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cet après-midi au Jardin des Plantes
Jeunes Japonaises
sous le cerisier en fleur
Leur langue chantante
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Fleurs blanches, fleurs roses,
tous les appareils photo
vont aux cerisiers
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Plus blanche que neige
sa floraison jette au sol
un doux cercle d’ombre.
La fille d’un rabbin, m’ayant vue dans une vidéo tournée en 1990 écrire au rouge à lèvres sur un miroir, y a vu un signe : selon elle, écrivant ainsi de gauche à droite, je révélais ma prédisposition à la religion. J’aime beaucoup la lecture qu’elle fait de cet acte.
En peignant ou coloriant mes photos, je me sens proche, à mon humble mesure, du street art. Dans le sens où les photos, comme les murs des villes, représentent la réalité apparente du monde, y faire un geste de peinture c’est passer à travers le mur, au-delà des apparences, invoquer le réel, c’est-à-dire le spirituel.
Ainsi les murs et la surface des photos se transforment-ils en miroirs, appelés à montrer et annoncer la vérité. Quand je passe les feutres de couleur sur le papier glacé où la lumière joue, les feutres chantent comme des oiseaux.

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Nous sommes invités cet été à Jérusalem. Quand j’ouvre la bouteille « Madame Terre », cela sent très bon : le mélange d’un peu de terreau, de feuilles diverses, de feuille de laurier et du parfum résiduel du jus de fruit qu’elle contint d’abord. Si quelqu’un la veut un jour, j’y ajouterai une page de l’un de mes manuscrits, comme promis.




tout à l’heure à Paris 13e, photos Alina Reyes






tout à l’heure au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes
Voilà, mon petit érotique est fini. Écrit en une semaine, comme Sept nuits (et il fait le même nombre de pages). Au même moment, tout à l’heure, O rapporte à la maison une panière de douceurs pour la fête de Pourim, que lui a donnée un commerçant séfarade débordant de générosité. La vie est bonne !






en cette fin d’après-midi à Paris, photos Alina Reyes
Je suis allée voir l’exposition d’art singulier Raw Vision à la Halle Saint Pierre, j’en parle bientôt.
En fait ce sont huit pages par jour que j’ai écrites, les trois premiers jours (plus de 36000 signes, j’aime bien ce chiffre). Je continue, en beauté. La poésie ne veut pas me lâcher, ma foi je la laisse faire. Qui a jamais lu une chose pareille ? Je ne crie pas, dans mon euphorie, à mon génie, mais à la merveille qui fait que nous soyons chacun unique, et par là même universels. Comme la lumière est belle ! Vive le printemps ! La nuit quand je dors, le matin quand je sommeille encore un peu, je me vois en train de peindre, c’est-à-dire je vois la peinture en train de se faire, sur du bois, non des tableaux finis mais des peintures en cours, dans leurs détails vivement colorés où je marche comme sur un chemin. Ah il faudrait mille vies. Mais après tout nous les avons, et bien davantage encore.
Nuit de l’équinoxe
Le monde retient son souffle
embaumé de sèves
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Matin d’équinoxe
Le monde expire des fleurs
aux branches des arbres
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L’oiseau sur le toit
le printemps le fait chanter
l’ouvrier aussi.

Paris vu du musée d’Orsay, hier, photo Alina Reyes
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Trois journées d’écriture – vendredi, samedi, lundi – plus de six pages par jour, un jeu d’enfant. Mon petit érotique sera bientôt au point, bien qu’il ne soit pas si simple de se renouveler là où l’on a tant donné. C’est aussi le sentiment d’avoir dit tout ce que j’avais à dire dans tous les genres où j’ai écrit qui m’a fait passer à la peinture. Mais après tout, vient du nouveau. Comme lors de l’écriture de Francis K, sentiment d’être en pleine possession de mes moyens. Le temps de la maturité, que je prévoyais dès que j’ai commencé à écrire, est arrivé. Maintenant je peux m’attendre à voir venir un nouveau grand roman – je dis roman car c’est un genre qui peut comprendre tous les genres à mon sens, et j’aime œuvrer dans tous les genres. La peinture m’attend aussi, comme la vie, l’illumination du monde (et je suis extrêmement heureuse). Belle et bonne journée à vous !