Douceur du cœur

rue du Puits-de-l'Ermite, photo Alina Reyes

 

La nuit nous avons parlé doucement jusqu’à trois ou quatre heures. Aujourd’hui il y a eu une tempête de sable à Marrakech, me dit-il. Il me rappellera pour me faire entendre le muezzin.

À la mosquée A m’a apporté de nouveaux petits livres, dont un sur le Paradis, auquel elle est particulièrement attachée. Et nous y étions déjà, au paradis, assises sur le tapis après la prière, à parler de prière et de choses de Dieu et de petits projets.

C’est étrange de changer de façon de prier, mais au fond cela ne change pas vraiment, j’étais pareille la première fois que je suis allée au carmel et qu’il m’a fallu apprendre les gestes et la diction. Et bien sûr une fois qu’ils sont intégrés ils deviennent tout naturels. Être musulmane cela ressemble à être carmélite, j’étais si heureuse au carmel ! Prier cinq fois par jour dans les formes je n’y suis pas encore, je ne me presse pas mais cela viendra vite et je sais que c’est bon, c’est comme soutenir le temps ensemble, chacun, chacune avec ses cinq bras.

*

 

Derrière nous, devant nous, le monde et les visions de Black Elk

Une vision de Black Elk, œuvre de Nelson

 

Au printemps de 1931, John Neihardt recueillit les mémoires de Black Elk, un vieux medecine man des Sioux Oglala Lakota. À l’âge de neuf ans, Black Elk, alors qu’il paraissait être comme mort, connut une grande vision, longue et comparable en bien des points à des passages de la Bible, de l’Apocalypse de l’aigle Jean, ou du Coran (textes dont il n’avait bien sûr pas connaissance). Il y évolua dans l’autre monde, c’est-à-dire le monde vrai, plus éclairci et complet que la pénombre où nous nous débattons ordinairement, le monde dont l’homme moderne n’a nulle connaissance, dévoré qu’il est par ses propres représentations. Un monde où l’Esprit pour se dire passe à travers les formes et les dépasse. Une fois revenu « sur terre », dans la tente où il était veillé comme mourant ou mort, Black Elk ne fut plus jamais le même. Sa vision l’isola, lui donna des pouvoirs de devin et de guérisseur, mais aussi lui laissa une intense empreinte, souvent nostalgique de cet autre monde, et le désir d’œuvrer pour sauver son peuple.

Pourchassés par les Blancs et par eux constamment trompés, les Sioux  virent leur territoire  toujours plus réduit, leur vie détruite, les troupeaux de bisons dont ils se nourrissaient s’amenuiser et disparaître. Black Elk partagea le sort de son peuple au plus près. En 1876, âgé de treize ans, il combattit à Little Big Horn. En 1890 il combattit encore et fut blessé lors du massacre de Wounded Knee. Trois ans plus tôt, il avait été engagé par Buffalo Bill pour la tournée en Europe de son spectacle Wild Wide West, expérience qui lui fut pénible.

Une fois consommée la défaite des Lakotas, Black Elk se consacra à la préservation de la culture de son peuple, en témoignant auprès de Neihardt et en participant à des spectacles destinés à faire connaître la spiritualité sioux au grand public. Avant cela, persécuté par les missionnaires qui l’empêchaient d’exercer son don de guérir, il finit par se convertir au catholicisme, choisissant d’en partager les valeurs compatibles avec sa propre religion plutôt que de voir les Sioux condamnés à la perte de toute spiritualité. Car les esprits « sont en fait un seul Esprit » un « Unique », et « les pensées des hommes doivent s’élever comme le font les aigles. » Vers la fin de sa vie il reviendra à sa religion originelle, estimant qu’en la perdant son peuple se perdit aussi lui-même.

Je vais donner trois passages du livre Élan Noir / Mémoires d’un Sioux de John Neihardt. Le premier est une histoire de son peuple, concernant l’origine de la pipe, médium entre l’homme et le ciel, récit traditionnel à connotation messianique. Le deuxième est un moment de sa Grande vision. Le troisième vient d’une vision connue lors d’une danse de l’Esprit, en 1890, avant Wounded Knee.

*

« Il y a très longtemps, deux éclaireurs cherchaient des bisons. Quand ils furent arrivés au sommet d’une haute colline, en regardant au nord, ils virent quelque chose venir de fort loin, et quand cela se fut rapproché ils s’écrièrent : « C’est une femme ! », et c’en était une. Alors un des éclaireurs, un peu sot, a eu de mauvaises pensées et il les a dites tout haut. Mais l’autre a dit : « Cette femme est sacrée. Jette au loin tes mauvaises pensées. » Quand elle se fut rapprochée davantage, ils virent qu’elle était vêtue d’une fine robe de peau de daim blanche, que sa chevelure était longue, qu’elle était jeune et très belle. Elle devina leurs pensées et leur dit, et sa voix était comme un chant : « Vous ne me connaissez pas, mais si vous voulez faire selon votre idée, vous pouvez venir. » Et l’insensé s’approcha d’elle. Mais comme il se trouvait devant elle, un nuage blanc s’est formé et les a couverts. Et la belle jeune femme est sortie du nuage, et quand il s’est dissipé, l’homme insensé était un squelette couvert de vers.

Alors la femme a parlé à celui qui n’était pas insensé : « Tu vas rentrer chez toi et dire à ton peuple que j’arrive, et qu’une grande tente doit être dressée pour moi au centre de la nation. » Et l’homme, très effrayé, s’en est allé rapidement rapporter cela au peuple, lequel a fait ce qu’on lui avait demandé. Et réunis là autour de la grande tente, ils ont attendu l’arrivée de la femme sacrée. Après un moment elle est arrivée, et elle chantait en marchant, très belle, et tandis qu’elle entrait dans la tente, voici ce qu’elle chantait :

Je m’avance et mon souffle est visible.

Je marche en projetant une voix.

Ma démarche est sacrée.

Je marche en laissant des traces.

Ma démarche est sacrée.

Et pendant qu’elle chantait, un nuage blanc est sorti de sa bouche et l’odeur en était agréable. Elle a donné quelque chose au chef, et c’était une pipe avec un jeune bison gravé sur le côté pour signifier la terre qui nous porte et qui nous nourrit, et avec douze plumes d’aigle attachées au tuyau pour signifier le ciel et les douze lunes, et elles étaient liées avec une herbe qui ne casse jamais. « Écoutez ! dit-elle. Avec cela vous multiplierez et deviendrez une bonne nation. Il ne peut en arriver que du bon. Seules les mains des bons doivent en prendre soin. Les méchants, eux, ne devraient même pas la voir. » Puis elle a encore chanté et est sortie de la tente, et tandis que le peuple la regardait partir, tout à coup c’était un bison blanc qui galopait et s’ébrouait, et il a disparu rapidement. »

*

« L’univers entier est devenu silencieux, se tenant à l’écoute. Alors le grand étalon noir a élevé sa voix et a chanté. Son chant disait :

Mes chevaux viennent en caracolant.

Mes chevaux viennent en hennissant.

Ils viennent caracolant.

Ils viennent par tout l’univers.

Ils danseront, puissiez-vous les voir.

Ils danseront, puissiez-vous les voir.

Ils danseront, puissiez-vous les voir.

Ils danseront, puissiez-vous les voir.

Ils danseront, une nation de chevaux dansera.

Puissiez-vous les voir.

Puissiez-vous les voir.

Puissiez-vous les voir.

Sa voix n’était pas forte, mais elle se répandait par tout l’univers et l’a rempli. Il n’y a rien qui ne l’ait entendu, et elle était plus belle que rien ne saurait être. C’était si beau que rien nulle part n’a pu se retenir de danser. Les vierges ont dansé, et de même tous les chevaux en cercle. Les feuilles sur les arbres, les herbes sur les collines et dans les vallées, les eaux des ruisseaux, des rivières et des lacs, les quadrupèdes et le bipèdes et les ailes qui sont dans les airs : tous ont dansé sur la musique du chant de l’étalon.

Et quand j’ai regardé en bas vers mon peuple, les nuages ont passé par-dessus, les bénissant d’une pluie amicale, et se sont arrêtés à l’est, surmontés d’un arc-en-ciel flamboyant.

Puis tous les chevaux sont revenus à leur place en chantant, au-delà du sommet de la quatrième montée, et toutes choses chantaient avec eux tandis qu’ils marchaient.

Et la Voix a dit : « Ils ont accompli un jour de bonheur par tout l’univers. » Et regardant en bas j’ai vu que le vaste cercle du jour était tout entier beau et vert, que tous les fruits mûrissaient et que toutes choses étaient aimables et heureuses.

Puis une Voix a dit : « Regarde ce jour, car c’est à toi de le faire. Maintenant que tu te tiendras au centre de la terre afin que tu voies, car c’est là qu’ils vont t’emmener. »

J’étais toujours sur mon cheval bai, et une fois encore j’ai senti que les cavaliers de l’ouest, du nord, de l’est et du sud étaient derrière moi en formation, comme précédemment, et nous allions à l’est. J’ai regardé devant moi et j’ai vu les montagnes au loin, couvertes de rochers et de forêts, et venant des montagnes toutes les couleurs jaillissaient vers les cieux. Puis je me suis trouvé sur la montagne la plus haute de toutes, et tout autour en dessous de moi était le cercle complet du monde. Et durant le temps que je me trouvais là, j’ai vu plus que je n’en puis dire, et j’ai compris plus que je n’ai vu. Car je voyais les formes de toutes choses en esprit, d’une manière sacrée, et la forme de toutes les formes telles qu’elles doivent vivre ensemble comme étant un seul être. Et j’ai vu que le cercle sacré de mon peuple était l’un des nombreux cercles qui faisaient un seul cercle, vaste comme la lumière du jour et la lumière des étoiles, et au centre croissait un puissant arbre en fleur qui abritait tous les enfants d’une seule mère et d’un seul père. Et j’ai vu que cela était sacré.

Puis, tandis que je me tenais là, ces hommes sont venus de l’est, tête en avant comme des flèches en vol, et entre eux deux s’est levée l’étoile de l’aube. Ils sont venus à moi et m’ont donné une plante en me disant : « Avec cela tu pourras tout entreprendre et tout accomplir sur la terre. » C’était la plante de l’étoile de l’aube, la plante de la compréhension, et ils m’ont dit de la laisser tomber sur la terre. Je l’ai vue tomber très loin, et quand elle s’est fichée dans la terre, elle a pris racine, a poussé et fleuri, quatre fleurs sur une tige, une bleue, une blanche, une écarlate et une jaune, et les rayons qui en sortaient se sont élancés vers les cieux afin que toutes les créatures les voient et qu’il n’y ait d’obscurité nulle part. »

*

« Puis ils m’ont conduit au centre du cercle où, une fois de plus, j’ai vu l’arbre sacré tout plein de feuilles et de fleurs.

Mais je n’ai pas vu que cela. Contre l’arbre, un homme se tenait debout, les bras largement ouverts devant lui. Je l’ai regardé attentivement, mais je ne pouvais pas dire à quel peuple il appartenait. Il n’était pas un Wasichou [un Blanc], et il n’était pas un Indien. Ses cheveux étaient longs et pendaient librement, et sur le côté gauche de la tête il portait une plume d’aigle. Son corps était fort et beau à voir, et il était peint en rouge. J’essayais de le reconnaître, mais je n’y arrivais pas. Il était vraiment un très bel homme. Pendant que je le regardais fixement, son corps s’est mis à changer et est devenu extrêmement beau, ayant toutes les couleurs de la lumière, et la lumière rayonnait autour de lui. Il parla, comme chantant : « Ma vie est telle que tous les êtres de la terre et toutes les choses qui poussent m’appartiennent. Ton père, le Grand Esprit, l’a dit. Et toi aussi, tu dois le dire. »

Puis il s’en est allé, comme une lumière dans le vent. »

*

 

N’avaient-ils donc pas de nom ?

 

J’ai appris là que le Président de la République venait de reconnaître la « répression sanglante » du 17 octobre 1961.

 

Les intervenants à la tribune s’en sont félicité, et ont rappelé qu’il fallait maintenant obtenir l’ouverture des archives, afin que les historiens puissent faire leur travail. Souvent je pense qu’on ne sait même pas combien d’hommes sont morts ce jour-là et les jours suivants. Cent cinquante ? Deux cent cinquante ? N’avaient-ils donc pas de nom ?

 

Sous le feu rouge au milieu du pont un jeune homme téléphonait et pleurait, pleurait, pleurait.

*

Tout à l’heure, pont Saint-Michel, photos Alina Reyes

*

17 octobre 1961. Témoignage de Jean Cau dans l’Express quelques jours après

C’est un reportage de Jean Cau paru dans l’Express du 26 octobre 1961. Il est très long, j’en donne quelques passages, déjà donnés sur mon blog à la même date l’année dernière – mais ce blog n’existe plus et ce massacre qui fit parmi les manifestants pacifiques sans doute près de deux cents morts n’a toujours pas été reconnu par l’État français. Loin de cela, au lieu de rendre à tous les Français ce devoir de mémoire élémentaire, les politiques, les médias, les employeurs de ce pays continuent trop souvent à discriminer nos compatriotes issus des anciennes colonies.

*

Nord’af, bicots, ratons, melons, crouillas, ça se saurait si vous étiez des hommes. Je vous le dis, ça se saurait. (…) vous ne vous bourreriez pas de patates, de fayots et de semoule, mais vous mangeriez des biftecks avec des frites et de la salade ; vous ne vous entasseriez pas à six dans une chambre d’hôtel ; vous ne vivriez pas dans le décor de vos bidonvilles “à la Céline” (…)

Si vous étiez des hommes, vous comprendriez ce qu’on vous dit au lieu d’être si désespérément bouchés. Pour un agent tué, dix terroristes (c’est-à-dire dix bicots) en prendront sur le citron, vous a dit un excellent Français, M. Papon, notre préfet de police. C’est pas clair, ça ? (…)

Brusquement, vous avez faussé le jeu. Sans crier gare, vous êtes venus nous déranger. Par milliers, par dizaines de milliers, vous êtes apparus dans nos rues et nous vous avons découverts. Sans armes, souvent habillés de vos pauvres costumes “des dimanches”, vous avez crié des slogans dans nos beaux quartiers. Que faire ? Vous troubliez l’ordre. Nous avons été obligés de lâcher sur vous notre police qui vous a “soignés” comme vous le méritiez. (…)

Il se trouve que je suis Français et que j’écris pour des Français. Il se trouve que j’ai voulu, pour mon compte, voir et savoir, écouter et entendre. Aujourd’hui, j’apporte ma moisson. Aujourd’hui, je sors d’un monde insoupçonnable. Ces derniers jours, je n’ai vu que des visages désertés par le sourire, des yeux tuméfiés, des dos bleuis à coups de crosse ; je n’ai entendu que des récits où revenaient, en litanie, les mêmes mots : rafles, coups, tortures, disparitions, assassinats. Et j’écris ces lignes avec ces visages qui défilent en ronde sous mon regard ; avec ces mots qui m’encombrent la tête et qui y sonnent leurs coups de gong.

(…)

Le fils cadet a 14 ans. Il a d’immenses yeux, étonnés à jamais et parle le français sans accent.

– Maman s’est couchée sur moi quand elle a entendu les mitraillettes, puis je l’ai perdue.

Il a été embarqué. Il a eu droit à une ration de coups de matraque sur les épaules. Regardez…

– On était deux ou trois mille dans un machin où il y avait des ping-pong, des choses de gymnastique…

– Le stade Coubertin ?

– Je ne sais pas. J’y suis resté trois jours. On dormait sur le ciment. On n’avait pas de place. C’est les soldats qui nous donnaient à manger.

– Dans quoi ?

– Le premier jour dans rien. On n’avait pas de gamelles, rien.

Il met ses mains en coquille comme on recueille de l’eau à la fontaine.

– Ils nous ont dit de mettre les mains comme ça et ils versaient dedans. Les policiers m’ont demandé pourquoi j’étais venu. J’ai répondu que des frères avaient été jetés dans la Seine… et ils n’ont plus écouté et m’ont giflé trois fois.

Il a les joues gonflées comme par une rage de dents. Il s’appelle Medjid et il a quatorze ans. Le père Mohammed me dit que toute la famille est venue en France en 1947. En Algérie, il était fonctionnaire, un tout petit fonctionnaire.

– En 47, j’aurais dû être titularisé comme mes collègues européens. C’était la loi : j’avais l’âge et j’avais fait le temps nécessaire. Alors, un mois avant ma titularisation, bien sûr, moi et tous les autres Musulmans dans mon cas, nous avons été mis à la porte. J’étais sans travail, sans certificats et j’ai décidé de venir en France. Voilà… depuis la France s’est transformée en Algérie.

Le fils aîné a réussi, en France, à aller à l’école jusqu’à seize ans. Le soir, il lisait, travaillait et aujourd’hui il occupe un emploi de bureau. Il parle sans aucun accent, d’une voix très calme. Lui aussi est allé manifester avec ses “frères”. Lui aussi a été arrêté. Il a vu une mère qui portait son bébé dans le dos, “à l’arabe”. Les policiers lui ont “décollé” le bébé du dos. Le bébé est tombé à terre. La femme a crié. Un remous l’a séparé de son enfant qu’une deuxième vague de policiers à piétiné. Au commissariat, on l’a raisonnablement frappé. Il a entendu un policier qui est entré, soufflant et transpirant, et qui a dit à ses collègues :

– Y’en a déjà six de crevés.

(…)

Sont entrés [dans un café du 18e arrondissement ] trois manœuvres qui travaillent dans le métro.

– On arrive du travail à sept heures et demie, des fois huit heures. Alors, couvre-feu ! Et comment tu achètes le pain, la soupe, le pétrole ? Alors tu manges pas ? Et rester dedans ?

Ils sont dix manœuvres auxquels l’hôtelier loue deux chambres.

– On peut pas avoir plus de chambres. Patron de la maison veut pas et il dit si vous êtes pas contents, adieu !

Ils ont manifesté.

– On a un frère qu’a eu sa tête cassée. Il a pris un foulard, il s’a enveloppé sa tête et il a crié encore : “Libérez Ben Bella ! Algérie algérienne !” Et tous les frères on a crié. Et on n’avait pas de couteaux, pas de pierres, pas de bâtons. Même que des frères nous fouillaient pour voir et que des frères nous ont fouillés encore à Vincennes… Nos frères nous avaient dit : “Pas de pierres, pas de bâtons, rien…”

– Et tu sais, y’a des choses embêtants, dit un maigre aux joues sèches et aux cheveux gris. Depuis deux mois dans là où je travaille, j’ai manqué trois fois parce que j’ai été arrêté trois fois et trois frères pareil que moi et le patron dit : “Ah ! ça va pas, ça va pas… Qu’est-ce qu’elle a la police à vous taper tout le temps ! Ah ! ça va pas, ça va pas, ça…!”

Iront-ils encore manifester ? Oui, si de nouvelles manifestations sont décidées. Pourquoi ? Parce qu’on les “tape tout le temps”. Parce qu’on les réveille la nuit… Les policiers entrent, fouillent, bouleversent. Nez au mur, mains levées et collées au mur, rassemblés sur les paliers, ils entendent le cyclone ravager leurs misérables chambres. Souvent l’un d’entre eux est emmené. Pourquoi ? Pour rien.

(…)

Dans chacun de ces bidonvilles [à Nanterre], vous pourrez admirer les rues de terre que la moindre pluie transforme en bourbiers, les venelles si étroites qu’il est besoin d’effacer les épaules pour y passer ; vous pourrez visiter les charmants gourbis construits de planches, de tôles, de toile goudronnée et sablée, de vieux pneus découpés en plaques de caoutchouc. A condition de vous casser en deux, vous pourrez entrer et vous émerveiller de la disposition de trois, quatre, cinq ou six châlits dans un espace aussi exigu, de l’astuce avec laquelle a été résolu le problème du chauffage (un poêle et un trou dans la toile goudronnée) ; celui de l’aération (un autre trou dans la tôle ou la toile) ; celui de l’eau (quelques seaux dans un coin). Dans ces huttes, dans ces gourbis, des milliers de célibataires et des centaines de familles vivent.

– C’est propre, dis-je.

De fait, les gourbis sont très propres.

– Les frères nous disent qu’il faut être propres.

Savez-vous quel serait leur bonheur ? De vivre, de dormir, de manger là. Là ? Mais oui, . Ce sont des pauvres, des misérables, et figurez-vous qu’ils sont habitués à ça. Ce plafond qui vous écrase, ce châlit aux ressorts brisés, cette promiscuité, pour eux, ça n’est pas l’enfer. A ça, ils sont résignés. Si la paix s’installait sur leur sommeil, sur leurs repas, sur leur vie,  ces bidonvilles seraient le paradis car ils n’en sont pas encore à réclamer la télévision et le petit bungalow avec garage. Les pauvres, les très pauvres, c’est long et lent à se remuer et à s’écrier un jour en contemplant la baraque : “Y’en a marre de vivre comme des bêtes !” Les pauvres, les très pauvres, c’est fou ce que c’est patient.

Mais voilà, sur ce paradis s’est abattue la guerre. Ou quelque chose de pire que la guerre : la terreur soudaine, la peur permanente, le meurtre quotidien. Et un jour c’est l’arrestation, un autre jour le bouclage, un autre jour la rafle, une nuit la fouille et la mort et les morts.

Et depuis des semaines, des mois, des années. Et chaque jour, c’est plus “dur” et chaque nuit les bidonvilles s’endorment dans une peur plus lourde. Et le nombre de ceux qui disparaissent puis reviennent “tout bleus” ou qui ne reviennent pas, chaque année, chaque mois, chaque jour, devient plus nombreux.

Et un jour des “frères” leur disent de manifester. Et ce jour-là, tout ce peuple d’ombres se lève, met son costume “des dimanches”, vide ses poches de la moindre épingle et du moindre canif et marche vers les rangs sombres et denses de nos policiers armés de matraques, de bâtons lestés de fer et de plomb, de mitraillettes et de relvolvers. Et des journaux français écriront : “Poussés par la menace et la terreur FLN… Forcés… Contraints… “ et ceci encore : “Les Algériens ne doivent pas être les maîtres de la rue…” Pauvres cons !

(…)

Jean Cau

*

Le premier jour

Après le jardin, la bibliothèque et le jardin,

je suis allée à la mosquée pour la prière de l’après-midi,

ne sachant trop comment faire – c’était la première fois.

Mais justement j’y ai rencontré un ange, une toute jeune femme fraîche et calme et souriante, qui m’a complètement guidée. Nous avons prié côte à côte, serrées, afin que le diable ne puisse entre nous passer. Nous nous sommes embrassées et de nouveau embrassées et dit à bientôt as-salam alaykoum incha’Allah, voilà, je suis restée encore puis repartie avec ses conseils, le petit livre qu’elle m’a offert et le cœur bienheureux, c’est ma première petite sœur en islam et j’ai tout à apprendre, c’est l’aube de nouveau, le premier jour du monde.

*

tout à l’heure au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

*

Tributaire tribu

 

Les gens de la tribu de Mohammed l’accusaient d’être possédé par les djinns, tout comme les juifs accusaient Jésus d’agir par béelzéboul. Tout peuple qui se réduit par lui-même à l’état tribal est ou devient incapable de Dieu, de l’universel, de la lumière. Le monde moderne est une grande tribu vouée à la pensée occulte, qui est une non-pensée, à ses démons, l’avidité, la peur, le repli sur soi. La terre entière est tribalisée par le monde moderne. C’est pourquoi le salut vient du ciel. Il vient.

*

Écrit du jour

 

Jets violents des cieux à travers chair.

La marche arrache à la terre le verbe.

Or et soie, la parole transportée

des nomades, fourreau de leur épée.

Venez je vous trempe la langue entre

les mains de l’eau le torrent irradiant.

Croyez mes irradiés l’œil troue le ciel

et remue dans vos os l’autre lumière.

À travers terres circule la parole

déroulée pleine comme la robe

du cheval sous la selle retirée.

Elle est la peau tendue sur le décès

du monde, tambour et terre labourable,

courbes de l’univers, rond droit de l’arbre.

*

 

Chant de l’accomplissante

 

Trou de mémoire, univers blanc !

Où chuchotent les moires, j’arrive,

Jaillis, lumière parcourant

Les eaux de l’une à l’autre rive !

Ô banc de poissons que je suis,

Volants, pont d’amour qui se jette

Entre les cieux que tu poursuis !

Éclats de vie, trombes de fête,

Soudains affolements du vent,

Embruns salés dans la blessure

De la fille première, rêvant

Tout haut, folie ! son aventure,

Son advenue, son invention

Au sein de la beauté nouvelle,

Toute parole et vibration,

Incarnation montante, réelle !

Prairies de braises, ton regard

Profondément descend aux fentes

De mes yeux, de ma vie, hasard

Sans doute aboli dans les sentes

Connues de notre enfantement .

Écoute la rencontre voulue

D’un nord en marche et d’un aimant

Accomplir la vérité nue.

Amant, je déchire le soi,

Sais-tu ? Lutte perpétuelle

Des joies dans le lit de la foi,

Creusant chaque jour l’écuelle

Où viennent boire les grands lions

Dociles de nos chairs brûlantes !

Voici naître la faim, prions !

Dans nos paumes tendues, parlantes,

Coule le miel de cette mort

Dont toujours l’homme ressuscite.

Le combat de l’amour, plus fort,

Plus doux que toute paix, invite

En notre habitation les chœurs

De l’armée blanche, troupe d’anges

Fléchée de rires, de clameurs,

Murmures de neige, chants étranges

Des corps où vient souffler l’esprit.

Musique, voici le temps de l’être

En lequel l’être s’accomplit.

Plus rien ne demeure au paraître,

Et Dieu, pure essence de feu,

Pose lui-même sa brûlure,

Scellant l’alliance dans le jeu

Des sangs à leur réécriture.

Je, poussière dans le rayon

De l’universelle pupille,

Danse avec les photons, les ions,

Au sein de l’Esprit qui scintille.

Ma sainte famille des cieux,

De quelle branche, quelle essence

D’arbre cosmique par mes yeux

L’homme vient-il à sa naissance ?

Quand l’univers a défailli,

S’est déchiré de jouissance,

J’ai vu le temps humain jailli

À l’orient ouvert, sa chance

Dernière dans le tout-premier

Mot prononcé, si bref poème,

Silence presque, instantané.

Venue à la matière même,

Voyant peut-être au creux du noir,

Le long de ma descente altière,

Je réaliserai l’espoir

De rendre l’être à la lumière.

Frères mes hommes, et vous mes sœurs,

Reprenons de concert la trace

Du chemin quitté par erreur,

Où se révèlera Sa face.

*

(extrait de Voyage)

*

*

Trouver

Jardin des Plantes, vendredi dernier. Photo Alina Reyes

 

L’esprit scientifique et l’intellectualisme sont des murailles que l’homme élève entre lui et sa peur de la mort.

La quête de Dieu est un chemin que l’homme trouve dans l’amour de la vie.

L’intellectualisme, dont participent la littérature et l’art d’aujourd’hui, épaissit sans cesse la muraille entre l’homme et la vie.  L’esprit scientifique, souvent, y crée une brèche par où s’entrevoit la lumière, où se rejoint la quête de Dieu. Confluent des deux océans. (Cor 18, 61)

*

Sourate 18, Al-Kahf, La Caverne (3). Ses enseignements politiques

Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Comprendre ce qu’est, dit et révèle le prodige que sont la Bible, l’Évangile et le Coran, c’est comprendre ce qu’est Dieu, qui il est et ce qu’il veut. C’est bannir la possibilité de l’instrumentaliser. C’est reconnaître qu’en Lui seul réside notre histoire, notre être et notre devenir. Et qu’il est donc de notre devoir absolu d’aider les hommes à comprendre Sa parole, son sens qui n’est pas figé dans le temps mais au contraire vivant, évoluant comme un organisme, un arbre de vie qui jamais ne cesse de produire des fruits beaux et bons à contempler et à manger, pour quiconque va vers lui avec la permission des anges qui en gardent l’accès.

Nous l’avons montré dans nos lectures précédentes, la sourate Al-Kahf n’est pas seulement au centre phonologique du Coran, elle en est comme une matrice, à l’image de ce qui fait son titre, cette Caverne où mûrit la résurrection. C’est en s’isolant lui-même dans une grotte que le Prophète a commencé à recevoir la révélation, signe de résurrection pour son peuple et lui. Or que se trouve-t-il dans ce centre du Livre autour duquel nous tournons comme autour de la Kaaba ? Au centre du centre, nous l’avons dit, un verset qui indique le mystère choquant de la mort. À l’entrée ou au déploiement du centre, une histoire chrétienne de résurrection, celle dite des Sept Dormants d’Éphèse. Suivie d’une parabole sur le sens de l’existence, puis d’une plongée dans les eaux célestes avec Moïse, et enfin d’une expédition aux confins de l’humanité. Une succession de récits de plus en plus énigmatiques, conclue par l’annonce eschatologique du Jour où toutes les âmes auront à répondre à l’appel.

Telle une pierre noire au milieu du Livre, Al-Kahf rayonne au secret d’une intense énergie spirituelle, celle qui transporte quiconque s’en approche dans la voie de la résurrection, transforme la mort en vie, la finitude en vie éternelle. Le Coran tout entier rayonne de ce rayonnement puisé en son centre qui est partout, tout en se trouvant résumé et imagé en Al-Khaf, sourate récitée tous les vendredis. Nous y reviendrons, continuerons à y pénétrer plus avant. Pour aujourd’hui, notons que le sens eschatologique du texte ne nous empêche pas d’y voir aussi un enseignement politique. D’après ce qui nous est montré dans La Caverne, comment devons-nous nous comporter au sein de la Cité terrestre ?

Les histoires ou paraboles successives désignent clairement le mal causé par les abus de pouvoir des hommes. Dans le premier récit, les jeunes gens sont confrontés à la dictature d’une idéologie idolâtre. Face à sa force brutale, se soumettent-ils ? Non. Ils se retirent ensemble. Non pour mourir ou disparaître, mais pour ne pas laisser corrompre leur foi, leur innocence. Leur voilement par la caverne est un témoignage. Le monde veut les forcer à se nier en se faisant discrets ? En se réfugiant en Dieu, dans ce rocher biblique, cette caverne qui est aussi temple, autel, mosquée, ils traversent les siècles et les barrières, deviennent un signe aussi visible que l’étoile au-dessus de la grotte de la Nativité.

Cependant la réaction au monde mortifère ne consiste pas seulement dans le retrait. L’histoire des deux hommes au jardin enseigne que le comportement dominateur, suffisant et méprisant du riche finit par le perdre. Comment réagit le moins favorisé à l’arrogance du dominant ? Non pas en se taisant, mais en lui rappelant les droits de Dieu, sans hésitation ni timidité, en prenant le temps d’argumenter, démontrer, affirmer le vrai.

Dans l’histoire suivante Moïse, en cheminant sous la guidée d’un envoyé de Dieu nous enseigne comment continuer à progresser et à garder la foi même quand l’iniquité à l’œuvre dans le monde tendrait à nous en détourner. Car si l’on rencontre souvent, en plus de l’iniquité des hommes, une apparence d’iniquité de Dieu, c’est seulement parce qu’on en ignore le sens. Le récit constitue donc pour notre vie terrestre, notre politique en ce monde, une incitation à garder la foi et à chercher à pénétrer plus avant dans la connaissance. Le dernier, énigmatique et bref récit des expéditions de Dhu’l-Qarneyn aux confins de l’humanité confirme la nécessité de cette quête de la connaissance, qui est aussi voyage à la rencontre de l’autre.

Nous reviendrons bien sûr de façon plus détaillée sur ces récits. Avant cela nous serons sans doute appelés par la sourate précédente, Le voyage nocturne. D’ici là nous pouvons récapituler les enseignements politiques de La Caverne : se faire témoins de la lumière en se retirant des systèmes idolâtriques ; répondre à l’arrogance par des paroles de vérité ; continuer à avancer dans la connaissance.

Selon le Coran, Dieu seul sait combien ils étaient, dans la caverne. Peut-être trois, est-il dit d’abord. Et je songe : un juif, un chrétien et un musulman, attendant de ressusciter ensemble de leur engourdissement dans un monde troublé ?  Peut-être sept, ou plus, dit encore le texte. Peut-être bien toute l’humanité, réunie dans sa diversité ?

*

Précédentes lectures de cette sourate: ici.

 

Sourate 19, Maryam, Marie (3)

 

Les versets de cette sourate qui racontent l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean, puis la naissance de Jésus, ont sauvé la vie aux premiers musulmans exilés en Abyssinie, fuyant les persécutions de leurs compatriotes. Quand deux émissaires de La Mecque vinrent les réclamer au Négus, le roi chrétien, ce dernier leur demanda d’abord de s’expliquer sur leur nouvelle religion. Ils affirmèrent leur foi en un Dieu unique, et récitèrent la première partie de la sourate Marie. En l’écoutant le roi mouilla sa barbe de ses pleurs et refusa de livrer les musulmans à leurs compatriotes, leur accordant sa protection.

Marie pour enfanter Jésus, « Parole de Vérité » (v.34), s’éloigne de sa famille, de tout, et se met sous un palmier. J’ai pensé à cette image de Rimbaud en Abyssinie, vêtu de blanc et si seul sous le palmier. Le palmier bien sûr relie la terre au ciel, sa verdure en éventail est comme le déploiement de l’espace et son tronc fait chemin, depuis la racine enterrée qu’est aussi Marie.

Pendant l’enfantement, ce qui est sous elle, sans que l’on sache s’il s’agit de l’ange Gabriel ou de Jésus, lui indique de secouer le tronc du palmier, d’où lui pleuvent pour son réconfort, manne dorée, des dattes ; tandis qu’un ruisseau, ou une gloire, s’écoule de sous elle : « Mange et bois, et que ton œil se réjouisse ! » Avant qu’elle ne fasse vœu de jeûner de parole, de passer le restant de la journée sans parler. (v.24-26)

L’Esprit de Dieu lui a parlé. Vierge, elle a conçu, est devenue enceinte, et voici qu’elle enfante. Les douleurs viennent, elle s’exclame :  « Qu’avant cela ne suis-je morte, et totalement oubliée ! » Je ne connais pas encore la grammaire, je ne peux préciser la traduction, mais je vois que le verbe oublier est répété sous deux formes différentes successives, et je songe à la tournure en hébreu qui répète aussi les substantifs pour exprimer un superlatif, comme dans « Cantique des cantiques » – et peut-être dirait-on familièrement en français : « que je sois oubliée de chez oublié ! » Car ne faut-il pas vouloir l’être, soumis à l’oubli, pour pouvoir endurer le fait d’enfanter un Verbe de Dieu, comme Jésus est aussi nommé dans le Coran (4,171) ?

Cet oubli est mort de l’ego, oubli de soi. D’autres éléments renforcent ce sens en cette première partie de la sourate. Le mutisme de Zacharie après l’annonce (v.10) ; l’isolement de Marie (v.16) et son voilement (v.17) avant l’annonce, son mutisme (v.26) après la naissance de Jésus. C’est lui-même, nouveau-né, qui prendra la parole, pour se justifier et la justifier ; lui-même parole, suffisant à justifier ce qui paraît scandaleux, l’enfantement par une fille-mère. Comme dans les rituels soufis, l’ego a été déposé, ce n’est plus lui qui parle, c’est la parole de vérité elle-même, la parole venue de Dieu.

Marie de retour dans sa famille avec l’Enfant est appelée sœur d’Aaron. Les exégètes cherchent à expliquer que cet Aaron ne peut être le frère de Moïse, que le Coran sait très bien que la confusion avec Marie, sœur de Moïse et d’Aaron, n’est pas possible. Mais justement, n’y a-t-il pas là un signe ? Revient ensuite le rappel de l’unicité absolue de Dieu, et de l’erreur que commettent ceux qui croient qu’il ait pu se donner une progéniture. (Cette question de divergence avec les chrétiens est bien sûr capitale, et il faut se placer à des niveaux de signification différents pour voir en chacune de ces visions sa propre logique, étroitement liée à la question de la mort du Christ, vue très différemment aussi dans le Coran – nous y reviendrons une autre fois).

Puis c’est Abraham qui est évoqué : son éloignement des siens (comme Marie) pour aller à la rencontre du Dieu unique, grâce à quoi lui seront donnés ses descendants Isaac et Jacob, à qui Dieu accorde « une sublime langue de vérité » (v.50). Là aussi nous voyons la concordance avec ce qui advient à Marie. Puis est rappelé Moïse, à qui Dieu parla sur la montagne : toujours l’appel à l’isolement suivi de la Parole de Dieu.

La sourate se termine par la mention d’autres prophètes, Ismaël, Idris (Énoch), Adam, Noé, de nouveau Abraham et Israël… Marie ne serait-elle pas leur sœur, comme celle d’Aaron et de Moïse ? J’ai trouvé dans le dictionnaire cette indication : avant d’être un prénom, maryam désigne une « femme qui aime et recherche la société des hommes, mais qui est chaste et vertueuse ». Et celle qui enfante le Verbe de Dieu, n’est-elle pas un prophète parmi les prophètes ? La sourate se conclut par de longs et vigoureux avertissements aux mécréants, « tandis que ceux qui croient, effectuent l’œuvre salutaire, le Tout miséricorde les comblera d’amour » (v. 96, trad. Jacques Berque). « Et tout cela sera le commencement des douleurs de l’enfantement », a dit un jour Jésus (Matthieu 24, 8), parlant de ces derniers temps qu’évoque aussi l’Apocalypse, avec ses grands combats au milieu desquels une femme enfante dans le ciel.

*

Nous avions déjà parlé de cette sourate ici et ici.

*