs pour la fête de Pourim, que lui a donnée un commerçant séfarade débordant de générosité. La vie est bonne !

Manger le ciel

En fait ce sont huit pages par jour que j’ai écrites, les trois premiers jours (plus de 36000 signes, j’aime bien ce chiffre). Je continue, en beauté. La poésie ne veut pas me lâcher, ma foi je la laisse faire. Qui a jamais lu une chose pareille ? Je ne crie pas, dans mon euphorie, à mon génie, mais à la merveille qui fait que nous soyons chacun unique, et par là même universels. Comme la lumière est belle ! Vive le printemps ! La nuit quand je dors, le matin quand je sommeille encore un peu, je me vois en train de peindre, c’est-à-dire je vois la peinture en train de se faire, sur du bois, non des tableaux finis mais des peintures en cours, dans leurs détails vivement colorés où je marche comme sur un chemin. Ah il faudrait mille vies. Mais après tout nous les avons, et bien davantage encore.