Poésie urbaine (et selfie)

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Ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

Et un selfie d’après yoga. Chaque matin une heure ou plus de yoga (hatha yoga, vinyasa, yin yoga, kundalini… je goûte à tous, avec les enseignantes et enseignants les meilleurs que je trouve en ligne, indiens, américains, français, allemands, canadiens…), chaque après-midi une heure de marche ou plus, et chaque jour un peu plus de force, de souplesse et de joie.

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De Chambord à la kundalini, feu spirituel de la féminité

 

kundaliniLe « pivot immatériel » dont j’ai parlé à propos de Chambord – axe autour duquel s’enroule l’escalier à double révolution du château, et qui fait tourner le monde, me rappelle le concept de la kundalini : au yoga, l’énergie qui s’enroule en double révolution du périnée au sommet de la tête, de chakra en chakra comme de marche en marche. Mircea Eliade écrit dans Le yoga, Immortalité et liberté : « D’après le symbolisme bouddhique, le Bouddha ne pouvait pas tourner la tête, mais était obligé de tourner son corps entier « à la manière de l’éléphant » : sa colonne vertébrale était fixe, immobile, tel l’axe de l’Univers ». On pourrait dire que le yoga est une discipline qui oblige à tourner son corps entier – ce qui comprend évidemment de nombreuses torsions de la colonne vertébrale, par ailleurs très renforcée – autour de son axe invisible : son énergie, sa kundalini, qu’il s’agit de faire monter (depuis le périnée où elle est lovée) afin de parvenir à l’éveil spirituel, à la réalisation du Soi. La kundalini, dite aussi shakti, dont elle est une forme, est une énergie cosmique et féminine. L’analogie entre le corps humain et le cosmos, que nous évoquions à propos de l’homme de Vitruve et du plan de Chambord, est aussi active dans le yoga. « On « réalise » l’anthropocosmos, écrit Mircea Eliade, par une méditation yogique (…) Le Hathayoga et le Tantra transsubstantient le corps en lui créant des dimensions macranthropiques et en l’assimilant aux divers « corps mystiques » (sonores, architectoniques, iconographiques, etc. (…) À la suite de l’expérience yogique, le « corps physique » se « dilate », se « cosmise », se transsubstantie. Les « veines » et les « centres » dont parlent les textes se réfèrent en premier lieu à des états réalisables exclusivement par une amplification extraordinaire de la « sensation du corps ». »

kundalini,J’ai parlé il y a quelques jours du feu de l’esprit, tel que je le vivais et l’avais vécu. En langage yogique, on dirait montée de la kundalini. Je cite encore Eliade évoquant le Bouddha – mais je rappelle que le yoga n’appartient ni au bouddhisme ni à l’hindouïsme, qu’il est une discipline indépendante qui peut servir des humains de toutes religions ou sans religion. « Le Bouddha est « brûlant » parce qu’il pratique l’ascèse, le tapas (…) La « chaleur intérieure » est accompagnée, dans les exercices yogico-tantriques, par des phénomènes lumineux. D’autre part, des expériences mystiques lumineuses sont attestées dès les Upanisad où la « lumière intérieure » (antar jyotih) définit l’essence même de l’âtman (Brhad.Up., I, 3, 28) ; dans certaines techniques bouddhiques de méditation la lumière mystique de couleurs diverses indique le succès de l’opération. Nous n’insisterons pas sur la place immense tenue par la lumière intérieure dans les mystiques et les théologies chrétiennes et islamiques. »

Le yoga kundalini, qui vise spécialement à éveiller la kundalini (mais tout yoga bien compris doit pouvoir le faire aussi – la preuve, le « feu » me prend après quelques semaines de hatha yoga) utilise peu de postures mais obtient l’ouverture du corps et de l’esprit par la tenue longue ou la répétition rapide de ces postures, les respirations (spécialement la « respiration du feu »), la récitation et le chant de mantras (technique que Mircea Eliade rapproche du dikhr des soufis, sans doute inspiré de la pratique des mantras). Voici trois séances de yoga kundalini, avec disciples femmes et hommes, guidées par des déesses – ma prof de kundalini était aussi une déesse. Incarnant une énergie féminine loin des vieux, trop vieux archétypes de la mère ou de l’objet sexuel, loin de la relégation des femmes, dans le clergé catholique, aux tâches ménagères et à la soumission, loin de l’apartheid des femmes à la mosquée.

 

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Alchimie de soi. Avec le yoga, son feu.

Vue de la bibliothèque Buffon, hier à Paris, photo Alina Reyes

Vue de la bibliothèque Buffon, hier à Paris, photo Alina Reyes

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Maintenant, après deux mois de pratique quotidienne, après ma séance de yoga matinale (au moins une heure), mon corps chauffe toute la journée. C’est très impressionnant. Je me sens de jour en jour beaucoup plus forte, solide, tonique et souple, non seulement physiquement mais aussi mentalement. Mon corps chauffait ainsi quand j’ai vécu en ermite dans la neige à la montagne (je l’ai raconté dans Voyage). C’est le feu de l’esprit. Là aussi j’étais sculptée. Par la montagne, comme je le suis aujourd’hui par le yoga. Le yoga est la meilleure chose qui me soit arrivée, avec la montagne et la littérature. J’en rêve la nuit, j’y songe le jour, je le vis. Hier soir j’ai trouvé ce passage dans le livre d’Ysé Tardan-Masquelier L’esprit du yoga (Albin Michel, 2005) :

« Un travail lent, régulier, progressif et irréversible de mutation se produit ; travail désigné en sanskrit par le mot tapas. Ce cheminement, la langue l’identifie assez singulièrement à une « cuisson ». Le verbe tap-, « chauffer », recoupe le sens du mot dîkshâ, « deuxième naissance rituelle » (souvent traduit par « initiation »), qui vient probablement de dah-, « cuire ». « Par son tapas » ou « en faisant tapas », l’adepte devient autre sans retour, puisque de « cru » ou « naturel », il se fait « cuit » au feu du sacrifice, puis à l’ardeur de sa visée transformatrice. Il s’agit là d’une véritable recréation, évocatrice de certaines cosmogonies où un dieu enfante le monde en « s’échauffant », en « transpirant ». De plus, en physiologie, on assimilait la « couvade » des œufs ou la gestation de l’embryon à une cuisson préparant l’éclosion d’une existence neuve : sur son foyer interne, l’ascète « couve » sa nouvelle forme. Or jusque dans le yoga actuel a perduré ce vieux mot tapas, généralement traduit par « ascèse », « discipline », « effort » – ce qui n’est pas faux, mais ne rend pas justice de la saveur du terme. La maîtrise des énergies et du souffle provoquera en effet une sorte de chaleur physiologique doublée d’un feu spirituel, réputé brûler les impuretés physiques et psychiques, le yogi devenant ainsi son propre alchimiste. »

Léonard de Vinci, dessinateur de l’homme de Vitruve, aurait, je pense, adoré le yoga. En tout cas il y a tout à fait continuité des champs dans ma pratique du yoga et ma réflexion sur la participation de Léonard à la construction de Chambord, nous en reparlerons bientôt, pour faire suite à ma première note sur ce château de la Renaissance.

 

Sur la sortie du livre de Tariq Ramadan

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paris 13e 6-minCes jours-ci à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Tariq Ramadan veut ignorer que les relations sado-masochistes impliquent l’entente explicite des partenaires, chacun et ensemble en recherche de jeux codifiés. Lui décide seul de violenter des femmes. La façon dont ces dernières décrivent toutes son changement soudain de visage au moment de passer aux actes me rappelle le changement de visage que j’ai aussi mentionné pour le personnage de Sad Tod quand il passe aux violences psychiques dont lui se contente, dans mon roman Forêt profonde, occulté par les médias parce qu’un parrain du milieu littéraire s’y reconnaissait (alors qu’aucun indice ne permettait d’identifier mon ou mes modèles ; et pourquoi les gens sont-ils fâchés quand ils se reconnaissent dans une fiction ? S’ils s’y reconnaissent, c’est sans doute que le portrait est ressemblant. Sinon, qu’ils ne s’y reconnaissent pas, c’est tout).

La façon dont ce parrain a été soutenu par son milieu me rappelle aussi la façon dont Tariq Ramadan a été soutenu par nombre de musulmans – dans le déni des faits. C’est humain, moi non plus je n’aime pas voir tomber des gens que jusque là j’avais appréciés. Cela blesse à la fois notre esprit de solidarité et notre égo, mécontent de s’être fait avoir et préférant le nier. Mais persister dans cette attitude est criminel. Si la justice n’avait pas entendu les femmes qui témoignent contre Ramadan, il serait toujours porté par la croyance en son innocence, ou en sa moindre culpabilité. Or les affaires de ce type ne peuvent pas toutes être portées devant la justice, certaines ne laissant pas suffisamment de traces. C’est donc notre responsabilité, individuelle et commune, de chercher ce qui se rapproche le plus de la vérité, notamment en ne se contentant pas d’écouter une seule des parties concernées. La vérité n’a rien à craindre du livre de Tariq Ramadan qui paraît aujourd’hui, à cette date qui doit contenter le sadisme de l’auteur, voire comporter une menace subliminale et dérisoire. J’ignore ce qu’il contient, mais puisque la justice l’a autorisé à paraître, il doit exposer sa version des faits sans comporter d’éléments passibles de poursuites – Ramadan fait partie des gens trop malins et bien conseillés pour cela. La version des femmes s’étale dans les médias depuis des mois. Quels que soient ses griefs contre ces femmes, dans l’aveuglement de Ramadan quant au mal qu’il est coutumier de faire nous pouvons voir un aveu de sa culpabilité, malheureusement indélébile.

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Sur les mosquées mixtes et la prosternation

Hier boulevard Auguste Blanqui à Paris, photo Alina Reyes

Hier boulevard Auguste Blanqui à Paris, photo Alina Reyes

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L’argument de ceux et celles qui sont favorables à une séparation des hommes et des femmes pendant la prière à la mosquée est qu’il y a quelque impudeur, ou quelque indécence, voire quelque manque d’élégance, à ce que les hommes puissent voir le derrière des femmes quand elles se prosternent. Argument ridicule. Quand on se prosterne, on a le front contre le sol, on ne voit rien. Ou bien c’est qu’on relève la tête par indiscrétion. Dans un cours de yoga – les cours sont mixtes bien qu’à l’origine le yoga fût réservé aux hommes et il s’y trouve des personnes de diverses corpulences – on se prosterne et l’on montre ses fessiers dans différentes postures maintes fois, et cela ne pose de problème à personne, on n’y pense même pas une seconde. Tout simplement parce qu’on n’est pas là pour regarder le cul des autres.

La majorité des fidèles viennent à la mosquée paisiblement, pour rencontrer Dieu et partager entre humains. Mais certains et certaines semblent y venir moins pour prier que pour essayer de séduire. Certaines jeunes femmes dûment voilées y viennent ultra-apprêtées et maquillées, certains hommes y ont les regards coulissants. D’autres, des deux sexes, ont tellement peur de la possibilité de séduire qu’ils et elles se composent des figures fermées, hostiles. Le voilà, le problème. Il ne se réglera pas en refusant la mixité, mais en changeant les mentalités. Des hommes et des femmes obsédés par l’interdit (que leur désir soit de le respecter ou de le transgresser, il est tout aussi aliénant) ne feront jamais des personnes spirituellement accomplies, ni en islam ni ailleurs – le problème n’est pas seulement celui de l’islam, il est universel.

Deux jeunes femmes imames travaillent à rendre à l’islam le bon sens. J’irai voir comment ça se passe, inch’Allah. En attendant, je leur souhaite la meilleure continuation.

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23 septembre 2019 : finalement, voici ce qu’il en est.

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Pensées ailées, et esprit zen avec Shunryu Suzuki

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Le yoga a transformé ta vie, ton mental et ton corps (en « corps de rêve »), me dit O ce matin. C’est vrai. Mental enraciné et corps ailé font voyager sans encombres la vie. Ce mental, ce corps, cette vie se sont transformés en ce qu’ils étaient déjà et en quoi il faut toujours que de nouveau ils se retransforment, pour ne pas s’abîmer. Les méthodes sont variables, mais seules sont valables celles qui engagent à la fois le mental, le corps et la vie.

 

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Enseignante est mon premier métier – j’avais dix ou onze ans, j’ai été embauchée pour enseigner l’orthographe à un enfant, jour après jour. Qui veut enseigner doit constamment se renseigner. Ici j’enseigne ce que je sais à qui veut l’apprendre (je sais que comme en classe il y en a qui s’agitent ou qui dorment, peu importe), comme j’apprends d’autres enseignants, humains ou autres. Au jardin, j’ai contemplé les animaux et les végétaux, et j’ai encore lu Esprit zen esprit neuf, de Shunryu Suzuki, dont voici quelques autres passages :

 

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p. 86-87 : « Quand nous sommes assis en zazen, nous reprenons notre activité fondamentale de création. On peut dire qu’il y a trois formes de création. La première, c’est être conscient de nous-mêmes après zazen. Quand nous sommes assis en zazen, nous ne sommes rien, nous ne nous rendons même pas compte que nous existons ; nous sommes simplement assis en zazen. Mais quand nous nous levons, nous sommes là ! C’est la première étape de la création. Quand vous êtes là, tout le reste est là ; tout est créé instantanément. Lorsque nous émergeons de rien, lorsque tout émerge de rien, tout nous apparaît comme une création neuve. C’est le non-attachement. La seconde forme de création a lieu quand vous agissez, ou quand vous produisez ou préparez par exemple de la nourriture, du thé. La troisième forme est la création de quelque chose en vous-même, comme l’éducation, l’art, ou un système pour notre société. Il y a donc trois formes de création. Mais si vous oubliez la première, la plus importante, les deux autres seront pareilles à des enfants qui ont perdu leurs parents : leur création n’aura aucun sens. »

 

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p. 110 : « Nous devrions toujours vivre dans la vacuité du ciel obscur. Le ciel est toujours le ciel. Même si viennent nuages et foudre, le ciel n’en est pas gêné. Même si vient l’éclair de l’illumination, notre pratique l’oublie complètement. Elle est alors prête pour une autre illumination. Il nous est nécessaire d’avoir des illuminations les unes après les autres, et, si possible, d’instant en instant. C’est ce qu’on appelle illumination avant de l’avoir et après. »

p. 150 : « Dogen-zenji dit : « Même à minuit, l’aube est là ; même à l’aube naissante, c’est la nuit. » »

p. 154 : « Quand vous faites zazen, (…) quelle que soit votre activité, la vie devient un art. »

p. 180 (dernière page) : « Nous devons avoir l’esprit neuf d’un débutant, affranchi de toute possession, un esprit qui sait que tout est en changement continuel. Rien n’existe si ce n’est dans sa forme et sa couleur actuelles. Une chose coule en une autre sans pouvoir être saisie. Avant la fin de la pluie, nous entendons un chant d’oiseau. »

 

jardin des plantes 5-minAujourd’hui au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Street Art du jour

Baskets et sac à dos (pour ce que j’apporte et ce que j’emporte), j’arpente la ville. Même dans les quartiers qu’on connaît depuis longtemps, il y a toujours quelque chose à découvrir ou à redécouvrir. Par exemple aujourd’hui une librairie chinoise et asiatique. Et puis les gens, et puis les immeubles, et puis le Street Art que je continue à photographier sur mes passages. Voici celui du jour, dans l’ordre où les œuvres sont apparues sur mon chemin :

 

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street art 10-minAujourd’hui à Paris 5e et 6e, photos Alina Reyes

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Conseils du jour pour une rentrée vraiment littéraire

 

J’ai feuilleté en librairie le livre qui semble à cette heure être le plan B des jurés du Goncourt, après qu’ils ont renoncé à celui de Yann Moix : Soif, d’Amélie Nothomb. Je me fiche du Goncourt mais j’avais lu qu’elle y faisait parler Jésus, cela m’intéressait. Sans me faire trop d’illusions, je n’avais pas imaginé qu’elle ferait parler le Christ comme un collègue de bureau, le lundi matin, vous raconterait en se plaignant devant la machine à café l’horrible week-end passé avec des beaufs de sa famille ou de sa belle-famille – sans se rendre compte qu’il est comme eux. Si on ne peut écrire autrement que le commun des mortels, mieux vaut s’abstenir de le faire au nom du verbe de Dieu. C’est une question de sens, et de respect du lecteur. Publier des textes qui n’ont pas de sens constitue un « péché contre l’esprit », une faute que les éditeurs avides de deniers mal gagnés commettent en judas de la littérature.

Je lis Le Vagabond et autres histoires, un recueil d’exquises nouvelles de Rabindranath Tagore, pleines de grâce, d’humanité, d’amour, de beauté – de cruauté aussi, comme la vie. (Et sans y être, Jésus s’y trouve). C’est mon conseil du jour pour faire de cette rentrée une rentrée vraiment littéraire. Si j’en ai le temps, je chercherai sur les étals des libraires un livre récent qui me semblerait intéressant et que je pourrais recommander aussi. Sinon, n’oubliez pas de chercher aussi chez les bouquinistes et en bibliothèque : les livres qui ont passé l’épreuve du temps sont comme le bon vin, ou comme l’eau jaillie de la source après un long parcours dans la pierre, bien meilleurs pour qui a soif sans être prêt à avaler la piquette mise en avant par les marchands.

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Rentrée de la classe. Aux élèves

Cet après-midi à la bibliothèque des chercheurs du Muséum d'Histoire Naturelle, de ma table

Cet après-midi à la bibliothèque des chercheurs du Muséum d’Histoire Naturelle, de ma table

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Depuis que tous mes enfants sont devenus adultes, à chaque rentrée des classes j’ai un moment de nostalgie en me rappelant les temps où je les accompagnais à l’école, les aînés puis vingt ans après les cadets, main dans la main. Depuis deux ans, s’y ajoute la pensée de mes élèves. Je ne risquerai plus ma santé en retournant enseigner aussi loin de chez moi mais je garde dans mon cœur un souvenir aimant, émerveillé, du temps que j’ai pu passer avec eux. Alors aujourd’hui, pour rendre hommage à tous ces enfants, à tous les enfants, j’ai décidé de faire ma rentrée des classes, moi aussi. J’ai mis mon ordinateur et mon grand cahier dans mon cartable et je suis allée travailler à la bibliothèque. Fini, les vacances. Le temps des vacances est bon et le temps de la rentrée est bon. Heureuse de retrouver mon roman, après l’avoir laissé reposer tout l’été. Heureuse, en le relisant, de voir que le travail accompli jusqu’ici m’apparaît maintenant porteur de possibilités que je n’y avais pas encore vues (j’ai bien fait de le laisser reposer : il a travaillé pendant ce temps comme l’esprit travaille pendant le sommeil). Heureuse d’avoir encore à travailler pour le terminer. Je suis encore fatiguée intellectuellement, j’ai traversé beaucoup d’épreuves fatigantes et malgré cela (et non grâce à cela) j’ai continué à avancer dans la recherche et la connaissance spirituelles et c’est ainsi que le travail que je fais malgré la fatigue va vers une dimension nouvelle de l’être, jusqu’à présent inconnue ou inexplorée.

Le repos c’est doux, mais le travail, c’est classe. C’est par le travail qu’on se surpasse. Si on y met son cœur. Si on ne triche pas. Je ne triche pas, parce que je n’ai aucune intention de gagner, ni de perdre. Ni de paraître, ni de disparaître. Je n’ai pas d’intention. Je suis à ce que je fais : dans tout travail, c’est ce qu’on peut faire de meilleur. Être à ce qu’on fait. Se donner. Sans autre but que d’accomplir de son mieux ce qu’on a à accomplir. Ce sont les humains qui vivent ainsi qui sauvent le monde, à chaque instant et siècle après siècle. Leur existence pacifique, combat de chaque instant, victoire de la présence à chaque instant, est la meilleure guerre contre le mal, le mensonge, la zizanie, la mort que sèment les insensés qui perdent leur vie en voulant la gagner, les avides, les vampires qui ont si peu de vie qu’il leur faut la prendre chez ceux qui vivent.

Quelle belle lumière il y avait dans les faîtes des arbres, derrière les baies vitrées ouvertes de la bibliothèque. Je suis dans l’Esprit et l’Esprit est en moi, qui ne suis rien d’autre. Livrée à ses transformations, transformante. Élèves, par la recherche et le savoir, transpassons-nous, transformons-nous, soyons, humbles et patients, dans la puissance réelle.

 

« The King of New York » ou le retour d’un faux Christ par Abel Ferrara

cthulhu-minEn voyant ce dessin, j’ai pensé au film d’Abel Ferrara, The King of New York (1990), que j’ai regardé récemment. C’est l’une des illustrations des personnages de Lovecraft dans le livre de Sandy Petersen, Cthulhu, paru en 2017 aux éditions Bragelonne ; cette créature rappelant les images d’ascension du Christ, ce « Roi en jaune », le visage recouvert d’un masque qui « dissimule ses horribles tentacules », « peut hypnotiser ses victimes » et « vit au milieu de sa cour, composée d’artistes déments », « provoque la démence » et «rend l’expérience humaine vide de sens », précise le texte qui accompagne le dessin.

The-King-of-New-YorkLes symboles christiques abondent dans le film de Ferrara. Son « Roi de New York » est ainsi nommé par dérision par les policiers comme le Christ est nommé par dérision « Roi des juifs » par Pilate. Le film se situe lors de son retour (de prison) comme les textes annoncent le retour du Christ. Et ce retour, qui doit s’accompagner du Jugement dernier par le Christ, s’accompagne aussi d’un Jugement dernier par Franck White, le roi du crime de la Grosse Pomme (l’allusion biblique peut être fortuite mais il n’est pas interdit d’y penser). Franck White, grandiosement interprété par Christopher Walken, entreprend de juger le monde dans lequel il revient et, s’investissant du droit de donner la mort, assassine ses concurrents au nom du bien qu’il veut faire. Dans le but de financer un hôpital pour enfants, il veut dominer seul, avec les siens, le trafic de drogue. Franck White vend de l’illusion (comme le Christ avec ses miracles ?). Ses adversaires, les flics, sont commandés par Bishop, « Évêque », comme les Grands prêtres demandent la crucifixion du Christ. Il descend dans le métro comme le Christ descend aux enfers chercher les gens (et White ramène ceux qu’il « sauve », les larrons, pour les prendre à son service de roi du crime et de la bonne intention) et monte au ciel, au sommet d’immeubles à restaurants de luxe. Il a une liaison avec son avocate comme le Christ est lié au Saint Esprit, autrement nommé l’Avocat, et souvent féminisé. Il est finalement trahi par l’un des siens pour de l’argent, comme Jésus est trahi par Judas pour trente deniers. Blessé, il remonte lentement un escalier, tenant son corps affaibli comme le Christ blessé monte au Calvaire en portant sa croix. Comme sur les représentations du Christ il meurt la tête penchée, saignant par un trou au côté. Il meurt dans un taxi, symbole de passage (ici arrêté – pas de paradis pour lui ?), tandis que se balance, pendu au rétroviseur, un chapelet avec crucifix. Tout, avec l’histoire du Christ, est ressemblant, mais tout est faux. Le spectateur aussi hésite à aimer ce personnage si charismatique sous les traits de l’acteur et si bien intentionné dans le scénario. Le spectateur est tenté d’être de son côté. Le spectateur est tenté d’oublier que la fin ne justifie pas les moyens. Que le retour de ce roi de la cité s’accompagne d’un monceau de cadavres et que sa réussite n’aurait pu que continuer à s’accompagner de cadavres, cadavres de corps ou cadavres d’esprits tentés de lui faire allégeance.

 

Vendus : Yann Moix, face cachée de l’édition et des médias : banalité de l’infection mondaine

 

Dans son dernier livre Yann Moix raconte que son père l’obligea à manger ses excréments en public (d’après Marie-Claire, le magazine féminin qui, gobant tout, s’émerveille de la résilience de l’auteur, auquel elle avait déjà ouvert ses colonnes pour l’y faire vanter sa consommation en série de jeunes Asiatiques – alors qu’il s’était déclaré ailleurs « prédateur sexuel », traitant les femmes de « réceptacles à jouissance, d’orifices à contentement, de cargaisons qu’on pelote »). Eh bien l’y voici, en train de manger sa merde en public, et qui l’y contraint ? La vérité, qui finit toujours par se faire jour, y compris en utilisant ceux-là même qui veulent la cacher. Voilà que toute la merde de Yann Moix s’étale dans l’espace public, comme il ne croyait pas si bien dire, pour une fois (les gens, y compris l’immense majorité de ceux qui publient des livres, ignorent le pouvoir des mots).

Voilà que ses amis d’extrême-droite, pas si anciens puisqu’il les fréquentait encore au moins jusqu’en 2013 voire 2016 (où il est photographié en compagnie de Frédéric Chatillon, ex-membre du GUD, violemment antisémite, proche de Marine Le Pen), préfaçait en 2007 le livre antisémite de Blanrue publié par Soral, etc., ravis de lui faire payer sa duplicité – le cœur facho, le porte-monnaie dans la bien-pensance – ressortent les dossiers. Déballage en ligne et ailleurs (Dieudonné annonce qu’il va raconter à la presse les relations de Moix avec lui et la bande des antisémites mondains), la révélation se poursuit.

En fait personne n’est vraiment étonné : soit les gens savaient, soit ils ne savaient pas mais l’attitude sadique de Yann Moix chroniqueur avait suffi à leur faire comprendre quel genre de personne il était. Le plus grave est que le milieu de l’édition et des médias l’aient soutenu et continuent, à part L’Express qui a sorti les documents sur sa production négationniste, à essayer de minimiser l’affaire. Plus ou moins inconsciemment. Exactement comme l’Église l’a fait face aux affaires de pédophilie. Parce que c’est dans leur culture. L’extrême-droite et l’antisémitisme sont dans la culture des milieux de l’édition et des médias comme la pédophilie est dans celle de l’Église.

Considérons déjà tout simplement le soutien inconditionnel de BHL, Moix et d’autres à Israël : c’est un soutien à un régime d’extrême-droite. Rappelons que BHL rejoignit Sollers et Gluksmann à l’Internationale de la résistance, une officine créée en 1983 et financée par les services secrets américains, utilisée pour de sales besognes politiques en Amérique Latine, soutenant notamment les milices du dictateur d’extrême droite Somoza. Rappelons qu’Antoine Gallimard, héritier d’une maison d’édition qui se sauva en collaborant avec les nazis, veut maintenant rééditer les pamphlets antisémites de Céline. Sachons que Paul-Eric Blanrue, le grand ami antisémite et négationniste de Yann Moix, raconte que ce dernier lui affirma que Sollers, éditeur chez Gallimard, pourrait vouloir publier un portrait élogieux du négationniste Faurisson – comme quoi Moix n’a pas encore appris à connaître ceux à qui il fait allégeance : Sollers est beaucoup trop prudent, pour ne pas dire pleutre, pour exposer lui-même ses inavouables pensées ; il le fait faire par d’autres, dans des livres ou des articles (comme celui où Savigneau dit dans le Monde des Livres, à propos du livre que Zagdanski et moi avons écrit : « prends le fric et tire-toi », formule dans laquelle Zagdanski reconnut une insulte antisémite).

Moix n’est que la face cachée de ce milieu de l’en-même-temps à la Macron, dans lequel Macron ferait d’ailleurs figure d’enfant de chœur. En même temps humaniste et fasciste, ou plus exactement humaniste par façade, salopard dans l’esprit et les actes – qui plus est hypocritement, lâchement. Sa face cachée politique, mais aussi littéraire : ce milieu est aussi celui de la mauvaise littérature, fabriquée et vendue industriellement, comme ses auteurs vendus.

Voir aussi : « Yann Moix : une obsession antisémite qui vient de loin »
Attendons maintenant de voir comment vont se comporter les médias, s’ils vont continuer à promouvoir, via Yann Moix, cette infection mondaine.

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Sadhguru, faux gourou ?

Yogi-Sadhguru*

Ses adeptes trouvent sans doute qu’il a un regard lumineux, mais je dois dire que j’ai vu le même à bien des dragueurs dans la rue. Dans le cadre de mon étude du yoga, j’ai lu La transformation intérieure de Sadghuru, présenté comme « un grand maître yogi ». Fondateur d’une organisation à but non lucratif qui fait travailler 9 millions de bénévoles dans le monde (cours de yoga, écoles), il est un gourou star dans son domaine, et je l’ai également écouté sur sa chaîne youtube déverser son enseignement devant des parterres muets. Tout n’y était pas inintéressant, et j’espérais trouver plus approfondi dans son livre.

Mais ce qui m’est apparu le plus flagrant, tant à l’écouter qu’à le lire, c’est son égocentrisme. Drôle de qualité pour un maître spirituel. Sa façon de raconter complaisamment ses exploits d’enfant, de jeune homme, d’homme mûr, finit par engloutir les éléments de sagesse de son discours. D’autant que si certains de ces exploits paraissent crédibles, notamment concernant son agilité dans sa jeunesse, d’autres sont manifestement aussi enflés que, par exemple, les malheurs de Moix par Moix. Le fait qu’il aurait passé sa vie en ne dormant que deux heures et demie par nuit. Sa présentation à la caméra d’un repas plus minuscule que celui d’une top-model comme son ascétique déjeuner ordinaire, alors qu’il est ventripotent. Son évocation du moment où il se fit recoudre une blessure par un médecin sans anesthésie et sans manifester de signe de souffrance alors que, dit-il, la douleur était insupportable – puéril ami, sache qu’il arrive à bien des gens, et pas seulement à toi, de s’être fait recoudre sans anesthésie, c’est arrivé à des proches, ça m’est arrivé plusieurs fois, et en restant pareillement stoïque : d’une part, il y a bien pire douleur, d’autre part les gens sont loin d’être tous des petites choses douillettes. Passons sur le fait, vu sur une vidéo, que voulant montrer ses qualités de yogi, il s’avère toujours très bien lever la jambe mais ne plus pouvoir toucher ses pieds avec ses doigts, jambes tendues – soit perte de souplesse, soit embarras du ventre proéminent, il y a vraisemblablement longtemps qu’il a laissé tomber le côté physique du yoga. Dans son livre, il dit qu’une fois où il était malade, « des médecins déconcertés des quatre coins du monde » lui ont diagnostiqué toutes sortes de maladies plus terribles les unes que les autres, « dont la malaria, la dengue, la typhoïde et même le cancer » (mythomanie quand tu tiens les gourous !), et qu’il a guéri de tout cela en une heure lors d’un pèlerinage vers le mont Kailash, lieu sacré du Tibet, en captant « un brin d’énergie de la montagne ». Par ailleurs il se présente comme un mystique surpuissant, ayant consacré des lieux qui gardent à jamais la puissance extraordinaire qu’il leur a conférée, et ajoutant : « Si l’on m’en donnait la possibilité et que l’on me soutenait dans ma démarche, j’aimerais consacrer la planète entière ! C’est en effet une activité dans laquelle j’excelle : changer l’air ambiant en un très puissant espace vibratoire, transformer un morceau de métal ou une pierre en réverbération divine. »

Malheureusement il ne sait pas du tout transformer la parole en réverbération divine. Son discours ne dépasse pas le convenu et ses paraboles sont plates. L’une d’elles pourtant pourrait peut-être parler de lui : celle du vieil homme pêchant une grenouille qui lui déclare pouvoir être changée en belle jeune fille par un baiser ; sa sagesse consiste à choisir de l’emporter plutôt telle quelle, car une grenouille qui parle, ça va lui rapporter. Sans aller jusqu’à le qualifier de grenouille qui parle, il y a de ça.

Je m’en vais rendre son livre à la bibliothèque. Mauvais choix, mais il faut bien se renseigner. Je réinvite vivement celles et ceux qui s’intéressent au yoga à lire la splendide Bhagavad-Gita (ici des extraits en plusieurs notes).

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ajout du 21-2-2020 : J’apprends que Sadghuru a récemment déclaré à un congrès de gynécologues où il était invité (!) que les femmes qui accouchaient de jumeaux de sexe différent produisaient un lait différent dans chaque sein, l’un pour garçon, l’autre pour fille. Ce qui lui a valu beaucoup de moqueries évidemment. Mais tant de gens continuent à le prendre au sérieux…

D’autre part j’apprends aussi que, loin d’être tolérant, il soutient l’ultranationalisme indien.

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