Capuche

à Istanbul. Photo Alina Reyes

 

Je me lève, je vois dans la glace mes seins moulés par le motif panthère de mon gilet en coton. Je suis allée voir un spectacle de danse, le théâtre était comble et à la fin la salle était debout, à applaudir frénétiquement. Ce n’était pas mauvais, mais de là à déclencher un tel enthousiasme… Les gens sont-ils à ce point en manque de vie ? Une autre fois je suis allée au cinéma, où je ne vais quasiment plus, voir un film encensé tant par la critique que par les spectateurs. Pas mal fait, en effet – à part ça, néant. Parce qu’il ne faut pas désespérer Billancourt, ni Saint-Germain-des-Prés ni le Marais, aux autres je dis : « oui, c’est un bon film ». Idem pour les expos, ou les très bons livres, tout ce qui fait la culture de l’homme d’aujourd’hui. Immensément plus vives et plus puissantes sont celles du Moyen Âge, ou de l’Antiquité, ou des aborigènes australiens, par exemple. Mais l’homme moderne ne sait plus ce qu’est la vie. L’homme moderne a des idées complètement faussées sur l’être, sur le soi, sur Dieu. Ceux qui sont aptes à savoir ont au moins un gilet à capuche, comme le mien.

(extrait d’un livre en cours d’écriture)

 

Je suis votre vrai sang

Ce petit mendiant me réjouit le cœur. Ah j’aime tout le monde. J’adore les êtres humains, c’est pourquoi je combats. C’est pourquoi, en leur nom, je n’accepterai jamais l’inacceptable. Vous êtes loin de vous-mêmes comme des autres. Quand vous vous tenez auprès, vous êtes Ses brebis bienheureuses. Sinon, « le troupeau de porcs, au loin, qui cherchait sa nourriture ». Cessez d’insinuer que, hors du christianisme, Dieu est lointain. Cessez de fausser. Comme il l’a dit à Mahomet, « je suis plus proche de toi que ta veine jugulaire ». Je suis plus proche de vous que vous ne l’êtes vous-mêmes. Beaucoup plus. Infiniment plus.

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Cercle vicieux

photo Alina Reyes

 

Si seulement ils connaissaient un tout petit peu Dieu, s’ils avaient seulement un commencement de foi, ils ne se croiraient pas obligés de faire son job à sa place. Comme ils croient qu’il n’existe pas, ils s’y collent, veulent imposer des choses et des épreuves aux autres, qu’ils prennent pour leurs créatures, trafiquent la création et le créé à défaut de pouvoir créer, mentent énormément, s’empêtrent dans une fuite en avant pathétique, qui n’empêche évidemment pas le sol de se dérober sous leurs pieds.

Mais c’est qu’ils ne voient pas comment faire autrement ! Ils ont les paupières collées, les malheureux. Puisqu’ils n’ont jamais vu Dieu. Je ne demande qu’à voir, me dit un jour l’un d’eux, qui venait de participer à un coup tordu. Eh bien Père, si vous voulez voir, commencez donc par renoncer aux diableries, si petites semblent-elles (vous ne connaissez pas leur grandeur), et purifiez votre cœur. Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. Qu’est-ce à dire, voir Dieu ? Voir la Vérité, et la vivre. Comment cela vient-il ? En embrassant le réel, le cœur pur. Ils sont abstinents du réel parce qu’ils en ont peur, ils vivent dans un ersatz de réel, dans des limbes où la relation humaine est entachée de cachotteries, de non-dits, de veules sinuosités, voire de manipulations et de mensonges. Et c’est dans ces limbes qu’ils veulent attirer les hommes, en leur promettant le Royaume. Imposteurs.

Ensuite bien sûr il devient plus que jamais hors de question d’accepter de voir Dieu face à face. D’assumer le fond de son être, son système, ses actes. Ce qui est du démon ne connaît pas Dieu, mais en a tout de même peur, comme le vampire a peur de la lumière du jour. Pourtant, si ce n’est en ce monde, le face à face est tout de même inéluctable, et rien ne sert de le retarder, bien au contraire. C’est par souci de leurs âmes que nous les appelons à changer de comportement, radicalement.

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Libre

Albert Camus/Henriette Grindat, éd Gallimard - cliquez pour voir en grand

 

Un jour une internaute anonyme m’a dit sur le blog de passouline qu’elle se souvenait de moi dans nos vingt ans, et que je voulais déjà en découdre avec Sollers. Certes il n’était pas le seul avec qui je voulais en découdre, mais il me fut bon de constater par ce rappel que mon désir de révéler l’imposture que lui et d’autres de cette génération, de cette nomenklatura, représentent (et que beaucoup de penseurs sérieux ont vue bien avant moi) ne date pas d’hier. Car l’imposture fait du mal, beaucoup de mal. Dieu m’a choisie pour la combattre parce que, comme d’autres, je suis petite et démunie : ainsi je ne peux faire que sa volonté, non la mienne. Le moyen que j’ai pris pour en découdre n’est donc pas le plus facile, mais sans doute le plus profond, le plus efficace, puisqu’il va à la racine puis s’étend, bien au-delà de sa personne qui n’est qu’un symptôme et qui comme toute personne appelle la compassion, à tout un système de pensée et d’existence qui ruine le monde, l’amour, l’esprit, en faisant mine de travailler pour la vie. Le diable fait mine, c’est pourquoi « le troupeau de porcs qui cherche sa nourriture » comme dit l’Évangile, l’adopte… et finit dans le ravin. Pendant ce temps, la vie continue son chemin, où qui l’aime peut la suivre.

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