« Interdiction de Dieudonné : la France qui dérape n’est pas celle qu’on nous montre du doigt »

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Dieudonné cet après-midi à son théâtre, photo AFP/Alain Jocard

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Je l’ai dit, alors que pendant des années j’ai pu écrire des articles et des tribunes dans beaucoup de journaux et magazines, aujourd’hui tout accès à la presse m’est refusé. Il me reste donc ce blog, et Agoravox quelquefois. Ces jours derniers ils ont accepté deux de mes articles sur l’affaire Dieudonné, mais celui que j’ai proposé hier n’a pas été agréé. Il se terminait par le rappel du racisme que Manuel Valls a exprimé envers les Noirs et les Roms, et le constat que si la chasse était faite à Dieudonné plutôt qu’à n’importe quel autre antisémite à succès, comme par exemple Alain Soral, c’est parce que l’un est blanc et l’autre noir. C’est pourquoi aussi la presse s’est engouffrée avidement dans cette affaire, comme elle l’avait fait avec Léonarda, la petite rom, et sa famille, également désignées à la vindicte publique. Nous touchons là le fond de la vérité. Et le fond de la vérité est inacceptable pour beaucoup, c’est pourquoi je ne peux l’écrire qu’ici.

Souvent on compare les temps que nous vivons à ceux des années 30. L’Histoire ne se répète jamais à l’identique, et il est très intéressant d’observer l’Histoire telle qu’elle se fait en ce moment. Si les conditions d’une advenue du fascisme sont réunies, ce dernier, ou sa forme nouvelle, ne vient pas forcément par où on l’attendrait, par où il est déjà venu. Certains portent la mauvaise parole, celle qui fit du mal autrefois, mais ont peu les moyens de nuire, voire ne croient pas eux-mêmes à cette mauvaise parole proférée et entendue avec distance. Alors que d’autres, porteurs d’une « bonne parole » mensongère, sont au pouvoir et comme nous le voyons, n’hésitent pas à en abuser, à porter atteinte aux institutions républicaines et à la liberté d’expression. Et prétendant combattre un raciste, font souterrainement œuvre de racisme en organisant une chasse à l’homme noir au niveau national. Plus que jamais il nous faut ouvrir les yeux, être vigilants.

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Voici un point de vue intéressant de Christophe Oberlin.

Le fond de leurs fantasmes inavoués

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Pourquoi Manuel Valls s’en est-il pris à Dieudonné, plutôt que, par exemple, à Soral, qui profère le même discours, avec le même succès, et de façon certainement plus dangereuse ? Pourquoi s’en prendre, comme par hasard, à un Noir, plutôt qu’à un Blanc ? Quand on se rappelle les propos du ministre sur les Noirs et sur les Roms, la réponse n’est pas très difficile à trouver. De même qu’il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi la presse, ainsi que tous les soutiens de Valls, se sont engouffrés avec une telle avidité dans cette chasse à l’homme. Se payer un Noir, voilà le fond de leurs fantasmes inavoués.

Manuel Valls, apprenez votre place

On se souvient qu’en 2009, lors d’un reportage tourné dans sa ville d’Évry, Manuel Valls avait demandé au réalisateur de rajouter « des Blancs, des white, des blancos », car il y avait, selon lui, trop de Noirs à l’image.

On se souvient que ces derniers mois Manuel Valls a fait plusieurs déclarations sur les Roms qu’il juge incapables de s’intégrer, même avec une éventuelle politique d’intégration, voués à retourner chez eux, bref comme une race à part de la commune humanité ; et qu’il a mis ses propos en application en procédant à maintes expulsions brutales.

On se demande si Manuel Valls, dans son combat de coq contre Dieudonné, ne guerroie pas contre son propre fantôme.

On se souvient que Manuel Valls s’est déclaré « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ».

On se souvient que Manuel Valls a déclaré que l’un des défis des années à venir serait d’arriver à démontrer que l’islam était compatible avec la démocratie. Comme si les musulmans français ne vivaient pas comme les autres en démocratie, votant, payant leurs impôts et participant au débat et à la vie commune. Certes parmi eux certains préfèreraient à la démocratie un autre régime, mais ils ne sont pas les seuls, bien d’autres sont dans le même cas, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite en passant par certains royalistes et autres traditionalistes. Ainsi est la démocratie, chacun y a sa place. Et estimer que cela doit être démontré pour une partie de la population, c’est sortir de la démocratie.

Que Manuel Valls, lui aussi, prenne sa place, et non pas celle de la justice. Que Manuel Valls veuille bien considérer ce qu’est la démocratie française, et la devise de la République, à laquelle malgré les accointances des grands médias avec le pouvoir, les Français sont attachés. Notamment à son premier terme : Liberté. Car si la liberté tombe, si l’ordre n’est plus le fait de la loi, appliquée par la justice, mais celui du prince, l’égalité et la fraternité tombent aussi, et le pays se défait. Mais le pays est plus fort que ses aspirants dictateurs, et le pays vaincra.